Crash

Publié par 10lunes le 15 juin 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

 

avionDevinette :
Qui alimente régulièrement ce blog par ses prises de position toujours « bienveillantes » ?
Qui n’avait pas fait l’objet d’un billet depuis janvier ?

Qui ravive mon mauvais penchant pour la ralerie ?

Le Syngof bien sûr (mais sur ce coup là, il n’est pas tout seul, regardez la liste des signataires).

Je vous demande de lire ce document pour vous faire votre propre opinion – les sages-femmes à la santé fragile en sont dispensées – avant de lire la suite du billet.

 

Alors ? Si ça se trouve, et si vous n’êtes pas sage-femme, vous l’avez trouvé très confraternel ce document.
Il mérite, je crois, un petit travail de décodage.

 

Blablabla… excellents rapports, blablabla… respect mutuel, blablabla… confraternité. Voilà une introduction qui va bien pour tenter de faire passer la suite.
Car ça se gâte immédiatement.

Affirmer la « non confusion de nos professions« , c’est reprendre le stratagème employé par Marisol Touraine pour décrédibiliser le mouvement des sages-femmes : « Elles veulent devenir médecin« .

En plaçant le qualificatif de médical entre guillemets, nos amis gynécologues tentent de créer la confusion ; y aurait les vrais médicaux : eux, et les moins vrais : nous.
J’ai déjà dit ici combien la césure entre médicaux/paramédicaux me parait inutile – vive les  » fournisseurs de soin » québécois – mais tant que cette nuance existe dans le code de la santé publique, cet adjectif ne saurait tolérer des guillemets pour notre profession.
Alors, quand le paragraphe se termine sur la nécessité d’une communication sans ambiguïté, je ris… (jaune).


L’affirmation suivante, « non équivalence des professions », s’appuie sur une réalité indéniable, une durée d’études différentes, pour aboutir à une conclusion apparaissant logique, des compétences différentes.

Joli sophisme.
Car tout dépend de quoi nous parlons. Nos compétences sont différentes en cas de pathologie mais équivalentes pour le suivi des femmes en bonne santé. La Haute Autorité de santé le réaffirmait d’ailleurs en 2007 dans des recommandations pour le suivi des femmes enceintes. Ce suivi se décline en effet sous différentes modalités :

  • Suivi A : lorsque la grossesse se déroule sans situations à risque ou que ces situations relèvent d’un faible niveau de risque, le suivi régulier peut être assuré par une sage-femme ou un médecin (généraliste, gynécologue médical ou gynécologue-obstétricien) selon le choix de la femme.
  • Avis A1 : l’avis d’un gynécologue-obstétricien et /ou d’un autre spécialiste est conseillé.
  • Avis A2 : l’avis d’un gynécologue-obstétricien est nécessaire. L’avis complémentaire d’un autre spécialiste peut également être nécessaire.
  • Suivi B : lorsque les situations à risque détectées permettent de statuer sur un niveau de risque élevé, le suivi régulier doit être assuré par un gynécologue-obstétricien.

Toute femme peut, pour une grossesse ou son suivi gynécologique, s’adresser à une sage-femme. Il sera de la responsabilité de celle-ci de déterminer si elle peut assurer ce suivi, si elle doit le faire en collaboration avec un autre professionnel ou s’il relève de la compétence spécifique du gynécologue. 

Ce qui nous amène au sujet très sensible du « premier recours« .
Les gynécologues revendiquent de ne pas en être exclus. Ça me va, c’est aux femmes de choisir. Et comme je dénie aux spécialistes le droit de décider pour ma profession, je m’interdis donc d’intervenir sur la leur.
J’en resterais là si le texte n’ajoutait cette affirmation pleine de menace « Toute orientation contraire serait extrêmement dommageable pour la santé des femmes » suggérant que les femmes qui font le choix de consulter une sage-femme prennent un risque pour leur santé !

Je me permets donc de citer la Cour des comptes recommandait dans son rapport de 2011 de « Mieux articuler et valoriser les compétences relatives des sages-femmes et des gynécologues-obstétriciens en faisant encore davantage des sages-femmes des professionnels de premier recours pour le suivi des femmes en bonne santé ».

Curieusement, après une longue liste d’arguments spécieux déniant aux sages-femmes toute autonomie d’exercice, les gynécologues retrouvent soudainement leur pleine confiance dans nos compétences et nous accordent généreusement un nouvel acte, l’IVG.

Loin de moi l’idée de m’en offusquer, je souhaite, comme beaucoup d’autres, que les sages-femmes puissent participer aux IVG.
Mais cette unique exception prouve le peu de considération accordé à cet acte. Nos autres demandes, portées non pour élargir nos compétences mais uniquement pour nous donner les moyens de les exercer restent inaudibles.

 

Voilà, rien de bien nouveau sous le soleil, si ce n’est la pitoyable métaphore aérienne.

Les gynécologues en appellent à l’aviation pour défendre leurs prérogatives. Ils oublient qu’un commandement unique, ça ne va pas du tout avec la réalité de la santé génésique qui peut, avec ou sans la sage-femme, nécessiter l’intervention conjointe de différents spécialistes.
Qui va piloter ?

Je vous renvoie au livre de Christian Morel « Les décisions absurdes« 
« La collégialité, dont l’efficacité a été mise en évidence dans les cockpits d’avion après bien des accidents, favorise la fiabilité des décisions prises »

Collégialité, c’est le mot qui me manquait !

 

 

 

Comme les textes auxquels je me réfère disparaissent parfois, je le copie ici :

L’ensemble des gynécologues médicaux et obstétriciens écrivent à Monsieur Debeaupuis chargé de ce groupe de discussion.

Monsieur le Directeur,

Après les réunions dites « décrets de périnatalité » et « premier recours » ayant eu lieu le 26 mai dernier, vous avez sollicité des contributions écrites.

Les gynécologues-obstétriciens et gynécologues médicaux, sociétés savantes et syndicats réunis, vous adressent ici leur contribution.

Trois valeurs fondamentales basent les rapports professionnels que les gynécologues­ obstétriciens et gynécologues médicaux ont avec les sages-femmes :

Rapports de confraternité et de respect mutuel dans la complémentarité de leurs professions. Les interactions entre gynécologues, gynécologues-obstétriciens et sages­-femmes sont quasi permanentes dans de multiples occasions de leurs exercices professionnels respectifs et, dans l’immense majorité des cas, elles se déroulent dans un esprit et une ambiance excellents.

Non confusion des professions. Même si ces professions sont « médicales » et que leur objectif est complémentaire dans le but de contribuer à la santé des femmes et de la naissance, leurs prérogatives, leur mode d’exercice, leurs compétences et leurs responsabilités ne sont pas les mêmes. Dans le cadre de l’organisation des soins sur un territoire donné, les praticiens ne sont pas interchangeables mais complémentaires et travaillent en coopérant entre eux. Il ne serait pas normal, et certainement dommageable, que la confusion soit entretenue auprès du grand public. La communication concernant la meilleure visibilité et le rôle de la sage-femme doit employer des mots justes et non ambigus.

Non équivalence des professions. Une formation en 5 ans (équivalent Master professionnel) ne peut jamais être équivalent à une formation en 11 ou 13 ans (doctorat professionnel suivi d’une spécialisation de 5 ans complétée dans la grande majorité des cas par un post-internat de deux années supplémentaires). Cette non équivalence doit se traduire par la reconnaissance de liens hiérarchiques de fonctionnement dans les situations qui associent les exercices, notamment en salle de naissance.

Sur la base de ces valeurs, et nous référant aux « demandes » formulées par les sages­-femmes, nous vous adressons les commentaires suivants:

1. S’agissant des décrets de périnatalité :

Nous avons compris qu’il s’agit de contribuer à la clarification des décrets existants et non de rédiger de nouveaux décrets. Pour nous, l’essentiel de la clarification doit porter sur les points suivants :

Organisation hiérarchique des professions médicales en salle de naissance. On n’imagine pas un avion dont le vol serait piloté de façon indépendante et autonome par les divers métiers qui en composent l’équipage. Il faut qu’il y ait un commandant de bord, à qui doit revenir la décision, et qui porte une responsabilité spécifique au-delà des responsabilités qui incombent à chaque professionnel individuellement.

Encadrement des personnels. La compétence particulière des sages-femmes dans le domaine de la périnatalité lui confère un rôle spécifique d’encadrement et de coordination de l’ensemble des professionnels non médicaux en salle de naissance et dans les secteurs d’hospitalisation où sont placées les femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher. Les discussions sur le statut professionnel des sages-femmes ne doivent pas faire disparaitre cette responsabilité d’encadrement car ce serait un recul certain pour la qualité des soins en périnatalité.

La différence « physiologique/pathologique ». Une différenciation stricte est impossible tant les facteurs individuels qui doivent être pris en compte sont nombreux et une situation normale peut basculer à tout moment vers la pathologie. C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il n’est pas possible d’apporter plus de précisions sur ce sujet. Il appartient aux hôpitaux et aux cliniques de s’organiser de la façon la plus adaptée en fonction de leur situation locale pour accueillir de la façon la plus humaine possible les patientes dont la naissance est a priori programmée pour être « normale » par rapport aux patientes dont le risque obstétrical est supérieur et qui doivent pouvoir bénéficier de l’accès à un plateau technique adapté.

Il y a une confusion dommageable entre « urgences gynécologiques » et « urgences obstétricales ». Par définition, une salle de naissance doit être accessible 24h/24 7 jours/7. Cette notion est prise en compte par les décrets de périnatalité. Mais cela ne doit pas pour autant conférer automatiquement aux salles de naissance et à la zone d’accueil de l’urgence obstétricale une vocation à accueillir d’autres urgences, et notamment les urgences gynécologiques (sauf choix d’organisation de la structure en question, notamment pour les structures de moindre importance). Nous sommes favorables à ce que ce point précis soit clarifié en indiquant que, au sein des structures dont l’importance le justifie, les locaux et les personnels destinés à assurer ces urgences gynécologiques doivent être différenciés des locaux et du personnel dédié aux salles de naissance.

D’une manière générale il faut souligner la pluralité des professions concernées par les décrets de périnatalité. Les sages-femmes en font partie, mais pas seulement. Les décrets, dans leur ensemble, doivent être raisonnés et interprétés de façon pluri-professionnelle.

2. S’agissant des demandes de « premier recours » :

D’un point de vue général, le « premier recours » n’appartient pas à une profession individuellement, mais doit s’organiser de façon pluri-professionnelle sur un territoire donné. En particulier, pour ce qui est de leur domaine de compétences, les gynécologues-obstétriciens et gynécologues médicaux revendiquent de faire partie du premier recours et que l’accès direct à ces praticiens ne soit pas remis en cause, aussi bien dans le secteur d’activité public que le secteur libéral. Toute orientation contraire serait extrêmement dommageable pour la santé des femmes.

Dans le détail des demandes et des indications d’arbitrage en provenance du cabinet de Mme la Ministre :

IVG médicamenteuse : sous réserve d’une convention avec un plateau technique, dans les mêmes conditions qu’un autre praticien. Du point de vue des gynécologues­ obstétriciens et des gynécologues médicaux, rien ne s’y oppose.

Suivi des grossesses pathologiques et arrêt de travail supérieur à 15 jours pendant la grossesse : ce n’est pas dans les compétences professionnelles des sages-femmes. Les sages-femmes peuvent cependant contribuer au suivi de grossesses pathologiques sur prescription médicale, à la demande du médecin qui en a la responsabilité. La sage­ femme ne peut en aucun cas se substituer à ce médecin.

Examen postnatal : il n’y a pas d’examen postnatal « physiologique » si la grossesse ou la naissance ont été d’ordre pathologique. L’autorisation donnée à la sage-femme d’assurer la consultation du post-partum n’est acceptable que si en amont tout a été strictement normal. Il serait fort dommageable pour la santé des femmes de se priver de ce moment privilégié du post-partum destiné à faire le point précis des facteurs de risque qui ont conduit à la pathologie. Une consultation avec un médecin s’impose dans ces circonstances.

Il est normal que la sage-femme soit intégrée dans le parcours de soins et qu’elle puisse adresser elle-même la patiente au spécialiste gynécologue-obstétricien, gynécologue médical, pédiatre ou médecin traitant. Elle ne peut cependant se substituer à un médecin pour adresser à d’autres spécialités médicales (radiologues, cardiologues, néphrologues…)

La prescription d’examens complémentaires, d’arrêts de travail ou de thérapeutiques qui relèvent de la pathologie ne doit pas faire partie des prérogatives des sages-femmes dont les compétences sont limitées à la « physiologie ». C’est le cas pour la prescription des échographies de surveillance de la grossesse qui doivent se limiter à l’échographie de datation et aux échographies Tl, T2 et T3.

D’une manière générale, l’établissement d’un catalogue d’actes autorisés ou non ne nous parait pas judicieux car il ne peut être exhaustif. Si cette formule devait quand même être conservée, nous demandons à participer à son élaboration. Les points déclinés ci­ dessus peuvent servir d’exemple pour illustrer les principes que les prises en charge ne doivent pas être raisonnées de façon individualisée par une seule profession mais toujours de façon organisée et coordonnée, et que les professions ne sont pas interchangeables mais contribuent dans leur complémentarité à une prise en charge de qualité.

Nous espérons que cette contribution sera utile. Nous l’avons rédigée de façon concertée entre les différents groupes de sensibilité au sein de notre profession de gynécologues­ obstétriciens et de gynécologues médicaux afin que vous puissiez avoir un reflet synthétique de ce que nous pensons de façon très large.

Nous vous prions d’accepter l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Le président du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français)

La présidente de la FNCGM (Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale)

Le président de la Fédération des Cercles de Gynécologie-Obstétrique des Hôpitaux Généraux

La vice-présidente du Syngof, Vice-présidente d’Avenir Hospitalier

La présidente du SGL (Syndicat des Gynécologues Libéraux)

 

 

 

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Le bûcher des vanités

Publié par 10lunes le 28 mai 2012 dans Profession sage-femme

 

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Notre profession est en pleine évolution, tout particulièrement en exercice libéral. De plus en plus de femmes font suivre leur grossesse par une sage-femme. Nous prenons aussi en charge les enfants dans les premières semaines (et parfois premiers mois, sachant que cette surveillance est alors complémentaire du suivi mensuel assuré par les médecins généralistes ou pédiatres). Enfin, en août 2009, l’extension de nos compétences au suivi gynécologique de prévention et à la contraception est venue compléter notre champ d’action. 

Spécialistes débordés, longs délais pour obtenir une consultation pédiatrique ou gynécologique, les femmes se tournent vers leur sage-femme (ou leur médecin traitant). Cette organisation des soins est une évidence de santé publique, libérant du temps de spécialistes pour les situations particulières. Dans tous les cas, si une pathologie est décelée, les sages-femmes passent le relais au praticien compétent, comme je l’ai déjà expliqué sur ce blog.

Ainsi, les femmes et les familles peuvent bénéficier d’une prise en charge de qualité, où chacun trouve sa place et s’articule avec les autres praticiens du réseau en fonction de la demande, de l’urgence et de la complexité des situations.

Voilà pour le monde idéal.

Parfois ce monde vacille. Nous ne sommes plus complémentaires mais concurrents et certains voient le développement de la profession de sage-femme comme une remise en cause de leurs propres compétences.

C’est ainsi qu’un médecin a porté plainte contre une collègue sage-femme de Savoie.
Les raison de sa plainte : son inquiétude pour la santé de plusieurs enfants.
Le rapport avec la sage-femme mise en cause ? Aucun !

Enfin si, la sage-femme a été en contact plus ou moins direct avec chacun d’eux.
Le premier est né à domicile, après une grossesse parfaitement normale et un accouchement tout aussi physiologique. Plusieurs semaines après la fin du suivi par la sage-femme, le sevrage, rendu nécessaire par l’hospitalisation de la mère, a été difficile.
Le second est son frère aîné de plusieurs années. Il est reproché à la sage-femme de ne pas avoir veillé à sa croissance lors des visites à domicile liées à la naissance du cadet.
La mère du troisième était suivie pendant sa grossesse par cette même sage-femme qui a détecté les premiers signes d’une pré éclampsie et a immédiatement demandé une hospitalisation.

Ainsi la sage-femme est désignée responsable des choix éducatifs d’une famille, refus de vaccinations, enfant non scolarisé en maternelle, alimentation biologique (qualifiée par le médecin « des habitudes alimentaires des adeptes de ce genre de secte ») et de la pathologie d’une femme enceinte. 

Je veux croire que ce médecin s’est réellement inquiété de la santé de ces enfants. Mais c’est le procédé qui interroge. Pourquoi ne pas contacter directement la sage-femme ? Pourquoi ne pas chercher à recueillir auprès d’elle les informations permettant d’éclairer chaque situation ?
Pourquoi refuser la conciliation proposée par le conseil de l’ordre après son dépôt de plainte ?

Il ne s’agit plus alors de préoccupations de santé mais de querelles d’ego et de pouvoir.

En d’autres temps, des médecins ont accusé les sages-femmes de sorcellerie, conduisant parfois ces dernières à être brulées vives en place publique.
Saluons la douceur des temps modernes qui nous permet de gérer ces conflits de façon tout aussi publique mais devant un tribunal administratif.

Soutenez Sandrine Fiandino, le 7 juin à 11 heures au tribunal administratif de Lyon, 184 rue Duguesclin.

 

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Cinéma

Publié par 10lunes le 3 février 2012 dans Profession sage-femme

 

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Magazine de la santé, mercredi 1er février. Reportage sur le prado (dixième minute). Il débute par des images du passage à domicile de Julien, sage-femme libéral*, qui expose brièvement le contenu de ses visites.  Une conseillère de l’assurance maladie rappelle ensuite que cette possibilité existait déjà mais que « les femmes n’en étaient pas correctement informées ».

L’intervention suivante est ainsi annoncée :  » Le prado fait pourtant grincer des dents, en particuliers les médecins totalement exclus des négociations ».

Voici le texte intégral – je ne voudrais pas le dénaturer en le coupant – de l’intervention du Dr Jean Paul Hamon, président de la FMF (Fédération des médecins de France). 
 » Il faut au moins qu’il y ait une auxiliaire de puériculture, il faut au moins qu’il y ait une visite de médecin qui puisse examiner la mère, il faut au moins qu’il y ait une visite de médecin ou pédiatre ou d’une personne qui a l’habitude des enfants en bas âge pour prendre en charge cet enfant. Il faut arrêter, il faut arrêter de penser que la sécurité sociale peut faire des économies sur tout et n’importe quoi sans consulter personne. »

Pour en saisir tout le sel, il faut imaginer ces quelques phrases proférées avec le ton immensément las de celui qui répète les mêmes évidences depuis des années… 

Voilà donc un monsieur qui déplore de ne pas avoir été consulté pour la mise en route d’une prise en charge qui ne le concerne pas. Au risque de me répéter lourdement, les femmes sortent de maternité comme elles le faisaient avant ce programme mais il leur est proposé d’accompagner leur retour par deux visites (ou plus si nécessaire) de sage-femme.

Le Dr Hamon en appelle à l’auxiliaire de puériculture pour – j’imagine – prendre  soin du bébé, au médecin traitant pour l’examen de la mère et au pédiatre -ou « à toute personne habituée aux enfants en bas âge » (sic) – pour examiner l’enfant.

J’ai une bonne nouvelle pour le Dr Hamon, une sage-femme fait tout cela à la fois, peut y consacrer plus de temps et coûtera 30% moins cher à la collectivité**.
Je serais moins acide si je pensais que derrière son intervention se cachait un réel souci des femmes et des enfants. Mais le ton et les « arguments » employés (ainsi que les propos tenus par le même Dr Hamon en décembre 2011 ) démontrent le contraire.

Par ailleurs, avant que le post partum immédiat ne devienne un enjeu de territoire, qui a vu médecin généraliste ou pédiatre envisager de se déplacer deux fois à domicile en quelques jours pour une femme ou un enfant sans pathologie avérée ? Loin de moi l’idée de le leur reprocher, ce n’est pas leur rôle. Et c’est bien là tout l’intérêt de la collaboration entre médecins et sages-femmes qui peuvent proposer des approches parallèles et complémentaires.
 
Monsieur Hamon, les sages-femmes n’exercent pas sous tutelle.
Respectez notre profession, reconnaissez nos compétences, notre autonomie d’exercice, de diagnostic, de prescription… Nous ferons alors du bon travail ensemble.

 

*je remarque encore une fois la sur-réprésentation de mes collègues masculins dans les reportages.

**Visite médecin = 23 € +10 € de déplacement, consultation pédiatrique = 28 € +10 € (sans compter l’auxiliaire de puériculture, ce métier n’existant pas en libéral) soit un total de 71 €.
La visite d’une sage-femme libérale coûtera à l’assurance maladie 42.40€ + 3.81€ de déplacement soit 46.21€.

NB : le CNGOF a publié un communiqué plus modéré critiquant l’intervention du conseiller de l’assurance maladie. Il suggère d’autres utilisations des budgets, comme la création de TISF. Sur ces deux points, il rejoint la position des sages-femmes. Par contre, il égratigne les libérales et s’offusque de la publicité donnée à notre profession à travers cette nouvelle organisation des soins…

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Coopérer

Publié par 10lunes le 3 juin 2011 dans Pffffff

 

Au départ en retraite de sa gynécologue de ville, elle s’est tournée vers un obstétricien exerçant en clinique privée pour son suivi annuel. Lorsque sa nouvelle grossesse s’annonce, c’est très logiquement à ce praticien qu’elle s’adresse. Il assure les premières consultations. Mais lorsqu’elle lui expose son souhait de retourner accoucher à l’hôpital qui a vu naître ses deux premiers enfants, il lui demande de poursuivre son suivi ailleurs. Il s’en explique ainsi, il préfère réserver son temps aux patientes qui accoucheront avec lui en secteur privé.
L’échange est courtois. Elle comprend sa position, il se montre respectueux de ses choix.
Il l’informe que bien évidemment, une copie de son dossier sera adressée au médecin qui prendra le relais dès qu’elle lui en aura communiqué le nom.

Ce ne sera pas un médecin. Plutôt que de rencontrer un nouveau praticien, elle préfère retrouver la sage-femme rencontrée en préparation lors de ses premières grossesses.

Lorsqu’elle appelle pour prendre rendez-vous, je lui demande de ne pas oublier les divers documents, résultats de laboratoire, échographies, frottis … qui me permettront de créer son dossier.
Elle me rassure. Elle n’attendait que mon accord pour transmettre mes coordonnées au secrétariat, je vais recevoir sans tarder le compte-rendu de son suivi.
Agréable nouvelle. Un peu de temps gagné, quelques questions à ne pas répéter, la garantie de disposer du résultat des bilans antérieurs, d’avoir un résumé des consultations précédentes… En un mot, un passage de relais de qualité.

Le jour du rendez-vous, en voyant son nom sur l’agenda, je m’avise de n’avoir toujours rien reçu. Je note de rappeler le secrétariat pour réclamer cette fameuse copie mais ce sera déjà trop tard pour cette première consultation.

Elle arrive, s’installe et extirpe de son sac une épaisse chemise cartonnée. Ce ne sont pas les transmissions attendues mais l’ensemble des résultats de laboratoire et compte rendus d’échographie accumulés depuis sa première grossesse…

Je m’étonne alors de ne pas avoir reçu la copie promise.

Elle a bien communiqué mes coordonnées. Mais quand le spécialiste a appris que ce serait une – simple ! – sage-femme qui prendrait sa suite, il n’a plus jugé utile de transmettre quoi que ce soit. Au contraire, il  a péremptoirement affirmé que toute copie de son dossier était superflue puisqu’elle disposait déjà du double de ses prises de sang envoyé par le laboratoire…

 

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