Protégée

Publié par 10lunes le 15 décembre 2015 dans Rencontre, Vie des femmes

 

001 (1)Elle a interrogé son médecin traitant, puis tous les cabinets de gynécologie de sa région. La réponse est chaque fois négative. Une amie lui suggère de contacter une sage-femme.

Au téléphone, l’accueil est chaleureux. Une fois sur place, elle se demande pourtant ce qu’elle fait là, dans cet univers apparaissant centré sur la maternité.
Parce que la maternité, c’est pas du tout, du tout, son truc.

A son presque étonnement, cette première rencontre se passe bien. La discussion est ouverte, ses besoins entendus. Un second rendez vous est programmé quelques jours plus tard.

De petites attentions confortent sa confiance ; un oreiller glissé sous sa tête, un paréo couvrant son bassin. Et surtout les questions régulièrement posées avant chaque étape : Etes vous d’accord pour… ? Est ce que je peux maintenant… ?

Le geste n’est pas très agréable mais il est rapide.
Elle savoure déjà l’idée de ne plus avoir de questions à se poser pendant les cinq années à venir.

C’est alors qu’une nouvelle demande de  la sage-femme la surprend :
– Est ce que vous voulez voir dans un miroir ?

Elle décline la proposition.
Nul besoin de voir les fils, l’essentiel est que ce DIU* si attendu soit enfin en place.

 

*DIU = dispositif intra-utérin = stérilet

 

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Rationnel

Publié par 10lunes le 2 décembre 2015 dans 9 mois

 

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Ils sont tous les deux chercheurs, maniant les données biologiques avec dextérité, habitués au milieu médical. Ils sont aussi parfaitement néophytes en vécu de grossesse. Ils attendent leur premier enfant.

La sage-femme qui les accompagne cherche à trouver le juste niveau d’information, ne pas les noyer d’évidences inutiles, ne pas les priver d’explications nécessaires.

Fin du premier trimestre. Pour la première fois, elle dépose un peu de gel sur la sonde doppler, la pose sur le bas du ventre maternel, cherche en orientant le capteur dans différents axes. Un son nouveau envahit la pièce. Celui des battements du cœur fœtal.

En parfait scientifique, le père s’interroge, comment être sûr qu’il s’agit du cœur du bébé et pas de celui de sa mère ?
La sage-femme explique le rythme cardiaque fœtal, bien plus rapide que celui de l’adulte. Elle encourage le père à prendre le pouls de sa compagne pour vérifier lui-même la flagrante différence de fréquence.  Il confirme.

Le temps s’arrête.
Seul le bruit du galop décompte les secondes.

Puis la sage-femme retire la sonde, essuie la trace de gel sur le ventre maternel, sourit à l’ émotion parentale encore palpable.
Alors elle ajoute malicieusement : Là où je cherchais le cœur du bébé, il aurait été très étrange que j’entende celui de la mère.

 

 

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Mal traitant

Publié par 10lunes le 28 septembre 2015 dans Blessures, Médias, Pffffff

 

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Cet après-midi, France culture diffusait un Sur les docks consacré aux « Maltraitances médicales en gynécologie » avec cette intro édifiante « Tout au long de leur vie, les femmes livrent leur corps à des gynécologues ».

Bloquée dans un TGV à la connexion plus qu’intermittente, je me suis attelée au podcast aussitôt rentrée, bien décidée à produire une analyse détaillée et critique.
Mais nul besoin de détails, nul besoin de critique, les interventions des deux gynécologues, respectivement président et secrétaire générale du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (mes amis du Syngof quoi*) se suffisent à elles-mêmes.

J’aurais de toute façon été bien incapable d’écrire quelque chose de censé. L’audition cumulée des témoignages de femmes brutalisées par la médecine est aussi une violence. 


A tout seigneur tout honneur, commençons par le Dr Marty.

Il débute brillamment : La maltraitance vis-à-vis des femmes, pour moi c’est soit du domaine du fantasme soit effectivement des faits divers parce que y en a un ou deux qui ont violé mais ça ça existe dans tous les domaines.
Plus loin, il en rajoute tellement qu’il perd toute crédibilité : C’est pour nous un tel honnnnnnneur d’avoir des femmes qui nous font confiance.
Il osera conclure : Nous on est formés à tout entendre, à tout écouter. On ne fait rien que n’accepte la population.
Irréprochable !

Pourtant,  à deux reprises, son inconscient le trahit.
Evoquant le vécu des touchers vaginaux : Ça dépend d’une appréciation individuelle de cet examen. La plupart des femmes ne posent pas de problèmes par rapport à ça.
A propos des examens sur des patientes sous anesthésie : Y avait aucune raison d’aller expliquer à une femme qui dormait qu’on allait en profiter pour apprendre aux étudiants à faire des examens.

Le Dr Paganelli brille elle par ses interventions… décalées.

Elle ose un premier :  Les dames qui me disent je viens pour un examen gynéco et un frottis et elles ont leur règles et elles m’en mettent partout.
Affirme ensuite : Maintenant les femmes elles demandent tout ce qu’elles veulent…
Puis feint de s’attacher au confort des femmes en comparant  toucher vaginaux  sous et sans anesthésie.
La question n’est pourtant pas celle de l’anesthésie mais celle du consentement…

Consentement qu’elle caricature ensuite  : On leur donnera une fiche d’information par la secrétaire. Est-ce que vous acceptez que je fais (sic) le TV, est ce que vous acceptez  que je prends (re-sic) la tension, est ce que vous acceptez que je vous pèse parce que moi moi j’ai des obèses elles veulent pas être pesées.

Fin des extraits choisis ; je vous encourage à écouter l’émission pour vous faire votre propre opinion.

Je ne souhaite pas opposer gynécologues et sages-femmes. Aucune profession n’a le monopole du respect des femmes. L’un des témoignages évoque d’ailleurs le soutien attentif d’une gynéco.

Mais il semble urgent  que cette profession se trouve d’autres représentants.
Parce qu’avec des amis pareils, ils n’ont pas besoin d’ennemis…

 

*régulièrement invités ici …

Edit du 03 10 2015
Oup ! On me dit dans l’oreillette que le Dr de Rochambeau a remplacé le Dr Marty à la présidence du Syngof le 8 juin dernier. Le Dr Marty est maintenant trésorier du syndicat.

 

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L’oeil et la main

Publié par 10lunes le 9 novembre 2014 dans Formation/déformation, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

Incoming!!!!!

Après un échange sur son projet de mémoire avec une étudiante passionnée et passionnante, je lui prédis un brillant parcours. La petite phrase d’une de ses enseignantes vient doucher mon enthousiasme : « Elle a raté son évaluation « .

Devant mon étonnement, ma collègue complète : « Elle a fait un interrogatoire parfait, elle n’a rien oublié, été très pertinente dans ses questions mais…. elle n’a pas regardé la dame une seule fois ».

C’est à cette anecdote que je repense ce soir-là en rédigeant les courriers pour les maternités résumant le suivi de grossesse de « mes patientes ».

Et je me maudis !

Parce que je crois que je les regarde les dames, je crois aussi poser les bonnes questions. J’oublie « juste » de noter les réponses !

Oh, l’essentiel  y est. Le cancer du sein d’une grand-mère qui l’a fait embrayer sur sa propre inquiétude et l’idée de faire une mammographie de contrôle à 28 ans !
Ou ce diabète paternel de type 2. Même que j’ai failli le rater parce qu’elle a affirmé « Non, y a pas de diabétique dans ma famille «  et que je ne sais même pas ce qui m’a fait accrocher et reposer ma question autrement, pour entendre alors « Ben oui, y a mon père parce qu’il est gros mais ça compte pas ».

J’ai inscrit le harcèlement moral au boulot, celui qui m’a fait contacter médecin du travail et généraliste pour obtenir l’arrêt indispensable.
J’ai bien noté la fausse couche à trois semaines de grossesse, soit une semaine de retard de règles, parce que je sentais que pour cette femme là, cet accident ultra précoce avait du sens.

Je retrouve aussi l’ex petit ami  violent, la pilule oubliée ou l’accouchement difficile de la grande-sœur…

Mais je me suis perdue dans les récits de naissance de cette multipare en me focalisant sur l’orthographe complexe de prénoms inconnus aux sonorités chantantes. Les modalités d’accouchement ? Bonnes, je le sais ; mais c’est un peu  court pour un courrier médical. Que vais-je transmettre sur le terme précis, l’état du périnée ou le poids de l’enfant ?
J’ai bien noté « rubéole positive » lors d’une grossesse précédente mais j’ai omis de faire une copie du résultat.

De la même façon, mes dossiers de rééducation collectent bien plus de notes sur le ressenti des femmes que de signes cabalistiques sur les exercices réalisés et les progrès constatés.
Je n’omets jamais de coter l’EVA lors de la pose d’un dispositif intra-utérin, mais il m’arrive de plonger dans ma corbeille à papier pour en extirper l’emballage et noter le numéro du  lot.
Je vérifie la tension mais, si elle est normale, j’oublie parfois de la transcrire parce que la priorité est à la femme assise en face de moi qui soudain livre quelque chose de sa vie méritant qu’on soit totalement à son écoute.

En début d’année, une formation était proposée par un assureur sur les aléas du médico-légal. Le résumé tient en un mot : TRACABILITE*(il ne suffit pas d’avoir bien fait, il faut aussi pouvoir en apporter la preuve). A l’issue de cette présentation, j’avais conclu que j’avais le choix entre bien me protéger et bien travailler…

Je pense passer aux dossiers informatisés en espérant que cela m’aide à cadrer mes notes, me fasse gagner du temps dans leur écriture. Mais si je sais un peu griffonner sans regarder ma feuille, je ne sais pas remplir un menu déroulant sans regarder l’écran.

Aussi, je me demande combien de petits signes, expressions, hochements et autres crispations je vais rater en cochant bien les cases.
Et combien de phrases en devenir resteront tues parce que je n’ai pas accompagné d’un regard attentif la profonde inspiration qui les inaugurait.

Mais mon assureur sera content.

 

 *Cette même traçabilité qui, selon la MACSF, imposerait un monitoring continu pendant l’accouchement

 

 

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Ecrasage et piquetage

Publié par 10lunes le 14 octobre 2014 dans Vie des femmes

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La secrétaire de l’accueil réclame ma carte vitale et mes anciens clichés puis m’envoie m’asseoir là bas au fond du couloir à gauche.

La manipulatrice radio appelle mon nom et m’installe dans un box en me demandant « d’enlever tout le haut y compris les bijoux et les piercings ».
N’ayant ni bijou ni piercing, le déshabillage est rapide et je me retrouve à frissonner un peu dans une cabine d’un mètre carré chaleureusement équipée d’un banc et d’un porte manteau.
Pour passer le temps, je feuillette la seule revue posée sur le banc… un Vogue de 2008…

La manip radio vient me chercher. La fois précédente, le box donnait directement dans la salle d’examen mais ils sont passés au numérique et toute l’organisation est changée. 
Me voilà donc à traverser un large couloir à moitié à poil avec l’idée qu’à tout moment, quelqu’un peut s’engouffrer d’un pas vif dans les portes battantes qui séparent le dit couloir de la salle d’attente.

Debout, plaquée contre la machine, bras levé, plus haut, plus en arrière, cliché dans un axe puis dans l’autre, à droite, puis à gauche. Je retrouve la sensation du sein écrasé entre deux plaques.
Est-ce la nouvelle procédure ? Il me semble que la décompression du sein est plus lente que lors des examens précédents. Ce n’est pas plus douloureux mais ça l’est un peu plus longtemps.

La manip me demande d’attendre. En sortant elle laisse la porte se refermer toute seule mais une sécurité freine la fermeture et je suis toujours à poil et bien visible lorsque une femme passée avant moi sort du box d’en face. Elle baisse les yeux et je quitte mon inconfortable tabouret pour fermer cette putain de porte.

Un peu d’attente encore. Un médecin ? – elle ne se présente pas –  entre et me demande de m’allonger tout en m’annonçant que les clichés sont bons. Elle vérifie les explications déjà données à la manip : antécédents, traitements ; les S sont barrés car les questions sont formulées de façon à n’appeler qu’une seule réponse, la brièveté est de rigueur.
Elle s’étonne de l’invisibilité de ma cicatrice comme si elle doutait de ma parole.
Dans le même temps, elle piquette ma poitrine du bout des doigts. Quinze secondes par sein. Ridicule.

Elle s’en va en me lançant « Tout va bien, vous pouvez partir ».
La manip est dans le couloir et m’indique le box 7. Je retrouve mes affaires sans bijou ni piercing, me rhabille et sors en me demandant si je vais croiser le regard d’une autre femme dénudée attendant qu’on vienne lui piqueter les seins.

La secrétaire rencontrée il y a 20 minutes me dit bonjour. Je souris et précise « re »bonjour puis je m’en veux. Au vu du nombre de personnes en salle d’attente, pas possible de mémoriser qui est qui… Elle me tend ma carte vitale. Encore quelques grands couloirs à traverser et je suis dehors.

Et soudain j’ai honte, honte de ce système de soin semblant huilé où tu n’existes pas, honte de cette organisation déshumanisante, honte qu’on ait pu penser que je serais dupe de ce pitoyable piquetage désagréable et inutile.

Honte encore, honte surtout, de n’avoir rien dit…

 

 

NB : ce billet n’a rien à voir avec la campagne « Octobre rose ». Pour y voir plus clair sur le dépistage mammographique :

 

 

 

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Virtuellement soignée

Publié par 10lunes le 8 février 2014 dans Pffffff

 

Virtual Hospital 1J’ai entre 18 et 49 ans, je suis enceinte. Je me plains de douleurs dans le dos depuis moins de deux jours et de troubles urinaires (j’ai coché un peu au hasard, je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire). J’ai aussi mal au ventre avec une douleur forte qui descend vers le bas-ventre et qui n’est pas soulagée par différentes positions ( en vrai si un peu mais y a juste noté oui ou non dans le questionnaire).

On me demande si j’ai souvent envie d’uriner (heureusement que j’ai coché troubles urinaires !) Je réponds oui.

Le site mouline en m’informant qu’il va estimer le niveau d’urgence et me recommande… une autosurveillance à domicile ! L’état de la personne ne semble pas nécessiter de consulter un médecin en urgence.
S’il est précisé que l’infection urinaire est très probable, à aucun moment la réponse ne prend en compte que cette infection peut provoquer un accouchement prématuré. La douleur doit passer dans les 3 heures qui viennent. Si ce n’est pas le cas, consulter le médecin. Vu que la seule précision temporelle retenue, c’est « douleurs depuis moins de deux jours », j’ai largement le temps d’accoucher ! Peut-être même dans ma baignoire vu qu’on me précise La douche chaude ou mieux, le bain chaud, permet souvent de soulager divers maux comme le mal de dos, les maux de ventre, la constipation, ou les règles douloureuses.

Comme je suis une gentille fille, je teste un autre scénario.

Même topo de départ mais j’indique d’abord mal au ventre…et puis aussi mal aux reins…La douleur est forte et irradie dans le bas-ventre et le dos. On me demande enfin à combien de mois je suis ? 6 ! Et ben rebelote, autosurveillance à domicile et bain chaud.

Troisième essai. Je la joue finaude et coche contractions au lieu de « mal au ventre ». On me demande si elles sont toutes les 10 minutes (irrégulières ou plus rapprochées, ça n’existe pas). Disons que j’ai des contractions toutes les 5 minutes alors je coche pas. Je précise à nouveau que je suis enceinte de 6 mois. Je vous le donne en mille : auto surveillance à domicile !

Mais le mec est fin, il sait que je le regarde alors il tente de m’amadouer : En cas de doute sur l’importance et les conséquences de ces contractions (vous ne savez pas forcément bien évaluer cela), prenez contact avec la sage-femme qui vous suit pour lui demander conseil.

Nouvelle tentative
J’ajoute des saignements vaginaux au mal de ventre, toujours à 6 mois de grossesse : autosurveillance à domicile !
Ce truc a été conçu pour désengorger les hôpitaux !! 
Le e-docteur ne consent à me recommander d’appeler le 15 que si je coche contractions toutes les 10 minutes.

Allez je tente une dernière… tout pareil mais en plus je coche  Vous avez remarqué (sic) : La tête de l’enfant (ou ses fesses) apparaissent entre les jambes de la mère (proposition qui n’apparaît qu’en cochant contractions toutes les 10 minutes). Le e-docteur s’alarme enfin Le problème nécessite a priori l’appel immédiat au 15 !

Pour finir en beauté, quelques conseils nous sont donnés pour l’accouchement. Evidemment, la femme doit s’allonger sur le dos, sur un drap si possible repassé au fer (vous avez bien lu).  Demandez à la jeune femme de respirer amplement et lentement, la bouche ouverte, sans pousser, de façon à retarder le plus possible l’accouchement (si on voit la tête entre les jambes, ça me semble une bien mauvaise idée).

Après c’est plutôt mieux puisqu’on conseille de laisser la tête de l’enfant sortir sans tirer dessus. Mais en cas de présentation par le siège, ça se complique car le site décrit une manœuvre un peu complexe pour le néophyte tout en lui mettant bien la pression : c’est la seule solution pour éviter la mort de l’enfant. La meilleure façon de procéder est souvent de ne pas intervenir, peut-être encore plus quand on ne sait pas faire.

Les erreurs et approximations pourraient prêter à sourire si ce site ne s’annonçait comme Conçu et encadré par des médecins ; même si les conditions d’utilisation précisent prudemment que les résultats en terme de conseil diagnostique, thérapeutique, d’orientation et d’information sont fournis à titre strictement indicatif et qu’à ce titre ils ne peuvent se substituer à l’exercice médical ou paramédical réalisé par des soignants missionnés par le système de santé.
Le risque est réel de voir des interventions médicales indispensables retardées du fait de patients rassurés à tort – cf cette analyse de Doc Adrénaline, médecin urgentiste, qui a « cramé 5 vies » sur le site !

En conclusion, en cas de doute, appelez un VRAI praticien. Rien ne remplace l’échange entre deux humains...

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NB : D’autres blogueurs sages-femmes avaient envie de s’y frotter. Je communiquerai ici les références dès que leurs billets seront en ligne !
Utilité publique

 

 

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Je ne tendrai pas l’autre joue

Publié par 10lunes le 25 janvier 2014 dans Médias, Profession sage-femme

 

stop

Les sages-femmes sont mobilisées depuis trois mois. Les débats au sein même de la profession sont vifs. Si tous souhaitent une meilleure connaissance et reconnaissance de nos compétences, les moyens pour y parvenir divisent.

Le recours possible à une sage-femme est méconnu. Nous avons toutes entendu ce genre de questions lors d’appels pour une prise de rendez-vous « Si vous suivez ma grossesse, faudra que je vois le médecin pour les prises de sang ? Si je viens vous voir en consultation, est ce que je serai remboursée ? Vous pouvez poser mon stérilet, mais qui va me le prescrire ? Je dois demander une ordonnance à mon gynéco pour venir chez vous? …

Certaines sages-femmes aimeraient que la sage-femme soit la porte d’entrée unique du parcours de soin génésique. D’autres, dont je suis, demandent simplement que nous soyons clairement identifiées comme l’une des portes d’entrée.
Il ne s’agit pas d’étendre nos compétences – nous les avons, de nous en donner le droit – nous l’avons. Il s’agit « juste » d’informer les femmes de la possibilité de consulter sage-femme, médecin généraliste ou gynécologue.

Je suis de ceux qui pensent que les professionnels de santé, tous métiers confondus, peuvent travailler ensemble, dans la complémentarité, la synergie, le respect mutuel et une vision commune du soin. Dans mon quotidien, ça marche – presque toujours – comme ça.
Et je veux croire que, pour le plus grand bien des soignés, soignants, pouvoirs publics, institutions partagent ce point de vue.

Et puis certaines nouvelles viennent sacrément entamer ce que d’aucuns qualifient d’optimisme béat.

La notice d’information* de l’ANSM sur la contraception eostroprogestative annoncée ici en fait partie.
En première page, tout va bien, nous ne sommes pas oubliées : Ces médicaments sont prescrits par un médecin ou une sage-femme.

Mais ça se gâte tout de suite après ; morceaux choisis :
– L’apparition ou l’aggravation de maux de tête doit impérativement être signalée à votre médecin prescripteur.
– Tout effet indésirable apparaissant après la prise de pilule doit être signalé et discuté avec votre médecin.
– Dans ces cas, appelez ou consultez immédiatement votre médecin traitant, le médecin prescripteur ou le pharmacien. Si ce n’est pas possible, appelez le SAMU-Centre 15 ou présentez-vous au service des urgences d’un hôpital ou d’une clinique.
– Si vous identifiez l’une des pathologies ou facteurs de risque décrits dans cette fiche, chez vous ou chez un membre de votre famille, signalez-le immédiatement à votre médecin traitant et/ou à votre gynécologue ou à votre pharmacien.
– Si une nouvelle maladie est survenue chez vous ou chez quelqu’un de votre famille depuis la prescription initiale, vous êtes invitée à le signaler à votre médecin traitant et/ou à votre gynécologue sans tarder car des précautions d’emploi ou des contre-indications peuvent alors exister.

Vous le voyez le blème ?
La formulation de l’ANSM laisse pense que tout incident, toute suspicion de pathologie, toute contre-indication ne méritent pas d’être signalés à la sage-femme prescriptrice.

Eux médecins garants de la santé des femmes, moi gentille sage-femme distributrice de pilule bonbons colorés.

Trois mois de grève, deux manifestations, de multiples réunions et groupes de travail (qui se divisent en sous-groupe puis en sous sous-groupe histoire de bien nous user)
J’ai beau faire partie de la frange modérée, vous la voyez ma colère là ?

 

 

Complément d’info 
On me dit dans l’oreillette que les réponses aux questions ne sont pas forcément connues de tous…
Si vous suivez ma grossesse, faudra que je vois le médecin pour les prises de sang ? Non , la sage-femme les prescrira elle même
Si je viens vous voir en consultation, est ce que je serai remboursée ? Oui, à 70 % ou 100 % pour la plupart des actes concernant la maternité
Vous pouvez poser mon stérilet, mais qui va me le prescrire ? La sage-femme peut le faire
Je dois demander une ordonnance à mon gynéco pour venir chez vous ? Non, sauf quand c’est un médecin (gynéco ou généraliste) qui vous adresse à la sage-femme pour un suivi de grossesse pathologique ou pour une rééducation périnéale ( la sage-femme peut aussi la prescrire elle même en consultation postnatale)

 

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L’art du fil

Publié par 10lunes le 19 janvier 2014 dans Profession sage-femme, Vie des femmes

 

ciseaux

Son troisième enfant a 3 mois. Le précédent 1 an. L’aîné 2 ans et demi. Trois enfants en trois ans, ce n’était pas tout à fait leur projet mais … un comprimé oublié de temps en temps et deux bébés se sont invités.

C’est ce qu’elle m’explique lors de notre première rencontre, pour une rééducation périnéale. Elle dit sa crainte d’oublier encore… Parce que trois enfants plus rapprochés que prévu, ça va mais un de plus ? Vraiment pas ! « On » lui a fait la leçon en disant qu’elle devait être plus attentive. « On » lui a parlé du stérilet mais elle a dit qu’elle n’en voulait pas et « on » n’a pas insisté.

Notre séance de rééducation se transforme petit à petit en consultation de contraception. Pourquoi ne pas choisir autre chose que la pilule ? L’implant, elle n’en a jamais entendu parler mais ça ne la tente pas.
– Un truc dans le bras ? Nonnonnon.
– Et le dispositif intra utérin, qu’est-ce qui vous retient ?
– J’ai peur d’avoir mal.
– Vous avez déjà vu à quoi ça ressemblait ? Non ?
Je sors mon matériel de démo, lui laisse le temps de l’observer. Elle s’étonne de le découvrir si petit, si léger au creux de sa main. Elle commence à s’intéresser
Mais comment ça se pose ? Je raconte, montre sur la maquette. Elle se détend. En plus 5 ans sans risque d’oubli ? Elle sourit.

La fois suivante, elle ne veut pas qu’on s’occupe de son périnée, faut causer contraception. Dossier, examen, choix du mode d’action (cuivre ou hormonal) et nouveau rendez-vous pris pour la pose.

C’est pour ça qu’elle est là maintenant, un peu anxieuse…
Je tente de la rassurer en papotant de tout et de rien pendant qu’elle s’installe (en position gynécologique … je reviendrai un de ces jours sur mes démêlés avec la position à l’anglaise), la couvre du paréo que je demande aux femmes d’amener pour se sentir moins « exposées ».
J’attends qu’elle soit prête, qu’elle me le dise, pose le spéculum, fait gicler un peu d’antiseptique tout en l’interrogeant sur les frasques de son aîné, m’applique à parler pour détourner son attention du moment qu’elle appréhende. La pose est rapide, facile. J’annonce qu’il n’y a plus qu’à couper les fils avant de retirer le spéculum.
Je la vois sourire.

Son soulagement la rend volubile. Elle rit de sa peur infondée. Mais je le dirai à mes copines que ça fait pas mal, c’est bête parce que j’avais si peur mais finalement c’est rien du tout ! Les ciseaux, les fils, et tout en lui annonçant que c’est presque fini, je retire mes cisea…. Mon geste se fige. Je n’ai coupé qu’un fil, le second est resté coincé entre les deux lames. Au bout pend lamentablement le DIU que je viens donc de retirer.

Je suis honte ! J’explique ma maladresse, me confonds en plates excuses… annonce que j’ai un DIU d’avance et que si elle veut bien, je le lui pose tout de suite. Elle veut bien et me rassure gentiment. Mais c’est pas grave du tout vous savez… C’est même bien parce que la pose, ça y est, je sais que ça fait pas mal mais j’avais déjà peur en pensant au moment où il faudrait le retirer dans cinq ans. Maintenant je sais que ça ne fait pas mal non plus !

Je place rapidement le nouveau DIU, coupe les fils avec une extrême précaution. Je tirerais presque la langue tellement je m’applique…

Pendant tout ce temps, c’est elle qui continue à parler pour me rassurer !

 

 

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Braderie de fin d’année !

Publié par 10lunes le 22 décembre 2013 dans Militer

 

manif SF 7-11

En ce moment, les sages-femmes se font entendre et je ne moufte pas. C’est pas vraiment mon habitude hein, en général j’arrive à suivre ce qui se passe. Mais là, niet, nada… j’ai l’impression de ne rien comprendre.

Parce qu’au départ c’est clair ! Les sages-femmes portent des revendications partagées par toutes :  reconnaissance de leurs compétences, réelle autonomie d’exercice pour que ces compétences puissent être mises en œuvre, parcours de soin utilisant au mieux les dites compétences et puis un peu aussi de meilleurs salaires (ce point ne concerne pas les libérales mais je suis évidemment solidaire).

Simple, carré, évident.

Sauf que tout cela achoppe sur le statut qui semble diviser les sages-femmes.
On pourrait même dire que ça achoppe sur un point de vocabulaire : « mé-di-cal ». Encore une fois, le classement des professions de santé – quasi spécificité hexagonale – en deux catégories, médicaux/paramédicaux, complique la donne. Ainsi, Michel Sapin, ministre du travail s’autorise à interpréter (mais de quoi qu’il se mêle !) « [Le travail des sages-femmes] mérite une reconnaissance mais ce ne sont pas des médecins ». Personne ne le prétend et surtout pas les sages-femmes. Mais le code de santé publique a déjà tranché, les sages-femmes sont une des trois professions médicales. Point. 

Les objectifs sont donc communs à toute la profession. Mais les chemins qui y conduisent au sein de l’hôpital font débat. Et Marisol Touraine s’empare avec bonheur de ces divisions. Apres avoir annoncé en novembre une phase de concertation suivie de décisions définitives rendues le 20 décembre, elle annonce ce jour là qu’il est urgent d’attendre. L’annonce de la fin 2013 serait donc définitive fin mars 2014.
Ou comment tenter de laisser un mouvement s’épuiser.

Les sages-femmes se seraient mobilisées depuis deux mois pour en arriver là, c’est-à-dire pas très loin ?
Puis vient ce communiqué et là, je me dis qu’elles ont gagné !!!

Paradoxal ?
Mais si certains s’abaissent à ce genre de grossière attaque, c’est que le balancier balance et que la place des sages-femmes devient enfin plus visible.

Sachez Mesdames et Messieurs de la FNCGM que le gouvernement n’a pas à confier la santé des femmes à quiconque. De droit, nous faisons partie des praticiens à qui les femmes peuvent s’adresser. Elles sont adultes et autonomes et confieront leur santé à qui elles le voudront…  Sachez aussi que certaines confient déjà leur santé – génésique – aux sages-femmes et qu’elles sont chaque jour plus nombreuses à le faire. Sachez enfin que les sages-femmes qui les reçoivent s’attachent justement à dépister tout antécédent, toute anomalie qui justifierait de passer le relais.

Mais quand une sage-femme doit diriger une femme vers un gynécologue parce que la situation nécessite ses compétences spécifiques, comment pourrait-elle l’adresser à un signataire de cette pétition ?

Nous ne sommes pas médecins, ne prétendons pas prendre leur place. Nous demandons simplement à être respectées pour ce que nous faisons au quotidien, à pouvoir exercer la profession pour laquelle nous sommes formées.

Le méprisable mépris dont vous faite preuve dans ce communiqué, la pitoyable pétition qui l’accompagne sont révélateurs de votre mode de pensée. Vous grands chefs, nous dociles fourmis ouvrières.

Mesdames et Messieurs de la FNCGM, à tous les étages du système de soin, dès que l’un pense détenir le savoir et réduit l’autre à la simple exécution, il fait fausse route et met en péril la qualité des soins.

Je souhaite travailler avec vous, j’ai besoin de vous.
Mais sans respect réciproque, nous et les femmes dont nous prenons soin, nous sommes bien mal barrés !

 

Photo : manifestation des sages-femmes © « sage-femme en colère »

PS : la succession d’articles « militant » a de quoi lasser les non sages-femmes qui passent par ici. Je vais profiter de la la trêve de Noël pour revenir à d’autres thèmes qui me sont tout aussi chers…

 

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Mon âme au diable

Publié par 10lunes le 8 décembre 2013 dans Formation/déformation

 

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Cette semaine, j’ai un peu vendu mon âme en participant à une formation offerte par des labos.
Je 
m’y étais inscrite malgré la petite voix de ma mauvaise conscience me rappelant que le discours serait forcément tronqué.

Je dois à la fréquentation assidue, virtuelle ou réelle, de praticiens soucieux de santé publique, soignants à l’esprit vif, indépendant, démontant les discours prémâchés et cherchant à se référer à des données fiables… Je dois à tous ceux-là et à mon abonnement à Prescrire une certaine prudence.
La voix fluette de mon ange gardien me disait donc que je vendais mon âme à Big pharma ; le petit diable perché sur mon autre épaule cherchait à me rassurer avec des paroles lénifiantes. A moi de rester vigilante, de ne pas prendre les infos reçues pour argent comptant, et puis quand même, c’était bien sympa de retrouver des copains-copines et de causer d’un sujet qui me passionne, la contraception.

Au final, mon petit ange avait raison, le diablotin a été mis KO au premier round et n’a plus osé l’ouvrir.
Nous (je co-voiturais, ce qui expliquera ma longue présence..) arrivons juste à temps pour prendre un café-croissant offert par le labo.

Vite aller chercher son badge, s’étonner de voir des couleurs différentes et  comprendre en lisant quelques noms à l’envers que c’est pour identifier la profession, gynécologue, généraliste  ou sage-femme. Mieux vaut savoir à qui l’on s’adresse quand on demande de passer le sucre, on pourrait se compromettre à causer avec quelqu’un n’appartenant pas à notre caste… Les gentils étudiants qui tiennent le stand conviennent de la stupidité du truc avec un grand sourire. C’est toujours ça de pris.

Entrée dans la salle de conférence. Sur nos chaises, une pub pour la pseudo contraception Clearblue nous attend. La notice rappelle en encadré  « Jours verts le couple peut avoir des relations sexuelles sans risque pour la femme de tomber enceinte » mais précise dans le paragraphe suivant : « Clearblue est fiable à 94 % cela signifie que sur 100 femmes qui utiliseraient Clearblue pendant un an, 6 d’entre elles pourraient tomber enceinte en ayant des rapports sexuels pendant un jour vert, suite à une identification incorrecte de leurs jours fertiles par Clearblue« . Fiable à seulement 94% donc …

Les interventions commencent et très vite, la journée s’annonce rude. L’artillerie lourde est sortie pour contester la position de l’ANSM sur les pilules de 3ème et 4ème génération. Les chiffres donnés sont justes mais la façon de les présenter manque de clarté. Tout est dans le commentaire et les sous-entendus.
Chacun par exemple s’accorde à reconnaître que le risque thrombo-embolique est plus important pendant une grossesse que sous n’importe quelle pilule. On pourrait en conclure que le recours à toute contraception est un facteur protecteur mais, petit glissement, seule la pilule estroprogestative est mise en avant pour ce bénéfice…

La plupart des interventions seront sur le même mode. Pas de fausses informations mais de la désinformation, des raccourcis, ellipses, données dépassées (une présentation  s’appuyait sur des études réalisées entre 1977 et 1999 !! ), et argumentaires étonnants – la pilule empêche la chute des cheveux.

Les échecs de pilule sont ainsi commentés « l’oubli est la première cause d’échec »… comme si cela dédouanait ce mode contraceptif. Alors que justement, la difficulté réside dans la nécessité d’une prise quotidienne. On nous dira ensuite que le DIU (stérilet) est plus efficace mais seulement parce que les femmes doivent avoir recours au médecin – ne cherchez pas les sages-femmes, elles n’ont jamais été citées pendant les interventions que j’ai suivies – pour l’enlever.
L’avantage d’une contraception longue durée, c’est justement qu’il n’y ait rien à faire au quotidien !

Plus tard, la salle se sépare en deux groupes, publics avertis – J’ai dit avertis et pas invertis rigole l’orateur. Je reste dans le groupe « novice » car c’est clairement là que sont attendues les sages-femmes. Il s’agit de réfléchir au déroulement d’une consultation d’une jeune fille venant pour la première fois demander la pilule ; quelles questions doivent être posées, quels examens cliniques sont nécessaires ? On est dans le B-A BA pour archidébutants… Les réponses qui fusent dans la salle montrent que ce sont déjà des acquis. On en arrive à Quand doit-elle commencer sa pilule ? La salle, dans une parfaite unanimité affirme : Aujourd’hui ! L’orateur est décontenancé, patine puis pirouette, Je suis un peu classique, on va lui dire de commencer le premier jour des règles…
Pourtant la situation mise en scène concerne une jeune fille de 17 ans et lui demander d’attendre son prochain cycle est un vrai facteur de risque de grossesse… Le désir a des raisons que la raison ne connait pas.

Nous apprendrons aussi qu’il faut parler de vaccin contre le cancer du col (raccourci anxiogène) parce que si on évoque le virus HPV, elle va pas comprendre. Seul bon point, on nous rappelle que l’examen gynécologique n’est pas indispensable (cf ces recommandations HAS).

Bon y a eu aussi des interventions plus objectives, de vraies infos données. Mais c’est presque pire car la qualité de quelques uns tend à faire oublier les « à-peu-près » des autres.

Une anecdote résume parfaitement la journée : un orateur interrompt son intervention pour souligner Ah, j’ai oublié de passer la diapos sur les conflits d’intérêts.  Mais c’est simple, j’ai bossé pour tous les laboratoires

Tout est dit !

 

PS : j’ai « tweeté » en direct  et @_castille a gentiment tout compilé, y compris mes fautes de frappe et mauvaises blagues. Si le cœur vous en dit (le fonctionnement et les « codes » de Twitter sont déroutants pour le novice…).

 

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