Clémente

Publié par 10lunes le 28 janvier 2016 dans 9 mois, Blessures

 

Je le savais pourtant qu’elle attendait ce résultat, qu’elle se rongeait d’angoisse, que les délais de réponse qui lui avaient été annoncés étaient bien trop courts. J’avais tenté de corriger sans oser trop insister.

Et puis ce courrier qui m’attend depuis hier. En mon absence, mes collègues ouvrent « mes » résultats de labo mais cette enveloppe neutre n’avait l’air de rien, elles n’y ont pas touché.

Moi non plus, je ne l’ai pas ouverte tout de suite. J’ai profité de la pause café du midi pour terminer la pile. Un faire-part, une brochure pour un congrès très éloigné de mes centres d’intérêt, quelques résultats d’analyse arrivés le jour même, le chèque d’une femme venue avec sa carte bleue ( j’ai pas de lecteur de carte), une énième pub tentant de se déguiser en information professionnelle et puis cette enveloppe blanche… et son destin à l’intérieur.

Nous avions rendez vous une heure plus tard.

J’ai bêtement pensé qu’elle savait déjà, que puisque le courrier était posté de l’avant-veille, on lui avait communiqué les résultats, qu’il était stupide de l’appeler une heure avant notre rencontre pour le vérifier.

Je l’ai vue dans la salle d’attente, fermée, stressée, pas libérée… le doute m’a traversé – à peine – juste assez pour que je m’entende prononcer avant de me l’être formulé…
– Tu as eu tes résultats ?
Sa tête a fait non.

– Mais c’est bon ! Je les ai reçus, tout va bien !

Elle a pleuré toutes les larmes retenues depuis trois semaines ; j’ai pris sa main.
J’ai un tout petit peu – discrètement – pleuré avec elle et je lui ai demandé pardon parce qu’une heure de plus au bout de trois semaines, oui ça compte quand même.

Alors elle a dit le truc le plus gentil du monde.
Elle a dit :
– Mais c’est mieux comme ça. Je n’aurais pas voulu être seule, c’était bien d’être avec toi pour savoir.

 

 

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Réaliste

Publié par 10lunes le 10 décembre 2015 dans Blessures, Petites phrases

 

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Dans l’histoire de la famille, il y a ce petit garçon devenu grand pour qui tout le monde pronostiquait le pire, au point de conseiller à ses parents une interruption de grossesse.
Il y a aussi ce grand professeur qui a cherché plus loin, s’attachant à mieux décoder les images échographiques -encore bien imprécises à l’époque- en envisageant de possibles diagnostics moins abrupts.

Grâce à lui, ce petit garçon est né, a grandi, est maintenant un adulte en pleine santé et parfaitement intelligent.
« Intelligent » est à souligner, parce que ce sont les images cérébrales qui alertaient l’équipe médicale.

Forcément, elle connait l’histoire, le grand professeur est une icone familiale.
Des années plus tard, les hasards de la vie lui font retrouver le même neurochirurgien dans un amphi. Il projette aux étudiants des images échographiques pour évoquer certains pronostics inquiétants contredits ensuite par la parfaite évolution des enfants. Il s’attache à rabattre la superbe de la médecine, souligne l’étendue de ce que nous ne savons pas encore, rappelle la prudence dont chacun doit faire preuve dans une démarche diagnostique.


Ce qu’il résume dans une phrase :

– Rappelez-vous toujours d’une chose, le génie ou la connerie, ça ne se voit pas à l’échographie !

 

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Ecrasage et piquetage

Publié par 10lunes le 14 octobre 2014 dans Vie des femmes

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La secrétaire de l’accueil réclame ma carte vitale et mes anciens clichés puis m’envoie m’asseoir là bas au fond du couloir à gauche.

La manipulatrice radio appelle mon nom et m’installe dans un box en me demandant « d’enlever tout le haut y compris les bijoux et les piercings ».
N’ayant ni bijou ni piercing, le déshabillage est rapide et je me retrouve à frissonner un peu dans une cabine d’un mètre carré chaleureusement équipée d’un banc et d’un porte manteau.
Pour passer le temps, je feuillette la seule revue posée sur le banc… un Vogue de 2008…

La manip radio vient me chercher. La fois précédente, le box donnait directement dans la salle d’examen mais ils sont passés au numérique et toute l’organisation est changée. 
Me voilà donc à traverser un large couloir à moitié à poil avec l’idée qu’à tout moment, quelqu’un peut s’engouffrer d’un pas vif dans les portes battantes qui séparent le dit couloir de la salle d’attente.

Debout, plaquée contre la machine, bras levé, plus haut, plus en arrière, cliché dans un axe puis dans l’autre, à droite, puis à gauche. Je retrouve la sensation du sein écrasé entre deux plaques.
Est-ce la nouvelle procédure ? Il me semble que la décompression du sein est plus lente que lors des examens précédents. Ce n’est pas plus douloureux mais ça l’est un peu plus longtemps.

La manip me demande d’attendre. En sortant elle laisse la porte se refermer toute seule mais une sécurité freine la fermeture et je suis toujours à poil et bien visible lorsque une femme passée avant moi sort du box d’en face. Elle baisse les yeux et je quitte mon inconfortable tabouret pour fermer cette putain de porte.

Un peu d’attente encore. Un médecin ? – elle ne se présente pas –  entre et me demande de m’allonger tout en m’annonçant que les clichés sont bons. Elle vérifie les explications déjà données à la manip : antécédents, traitements ; les S sont barrés car les questions sont formulées de façon à n’appeler qu’une seule réponse, la brièveté est de rigueur.
Elle s’étonne de l’invisibilité de ma cicatrice comme si elle doutait de ma parole.
Dans le même temps, elle piquette ma poitrine du bout des doigts. Quinze secondes par sein. Ridicule.

Elle s’en va en me lançant « Tout va bien, vous pouvez partir ».
La manip est dans le couloir et m’indique le box 7. Je retrouve mes affaires sans bijou ni piercing, me rhabille et sors en me demandant si je vais croiser le regard d’une autre femme dénudée attendant qu’on vienne lui piqueter les seins.

La secrétaire rencontrée il y a 20 minutes me dit bonjour. Je souris et précise « re »bonjour puis je m’en veux. Au vu du nombre de personnes en salle d’attente, pas possible de mémoriser qui est qui… Elle me tend ma carte vitale. Encore quelques grands couloirs à traverser et je suis dehors.

Et soudain j’ai honte, honte de ce système de soin semblant huilé où tu n’existes pas, honte de cette organisation déshumanisante, honte qu’on ait pu penser que je serais dupe de ce pitoyable piquetage désagréable et inutile.

Honte encore, honte surtout, de n’avoir rien dit…

 

 

NB : ce billet n’a rien à voir avec la campagne « Octobre rose ». Pour y voir plus clair sur le dépistage mammographique :

 

 

 

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Mon âme au diable

Publié par 10lunes le 8 décembre 2013 dans Formation/déformation

 

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Cette semaine, j’ai un peu vendu mon âme en participant à une formation offerte par des labos.
Je 
m’y étais inscrite malgré la petite voix de ma mauvaise conscience me rappelant que le discours serait forcément tronqué.

Je dois à la fréquentation assidue, virtuelle ou réelle, de praticiens soucieux de santé publique, soignants à l’esprit vif, indépendant, démontant les discours prémâchés et cherchant à se référer à des données fiables… Je dois à tous ceux-là et à mon abonnement à Prescrire une certaine prudence.
La voix fluette de mon ange gardien me disait donc que je vendais mon âme à Big pharma ; le petit diable perché sur mon autre épaule cherchait à me rassurer avec des paroles lénifiantes. A moi de rester vigilante, de ne pas prendre les infos reçues pour argent comptant, et puis quand même, c’était bien sympa de retrouver des copains-copines et de causer d’un sujet qui me passionne, la contraception.

Au final, mon petit ange avait raison, le diablotin a été mis KO au premier round et n’a plus osé l’ouvrir.
Nous (je co-voiturais, ce qui expliquera ma longue présence..) arrivons juste à temps pour prendre un café-croissant offert par le labo.

Vite aller chercher son badge, s’étonner de voir des couleurs différentes et  comprendre en lisant quelques noms à l’envers que c’est pour identifier la profession, gynécologue, généraliste  ou sage-femme. Mieux vaut savoir à qui l’on s’adresse quand on demande de passer le sucre, on pourrait se compromettre à causer avec quelqu’un n’appartenant pas à notre caste… Les gentils étudiants qui tiennent le stand conviennent de la stupidité du truc avec un grand sourire. C’est toujours ça de pris.

Entrée dans la salle de conférence. Sur nos chaises, une pub pour la pseudo contraception Clearblue nous attend. La notice rappelle en encadré  « Jours verts le couple peut avoir des relations sexuelles sans risque pour la femme de tomber enceinte » mais précise dans le paragraphe suivant : « Clearblue est fiable à 94 % cela signifie que sur 100 femmes qui utiliseraient Clearblue pendant un an, 6 d’entre elles pourraient tomber enceinte en ayant des rapports sexuels pendant un jour vert, suite à une identification incorrecte de leurs jours fertiles par Clearblue« . Fiable à seulement 94% donc …

Les interventions commencent et très vite, la journée s’annonce rude. L’artillerie lourde est sortie pour contester la position de l’ANSM sur les pilules de 3ème et 4ème génération. Les chiffres donnés sont justes mais la façon de les présenter manque de clarté. Tout est dans le commentaire et les sous-entendus.
Chacun par exemple s’accorde à reconnaître que le risque thrombo-embolique est plus important pendant une grossesse que sous n’importe quelle pilule. On pourrait en conclure que le recours à toute contraception est un facteur protecteur mais, petit glissement, seule la pilule estroprogestative est mise en avant pour ce bénéfice…

La plupart des interventions seront sur le même mode. Pas de fausses informations mais de la désinformation, des raccourcis, ellipses, données dépassées (une présentation  s’appuyait sur des études réalisées entre 1977 et 1999 !! ), et argumentaires étonnants – la pilule empêche la chute des cheveux.

Les échecs de pilule sont ainsi commentés « l’oubli est la première cause d’échec »… comme si cela dédouanait ce mode contraceptif. Alors que justement, la difficulté réside dans la nécessité d’une prise quotidienne. On nous dira ensuite que le DIU (stérilet) est plus efficace mais seulement parce que les femmes doivent avoir recours au médecin – ne cherchez pas les sages-femmes, elles n’ont jamais été citées pendant les interventions que j’ai suivies – pour l’enlever.
L’avantage d’une contraception longue durée, c’est justement qu’il n’y ait rien à faire au quotidien !

Plus tard, la salle se sépare en deux groupes, publics avertis – J’ai dit avertis et pas invertis rigole l’orateur. Je reste dans le groupe « novice » car c’est clairement là que sont attendues les sages-femmes. Il s’agit de réfléchir au déroulement d’une consultation d’une jeune fille venant pour la première fois demander la pilule ; quelles questions doivent être posées, quels examens cliniques sont nécessaires ? On est dans le B-A BA pour archidébutants… Les réponses qui fusent dans la salle montrent que ce sont déjà des acquis. On en arrive à Quand doit-elle commencer sa pilule ? La salle, dans une parfaite unanimité affirme : Aujourd’hui ! L’orateur est décontenancé, patine puis pirouette, Je suis un peu classique, on va lui dire de commencer le premier jour des règles…
Pourtant la situation mise en scène concerne une jeune fille de 17 ans et lui demander d’attendre son prochain cycle est un vrai facteur de risque de grossesse… Le désir a des raisons que la raison ne connait pas.

Nous apprendrons aussi qu’il faut parler de vaccin contre le cancer du col (raccourci anxiogène) parce que si on évoque le virus HPV, elle va pas comprendre. Seul bon point, on nous rappelle que l’examen gynécologique n’est pas indispensable (cf ces recommandations HAS).

Bon y a eu aussi des interventions plus objectives, de vraies infos données. Mais c’est presque pire car la qualité de quelques uns tend à faire oublier les « à-peu-près » des autres.

Une anecdote résume parfaitement la journée : un orateur interrompt son intervention pour souligner Ah, j’ai oublié de passer la diapos sur les conflits d’intérêts.  Mais c’est simple, j’ai bossé pour tous les laboratoires

Tout est dit !

 

PS : j’ai « tweeté » en direct  et @_castille a gentiment tout compilé, y compris mes fautes de frappe et mauvaises blagues. Si le cœur vous en dit (le fonctionnement et les « codes » de Twitter sont déroutants pour le novice…).

 

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Avis de recherche ?

Publié par 10lunes le 30 juin 2013 dans Militer

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Trois campagnes de prévention ont récemment eu lieu : supplémentation en folates (vitamine B9) en prévision d’une grossesse, contraception et frottis.
Trois campagnes où les sages-femmes avaient très logiquement leur place.

La première était la plus confidentielle. Les professionnels de santé ont reçu une affiche à apposer en salle d’attente, ainsi que  des plaquettes d’information à destination de leurs « patientes ».

Qui peut prescrire ces folates ? Les médecins et les sages-femmes. Mais si ces dernières étaient bien mentionnées dans la brochure, un fâcheux oubli les avaient effacées de l’affiche. Nous étions donc censées placarder dans nos salles d’attentes un document omettant de nous citer…

Peu de temps après débute une campagne sur la contraception. Joie, nous sommes bien référencées parmi les multiples interlocuteurs possibles. « La contraception qui vous convient existe. Pour vous aider à la choisir, parlez-en à votre médecin ou à une sage-femme, demandez conseil à votre pharmacien ou rendez-vous sur choisirsacontraception.fr ».
Je pourrais remarquer que les femmes parlent à leur médecin, leur pharmacien mais à une sage-femme. Ne chipotons pas.

L’omission des sages-femmes dans les campagnes de santé publique aurait pu n’être qu’un mauvais souvenir quand soudain, nouvelle annonce, nouvel oubli.  Un spot radio m’interpelle tous les matins en rappelant l’intérêt du frottis de dépistage. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes de la prévention si le spot ne se terminait ainsi  « Si vous n’avez pas fait de frottis depuis plus de 3 ans prenez rendez-vous avec votre médecin, c’est important ».

Et nous voilà encore une fois gommées alors que nous effectuons régulièrement ces frottis, depuis des lustres en début de grossesse, plus récemment en post natal puis dans le cadre du suivi gynécologique de prévention.

Pourtant, là aussi le document explicatif disponible sur le site dans la rubrique « Vos interlocuteurs »  nous cite (dans une synthaxe un tantinet approximative) « Dans une nouvelle loi promulguée en 2009 (loi « Hôpital, patients, santé, territoires » (HPST), les sages-femmes sont désormais habilitées à réaliser des frottis, y compris en dehors de la grossesse. Par ailleurs, un arrêté daté de 2010 amène tout médecin ou sage-femme à questionner les femmes enceintes et à leur proposer la réalisation d’un frottis si cet examen n’a pas été fait dans les trois années précédant cette consultation ».

Il aurait été judicieux d’ajouter que nous pouvions prescrire le vaccin, comme cela est précisé pour les médecins. Mais je chipote encore.

Mais est ce toujours du chipotage de souligner que le gynécologue est qualifié d’ »acteur central du dépistage du cancer du col de l’utérus ». Pourquoi serait-il plus « central » que le généraliste ou la sage-femme ?
Le gynécologue est l’acteur du diagnostic comme le texte le précise ensuite « En cas d’anomalie décelée sur le frottis, il réalise la démarche diagnostique (colposcopie, éventuellement biopsie du col ». Peut-être vaut-il mieux ne pas encombrer ses consultations de rendez-vous pouvant être aussi bien assurés par d’autres.

Notre absence dans les annonces alors que les sages-femmes sont bien citées dans la documentation plus complète me laisse un petit gout amer. Très certainement, l’efficacité de la communication – nécessité d’un message bref et lisible – serait le prétexte invoqué.

Mais « parlez en à votre médecin ou à votre sage-femme », est ce vraiment prendre le risque de brouiller le message ?

N‘est-ce pas plutôt le moyen d’informer correctement les femmes pour leur permettre de choisir le praticien qu’elles souhaitent consulter ?

 

 

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Façon puzzle

Publié par 10lunes le 8 juillet 2012 dans 9 mois

 

2837857863_92e9e1c33e_zL’échographie est souvent pensée par les parents comme une première rencontre avec leur enfant. Le décalage entre ce rendez-vous attendu et la réalité de l’examen – chargé de délivrer un certificat de conformité – en est d’autant plus grand.

Ce que résumait récemment un père avec humour.

« Nous regardions l’écran, en ayant un peu de mal à comprendre ce qui s’y affichait. De temps en temps, l’échographiste nous gratifiait d’un commentaire laconique, énumérant des organes, annonçant des mesures.  

Il nous a expliqué que certaines dimensions permettaient de préciser l’âge de la grossesse.  A chaque mesure, l’écran affichait une date. Mais elle était chaque fois différente.

A se demander si ce bébé nous sera livré en kit à monter nous-mêmes ! « 

 

©Photo

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Toute puissance

Publié par 10lunes le 10 mars 2011 dans Non catégorisé

Des examens de biologie médicale et d’imagerie permettant d’évaluer le risque que l’embryon ou le fœtus présente une affection susceptible de modifier le déroulement ou le suivi de la grossesse sont proposés, lorsque les conditions médicales le nécessitent, à toute femme enceinte au cours d’une consultation médicale.

Cet alinéa II de l’article 9 de la loi de bioéthique* met, à juste titre, une bonne partie du monde médical en ébullition ; l’ajout de quelques mots vient très fortement peser sur son sens.

Quelques mots laissant à penser que le praticien pourrait décider seul…

Toute puissance totalement décalée à l’heure du consentement éclairé où chaque acte se doit d’être expliqué et argumenté en présentant bénéfices escomptés et complications potentielles afin que le « patient » puisse se déterminer en connaissance de cause.

Toute puissance simplement aberrante qui substituerait la volonté du praticien au choix parental.

Régulièrement, je rencontre des couples qui découvrent avec stupeur que le dépistage du risque de trisomie 21 n’était pas « obligatoire » ; d’autres, faute d’explications, ont fait cet examen sans en avoir compris les enjeux.

Voilà maintenant que certains voudraient se dédouaner de simplement le proposer.

Deux attitudes opposées, un seul travers, l’hégémonisme médical.

 

*projet de loi adopté par l’assemblée nationale et examiné ce mercredi par la commission des affaires sociales du Sénat donc non définitivement voté


Une sympathique mise en avant par canalblog et un nombre certains de nouveaux passants venus flâner sur quelques phrases ici déposées.
Merci de vos nombreux commentaires.
Merci pour vos mails osant livrer à l’inconnue vos blessures et fêlures.
La conviction qu’écrire ici n’est pas un plaisir tout à fait inutile.


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Logique législative

Publié par 10lunes le 27 octobre 2010 dans Profession sage-femme

J’aimerais bien venir relater ici une histoire un peu singulière, l’une de celles qui m’ont touchée, fait rire ou pleurer, habitée de longs jours, parfois de longs mois… mais l’actualité m’en empêche.
Nos députés décidément très occupés s’apprêtent aussi à réviser les lois de bioéthiques.
Les évidences des uns n’étant pas celles des autres, les attentes opposées s’entrechoquent. Ce dossier est complexe, très.
Aussi ne vais-je évoquer ici qu’un détail de ce projet de loi.

Deux textes s’opposent actuellement dans la définition de nos compétences. L’un des articles du code de la santé publique nous autorise à prescrire tous les examens en rapport avec notre exercice. Un autre article de ce même code précise que l’information et le recueil de consentement, obligatoires avant toute prescription de dépistage génétique, ne peuvent être réalisés que par un médecin. Lors d’un suivi de grossesse, la plupart des sages-femmes se réfèrent au premier texte mais cette contradiction législative méritait d’être réglée.
La révision des lois de bioéthique était attendue pour remédier à cette incohérence. Mais, encore une fois, le lobby médical s’inquiète de nous voir empiéter sur son territoire et nous enlève de la main droite ce qu’il semble nous donner de la main gauche…

En introduction du texte de loi, une première phrase peut nous alerter : « Cet article clarifie en outre la possibilité pour les sages femmes de prescrire les marqueurs sériques maternels mais, en cas de risque avéré, le résultat de l’examen devra être rendu à la femme enceinte par un médecin ».

En bonne élève, je vais chercher l’article 9 du titre III ainsi présenté. Il précise « Sous réserve de l’alinéa suivant, le prescripteur, médecin ou sage-femme, communique les résultats de ces examens à la femme enceinte et lui donne toute l’information nécessaire à leur compréhension. » Voilà qui semble clair et tout à fait satisfaisant.

C’est sans compter l’alinéa !
«En cas de risque avéré, le médecin communique lui-même les résultats et, le cas échéant, oriente la femme enceinte vers un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal.»

Pour les deux du fond à coté du radiateur qui ne suivent pas, je développe :
Mme Savabien fait suivre sa grossesse par une sage-femme.
A la fin du premier trimestre de la grossesse, la sage-femme lui propose (c’est obligatoire) le test de dépistage du risque de trisomie 21. Les parents décident ensuite de le réaliser ou pas. S’ils acceptent, la sage-femme va prescrire le test.
Elle va ensuite expliquer à Mme Savabien que les résultats sont obligatoirement adressés au prescripteur (la sage-femme, vous suivez toujours ?).
Mme Savabien va légitimement s’enquérir des modalités de communication de ces résultats.

C’est ici que la subtile incohérence du scénario envisagé par ce projet de loi se révèle à nous.
– « Ah ben si tout va bien, je vous préviens.
– Et s’il y a un problème ?
– En cas de problème, je ne suis pas habilitée à vous communiquer les résultats. Dans ce cas je vous informerai que vous devez contacter votre médecin »

….

Conformément à ce projet de loi, nous ne l’aurons pas informée.
Mme Savademoinsenmoinbien n’aura plus qu’à mariner dans l’attente de son rendez-vous avec le médecin, médecin à qui nous devrons communiquer nous même les résultats puisqu’il n’est pas le prescripteur…

Encore une fois, je ne souhaite aucunement bouter les médecins hors de France. En cas de besoin, j’informe parents et gynécologue et précise aux premiers les conditions du suivi avec le second. Là s’arrête mon rôle. Mais prendre ce temps avec les couples qui m’ont fait confiance me semble un devoir incontournable.


Bon c’est pas tout ça, mais une nouvelle vague de mails est attendue (la première semble avoir très bien marché). Vous pouvez reprendre le nouveau courrier type ci dessous ou vous en éloigner… Un peu de diversité ne nuit pas ! Mais l’accusation d’insécurité étant le principal motif de l’opposition de nos élus, il est préférable de conserver l’argumentation présentée dans la réponse.

Objet : Article 40 du PFLSS – Expérimentation des Maisons de Naissance en France

Madame la Députée / Monsieur le Député,

Citoyen de votre circonscription, je me permets de vous interpeller à nouveau au sujet du PLFSS 2011 qui va être débattu et voté à l’Assemblée Nationale et plus particulièrement au sujet de l’article 40 relatif à la mise en place en France d’une expérimentation des Maisons de Naissance attenantes.

En tant qu’usager/usagère du système de santé, je soutiens ce projet car les maisons de naissance assurent les mêmes conditions de sécurité que les structures hospitalières grâce à la sélection (initiale et continue) des grossesses physiologiques et grâce à la mise en œuvre de l’accompagnement global à la naissance.

En effet, les maisons de naissance sont destinées à accueillir uniquement les femmes présentant une « grossesse à  bas risque » selon les critères définis par la Haute Autorité de Santé en  2007.Le bas risque sera évalué tout au long de la grossesse, et toute modification de ce niveau amènera un transfert vers la maternité partenaire.

D’autre part, dans une maison de naissance, l’accompagnement est global, c’est-à-dire qu’il associe une femme (un couple) et une sage-femme du début de la grossesse à la fin du post partum. Ce suivi personnalisé n’a pas d’équivalent dans les pôles physiologiques que proposent certaines maternités ; il participe à la sécurité de cette prise en charge.

Enfin, nous tenons à souligner que les sages-femmes exercent une profession médicale ; leur formation leur apporte toutes les compétences pour assurer le suivi autonome d’une grossesse et d’un accouchement à bas risque.

C’est pourquoi je vous prie vivement de soutenir cet article lors du débat plénier à l’Assemblée Nationale et vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Députée / Monsieur le Député, de l’expression de ma haute considération.

Signature.




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Juste à temps

Publié par 10lunes le 18 septembre 2009 dans 9 mois

Elle est dans son neuvième mois.

Son premier trimestre est habité par les nausées et vomissements.

Au début de second trimestre, une infection virale potentiellement dangereuse pour son enfant est décelée. Au fil des semaines, de nombreux contrôles, bilans sanguins, amniocentèse, scanner et autres joyeusetés s’enchainent.
Son angoisse est permanente, nourrie par l’attente minante de chaque résultat, les avis complémentaires demandés, la prudence des professionnels qui ne peuvent se prononcer.

Le huitième mois arrive et après une dernière concertation des experts, elle peut enfin être rassurée.

C’est sans compter la mauvaise fée qui la laisse séjourner longuement dans une salle d’attente de la maternité aux cotés de deux enfants souffrant de varicelle… Quand la situation est découverte, c’est le branle bas général avec contrôle sanguin pour toutes les femmes enceintes présentes afin de s’assurer de leur immunité.

De nouveau, elle attend des résultats dans l’anxiété.
Finalement, tout va bien, ses anticorps la protègent.

Il lui reste moins d’un mois pour profiter sereinement de cette grossesse qui se révèle, bien tardivement, parfaitement normale.

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