Mal embarquée

Publié par 10lunes le 4 octobre 2016 dans Après

 

14027-vintage-illustration-of-a-woman-rowing-a-boat-on-rough-seas-pvElle pleure, que dis-je elle sanglote, crescendo, depuis une bonne demi-heure.
Toutes mes tentatives d’apaisement, bonnes paroles, réassurances, propositions diverses sont tombées à plat
La fin de son congé maternité se profile et l’idée de confier son enfant à la garde d’une « étrangère », étrangère pourtant  déjà connue et à qui elle accorde toute sa confiance, cette idée lui est insupportable.

Je rame sur un océan de larmes avec toute mon empathie mais rien n’y fait. Le ressac nous emporte toujours plus loin.

Je m’interroge maintenant  sur une possible dépression, suggère une consultation avec la psychologue de la maternité, un avis de son médecin traitant, un possible arrêt de travail pour différer un peu le moment tant redouté et s’y préparer mieux.
Chacune de mes propositions tombe à plat.
La tempête enfle au rythme de mon impuissance.

Tassée dans le fauteuil, elle s’agrippe à la boite de mouchoir, seule bouée que j’ai su lui trouver. 
Je suis le mauvais capitaine d’un mauvais ersatz de l’Abeille Flandre et je sens bien que je ne vais rien sauver.
A mon énième proposition inutile, elle me coupe sèchement : 
– Tu ne m’aides pas là !

Ses sanglots s’apaisent, mais c’est parce qu’elle n’a plus envie de les partager avec moi.
Je m’inquiète pour elle et parviens à lui extorquer la promesse de nous revoir rapidement.
Elle différera ensuite ce rendez-vous sous un prétexte quelconque. Mais elle accepte de revenir un peu plus tard. Je ne l’avais pas anticipé mais elle si ; cet « un peu plus tard », ce sera après la reprise de son travail.

Entre temps, j’ai repassé en boucle cet entretien, mon inefficacité palpable et me suis promis de m’en excuser auprès d’elle.

Elle arrive, souriante et dynamique, comme je l’ai – presque – toujours connue.
Elle raconte ses retrouvailles avec ses collègues, le plaisir de son métier, les petits et grands bonheurs vécus avec son enfant. Tout va bien.

Je dis mon regret de n’avoir pas su la soutenir dans les semaines précédentes.

Elle s’engouffre dans la brèche : 
Je ne savais pas comment te le dire mais je voulais en reparler aujourd’hui parce que tu as été nulle. 
« Nulle », elle ne l’a pas dit comme ça, c’était moins violemment exprimé mais si je ne me souviens plus des mots exacts, j’ai bien leur sens en mémoire.

Et puis elle m’a expliqué et la leçon fût claire.
– Plus tu cherchais des réponses et plus je me sentais mal.
J’avais juste besoin de t’entendre dire que c’était normal d’être triste à l’idée de me séparer de mon bébé.

 

 

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Ajusté

Publié par 10lunes le 6 décembre 2015 dans Naissance

 

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Enfin ils accueillent leur bébé, après un accouchement plus long et plus complexe que ce qu’ils avaient l’un et l’autre envisagé. 
La naissance inaugure une suite intense de découvertes, de sensations ; le premier cri du tout-petit, vite apaisé, son odeur, la chaleur humide de son corps. Et puis le premier regard, les mouvements de fouissement, les lèvres se refermant sur le mamelon, les premières succions, étonnamment toniques.

L’auxiliaire de puériculture propose ensuite au père de prendre son enfant. Il le cale sur son épaule, comme il s’est habitué à le faire avec leur aîné et vient doucement plaquer une première main sur le dos de son fils.
De son autre main, il cherche à soutenir son bassin.

Mais ses gestes se sont calibrés sur le plus grand.  Sa paume ne rencontre que le vide.
Lentement, il remonte et remonte encore.
Enfin, sa main vient se poser sous des fesses lui apparaissant minuscules.

 

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Post partum animal triste

Publié par 10lunes le 3 septembre 2013 dans Après

 

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Merci les médias, quand je suis en mal d’inspiration, un petit article et ça repart.

Cette fois-ci, l’article est titré « La vraie histoire du sexe après l’accouchement ». Je le lis, bougonne doucement. Il la joue un peu hussard le Dr Harvey ! Le vagin ne sera plus jamais comme avant, ça a l’air de signer la fin d’une époque : bonjour la parentalité, adieu l’orgasme.
Mais si le propos est un peu rude, dénoncer le ronronnement médiatique – qui aime à laisser croire qu’une grossesse est une location de neuf mois restant sans effet dès le départ de l’occupant – est salutaire.

Pour autant est-il normal de penser Plus jamais mon mec ne me touche ? Ce n’est pas ce que j’entends des femmes que je rencontre au quotidien même si rien n’est simple. Fatigue, manque de disponibilité, peur d’avoir mal et/ou de ne pas retrouver le plaisir sont des sujets récurrents dans les semaines suivant la naissance… L’arrivée d’un enfant bouleverse tous les aspects de la vie et il faut se laisser le temps de s’y adapter. Ce n’est sûrement pas assez dit.
Admettons qu’il faille un peu charger la barque pour que le message soit clairement audible.

Mais la barque coule aux paragraphes suivants. 

Mon vagin était devenu un hall de gare. Pourquoi  présenter l’envahissement des examens comme un incontournable ? Les touchers vaginaux sont le plus souvent inutiles lors de la grossesse et ne devraient pas se multiplier pendant un accouchement. Par ailleurs, une femme peut être examinée avec respect, douceur, en ayant attendu son autorisation. Ou l’on peut considérer son corps comme un domaine public, entrer dans une salle de travail sans prononcer un mot, enfiler un doigtier et fourrager brutalement en oubliant qu’il y a un être humain de l’autre côté du plastique. N’est-ce pas plutôt cela qu’il faut dénoncer ?

Pendant l’accouchement, la sage-femme rentre l’avant-bras dans ton vagin pour voir où en est ton col. Que nenni, l’index et le majeur suffisent grandement, pas besoin de l’avant-bras ! Pourquoi véhiculer ce genre d’image sinon pour conforter la « goritude » de la chose ? 

S’ajoutait à cette sensation un accessoire peu glamour mais obligé : pendant un mois après la naissance de son bébé, elle a porté constamment des couches, de très grosses serviettes. Effectivement la couche épaisse manque un tantinet d’élégance. Mais cela ne concerne que les premiers jours, ensuite les pertes diminuent et les protections se font plus discrètes. Alors oui, pas de tampons en postnatal immédiat (le glamour du fil qui dépasse ?) pas de moon cup non plus… Saigner est un aspect de la vie des femmes, tout simplement.

Les médecins recommandent d’attendre au moins quinze jours avant la reprise des rapports. Personnellement, je ne recommande rien sinon d’attendre d’en avoir envie et de prendre du temps ensemble ; pas forcément pour se grimper dessus, juste le temps de la tendresse, parce que le désir émerge rarement entre des pleurs à apaiser et un sac poubelle à descendre…

On nous sert ensuite les inévitables exemples de ceux pour qui ça n’est jamais reparti. L’arrivée d’un enfant ne soude pas un couple, ne le détruit pas non plus. Mais elle aiguise toutes les aspérités. Si ça n’allait pas très bien avant, ça ira rarement mieux après et ce n’est pas l’accouchement en lui-même qui est en cause.

Ce qui m’irrite au final, c’est que cet article écrit en filigrane qu’une nana n’est désirante et désirable que mince, tonique et aménorrhéique ; que tout changement corporel est forcément assassin pour le désir ; que récupérer d’un accouchement, c’est perdre ses kilos, masquer ses vergetures et remonter ses seins. Bien la peine de citer le Beautiful Body Project ! *

Je vous invite à ré(?)-écouter cette chanson de Moustaki magnifiquement interprétée par Reggiani (avec du Baudelaire en prime)

 

*extrait du volume 1 consacré aux mères

 

PS : j’ai volontairement omis plusieurs questions évoquées dans cet article car elles méritent à elles seules un billet. A venir… ?

 

 

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Cachez ce sein

Publié par 10lunes le 11 mars 2013 dans Après

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Le musée présente une rétrospective « Le nu dans tous ses états ». Dessins, peintures, photos ou sculptures, petits ou grands formats, les corps sont exposés, livrés au regard. Que l’image soit anatomique, érotique, transcendée, rêvée, revisitée… la nudité est partout.

Elle parcourt cette exposition avec son tout petit. Porté en écharpe, lové contre sa mère, c’est à peine si on devine sa présence. Mais quand la faim se fait sentir, ses manifestations sonores la rendent plus évidente.

Au centre de la salle, de grandes banquettes confortables permettent de se reposer en contemplant les oeuvres. Dans un coin, un tabouret celui du gardien peut être, est inoccupé. Il a le mérite d’être hors du passage des visiteurs. C’est donc celui là qu’elle choisit.

Sous le T-shirt, sa main libère le sein puis remonte le pan de tissu tandis que son autre bras approche l’enfant du mamelon. Le tout ne prend que quelques secondes ; ne reste visible que le dos du bébé tourné contre sa mère. En étant très attentif, à peine peut-on deviner aux faux-plis du tissu que quelque chose se passe. Mais rien dans son attitude n’est ostentatoire, encore moins provocant.

A peine la tétée commencée, le gardien vient la chercher pour lui proposer un endroit plus confortable. Elle décline poliment, se sent bien dans la salle. Il insiste, cela pourrait être gênant. Elle le rassure, ça ne la dérange absolument pas. Mais ce n’est pas de sa gêne qu’il s’agit mais de celle supposée des visiteurs. En empaumant son coude pour la pousser à se lever, le gardien affirme à nouveau, « Vous serez mieux installée ailleurs ». Pour éviter l’esclandre, elle accepte de le suivre.

C’est ainsi quelle se retrouve au fond d’un couloir sombre, à proximité immédiate de l’entrée des toilettes, installée « plus confortablement » sur un tabouret identique à celui que l’on vient de la forcer à quitter.

 

©Photo

 

PS : je travaille sur une réponse au dernier livre d’ Odile Buisson. En attendant que je parvienne à publier autre chose qu’une réponse épidermique forcément maladroite, un seul conseil : n’achetez pas son livre ! Inutile de faire monter ses chiffres de vente et ses droits d’auteurs… 

 

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Perdre

Publié par 10lunes le 16 février 2013 dans Après

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Ces parents sont venus me présenter leur nouvelle-née. L’examen est normal mais leur fille a perdu du poids depuis la sortie de la maternité.

Elle est nourrie au biberon et les quantités de lait données paraissent trop basses. Je suggère de la stimuler un peu, explique qu’un bébé qui ne mange pas tout à fait assez à tendance à se mettre en mode « économie d’énergie » et à beaucoup dormir. Nous parlons des petits signes d’éveil qu’il faut saisir au vol parce qu’elle sera alors plus encline à téter.  

Le couple écoute attentivement mes conseils. Je n’ai aucune inquiétude, un peu de lait en plus et tout va rentrer dans l’ordre. Nous convenons de ne refaire le point que quelques jours plus tard.

Je les revois donc mais la courbe de poids stagne. L’examen reste rassurant. En reprenant le compte des biberons, il s’avère que le rythme n’est toujours pas bon. Je souligne que la réveiller n’est pas la déranger inutilement mais une nécessité médicale. Je n’insiste pas trop, soucieuse de ne pas inquiéter ces jeunes parents. Nous prévoyons de nous revoir le surlendemain.

Mais deux jours plus tard, la courbe de poids n’est toujours pas repartie. Je m’inquiète réellement. Refait un examen soigneux du bébé. En décomptant les biberons, je découvre qu’ils sont toujours bien en deçà du rythme demandé. Je me montre plus autoritaire en donnant des consignes très précises.  
Par précaution, je les oriente vers leur médecin traitant pour un nouvel examen.

Le médecin sera rassurant et les parents enfin décidés à suivre nos recommandations. Deux jours après, leur fille a repris du poids et ils constatent eux mêmes qu’elle les sollicite beaucoup plus souvent. Bientôt, plus besoin de la réveiller, elle prend spontanément son quota de lait.

Tout cela n’aura duré au final qu’une bonne semaine. Mais je m’interroge sur leur résistance, sur ma capacité à expliquer la nécessité des réveils. Ce sont des parents attentifs et je ne parviens pas à comprendre pourquoi ils ont tardé à suivre les conseils donnés.

Quelques semaines plus tard, en consultation postnatale, elle revient sur un petit incident. Peu de temps après la naissance, elle a donné un premier biberon, un de ces biberons de 90ml déjà conditionnés distribués en maternité. 

Le lait lui a été apporté sans consigne particulière, ou pas assez clairement énoncée. Elle a laissé téter sa fille longtemps et une grande moitié du biberon y est passée. Un peu beaucoup pour un estomac tout neuf. Quand l’équipe s’en est aperçu, les parents se sont fait gronder ; donner autant à un nouveau-né, c’était irresponsable.

Cette engueulade – c’est le terme qu’elle emploie – les a marqués. Ils avaient donné trop, il fallait donner moins.

C’est surement pour ça qu’il m’a été si difficile de les convaincre de donner plus.

 

©Photo

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Gagner

Publié par 10lunes le 12 février 2013 dans Après

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Nous proposons aux parents de les suivre à la sortie de la maternité. Un accompagnement postnatal de quelques semaines qui permet de répondre aux interrogations multiples, de soutenir un allaitement, d’accueillir les inquiétudes, les doutes, la fatigue, les grands bonheurs et petits malheurs coutumiers de l’arrivée d’un nouvel enfant.

Ce bébé et sa famille sont suivis par une collègue. Absente cette semaine, elle m’a demandé d’assurer l’intérim.

Les débuts ont été chaotiques, obligeant à conjuguer mises au sein, biberons de lait maternel et de lait artificiel. L’examen de l’enfant est depuis tout à fait rassurant, il est tonique, vigoureux et la balance confirme à nouveau une prise de poids plus que correcte. Mais bien que la courbe monte en flèche, ses parents restent très vigilants au rythme et heures des tétées et biberons.

Je glisse que l’on pourrait sûrement simplifier un peu maintenant que tout s’est normalisé, supprimer le lait artificiel, augmenter les mises au sein.

Je sens le blocage et  n’insiste pas, liant leur réticence à mon irruption dans une relation établie de longue date avec une autre sage-femme.

Elle me donnera la bonne clef peu après. « Je sais bien que je suis trop fixée sur le poids, que tout va bien, que je pourrais supprimer les biberons progressivement. Mais, et elle me désigne son ainé – atteint d’une pathologie assez lourde – petit bonhomme rieur occupé à faire rouler ses camions entre les pieds des chaises,  le premier signe de sa maladie, ça a été la perte de poids. »

 

 

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Bouclier

Publié par 10lunes le 22 décembre 2012 dans Après

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Dans sa famille, ça ne se fait pas. C’est en résumé l’argumentaire qu’elle m’oppose quand j’évoque pour la première fois avec elle la question de l’allaitement maternel. Du coup, elle ne s’est jamais vraiment posée la question ; elle va faire « comme tout le monde ». Et puis, ça ne doit pas être agréable d’avoir le bébé au sein et puis c’est surement douloureux et puis le biberon c’est bien plus pratique…  

Je ne cherche pas à la convaincre, mais tente cependant d’entrouvrir la porte à une autre façon de faire. Je lui présente la possibilité d’une « tétée de bienvenue », soulignant que cela ne l’engage à rien mais que peut-être, elle pourrait découvrir à cette occasion l’envie de poursuivre un allaitement… ou pas. Nous évoquons ce moment de la naissance où son bébé sera posé sur elle, en peau à peau, la compétence des nouveau-nés à aller chercher le mamelon nourricier. 

Les deux autres femmes du groupe ont choisi d’allaiter. Le sujet est donc régulièrement évoqué. Elle semble maintenant tentée par cette première mise au sein.

Quand je la retrouve après la naissance, c’est au biberon qu’elle nourrit son enfant. Je m’autorise à demander « Et la tétée de bienvenue ? Tu as essayé ? « 

Elle rétorque avec énergie « Ah ça non ! Il risquait pas d’arriver à téter, j’avais gardé mon soutien-gorge ! « 

 

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Impliqué

Publié par 10lunes le 18 décembre 2012 dans Après

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Leur enfant est né un peu plus tôt que prévu. C’est donc à trois qu’ils assistent à la dernière séance de préparation, heureux et fiers de présenter leur tout-petit aux deux autres couples. Les questions pleuvent.

C’est lui qui raconte, faisant un récit détaillé de toutes les étapes de l’accouchement. Il débute par  la description minutieuse de la perte des eaux, enchaine sur le départ à la maternité, évoquant au passage son rôle essentiel dans le bouclage de la valise, décrit l’accueil de la sage-femme, le premier examen. Avec fierté, il explique comment il a soutenu sa compagne en la massant, l’étirant, la berçant et souligne combien il était fatigué… Vient la poussée, « Elle s’est accrochée à mon cou, j’en ai encore des courbatures » et enfin la naissance. Pas un détail ne manque à sa narration.

Volubile, occupant l’espace de ses gestes amples, c’est une vraie pièce de théâtre qu’il est en train de jouer. Dans son enthousiasme, c’est le « on » qui préside. Le « on est arrivé » passe très bien, « on a accouché » nous attendrit, mais « on avait des contractions toutes les trois minutes » semble un peu exagéré.
Sa femme l’écoute avec le petit sourire de celle qui ne dit rien mais n’en pense pas moins…

Quand la question du recours à la péridurale leur est posée, il continue sur sa lancée. « On a pas pris la péri parce qu’on allait bien.
Sans lui faire remarquer sa maladresse, sa voisine se tourne vers elle et l’interroge directement. Comment as tu vécu les contractions ? Ca faisait mal ?
Et quand c’est lui qui ouvre la bouche pour se lancer dans une énième tirade, sa compagne pose doucement la main sur son avant bras pour l’interrompre, « Je t’ai laissé tout raconter mais pour la douleur, tu vas peut-être me laisser parler ? « 

 

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Résolution

Publié par 10lunes le 5 décembre 2012 dans Après

 

7951256460_98a47b64ff_bElle raconte une longue poussée, une heure lui semblant interminable, à la fin d’un long travail, à la fin d’une longue nuit. 

Elle insiste sur l’inutilité de ses efforts, sur son impossibilité à faire mieux… Mais précise qu’elle n’en garde pas un mauvais souvenir. Et quand j’insite un peu, souhaitant lui laisser l’espace du regret ou de la plainte, elle affirme vigoureusement que non, que c’est surtout pour l’équipe qui l’accompagnait que c’était long – « Ils baillaient » – mais elle, finalement non, vraiment, ça allait.

Nous poursuivons la consultation centrée sur la nécessité d’une rééducation périnéale. Je pose de nombreuses questions afin de dépister les possibles dysfonctionnements, ses éventuelles « mauvaises » habitudes.

J’en arrive à « Est ce que vous poussez pour uriner ? « 
Sa réplique m’enchante.
Oeil malicieux et sourire taquin « Ah non ! Depuis mon accouchement, j’ai décidé de ne plus jamais pousser ! »

 

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A vive allure

Publié par 10lunes le 2 novembre 2012 dans Après

 

3277930471_d998eb9d5d_oLes couples ayant noué des liens au fil des séances de préparation à la naissance se retrouvent avec plaisir. Chacun, une fois « son » coussin rejoint – je m’amuse de les constater si casaniers, reprenant la même place à chaque rencontre -, s’enquiert des derniers événements, partage ses ressentis, ses émotions.

Ce jour là l’ambiance est joyeuse mais ils tardent à s’installer. Il faut dire que la donne a changé. 

Ils sont passés de l’autre côté du miroir… Ils vont de l’un à l’autre tous aussi fiers et heureux de présenter leurs nouveau-nés. La dernière fois qu’ils se sont vus, les ventres étaient ronds et lourds. Aujourd’hui, ce sont aux bras des pères que pèse l’attirail apparu indispensable à cette première sortie officielle…

Ils finissent par s’asseoir, avides de partager les événements de ces dernières semaines.

L’une se met à raconter. Un accouchement serein. Arrivée paisible à la maternité, consultation d’accueil, monitoring, un long bain, un peu de ballon, une brève phase de découragement traversée grâce au soutien de la sage-femme, l’envie de pousser …

A ses cotés son compagnon porte leur tout-petit lové contre son torse, soutenu par une écharpe de coton multicolore. Il ne la quitte pas des yeux, boit ses paroles, revit les émotions, acquiesce aux descriptions, ponctue chaque épisode d’un léger hochement de tête, transi d’amour pour la femme qui a mis son enfant au monde.

Elle termine son récit sur la phase de poussée, facile et rapide, en deux contractions nous dit-elle.

Débordant de fierté, il confirme :  » Ma femme ? C’est un vrai toboggan à bébé ! « 

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