Coloré

Publié par 10lunes le 20 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

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Elle traverse la pièce, repart dans l’autre sens, s’assied un instant, s’accroupit, se relève.
– « C’est un peu inconfortable là.

L’autre femme sourit :
Voulez-vous remettre le premier pour être sure ?
Oui, vous avez raison, je vais le réessayer.

Quelques contorsions plus tard, elle reprend ses allées et venues
Finalement je crois que le vert me va mieux que le jaune » annonce-t-elle…

… à la sage-femme !

Car ce qu’elle est en train de tester, ce sont les anneaux de plastique qui permettent de choisir la bonne taille d’un diaphragme.

 

NB : si l’on en croit l’indice de Pearl (6 en usage optimal, 16 en réalité) le diaphragme est plus un moyen de régulation des naissances qu’une contraception.

 

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Ecoutée

Publié par 10lunes le 10 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

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33 ans et 3 enfants, elle souhaite une stérilisation.

Son premier interlocuteur est son médecin généraliste. Il confirme qu’elle est en droit de faire cette démarche, souligne que ce choix  lui parait adapté à sa situation et… lui souhaite bon courage pour trouver le gynécologue qui accédera à sa demande.
Aux yeux de beaucoup, elle sera « trop jeune ».

Elle choisit de s’adresser à l’hôpital qui a vu naître son dernier enfant. Elle garde le souvenir d’une équipe bienveillante et ce souvenir ne sera pas pris en défaut. Le gynécologue qui la reçoit l’écoute avec attention, prend le temps de de repasser en revue les alternatives, méthodes de contraception et vasectomie afin que son choix soit totalement éclairé.
Rien d’intrusif dans sa sa démarche, tout dans son attitude atteste que la décision appartient à celle qui fait la demande.
Elle confirme sa volonté de stérilisation.

Une fois les quatre mois (délai de réflexion obligatoire) passés, rendez-vous suivant puis intervention s’enchaîneront avec le même respect.

Le parcours du combattant annoncé se révélera n’être qu’une promenade de santé !

 

*En dehors de la condition d’être majeur, aucun age minimum n’est requis par la loi ; livret d’information

 

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En toute franchise

Publié par 10lunes le 5 avril 2016 dans Vie des femmes

 

miss 2

Je l’ai rencontrée pour ses grossesses et pas revue depuis plusieurs années. Son nom est noté sur l’agenda sans que soit précisé le motif de la consultation. Le code couleur m’indique juste qu’elle n’est pas enceinte.

Elle affiche un large sourire, s’annonce heureuse de retrouver le cabinet, déroule quelque prétexte futile ne justifiant pas sa venue.
J’attends.

Elle commence par donner des nouvelles de ses petits, me présente fièrement leurs photos sur son téléphone.
Elle parle d’elle maintenant, son nouveau job plus intéressant mais exigeant et les étapes à passer pour progresser encore, l’éloignement progressif avec son compagnon, accaparés qu’ils sont par le quotidien, les enfants, la nouvelle maison, les rituels week-end avec les amis et plus vraiment de temps à deux. Elle rebondit sur sa santé, déplorant de ne pas prendre plus soin d’elle.
Un virage encore et elle entame une liste de bonnes résolutions.

J’ai le sentiment que c’est pour cette liste qu’elle est venue me voir. Parce que je l’ai connue « avant » ; avant ses enfants, avant son nouveau poste, avant son déménagement. Je suis le témoin nécessaire de ses engagements futurs.
Et ils sont multiples ; faire un régime, se mettre au jogging, prendre des cours du soir pour obtenir une nouvelle qualification professionnelle, débuter le yoga…  Cette liste  déjà longue des choses à faire vient se compléter d’une seconde à ne plus faire : fumer, s’énerver sur les enfants, se coucher tard, grignoter. Perdue dans ses pensées, elle égrène une interminable suite d’indispensables.

Bien trop longue suite, et surtout bien trop conforme à un pseudo idéal de magazine féminin. En deux mots : inutile et inaccessible. Mais comment l’évoquer sans la blesser ?

-« C’est courageux de t’engager ainsi mais tu ne peux pas tout envisager, et surtout pas tout en même temps. Il faut te montrer réaliste dans tes attentes, choisir des objectifs à ta portée
Pour adoucir mon propos, je tente l’autodérision, Tu sais, si je décidais d’être miss France, je n’y arriverais pas.

Son regard parcourt la pièce sans s’arrêter sur rien. La liste de ses bonnes résolutions occupe toujours son esprit.
Elle prononce quelques mots en pilotage automatique, par simple politesse, pour ne pas me laisser sans réponse.
Et se débarrasse en glissant
Ça c’est sur ! ».

😀

 

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Protégée

Publié par 10lunes le 15 décembre 2015 dans Rencontre, Vie des femmes

 

001 (1)Elle a interrogé son médecin traitant, puis tous les cabinets de gynécologie de sa région. La réponse est chaque fois négative. Une amie lui suggère de contacter une sage-femme.

Au téléphone, l’accueil est chaleureux. Une fois sur place, elle se demande pourtant ce qu’elle fait là, dans cet univers apparaissant centré sur la maternité.
Parce que la maternité, c’est pas du tout, du tout, son truc.

A son presque étonnement, cette première rencontre se passe bien. La discussion est ouverte, ses besoins entendus. Un second rendez vous est programmé quelques jours plus tard.

De petites attentions confortent sa confiance ; un oreiller glissé sous sa tête, un paréo couvrant son bassin. Et surtout les questions régulièrement posées avant chaque étape : Etes vous d’accord pour… ? Est ce que je peux maintenant… ?

Le geste n’est pas très agréable mais il est rapide.
Elle savoure déjà l’idée de ne plus avoir de questions à se poser pendant les cinq années à venir.

C’est alors qu’une nouvelle demande de  la sage-femme la surprend :
– Est ce que vous voulez voir dans un miroir ?

Elle décline la proposition.
Nul besoin de voir les fils, l’essentiel est que ce DIU* si attendu soit enfin en place.

 

*DIU = dispositif intra-utérin = stérilet

 

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Pays natal

Publié par 10lunes le 2 décembre 2014 dans Après, Vie des femmes

 

Elle est chilienne. Sa belle histoire d’amour l’a conduite en France. copper-coil
Quelques années et deux enfants plus tard, elle parle un français parfait avec un délicieux accent qui chante à nos oreilles.

Deux enfants dont un petit second pas vraiment prévu. La faute à la désorganisation qui a suivi l’arrivée de aîné. Elle qui s’attachait autrefois à planifier son quotidien s’est retrouvée à gérer au jour le jour une vie calée sur les besoins changeants d’un nourrisson.

La prise de pilule autrefois métronomique est devenue un peu aléatoire et puis…

Ce nouvel enfant a trouvé toute sa place au sein du foyer mais la désorganisation règne de plus belle. Elle souhaite maintenant une contraception « qui ne s’oublie pas » et opte pour un dispositif intra-utérin au cuivre.

Elle appréhende la pose.
Qui se révèle facile et indolore.
Toute tension envolée, elle s’exclame joyeusement
« Comme ça, j’ai un petit bout de mon pays à l’intérieur de moi ! »

 

PS « culture générale » : La mine de Chuquicamata, au Chili, est la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde 

 

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Je ne tendrai pas l’autre joue

Publié par 10lunes le 25 janvier 2014 dans Médias, Profession sage-femme

 

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Les sages-femmes sont mobilisées depuis trois mois. Les débats au sein même de la profession sont vifs. Si tous souhaitent une meilleure connaissance et reconnaissance de nos compétences, les moyens pour y parvenir divisent.

Le recours possible à une sage-femme est méconnu. Nous avons toutes entendu ce genre de questions lors d’appels pour une prise de rendez-vous « Si vous suivez ma grossesse, faudra que je vois le médecin pour les prises de sang ? Si je viens vous voir en consultation, est ce que je serai remboursée ? Vous pouvez poser mon stérilet, mais qui va me le prescrire ? Je dois demander une ordonnance à mon gynéco pour venir chez vous? …

Certaines sages-femmes aimeraient que la sage-femme soit la porte d’entrée unique du parcours de soin génésique. D’autres, dont je suis, demandent simplement que nous soyons clairement identifiées comme l’une des portes d’entrée.
Il ne s’agit pas d’étendre nos compétences – nous les avons, de nous en donner le droit – nous l’avons. Il s’agit « juste » d’informer les femmes de la possibilité de consulter sage-femme, médecin généraliste ou gynécologue.

Je suis de ceux qui pensent que les professionnels de santé, tous métiers confondus, peuvent travailler ensemble, dans la complémentarité, la synergie, le respect mutuel et une vision commune du soin. Dans mon quotidien, ça marche – presque toujours – comme ça.
Et je veux croire que, pour le plus grand bien des soignés, soignants, pouvoirs publics, institutions partagent ce point de vue.

Et puis certaines nouvelles viennent sacrément entamer ce que d’aucuns qualifient d’optimisme béat.

La notice d’information* de l’ANSM sur la contraception eostroprogestative annoncée ici en fait partie.
En première page, tout va bien, nous ne sommes pas oubliées : Ces médicaments sont prescrits par un médecin ou une sage-femme.

Mais ça se gâte tout de suite après ; morceaux choisis :
– L’apparition ou l’aggravation de maux de tête doit impérativement être signalée à votre médecin prescripteur.
– Tout effet indésirable apparaissant après la prise de pilule doit être signalé et discuté avec votre médecin.
– Dans ces cas, appelez ou consultez immédiatement votre médecin traitant, le médecin prescripteur ou le pharmacien. Si ce n’est pas possible, appelez le SAMU-Centre 15 ou présentez-vous au service des urgences d’un hôpital ou d’une clinique.
– Si vous identifiez l’une des pathologies ou facteurs de risque décrits dans cette fiche, chez vous ou chez un membre de votre famille, signalez-le immédiatement à votre médecin traitant et/ou à votre gynécologue ou à votre pharmacien.
– Si une nouvelle maladie est survenue chez vous ou chez quelqu’un de votre famille depuis la prescription initiale, vous êtes invitée à le signaler à votre médecin traitant et/ou à votre gynécologue sans tarder car des précautions d’emploi ou des contre-indications peuvent alors exister.

Vous le voyez le blème ?
La formulation de l’ANSM laisse pense que tout incident, toute suspicion de pathologie, toute contre-indication ne méritent pas d’être signalés à la sage-femme prescriptrice.

Eux médecins garants de la santé des femmes, moi gentille sage-femme distributrice de pilule bonbons colorés.

Trois mois de grève, deux manifestations, de multiples réunions et groupes de travail (qui se divisent en sous-groupe puis en sous sous-groupe histoire de bien nous user)
J’ai beau faire partie de la frange modérée, vous la voyez ma colère là ?

 

 

Complément d’info 
On me dit dans l’oreillette que les réponses aux questions ne sont pas forcément connues de tous…
Si vous suivez ma grossesse, faudra que je vois le médecin pour les prises de sang ? Non , la sage-femme les prescrira elle même
Si je viens vous voir en consultation, est ce que je serai remboursée ? Oui, à 70 % ou 100 % pour la plupart des actes concernant la maternité
Vous pouvez poser mon stérilet, mais qui va me le prescrire ? La sage-femme peut le faire
Je dois demander une ordonnance à mon gynéco pour venir chez vous ? Non, sauf quand c’est un médecin (gynéco ou généraliste) qui vous adresse à la sage-femme pour un suivi de grossesse pathologique ou pour une rééducation périnéale ( la sage-femme peut aussi la prescrire elle même en consultation postnatale)

 

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L’art du fil

Publié par 10lunes le 19 janvier 2014 dans Profession sage-femme, Vie des femmes

 

ciseaux

Son troisième enfant a 3 mois. Le précédent 1 an. L’aîné 2 ans et demi. Trois enfants en trois ans, ce n’était pas tout à fait leur projet mais … un comprimé oublié de temps en temps et deux bébés se sont invités.

C’est ce qu’elle m’explique lors de notre première rencontre, pour une rééducation périnéale. Elle dit sa crainte d’oublier encore… Parce que trois enfants plus rapprochés que prévu, ça va mais un de plus ? Vraiment pas ! « On » lui a fait la leçon en disant qu’elle devait être plus attentive. « On » lui a parlé du stérilet mais elle a dit qu’elle n’en voulait pas et « on » n’a pas insisté.

Notre séance de rééducation se transforme petit à petit en consultation de contraception. Pourquoi ne pas choisir autre chose que la pilule ? L’implant, elle n’en a jamais entendu parler mais ça ne la tente pas.
– Un truc dans le bras ? Nonnonnon.
– Et le dispositif intra utérin, qu’est-ce qui vous retient ?
– J’ai peur d’avoir mal.
– Vous avez déjà vu à quoi ça ressemblait ? Non ?
Je sors mon matériel de démo, lui laisse le temps de l’observer. Elle s’étonne de le découvrir si petit, si léger au creux de sa main. Elle commence à s’intéresser
Mais comment ça se pose ? Je raconte, montre sur la maquette. Elle se détend. En plus 5 ans sans risque d’oubli ? Elle sourit.

La fois suivante, elle ne veut pas qu’on s’occupe de son périnée, faut causer contraception. Dossier, examen, choix du mode d’action (cuivre ou hormonal) et nouveau rendez-vous pris pour la pose.

C’est pour ça qu’elle est là maintenant, un peu anxieuse…
Je tente de la rassurer en papotant de tout et de rien pendant qu’elle s’installe (en position gynécologique … je reviendrai un de ces jours sur mes démêlés avec la position à l’anglaise), la couvre du paréo que je demande aux femmes d’amener pour se sentir moins « exposées ».
J’attends qu’elle soit prête, qu’elle me le dise, pose le spéculum, fait gicler un peu d’antiseptique tout en l’interrogeant sur les frasques de son aîné, m’applique à parler pour détourner son attention du moment qu’elle appréhende. La pose est rapide, facile. J’annonce qu’il n’y a plus qu’à couper les fils avant de retirer le spéculum.
Je la vois sourire.

Son soulagement la rend volubile. Elle rit de sa peur infondée. Mais je le dirai à mes copines que ça fait pas mal, c’est bête parce que j’avais si peur mais finalement c’est rien du tout ! Les ciseaux, les fils, et tout en lui annonçant que c’est presque fini, je retire mes cisea…. Mon geste se fige. Je n’ai coupé qu’un fil, le second est resté coincé entre les deux lames. Au bout pend lamentablement le DIU que je viens donc de retirer.

Je suis honte ! J’explique ma maladresse, me confonds en plates excuses… annonce que j’ai un DIU d’avance et que si elle veut bien, je le lui pose tout de suite. Elle veut bien et me rassure gentiment. Mais c’est pas grave du tout vous savez… C’est même bien parce que la pose, ça y est, je sais que ça fait pas mal mais j’avais déjà peur en pensant au moment où il faudrait le retirer dans cinq ans. Maintenant je sais que ça ne fait pas mal non plus !

Je place rapidement le nouveau DIU, coupe les fils avec une extrême précaution. Je tirerais presque la langue tellement je m’applique…

Pendant tout ce temps, c’est elle qui continue à parler pour me rassurer !

 

 

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Mon âme au diable

Publié par 10lunes le 8 décembre 2013 dans Formation/déformation

 

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Cette semaine, j’ai un peu vendu mon âme en participant à une formation offerte par des labos.
Je 
m’y étais inscrite malgré la petite voix de ma mauvaise conscience me rappelant que le discours serait forcément tronqué.

Je dois à la fréquentation assidue, virtuelle ou réelle, de praticiens soucieux de santé publique, soignants à l’esprit vif, indépendant, démontant les discours prémâchés et cherchant à se référer à des données fiables… Je dois à tous ceux-là et à mon abonnement à Prescrire une certaine prudence.
La voix fluette de mon ange gardien me disait donc que je vendais mon âme à Big pharma ; le petit diable perché sur mon autre épaule cherchait à me rassurer avec des paroles lénifiantes. A moi de rester vigilante, de ne pas prendre les infos reçues pour argent comptant, et puis quand même, c’était bien sympa de retrouver des copains-copines et de causer d’un sujet qui me passionne, la contraception.

Au final, mon petit ange avait raison, le diablotin a été mis KO au premier round et n’a plus osé l’ouvrir.
Nous (je co-voiturais, ce qui expliquera ma longue présence..) arrivons juste à temps pour prendre un café-croissant offert par le labo.

Vite aller chercher son badge, s’étonner de voir des couleurs différentes et  comprendre en lisant quelques noms à l’envers que c’est pour identifier la profession, gynécologue, généraliste  ou sage-femme. Mieux vaut savoir à qui l’on s’adresse quand on demande de passer le sucre, on pourrait se compromettre à causer avec quelqu’un n’appartenant pas à notre caste… Les gentils étudiants qui tiennent le stand conviennent de la stupidité du truc avec un grand sourire. C’est toujours ça de pris.

Entrée dans la salle de conférence. Sur nos chaises, une pub pour la pseudo contraception Clearblue nous attend. La notice rappelle en encadré  « Jours verts le couple peut avoir des relations sexuelles sans risque pour la femme de tomber enceinte » mais précise dans le paragraphe suivant : « Clearblue est fiable à 94 % cela signifie que sur 100 femmes qui utiliseraient Clearblue pendant un an, 6 d’entre elles pourraient tomber enceinte en ayant des rapports sexuels pendant un jour vert, suite à une identification incorrecte de leurs jours fertiles par Clearblue« . Fiable à seulement 94% donc …

Les interventions commencent et très vite, la journée s’annonce rude. L’artillerie lourde est sortie pour contester la position de l’ANSM sur les pilules de 3ème et 4ème génération. Les chiffres donnés sont justes mais la façon de les présenter manque de clarté. Tout est dans le commentaire et les sous-entendus.
Chacun par exemple s’accorde à reconnaître que le risque thrombo-embolique est plus important pendant une grossesse que sous n’importe quelle pilule. On pourrait en conclure que le recours à toute contraception est un facteur protecteur mais, petit glissement, seule la pilule estroprogestative est mise en avant pour ce bénéfice…

La plupart des interventions seront sur le même mode. Pas de fausses informations mais de la désinformation, des raccourcis, ellipses, données dépassées (une présentation  s’appuyait sur des études réalisées entre 1977 et 1999 !! ), et argumentaires étonnants – la pilule empêche la chute des cheveux.

Les échecs de pilule sont ainsi commentés « l’oubli est la première cause d’échec »… comme si cela dédouanait ce mode contraceptif. Alors que justement, la difficulté réside dans la nécessité d’une prise quotidienne. On nous dira ensuite que le DIU (stérilet) est plus efficace mais seulement parce que les femmes doivent avoir recours au médecin – ne cherchez pas les sages-femmes, elles n’ont jamais été citées pendant les interventions que j’ai suivies – pour l’enlever.
L’avantage d’une contraception longue durée, c’est justement qu’il n’y ait rien à faire au quotidien !

Plus tard, la salle se sépare en deux groupes, publics avertis – J’ai dit avertis et pas invertis rigole l’orateur. Je reste dans le groupe « novice » car c’est clairement là que sont attendues les sages-femmes. Il s’agit de réfléchir au déroulement d’une consultation d’une jeune fille venant pour la première fois demander la pilule ; quelles questions doivent être posées, quels examens cliniques sont nécessaires ? On est dans le B-A BA pour archidébutants… Les réponses qui fusent dans la salle montrent que ce sont déjà des acquis. On en arrive à Quand doit-elle commencer sa pilule ? La salle, dans une parfaite unanimité affirme : Aujourd’hui ! L’orateur est décontenancé, patine puis pirouette, Je suis un peu classique, on va lui dire de commencer le premier jour des règles…
Pourtant la situation mise en scène concerne une jeune fille de 17 ans et lui demander d’attendre son prochain cycle est un vrai facteur de risque de grossesse… Le désir a des raisons que la raison ne connait pas.

Nous apprendrons aussi qu’il faut parler de vaccin contre le cancer du col (raccourci anxiogène) parce que si on évoque le virus HPV, elle va pas comprendre. Seul bon point, on nous rappelle que l’examen gynécologique n’est pas indispensable (cf ces recommandations HAS).

Bon y a eu aussi des interventions plus objectives, de vraies infos données. Mais c’est presque pire car la qualité de quelques uns tend à faire oublier les « à-peu-près » des autres.

Une anecdote résume parfaitement la journée : un orateur interrompt son intervention pour souligner Ah, j’ai oublié de passer la diapos sur les conflits d’intérêts.  Mais c’est simple, j’ai bossé pour tous les laboratoires

Tout est dit !

 

PS : j’ai « tweeté » en direct  et @_castille a gentiment tout compilé, y compris mes fautes de frappe et mauvaises blagues. Si le cœur vous en dit (le fonctionnement et les « codes » de Twitter sont déroutants pour le novice…).

 

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Présumées inconséquentes

Publié par 10lunes le 29 juillet 2013 dans Pffffff

 

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Tout dans cet article m’irrite. Le ton, les raccourcis approximatifs, les reproches sous-jacents…

On commence avec ces stupides et malpropres bonnes femmes qui arrivent de la plage « pas encore lavées » et viennent consulter alors qu’elles pourraient acheter directement leur traitement. Démarche aisée quand on connaît et reconnaît les symptômes, moins quand on découvre les joies de la mycose où que l’on préfère la confirmation d’un avis médical.
Avis que l’on a bien tort de réclamer puisqu’il s’accompagne de deux contre-vérités : « ni rapports sexuels ni bain pendant 7 jours ». Les premiers sont souvent spontanément évités – où y a d’la gène y a pas d’plaisir – mais aucune raison médicale ne justifie de supprimer l’un ou l’autre, sauf à vouloir punir l’inconséquente en gâchant ses vacances…

« Pour éviter les mycoses, il est nécessaire de se laver en rentrant de la plage et il faut surtout éviter de garder toute la journée un maillot de bain humide « . La douche après la plage est sûrement une bonne idée, sans rapport aucun avec la prévention d’une mycose. Mais comment ne pas garder un maillot humide ? Une journée en bord de mer, c’est mouillé /sec /mouillé /sec … Faudrait-il conseiller aux baigneuses de se changer après chaque passage dans l’eau ?

Puis le journaliste a du déplorer une panne de stylo qui nous vaut une intéressante ellipse. « L’eau de mer ou le chlore des piscines fragilisent également la flore vaginale et peuvent favoriser l’apparition de mycoses. Des conseils simples et évidents que ces gynécologues sont de plus en plus obligés de dispenser ». Quels seraient ces conseils ?  Nous ne pouvons que supputer… Préférer les vacances à la montagne ? 

On se réjouit ensuite de lire deux rappels à la fois justes et trop souvent méconnus.
« Pas de douche vaginale ». Effectivement, ce geste est non seulement inutile – le vagin est auto nettoyant (si !) – mais surtout nuisible à l’équilibre de la flore. Or, comme l’article ne le précise pas, le candida albicans est un hôte fréquent du vagin. Ce n’est pas sa présence mais sa prolifération qui pose problème.
– « Mieux vaut-il se méfier d’un préservatif qui aurait passé plusieurs heures au soleil. La chaleur altère effectivement sa porosité. La crème solaire a le même effet sur la qualité du latex« . Il aurait été judicieux de compléter l’information en précisant que cela concerne tous les corps gras (c’est noté sur le mode d’emploi mais qui le lit ? Voilà une bonne occasion de le faire… )

Hélas, la suite nous déçoit. « Messieurs, si ça vous chatouille ou ça vous grattouille, pensez au préservatif ! » Et si ça grattouille pas ? On s’en fout ? Il est bien dommage de commencer un paragraphe en évoquant le Sida pour le terminer en confortant l’idée que l’absence de symptôme est rassurante. De plus l’infection à clamydia, ça chatouille pas et ça grattouille pas, ni chez l’homme, ni chez la femme. Par contre, c’est un grand pourvoyeur de stérilité tubaire comme le rappelle cette campagne de l’Inpes (que je mets en lien tout en pestant qu’une fois de plus, les sages-femmes ne soient pas nommées).

On enchaîne avec la pilule. « Un seul oubli peut entraîner une grossesse non désirée ». C ‘est vrai et pas besoin de décalage horaire ou d’excès de boissons pour oublier un comprimé. Le conseil concernant la contraception d’urgence en est d’autant plus inacceptable « Comme son nom l’indique, elle doit être prise le lendemain ». Non ! Le plus tôt possible, de préférence dans les douze premières heures. Son efficacité est d’autant plus grande qu’elle est prise rapidement.
Et pourquoi ne pas avoir saisi l’occasion de citer le dispositif intra-utérin au cuivre, excellente contraception d’urgence – à poser dans les cinq jours suivant le rapport non protégé – qui permet en plus de ne plus avoir à se préoccuper d’un nouvel oubli de pilule pendant cinq ans !! 

L’article se poursuit sur des affirmations totalement erronées.
« On compte autant d’accouchement que d’avortements ». Faux ! En 2011, il ya eu 793 000 naissances pour 209 291 IVG soit 26.4%. On est très loin du 100% annoncé !
« Les statistiques le disent, c’est à l’automne que les IVG sont le plus nombreuses ». Faux aussi ! En 2010, en métropole, le – petit – pic des IVG était en mars. La faute à la galette des rois ou la Saint Valentin ?

Cela fait déjà beaucoup de reproches pour un article aussi bref mais la phrase de conclusion, s’appuyant sur les contre vérités dénoncées à l’instant- est  totalement inacceptable ! « La preuve qu’en vacances, les femmes ont de plus en plus tendance à se lâcher. Sans vraiment réfléchir aux conséquences »… 

Pourtant, deux tiers des IVG concernent des femmes utilisant une contraception.
Pourtant, la contraception est aussi l’affaire des hommes.

Les femmes, présumées irresponsables et forcément coupables !

PS 1 : les données datent de 2010, 2011 et même 2007 parce que contrairement à l’article, je souhaitais me baser sur chiffres réels (rien trouvé de plus récent).
PS 2: si vous vous étonnez du choix de l’illustration : juste une plage et du soleil pour coller au sujet, et surtout des hommes histoire de rappeler leur implication…

 

 

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Effet secondaire ?

Publié par 10lunes le 10 juin 2013 dans Vie des femmes

 

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En préparation à la naissance, nous abordons toujours le sujet de la contraception en rappelant cette évidence : une contraception, ça se choisit !
Cela permet aux femmes de ne pas sortir de la maternité en pensant que le petit comprimé quotidien est un incontournable.

Nous listons les différentes méthodes, leurs avantages et inconvénients J’évoque aussi  » l’aménorrhée lactationnelle  » dite méthode Mama  – quel est le publiciste fou qui l’a nommée ainsi  !? –  et puis nous parlons du chamboulement plus ou moins violent pour le couple qu’est l’arrivée d’un enfant, de la libido possiblement en berne, des retrouvailles pas toujours faciles… 

Elle découvre le dispositif intra utérin qui ne lui avait jamais été présenté.  

Quelques mois plus tard, revenant en rééducation postnatale, elle annonce, tout sourire « J’ai vu ma gynéco – celle qui la suit depuis une dizaine d’années – et je lui ai causé du stérilet (oui, faut dire dispositif intra-utérin mais le mot  reste bien ancré dans les esprits) et du coup, on a beaucoup discuté… D’habitude c’est pas comme ça, on cause pas mais là on a bien causé et elle a dit qu’elle était d’accord pour me le mettre. »

Très déontologiquement, je suggère qu’à force de penser les médecins débordés, on ne s’autorise plus à poser des questions et qu’il suffit d’ouvrir le dialogue pour…

« Ah non !  me coupe-t-elle, j’avais souvent essayé de discuter mais ça marchait jamais. D’ailleurs, elle regardait même pas mes bébés. Et là, je suis arrivée avec le petit dernier, je l’ai posé sur le côté comme d’habitude, vu qu’elle les regarde pas, et puis là après, elle est venue lui dire bonjour, et tout… »

Et mon mauvais esprit me fait me demander si le suivi « low cost » des sages-femmes n’aurait pas comme impact inattendu d’améliorer le relationnel de certains gynécos…

 

PS : Oui, ce billet est une pique inutile et mesquine mais j’ai lu ça ce matin…

 

©Photo

 

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