Ne vous inquiétez pas, néanmoins…

Publié par 10lunes le 26 juin 2016 dans Formation/déformation, Pffffff

 

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Ne vous inquiétez pas et néanmoins sont les deux mantras d’une vidéo postée par un site « d’information santé ». Vidéo dont je ne donnerai pas le lien, parce que je veux ici dénoncer un discours, pas la collègue qui le récite. Je ne sais pas comment cette vidéo a été tournée, quel contrôle cette sage-femme a eu sur la version finale. Surtout, je ne sais pas quel est son parcours et je sais trop bien quel aurait pu être le mien sans un petit coup de main du destin.

J’ai donc choisi de vous copier les mots et vous certifie l’exhaustivité de la copie.

 

Bonjour, je m’appelle Gudule* je suis sage-femme.  Nous allons voir aujourd’hui les questions qu’on n’ose pas poser sur l’accouchement.

Première question : Est-ce que je vais avoir mal ?
La douleur est une sensation subjective, nous n’avons pas toutes le même seuil de douleur.
Parler de seuil de douleur, c’est sous-entendre que son niveau serait unique mais, selon que l’on soit douillette ou courageuse, sa tolérance variable. Pourtant, de multiples facteurs vont influer sur le vécu de la douleur, en particulier le stress (et perso, si on me bassine avec des ne vous inquiétez-pas… je stresse). Tout ce qui aide ou empêche le glissement dans l’état de conscience si particulier de l’accouchement favorise ou bloque la sécrétion d’endorphines.

Néanmoins, la période de pré-travail peut être douloureuse.  Les contractions seront présentes toutes les 10 minutes, peu douloureuses, puis elles vont s’accentuer toutes les 2, 3 minutes, assez régulières et douloureuses. 
Je m’insurge (oui, à ce point !) contre cette description mathématique des contractions. Elle laisse penser que tous les utérus avancent de la même manière, indépendamment du corps et de la psyché qui les accompagnent. Les contractions peuvent être immédiatement rapprochées, rester espacées ou irrégulières jusqu’à la naissance. Cette description minutée du rythme du travail fait que nombre de femmes ont l’impression que rien ne se passe comme prévu et s’en tracassent. Alors que ça se passe et c’est tout.

Une fois la péridurale posée, vous ressentirez les contractions utérines mais vous n’aurez plus mal. Lors de l’accouchement, vous pourrez sentir une pression mais vous n’aurez plus mal non plus.
Comprenez bien, quel que soit votre seuil de douleur, la péridurale est un incontournable de la salle de naissance !!

L’accouchement sans péridurale est différent. Il vous faudra une solide préparation à l’accouchement reposant sur le souffle et la maîtrise de soi. La douleur sera constante jusqu’à l’accouchement.  Le travail peut être long si votre fœtus n’arrive pas à se positionner correctement dans votre bassin. A tout moment vous pouvez poser une péridurale, ne le considérez  pas comme un échec.
L’accouchement sans péridurale passerait plutôt par le lâcher prise. Se préparer à mettre au monde, ce n’est surement pas être formatée à souffler en cadence… Prendre confiance dans ses ressentis, se savoir compétente et capable de s’adapter me semble bien plus « solide ».

Une autre question que les femmes enceintes se posent régulièrement : Est ce que nous pouvons poser la péridurale à tout instant ?
Souvent la péridurale est posée à partir de 3 cm. Nous attendons cette dilatation afin d’être surs que le travail est bien lancé. Néanmoins, si les douleurs sont trop importantes, nous pouvons poser la péridurale avant.  La péridurale peut être posée jusqu’à dilatation complète. Cela s’appelle une rachi-anesthésie. Elle agit du coup instantanément.
Sans péridurale, pas de salut. Et si vous aviez pensé pouvoir faire sans, on vous le dit, ne vous entêtez pas, jusqu’au bout c’est possible. C’est vrai – mais variable selon les organisations de maternité – et parfois au prix de l’absence totale de sensation.

Néanmoins si la douleur est trop vive, nous pouvons choisir de nous installer car seul l’accouchement pourra  vous soulager.
Vous vous demandez bien quelle installation va vous soulager ? Le terme est un peu jargonnant et signifie que la sage-femme vous met en position pour pousser. Ca veut dire surtout que la sage-femme décide du quand et du comment (sans attendre votre besoin de pousser).

La question qui en découle est : est-ce que j’aurais assez de péridurale jusqu’à l’accouchement ?
Le travail peut durer  7 à 8 heures.  Ensuite nous pouvons attendre jusqu’à 2 heures que le bébé descende dans le bassin. Mais ne vous inquiétez pas la péridurale continuera jusqu’à la fin de l’accouchement.
Une énième couche de péridurale. Aucune nuance apportée sur l’efficacité, réelle mais pas toujours optimale ; aucune information sur la PCEA qui permet aux femmes de controler elles-mêmes la dose d’analgésie nécessaire. La PCEA n’est pas disponible dans tous les établissements mais c’est une information utile aux femmes qui pourraient alors interroger la maternité choisie.

La question que toutes les femmes enceintes se posent est la question des selles. Est-ce que nous allons avoir des selles au moment de l’accouchement ?
Seules 10 % des femmes sont dans ce cas. 
Personne ne sait d’où vient cette statistique de 10 % (j’ai demandé aux copains/copines). Et puis les chiffres on s’en fiche un peu. Même si la probabilité est de 1%, si c’est toi le 1 %, tu te sens très concernée.

En effet, cela fait 12 à 24h que vous supportez des contractions utérines douloureuses, vous n’avez pas ou peu mangé. Au moment de l’accouchement, nous vous posons une perfusion qui vous alimente par voie veineuse. Néanmoins vous pouvez sentir comme une pression au moment de l’accouchement. Si on reprend le bassin, le coccyx se met en arrière de manière à laisser passer votre bébé. C’est ce mouvement-là qui peut vous amener à penser d’avoir des selles au moment de l’accouchement. Pas de panique il ne se passera rien.
Effectivement le coccyx bascule mais la sensation de rectum plein n’a rien à voir. Elle est liée à la pression de la tête à travers la paroi vaginale. Cette sensation d’appui est présente pour toutes les femmes (plus ou moins gommée par une éventuelle péridurale) mais toutes ne vont pas à la selle. Rien à voir avec leur supposée jeûne de 12 à 24 heures (minutage au doigt mouillé un poil anxiogène), pour la plupart  leur rectum s’est vidé en début de travail.
Pour les autres, il se « passera bien quelque chose ». Il leur restera donc à paniquer comme les explications leur suggèrent.

Une autre question qui peut revenir, c’est est ce que je vais avoir mal si on utilise des instruments pour la naissance?
Suivant le mode d’accouchement, nous pouvons utiliser soit une ventouse, soit des forceps ou alors des spatules. Avec la péridurale vous sentirez la pose des instruments mais vous n’aurez pas mal.
Puisqu’on vous dit qu’une péridurale est in-dis-pen-sa-ble !

L’autre question qui en découle  c’est : est ce que mon bébé va être déformé par ces instruments ?
Ne vous inquiétez pas. Le bébé lorsqu’il descend dans votre bassin doit s’adapter. C’est pour cela qu’il a une tête un peu allongée. Cela peut être majoré par l’utilisation d’instruments.
Les forceps violents qui pouvaient avoir un impact sur le crane du nouveau-né ont laissé la place aux césariennes. La tête allongée n’est que le résultat de son adaptation pour traverser le bassin maternel. Et si l’accouchement est long et laborieux, cette déformation sera plus importante encore.
Par contre, la ventouse crée – du fait de la dépression – un œdème sur le sommet du crane.

Ne vous inquiétez pas, au bout de 24 heures votre bébé retrouvera une tête bien ronde. Une consultation chez l’ostéopathe peut être nécessaire à la sortie de la maternité.
Le crane met souvent plus de 24 heures à se remodeler, même quand aucun instrument n’est utilisé. Et enchainer tout revient à la normale mais faudra peut-être consulter, c’est … dissonant. 

Une autre question récurrente c’est : l’épisiotomie, est-elle systématique ?
La sage-femme ou l’obstétricien prendra la décision de la réaliser si une déchirure du périnée semble inévitable. L’épisiotomie fait peur pourtant la cicatrisation d’une épisiotomie est plus facile qu’une déchirure
C’est acquis depuis longtemps dans d’autres pays et depuis 2005 en France ; l’épisiotomie ne protege pas le périnée et elle ne cicatrise pas mieux  qu’une déchirure.

Votre conjoint sera présent à tout instant.
N’y aurait-il qu’un modèle unique ? Le mot « conjoint » exclut femmes seules, en couple avec une autre femme,  qui ne souhaitent pas la présence de leur compagnon, dont le compagnon ne souhaite pas être présent.

Pour la pose de péridurale, votre conjoint sera amené à attendre à l’extérieur de la pièce pour des raisons d’hygiène.
Le motif me rappelle un épisode récent de « babyburk » ou un soignant (sage-femme ? anesthésiste ?) assénait à un père demandant très poliment à rester auprès de sa femme pendant la pose de la péridurale « Non et ce n’est pas négociable ! ».
Là aussi l’hygiène était convoquée pour justifier l’arbitraire.

Si l’obstétricien décide de réaliser une césarienne, votre conjoint peut être amené à attendre à l’extérieur de la pièce.
Bis repetita. Et présenter comme banal le fait que l’accompagnant ne puisse aller au bloc en cas de césarienne court-circuite toute discussion sur le sujet avec l’équipe.

Voilà, j’espère que ces conseils vous seront utiles. N’hésitez pas à vous abonner à la chaîne maman gnangnan * et à bientôt pour une nouvelle vidéo.

Vous me direz que tout cela n’est pas si grave et que mes remarques ne changent pas foncièrement le fond du discours.
Mais se conjuguent maladresse du propos, approximations et injonction anesthésique sur un fond anxiogène peu contrebalancé par le propos plus lénifiant que rassurant.
Le ton est sirupeux, concentré de gnangnantitude. Le formatage assumé. 

Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout.
Dormez braves gens.
Dormez !

NB : Orcrawn a aussi été « inspiré » par cette vidéo. Plein de similitudes avec son billet et pourtant on ne s’est même pas concertés. Juste je lui ai piqué le prénom qui rebaptise la sage-femme…

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*Afin de préserver l’anonymat, les noms ont été modifiés  😉

 

 

 

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A son corps défendant

Publié par 10lunes le 8 mars 2016 dans Blessures

 

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Les jours défilent, les semaines s’enchaînent, pas le temps d’écrire, même pas le temps d’avoir de l’inspiration, quelques mots jetés çà et là sur une feuille volante ou un post-it informatique avec l’espoir que ça puisse un jour aboutir à un billet.

Mais pour le 8 mars, j’écris quoi ?
L’inspiration, c’est pas sur commande. Alors j’écris… rien.

Et puis hier un mail vient éclairer une journée pas folichonne à base de grossesse non désirée, violences, suivi médical abscons et autres joyeusetés. La journée du « pas droit des femmes ».

En substance le mail disait : « On s’était causé y a 4 ans parce que je cherchais une sage-femme pour un accouchement à domicile, je viens enfin de la trouver pour ma troisième grossesse. Pour la deuxième, la maternité s’annonçait accueillante mais le jour de la naissance, j’ai pas eu le choix… Si tu veux je t’en raconte plus pour le blog »

Je veux oui, d’autant que les droits des femmes, c’est aussi d’avoir le droit de choisir ce qui leur convient le mieux pour leur accouchement.

Alors elle m’a raconté
Et je vous raconte à mon tour.

Elle met son premier enfant au monde de façon suffisamment « classique » pour savoir que ça ne lui convient pas.
Pour son deuxième enfant, à défaut de sage-femme prête à l’accompagner pour une naissance à domicile, elle trouve une petite maternité – moins d’une naissance par jour – réputée accueillante.

Elle rencontre la cadre du service pour évoquer son projet d’accouchement physiologique. C’est quoi un accouchement physiologique ? lui est-il répondu. Mettons ça sur le compte d’une réelle volonté d’écoute et de la nécessité de mettre des mots précis sur des concepts qui ne sont même pas clairs pour les professionnels (au point qu’il leur est parfois demandé d’écrire des « protocoles » d’accouchement physiologique. Plus antinomique que ça tu meurs ; mais bon, là c’est pas le sujet…)

Ce premier contact un peu frais est très largement compensé par une seconde rencontre ; ils visitent l’établissement avec une sage-femme à l’écoute, ouverte à toutes leurs demandes ; pas de perfusion, liberté de mouvement, clampage tardif du cordon…. Ils se sentent entendus, respectés.
Ils sont confiants.

Le jour J arrive. Le travail avance vite. Elle est à 9 cm de dilatation quand ils sont accueillis par une sage-femme qu’elle ne connait pas. Elle est installée en salle de naissance. On lui parle de perfusion, elle refuse, se raccrochant aux paroles de la première sage-femme rencontrée  « Si vous le souhaitez, on peut ne poser qu’un cathéter ».
La sage-femme de garde s’étonne de son refus : Mais POURQUOI vous refusez la perfusion…?  Elle ne cède pas et obtient son cathéter, posé sans ménagement, après plusieurs essais infructueux de la sage-femme, par un anesthésiste  fanfaronnant  « Et si vous avez besoin, on peut aussi poser une péri ».

On les laisse enfin tranquilles quelques minutes. Elle trouve la position qui la soulage le mieux, à quatre pattes (en position mains-genoux 😉 )
Mais la sage-femme revient, Moi je ne fais pas les accouchements comme ça, et lui impose une position gynéco.
Tout s’enchaîne trop vite. Pas d’accompagnement, pas de respect de ses demandes. Elle crie qu’elle n’y arrivera pas. Pourtant, l’enfant naît rapidement. Le cordon est coupé tout aussi rapidement. Elle ne s’en aperçoit que trop tard, comme elle découvre trop tard aussi que son bras est branché à la perfusion refusée.

L’immense bonheur de la rencontre avec sa nouvelle-née se teinte de la déception de n’avoir pu se faire entendre.

Un peu plus tard, la sage-femme  la (se) félicite. Vous voyez, vous y êtes arrivé !

 

 

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Soutenue

Publié par 10lunes le 23 décembre 2015 dans Profession sage-femme

 

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La garde est plus que dense. Tous les enfants semblent s’être donné le mot pour naître ce jour là.

A courir de salle en salle, elle n’a que peu de temps à consacrer à chaque femme et s’en désole. Elle s’excuse auprès des unes et des autres, le sourire de plus en plus fatigué :
– Pardon d’être si peu disponible, c’est un festival de bébés aujourd’hui.


La fin de la journée arrive, toujours aussi trépidante.
Ca pourrait être l’heure du dîner mais pas l’heure du sien. Elle n’a rien eu le temps d’avaler depuis son arrivée, tôt ce matin.
Elle aide une femme à s’installer pour les derniers moments.

Sa petite mine doit être patente.
Puisque, dans une parfaite inversion des rôles, c’est la femme qui soutient la sage-femme :
– Allez courage ! Je suis la dernière, après moi, vous aurez fini.

 

 

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Complices

Publié par 10lunes le 21 décembre 2015 dans Naissance

 

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Pour son premier, la conjonction d’un bébé annoncé gros et sa peur panique de l’expulsion l’ont fait choisir la césarienne.

Pour le second, elle a cheminé. C’est avec confiance qu’elle débute un travail souhaité sans péridurale. Mais le manque de sommeil et l’angoisse de ce qui va advenir la font changer d’avis quand arrive la phase de désespérance si bien nommée.

Le protocole de la maternité fixe une limite stricte pour le recours à l’analgésie ; elle n’est possible que jusqu’à une dilatation de huit centimètres.
Maintenant qu’elle a opté pour une péridurale, elle se tracasse d’avoir atteint la frontière. La sage-femme comprend à demi-mot et « omet » de vérifier la dilatation*. 

L’anesthésiste peine à trouver un espace entre deux contractions. Il s’interrompt régulièrement pour laisser passer les vagues successives et interroge :
Mais on est à quelle dilatation là ?
Cinq centimètres répond la sage-femme.

Ce n’est pas tout à fait un mensonge, c’est la dernière dilatation qu’elle a constaté… deux heures plus tôt.

L’anesthésiste n’est pas dupe :
– C’est bizarre, les contractions sont quand même très intenses et très proches …

La sage-femme bredouille vaguement.
L’anesthésiste n’insiste pas.
Fausse distraction de l’une, feinte crédulité de l’autre… la péri est posée.

La sage-femme propose de faire le point :
Vous êtes à huit centimètres !

Lui reste deux petits centimètres pour dépasser sa peur panique de l’expulsion
Sentir le besoin de se mettre à genou

Et faire naître avec bonheur ce bébé plus que costaud.

 

 

*Contrairement aux habitudes françaises, cette maternité d’Outre-Rhin ne prévoit pas un examen toutes les heures

 

 

 

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Touchée

Publié par 10lunes le 16 décembre 2015 dans Naissance, Profession sage-femme

 

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Faut faire une déclaration d’AES (accident d’exposition au sang) lui dit le chef de service.
Cette phrase ne parvient pas à effacer son sourire.

Un peu plus tôt, un enfant est venu au monde,
un peu plus tôt un autre enfant a vu le jour,
un peu plus tôt, leur mère a rompu sa poche des eaux en se levant du ballon,
et juste un peu plus tôt elle était assise sur ce même ballon, soufflant paisiblement à chaque contraction.

Les deux enfants sont nés en quelques minutes.
Tellement vite que l’interne s’est précipité dans la salle pour intervenir avant de remarquer les jumeaux blottis dans les bras maternels.

Tellement vite que la sage-femme n’a pas eu le temps de mettre ses gants.
Elle a accueilli les nouveau-nés à mains nues.

Alors oui, le sourire reste accroché à ses lèvres.

D’autant que le chef de service se fait complice : 
– Quel beau cadeau, n’est-ce pas,  ce toucher peau contre peau, tes mains s’en souviendront pour toi, même quand tu seras gantée.

 

 

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Chantée

Publié par 10lunes le 14 décembre 2015 dans Naissance

 

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Elle arrive sereine à la maternité, tellement sereine que celle qui l’accueille ne la pense pas en travail. Ni la sage-femme ni le couple ne le savent à cet instant mais leur enfant va naître dans deux  petites heures.

Petites, c’est vite dit ! Elle sent la montée en puissance des contractions et s’étonne de leur violence. Le souvenir des naissances précédentes était plus doux.
C’est la sage-femme qui lui donne la clef. Son bébé se présente le nez en l’air, une position qui complique un tantinet la dernière partie de son trajet.

Elle le sait et ça l’angoisse un peu.

Elle laisse sa voix s’élever, comme une vibration l’aidant à laisser passer chaque contraction.
Pour la soutenir, son homme entonne le même chant.
Et la sage-femme accompagne leurs vocalisations communes.

Leurs voix résonnent à l’unisson, au rythme imposé par le travail utérin.
Les sensations se font encore plus fortes, le son encore plus puissant.

Et puis l’enfant naît
et le silence se fait.

Au supposable grand soulagement de l’interne, resté hors de la salle. Lorsque la sage-femme le croise, un peu pâlot, il lui glisse
– Le chant prénatal, ça fait un peu peur quand même…

 

 

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Sportif

Publié par 10lunes le 9 décembre 2015 dans Naissance

 

018Ils sont jeunes, aux dernières heures de la grossesse et assez impressionnés par l’équipement de la salle de naissance.

Elle annonce d’emblée sa peur des aiguilles. Le protocole hospitalier oblige à poser une « voie veineuse ». La sage-développe des trésors de patience et parvient à placer le cathéter. Mais pour la jeune femme, vaincre ce premier défi n’est rien, elle redoute bien plus la pose d’une péridurale, mimant dans un geste démesuré l’aiguille censée s’approcher de son dos.

Le travail évolue, lentement, douloureusement. La froideur métallique du décor médical, l’univers inconnu, l’angoisse des moments suivants rendent le travail utérin insupportable.
Alors, au grand soulagement de son compagnon qui ne savait que faire, elle cède.
Va pour la piqûre si elle lui permet de vivre plus sereinement les heures suivantes.

La sage-femme réclame un anesthésiste et se désole de voir arriver le plus taciturne. Elle sait combien la jeune mère aura besoin de paroles et de douceur pour bien vivre la pose de l’analgésie.
Se disant qu’un peu de caressage dans le sens du poil ne sera pas de trop pour dérider le praticien, elle le gratifie d’un :
– Vous étiez attendu comme le Messie !

L’histoire ne dit pas si l’anesthésiste est devenu plus volubile.
Mais le déridage marche très bien sur le futur père, enthousiasmé de se retrouver enfin en terrain connu :  
– Oh vous aussi vous êtes fan du Barça !

 

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Itérative

Publié par 10lunes le 8 décembre 2015 dans Profession sage-femme

 

013

Elle referme doucement la porte de la salle de naissance, un plus que large sourire accroché à ses lèvres. Le quatrième enfant de cette famille vient de voir le jour. Et les hasards des gardes hospitalières ont bien fait les choses puisque déjà elle était là pour le troisième et même aussi pour le deuxième.

Elle repense aux naissances précédentes, sourit à ce chemin parcouru ensemble. Lors de leur première rencontre, le couple osait à peine, malgré les encouragements, s’essayer à d’autres attitudes que l’attente résignée de la prochaine contraction. Pour cette dernière naissance, ils devançaient ses propositions, autonomes et confiants.
Surement d’autant plus sereins que « leur » sage-femme était là.

Elle retrouve sa collègue en salle de garde et ne résiste pas à partager cette heureuse coïncidence.
– Tu te rends compte, c’est la troisième fois qu’elle accouche avec moi. A un enfant près, j’aurais été là pour toute la fratrie.

La réponse de l’autre sage-femme arrive dans un éclat de rire. Forte de ses trente années d’expérience, elle souligne
– Bien sur, assister trois fois la même femme, ça te fait quelque chose. Mais attends de voir ce que ça te fera quand ce seront ses enfants que tu accompagneras !

 

 

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Ajusté

Publié par 10lunes le 6 décembre 2015 dans Naissance

 

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Enfin ils accueillent leur bébé, après un accouchement plus long et plus complexe que ce qu’ils avaient l’un et l’autre envisagé. 
La naissance inaugure une suite intense de découvertes, de sensations ; le premier cri du tout-petit, vite apaisé, son odeur, la chaleur humide de son corps. Et puis le premier regard, les mouvements de fouissement, les lèvres se refermant sur le mamelon, les premières succions, étonnamment toniques.

L’auxiliaire de puériculture propose ensuite au père de prendre son enfant. Il le cale sur son épaule, comme il s’est habitué à le faire avec leur aîné et vient doucement plaquer une première main sur le dos de son fils.
De son autre main, il cherche à soutenir son bassin.

Mais ses gestes se sont calibrés sur le plus grand.  Sa paume ne rencontre que le vide.
Lentement, il remonte et remonte encore.
Enfin, sa main vient se poser sous des fesses lui apparaissant minuscules.

 

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Rassurée

Publié par 10lunes le 1 décembre 2015 dans Vie des femmes

 

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La soirée bat son plein.  De petits groupes se sont formés, les discussions sont animées. Dans un coin du salon, quelques femmes en grande conversation. L’une d’elle refuse d’envisager une grossesse, expliquant sa panique à l’idée d’accoucher. Ce serait une horreur, une boucherie, la douleur, le sang, les gens entre mes jambes, l’écartèlement au passage de l’enfant…

Une autre femme est là. Portée par son souvenir, elle parle et parle encore, explique sa liberté de mouvement et de position, le ballon, le bain, raconte la présence essentielle de son compagnon, le soutien rassurant de la sage-femme, décrit l’intensité des émotions, la puissance des sensations et le bonheur de la rencontre.

Elle s’arrête, prête à s’excuser de son long monologue.

Un large sourire accueille son silence, Mais alors je vais pouvoir faire un bébé ?

 


Cette année, les billets de l’Avent seront illustrés par les « Elfes » joliment créés par Hécate. Pour vous éviter les boules (cf Avent 2014 !!) mais surtout pour mettre un coup de projecteur sur un blog de sage-femme. Parce que oui, Hécate est aussi sage-femme. Et elle décrit son quotidien ici aussi bien qu’elle brode !!

 

 

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