Heureuse

Publié par 10lunes le 24 décembre 2016 dans Rencontre

 

C’est la première fois qu’elle consulte une sage-femme. Après les premiers mots d’accueil, il est temps de créer son dossier.

L’ordinateur impose ( si !)  de commencer par une banale fiche administrative.
Nom, prénom, adresse… les touches du clavier cliquettent et les cases se remplissent.

Arrive l’entrée « date de naissance »
– « C’est bientôt, répond la femme en souriant, le 24 décembre.

Les yeux de la sage-femme quittent l’écran pour se lever vers elle :
 Quand vous étiez enfant, vous deviez trouver ça dommage ?
Pas du tout, j’ai toujours été habituée comme ça, et puis c’était du coup une très grande journée de fête !

Son sourire s’élargit encore,
D’ailleurs, j’ai longtemps cru que Noël, c’était juste pour que les autres enfants ne soient pas jaloux de mon anniversaire… »

 

Je ferme l’Avent sur une anecdote qui n’a qu’un rapport très lointain avec les sujets abordés ici parce que la vision positive de cette enfant devenue grande me ravit. Et qu’elle est très « raccord » avec ma motivation pour ce petit marathon 2016 : mettre en avant le meilleur.
Merci à toutes celles qui ont nourri ces 24 billets (et bien plus).
Merci à vous d’être quotidiennement venu nous lire.

 

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Questionnée

Publié par 10lunes le 21 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

c-21Des gynécologues, elle en a rencontrés, plusieurs. Pourtant, elle ne demande rien d’extraordinaire, juste un praticien soucieux de prendre soin d’elle plutôt que de traiter son endométriose.
Vous me direz : c’est pareil.
Pas tout à fait.
En témoigne cette autre femme me racontant une consultation mal vécue « Faudrait qu’il réalise, y a quelqu’un autour ! » en désignant son ventre.

Ce jour-là elle a su avoir trouvé celui qui méritait sa confiance.
Parce qu’il lui a posé une question, en précisant qu’elle était libre d’y répondre ou pas, et aussi d’y revenir une autre fois.

Elle a pensé alors que celui-là ne s’étonnerait pas de sa crainte de l’examen, d’une émotion la submergeant, d’une réaction un peu vive ; qu’il ne lui reprocherait pas d’être trop tendue, ou trop inquiète, ou encore trop douillette.
Elle s’est dit avoir trouvé celui à qui elle ferait une réelle confiance.

Et elle a su tout cela quand il a demandé : « Avez-vous déjà subi des violences sexuelles ? »

 

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Coloré

Publié par 10lunes le 20 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

c-20

Elle traverse la pièce, repart dans l’autre sens, s’assied un instant, s’accroupit, se relève.
– « C’est un peu inconfortable là.

L’autre femme sourit :
Voulez-vous remettre le premier pour être sure ?
Oui, vous avez raison, je vais le réessayer.

Quelques contorsions plus tard, elle reprend ses allées et venues
Finalement je crois que le vert me va mieux que le jaune » annonce-t-elle…

… à la sage-femme !

Car ce qu’elle est en train de tester, ce sont les anneaux de plastique qui permettent de choisir la bonne taille d’un diaphragme.

 

NB : si l’on en croit l’indice de Pearl (6 en usage optimal, 16 en réalité) le diaphragme est plus un moyen de régulation des naissances qu’une contraception.

 

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Ecoutée

Publié par 10lunes le 10 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

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33 ans et 3 enfants, elle souhaite une stérilisation.

Son premier interlocuteur est son médecin généraliste. Il confirme qu’elle est en droit de faire cette démarche, souligne que ce choix  lui parait adapté à sa situation et… lui souhaite bon courage pour trouver le gynécologue qui accédera à sa demande.
Aux yeux de beaucoup, elle sera « trop jeune ».

Elle choisit de s’adresser à l’hôpital qui a vu naître son dernier enfant. Elle garde le souvenir d’une équipe bienveillante et ce souvenir ne sera pas pris en défaut. Le gynécologue qui la reçoit l’écoute avec attention, prend le temps de de repasser en revue les alternatives, méthodes de contraception et vasectomie afin que son choix soit totalement éclairé.
Rien d’intrusif dans sa sa démarche, tout dans son attitude atteste que la décision appartient à celle qui fait la demande.
Elle confirme sa volonté de stérilisation.

Une fois les quatre mois (délai de réflexion obligatoire) passés, rendez-vous suivant puis intervention s’enchaîneront avec le même respect.

Le parcours du combattant annoncé se révélera n’être qu’une promenade de santé !

 

*En dehors de la condition d’être majeur, aucun age minimum n’est requis par la loi ; livret d’information

 

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Situé

Publié par 10lunes le 7 décembre 2016 dans 9 mois

 

coeur-15

Un appel interrompt la consultation :
– « J’ai une éruption d’herpès sur les lèvres. Y a quelque chose à faire ?

Je récapitule mentalement. Elle est presque à terme, j’ai suivi sa grossesse et passé le relais à la maternité – comme nous en avons l’habitude – pour les deux derniers mois. Aucun souvenir qu’elle ait évoqué cet herpès, ce que son dossier me confirme.

Je m’inquiète d’une primo-infection mais elle corrige,
– Non non, c’est pas la première fois.
Je souligne qu’elle aurait du me le signaler.
– Je ne savais pas que ça pouvait être important.
Au vu du terme, je lui suggère de voir directement avec la maternité.

Le couple assis en face de moi a attendu patiemment la fin de notre échange.
Une fois le rendez-vous terminé, je m’octroie quelques secondes pour noter dans le dossier l’appel reçu.
Je m’apprête à taper « herpes génital », et réalise qu’elle ne l’a pas clairement précisé.
Doute.

Je la rappelle :
– J’allais partir à la maternité. Ils m’ont dit de venir tout de suite.
– Je voulais juste une confirmation, c’est bien un herpes vulvaire ? 
Son fou-rire est explosif.
– Les lèvres oui, mais les lèvres du HAUT parvient-elle à hoqueter ».

 

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Préservé

Publié par 10lunes le 5 décembre 2016 dans 9 mois

 

coeur-4-terDeuxième échographie.

Le médecin consulte le compte-rendu précédent et l’interroge : « Vous ne souhaitez pas connaitre le sexe, c’est bien ça ? »

Elle bredouille une réponse confuse parce que son compagnon ne veut pas savoir et elle voudrait peut-être mais craint de ne pas savoir garder le secret alors en fait elle ne sait pas vraiment.
Le praticien la rassure, elle peut hésiter encore, on verra à la fin de l’examen

La revue des différents organes commence. L’échographiste commente l’irréprochable anatomie de ce bébé. Une très belle tête, deux bras magnifiques, deux jambes qui le sont tout autant, un coeur qui bat parfaitement, un diaphragme bien à sa place… La liste des perfections s’égrène doucement.
Puis le médecin quitte l’écran des yeux, se tourne vers elle et conclut
« Tout va pour le mieux.
Elle hésite un temps et se lance
Oui mais… et le sexe docteur ?
Il sourit
– Le sexe est tout à fait normal lui aussi ».
Son ton laisserait la place à une autre question.
Mais elle a sa réponse.

Comme elle l’écrit elle-même :« Je suis partie le coeur en joie, enceinte d’un bébé tout à fait normal, sexe compris, et de plus muni d’une très belle tête ».

 

 

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Reveillée

Publié par 10lunes le 2 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

coeur-2Son corps usé clame bien plus que ses 65 ans. La vie comme on dit ne lui a pas fait de cadeau. 40 années bien tassées passées à l’usine, en travail posté, à manipuler des charges trop lourdes.

Elle vient rééduquer un périnée déficient de longue date. Elle a mis longtemps à s’en plaindre auprès de son médecin, encore plus longtemps, prescription en poche, à se décider à me contacter.

Une fois assise, elle sourit, mais sous contrainte. Il faut se montrer polie.
Ses mots sont désordonnés, ses réponses imprécises, ses questions à peine ébauchées.
Elle appréhende d’avoir à raconter, d’avoir à se dénuder.

Notre pas de deux sera prudent, hésitant, heurté parfois.

Je m’engage à ne jamais rien faire sans son accord préalable, à écourter un examen qui lui deviendrait pénible.
Elle s’applique à faire les exercices, les réussit étonnamment bien, leur consacre au quotidien tout le temps nécessaire.

Un jour, elle dit les trouver agréables.
Cette partie oubliée de son corps se réveille et se rappelle à elle.

Elle affirmait que la tendresse était bien suffisante au bout de 40 années de vie commune.
Au dernier rendez-vous, elle m’a confié qu’avec son compagnon, elle avait parlé de ces choses dont on ne parle pas.

 

 

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Mea culpa

Publié par 10lunes le 26 novembre 2016 dans Militer

 

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Commençons par une brève et vielle histoire :

Il est 19h. Cela fait 23 heures que suis de garde à la maternité, seule sage-femme présente et responsable à la fois du service et des salles de naissances. Je n’ai pas du tout fermé l’œil et pas vraiment posé mes fesses depuis mon arrivée ; j’ai grignoté de la main gauche en remplissant mes dossiers de la main droite et j’ai pissé quand j’en avais le temps, c’est-à-dire pas souvent.
Une chambre sonne. Je frappe à la porte, entre, réponds à je ne sais plus quelle demande au sujet du nouveau-né et m’apprête à repartir quand la jeune mère me remercie par un truc du genre « C’est formidable ici, vous avez toujours le sourire ».
Du coin de la chambre s’élève alors une autre voix, celle de la grand-mère qui tempère la gentille phrase de sa fille  d’un « Ben c’est normal, c’est leur boulot » prononcé sans nuance.

Je suis repartie blessée par cette remarque parce que oui, je trouvais « normal » que l’on me remercie de mon sourire encore présent après cette garde harassante.

Mais en y repensant 25 ans plus tard…

Ces derniers jours, le mot maltraitance a occupé mes pensées.

Il y a eu les récits gentiment adressés pour nourrir mon avent bienveillant. Certains ne relatent que ce qui devrait faire notre quotidien, une très banale et surtout très normale bientraitance assimilable à mon sourire d’il y a 20 ans. D’autres débutent par une situation de maltraitance compensée ensuite par la sollicitude d’autres soignants qui du coup apparaissent exceptionnellement attentifs.

Il y a eu les discussions, ici et ailleurs, plus audibles que certains non-débats parce qu’évitant les jugements définitifs pour privilégier l’analyse fine et la réflexion partagée.

Il y a eu cette réunion professionnelle où des soignants de qualification, région et exercice divers, tous sincèrement attachés à bien faire, s’emparaient chacun de l’étendard de la bientraitance pour défendre leur pré-carré.

Il y a eu ce fil twitter de IuliaLathebiosas@JGiovacchini et ces quelques mots « la médecine est une domination consentie » se mettant à clignoter dans mon cerveau insomniaque.

Il y a eu cette femme rencontrée très récemment en suivi post natal, évoquant avec des étoiles dans les yeux le respect de ses demandes par son obstétricien alors que, plus en mesure de décoder, je n’entendais dans son récit que consultation bâclée et sous-entendus ironiques.

Et puis il y a eu la soirée d’hier, passée à suivre par SMS les tribulations d’une amie sage-femme accompagnant une proche aux urgences gynécologiques d’un CHU.

L’évidence s’est imposée : je me suis plantée !

Alors je réitère mon erreur en répétant que le mot maltraitance recouvre de multiples réalités. Que certaines sont le fait de brutes absolues et inexcusables, que d’autres maltraitances ne sont pas plus excusables mais que peut être leurs auteurs pourraient l’être un peu.
Je m’enfonce en souhaitant que l’on mette avec les soignants au banc commun des accusés la formation, le paternalisme, l’organisations des soins, les conditions de travail, la dérive médico-légale et tant d’autres mécanismes complexes…
Je répète ma crainte d’une bataille rangée inutile parce que stérile.

En un mot comme en cent, l’analyse binaire ne me convient toujours pas.
Mais je commence à admettre qu’elle est le moyen le plus sûr d’être entendu.

 

 


  • Conséquence directe de ce que j’ai écrit plus haut, je ne me lance pas dans un « Avent bienveillant » (et du coup dans aucun Avent faute de munition)
  • C’est un détail mais la suite du dernier billet arrivera un de ces jours

 

 

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Mauvais jour

Publié par 10lunes le 8 février 2016 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

Elle annule son rendez-vous pour un prétexte futile dix minutes avant l’heure fixée. Je propose un autre moment le lendemain. Ça ne lui convient pas non plus. Pas de problème, une série de dates étant déjà programmée, nous nous verrons comme convenu le… Mais cette dame que je ne connais pas encore s’offusque que je n’aie rien d’autre à lui offrir. Son ton se pince pour m’annoncer un Je vais réfléchîîîr cumulant tous les accents circonflexes en sursis.  Notre relation commence sur un mauvais pied, je suggère de tout annuler.

La suivante arrive, déstabilisée. Elle souhaite faire suivre sa grossesse par une sage-femme, comme pour ses deux enfants précédents. Mais depuis elle a déménagé ; nouvelle  sage-femme mais aussi nouveau médecin traitant. Quand elle l’a informé de sa décision, il s’en est offusqué : Comment ça c’est une sage-femme qui va vous suivre !!  Mais comment, c’est aussi une  sage-femme qui va faire vos échographies !!  Mais c’est n’importe quoi !!! Mais où va-t-on, mais où va-t-on !! Je tente de rester déontologique en soulignant que nous avons tous nos mauvais jours…

Pendant la pause repas, la salle se refroidit. Le volet est bloqué et le réparateur tente d’y remédier, toute fenêtre ouverte. Ça dure, encore et encore. Faut commander une pièce… qu’il n’aura pas tout de suite… et ça va coûter cher… Il assaisonne ces mauvaises nouvelles de divers commentaires, tout le temps de sa longue intervention : Mais qui vous a monté ce volet, travail de sagouin, faut pas demander à n’importe qui.. ah la la vous vous êtes bien faite avoir…  mais quelle idée d’avoir fait bosser une boite pareille etc etc… Ne revendiquant aucune expertise en volet roulant, je finis, excédée par le lui signaler.

Il est tard, j’ai faim, le repas chauffe… et mon portable sonne. Le nom qui s’affiche est celui d’une collègue qui – s’appuyant sur ma longue expérience du libéral- m’a adressé de multiples questions par mail. J’ai répondu de façon détaillée en citant de nombreuses références légales et médicales pour étayer mes propos. J’imagine un petit mot de remerciement pour le temps passé à traiter ses problèmes. Je n’y aurais pas droit, elle se lance dans une nouvelle série de question, même pas précédé d’un rituel « j’espère que je ne te dérange pas ». La soupe refroidit…

Beaucoup plus tard, je souffle sur le potage que je viens de réchauffer en ruminant ma journée. Un mot tourbillonne sans que j’arrive à l’identifier. Un truc que j’essaie de mettre en oeuvre au quotidien, pour lequel j’apprécierais une certaine réciprocité.
Ah oui… le respect.

 

 

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Clémente

Publié par 10lunes le 28 janvier 2016 dans 9 mois, Blessures

 

Je le savais pourtant qu’elle attendait ce résultat, qu’elle se rongeait d’angoisse, que les délais de réponse qui lui avaient été annoncés étaient bien trop courts. J’avais tenté de corriger sans oser trop insister.

Et puis ce courrier qui m’attend depuis hier. En mon absence, mes collègues ouvrent « mes » résultats de labo mais cette enveloppe neutre n’avait l’air de rien, elles n’y ont pas touché.

Moi non plus, je ne l’ai pas ouverte tout de suite. J’ai profité de la pause café du midi pour terminer la pile. Un faire-part, une brochure pour un congrès très éloigné de mes centres d’intérêt, quelques résultats d’analyse arrivés le jour même, le chèque d’une femme venue avec sa carte bleue ( j’ai pas de lecteur de carte), une énième pub tentant de se déguiser en information professionnelle et puis cette enveloppe blanche… et son destin à l’intérieur.

Nous avions rendez vous une heure plus tard.

J’ai bêtement pensé qu’elle savait déjà, que puisque le courrier était posté de l’avant-veille, on lui avait communiqué les résultats, qu’il était stupide de l’appeler une heure avant notre rencontre pour le vérifier.

Je l’ai vue dans la salle d’attente, fermée, stressée, pas libérée… le doute m’a traversé – à peine – juste assez pour que je m’entende prononcer avant de me l’être formulé…
– Tu as eu tes résultats ?
Sa tête a fait non.

– Mais c’est bon ! Je les ai reçus, tout va bien !

Elle a pleuré toutes les larmes retenues depuis trois semaines ; j’ai pris sa main.
J’ai un tout petit peu – discrètement – pleuré avec elle et je lui ai demandé pardon parce qu’une heure de plus au bout de trois semaines, oui ça compte quand même.

Alors elle a dit le truc le plus gentil du monde.
Elle a dit :
– Mais c’est mieux comme ça. Je n’aurais pas voulu être seule, c’était bien d’être avec toi pour savoir.

 

 

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