Présentes

Publié par 10lunes le 13 décembre 2016 dans Naissance

 

coeur-7

Après un premier accouchement très envahi par la technique médicale, elle est certaine de vouloir vivre autre chose et se tourne vers une sage-femme proposant un accompagnement en plateau technique*.

Sa grossesse est sereine et la confiance installée avec la sage-femme.
Peut-être un peu moins avec la maternité…

Parce que le jour J, rien ne parviendra à l’alerter sur l’imminence de la naissance ; ni les contractions présentes depuis plusieurs heures, ni les vocalises qui s’imposent à elle, ni le besoin d’un bain chaud pour calmer la tempête, ni même l’envie de pousser qu’elle n’identifie clairement qu’au dernier moment. Prise d’un doute « soudain », elle pose sa main sur son sexe et sent un crane chevelu !

La sage-femme est en route, venant tranquillement faire le point avec une femme en début de travail qui blaguait au téléphone.
En route, ça veut dire pas encore arrivée.

Ce sont avec les mots de la sage-femme rencontrée pendant sa première grossesse qu’elle trouve sa position.
Avec les phrases d’un livre écrit par une autre qu’elle met sa fille au monde en confiance.
Et c’est la présence de la troisième arrivée juste après la naissance qui la rassurera sur leur toute nouvelle-née
(et épargnera la plancher de la chambre en l’encourageant à rester dans la salle de bain pour la délivrance !)

Ce sont mes trois fées dit-elle.

 

*Accouchement en maternité mais suivi par la sage-femme libérale

 

Mots-clés : , , , , , | 1 commentaire

Mienne, tienne, notre…

Publié par 10lunes le 6 décembre 2016 dans 9 mois

 

coeur-5-bis

Ce deuxième enfant doit naître, comme le premier, en maison de naissance*.  Mais, au septième mois, de fortes contractions l’amènent à consulter sa sage-femme. Celle-ci l’adresse pour un bilan plus complet à la maternité.

Le verdict tombe : risque d’accouchement prématuré, traitement pour accélérer la maturation pulmonaire de l’enfant et hospitalisation le temps de voir comment tout cela tourne.

C’est son compagnon qui se charge de prévenir la sage-femme.
Au téléphone, elle interroge, quels examens, quels traitements, et se fait pédagogique pour ré-expliquer ce qui été mis en oeuvre par l’équipe hospitalière. Elle s’inquiète ensuite du vécu de sa compagne, de son moral.
Lui se rassure de faire un point apaisé avec une professionnelle connue.
Mais sa dernière question le touche plus encore.
Parce qu’après ce tourbillon de soignants, d’informations, de décisions prises par d’autres, enfin quelqu’un se soucie de lui, le père de cet enfant :
-« Et toi comment vas-tu ? »

Il s’est montré fort pour rassurer sa compagne et peut enfin tomber le masque et parler de ses peurs.
« Sa » sage-femme est devenu la « leur ».

La naissance aura finalement lieu comme prévu en maison de naissance, quelques jours après terme, avec « leur » sage-femme.

 

 

*Suisse la MDN. Les maisons de naissance françaises n’ont ouvert que récemment leur portes ; mais déjà plus de 150 enfants y sont nés.

 

Mots-clés : , , , | 1 commentaire

Top départ ?

Publié par 10lunes le 26 novembre 2015 dans Militer, Profession sage-femme

 

stopwatch-259375_640

Les bonnes nouvelles ne sont pas légion en ce moment. Saluons la très attendue parution au JO de l’arrêté listant les 9 sites d’expérimentation des maisons de naissance.

Bien sur, ce n’est encore qu’une étape de la longue course d’obstacle.
Il faut maintenant adapter des locaux et les équiper.
Il faut aussi relancer le travail auprès des assureurs puisque les propositions actuelles restent tres supérieures aux prévisions (au vu de la proximité imposée entre MDN et maternité, les budgets tablaient sur une assurance au tarif « plateau technique »).
Il faut enfin inventer au quotidien comme une nouvelle façon d’exercer le métier de sage-femme, entre le  collectif d’une maternité et le solitaire du domicile.

C’est encore énormément d’argent, de temps, d’énergie à investir par les sages-femmes qui  ont accepté de se lancer dans l’aventure et la poursuivent sans réelle visibilité.

Saluons leur courage et leur détermination.
Elles sont en train de tourner une page essentielle de l’obstétrique française.

Merci à elles !
Merci à celles et ceux, parents comme professionnels, qui les encouragent et les soutiennent !

 

Edit du 27/11  : Audrey pose une excellente question en commentaire et je m’aperçois que je n’ai jamais pris le temps d’écrire la définition des MDN sur le blog. Wikipédia propose un dossier assez complet. Et en tapant le mot clef maison de naissance dans la case recherche (barre de droite) vous pouvez retrouver un certain nombre (!) d’articles sur les aléas de leur expérimentation…


Grace à ce petit coup de boost, je relance l’appel AVENT 2015. J’ai besoin de vous et de vos récits !
Edit bis : je précise ma demande. Je lis tous vos mails avec plaisir et intérêt, ils m’enrichissent, me touchent, me révoltent, en un mot ils me nourrissent !
Mais le projet Avent impose un certain format : je dois pouvoir m’accrocher sur une anecdote ayant un début, une suite et une chute.

 

 

Mots-clés : , , , , | 4 commentaires

« Déjà » la rentrée ?

Publié par 10lunes le 1 septembre 2015 dans Militer

 

cahier

Voilà, voilà, l’été est passé et avec lui les quelques idées de billets qui ont feint de me traverser l’esprit.
Arrive un moment où il y a tellement longtemps que tu n’as pas pianoté nerveusement sur ton clavier que tu en oublies l’impression que ça fait.
Tu te sens libérée…
Et ça te manque un peu aussi…

Alors voyons si l’arrivée de l’automne est propice au retour de l’inspiration.
Parce qu’il s’est quand même passé un truc extraordinaire  cet été… le décret permettant l’expérimentation des maisons de naissance a été publié.

Si !
A une date certainement déterminée par le plus grand des hasards.

Le samedi 1er août.

Plus au creux du creux de l’été, tu peux pas !

Bonne pioche, les syndicats médicaux étaient un peu aux abonnés absents. Ne rêvons pas, nous avons eu droit à la diatribe récurrente du Syngof sur le danger que vont courir les femmes… Mais comme le couplet du risque est à la fois éculé et surtout démenti par les études étrangères (cf BMJ 2011) ils tentent un autre angle d’attaque : Nous voulons être associés à l’expérimentation afin de nous assurer que l’évaluation sera bien médicale. Parce que c’est couru d’avance, sans leur supervision, les sages-femmes se contenteraient d’évaluer la satisfaction des couples devant la couleur des murs. La santé et le bien-être des femmes et des enfants, c’est pas notre souci…

Mais il y a eu aussi cet article du Figaro*où le secrétaire du CNGOF affirme à la fois la sécurité des maisons de naissance mais aussi  la réalité de l’hyper médicalisation et l’occasion enfin donnée aux parents et aux professionnels de progresser sur la physiologie.
Comme une main tendue laissant espérer qu’un jour, tous les acteurs de la périnatalité sauront travailler en bonne intelligence !

Reste à saluer la mobilisation des porteurs de projets qui n’ont que  45 jours – dont le mois où les administratifs de tous poils sont en congé – pour boucler un dossier pléthorique et complexe …

Reste à pousser les murs pour trouver des locaux vacants au sein des maternités partenaires afin de respecter l’exigence de proximité (spécificité française s’il en est…)

Reste à résoudre la question de l’assurance alors qu’aucune compagnie ne souhaite s’engager sur les tarifs et que tout laisse craindre que l’addition finale soit plus que salée.

Reste à rire jaune de la présence imposée d’une seconde sage-femme alors que rien dans la nomenclature n’est prévu pour la rémunérer.

Reste surtout à s’incliner devant l’engagement de celles et ceux qui défendent une autre idée de la naissance et s’y investissent corps et âme pour lui donner vie.

Dire que j’ai mis deux mois à rédiger une demi-page 😉

 

 

*Extrait LE FIGARO 12 08 2015.

– Que pense le CNGOF de la légalisation des maisons de naissance ?
Philippe DERUELLE. – Nous sommes très favorables à ce changement, car les femmes pourront bénéficier d’une offre de soins différente pour accoucher. Aujourd’hui, en France, l’accouchement proposé en hôpital est standardisé, très normé. En maison de naissance, elles pourront accoucher comme elles le souhaitent.

Y a-t-il selon vous des aspects négatifs ?
Non, nous soutenons le décret à 100 %. À présent, le défi sera d’avoir assez de moyens humains pour le mettre en œuvre. Pour l’instant, il n’y a pas assez de sages-femmes, et il va falloir trouver des personnes très impliquées et motivées pour travailler dans ces maisons de naissance : elles devront suivre à elles seules plusieurs grossesses, et faire preuve de soutien auprès de femmes qui accouchent sans péridurale.

Pensez-vous que la sécurité y sera suffisante ?
Oui, les garanties de sécurité ont été respectées dans le texte. L’élément central du projet était la proximité avec la maternité, et il a été respecté. Si les femmes doivent être transférées à la maternité, il n’y aura même pas une rue à traverser et c’est une bonne chose. En Angleterre, par exemple, les maisons de naissance ne doivent pas nécessairement être attenantes à un hôpital, mais les résultats y sont moins bons (il est plus risqué d’y accoucher, NDLR). Et puis toutes les femmes ne pourront pas accoucher en maisons de naissance, les conditions d’accueil sont strictes : celles qui ont des antécédents médicaux, qui sont obèses, font du diabète ou qui ont une hypertension artérielle ne pourront pas, par exemple, bénéficier de cette offre. Pour les femmes qui passent par ce biais pour leur premier enfant, la sélection sera très stricte.

Ce changement aura-t-il un impact sur votre profession ?
Bien sûr, car les anesthésistes et obstétriciens n’interviendront pas dans ces accouchements. Mais je pense que ce décret aura un retentissement positif au sein du milieu médical en général. Nous sommes allés trop loin dans la médicalisation de l’accouchement, et cela fait des années que certains gynécologues et obstétriciens s’en alarment. Par exemple, en France, le taux de césariennes est très élevé, proche des 20 % ; il s’élève même à une moyenne de 40 % dans certains établissements. Ce décret illustre un changement de philosophie. Il montre qu’il y a une volonté de mieux accompagner les femmes dans leur grossesse, d’être plus à l’écoute, ce qui manque au milieu médical aujourd’hui, et qu’on lui reproche beaucoup.

 

 

Mots-clés : , , | 13 commentaires

You pas pi

Publié par 10lunes le 25 septembre 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

victory-sunset

Hier la Haute Autorité de Santé a publié sur son site le cahier des charges relatif à l’expérimentation des maisons de naissance.
Pas de réjouissances hâtives !

De nombreux points restent à régler, en particulier ces « détails » que sont le statut juridique et le financement de ces futurs sites.
Le cahier des charges apporte aussi quelques mauvaises surprises, ajouts de dernière minute non validés par le groupe de travail…
On est donc loin du consensus joyeux et d’un démarrage en fanfare des expérimentations.

Apres 16 années de lutte, nous en sommes encore au début d’une potentielle expérimentation, très encadrée, limitée dans son nombre de sites (liste définie par le ministère de la Santé) et sa durée (5 ans).
Nombre de questions restent à régler, et cela dans un temps limité puisque la fenêtre pour lancer l’expérimentation se refermera en décembre 2015.

Souvenons nous aussi que la contiguïté à une maternité a été imposée aux projets pour pouvoir envisager un transfert immédiat, peut-être bien plus immédiat que dans certaines maternités où chambres d’hospitalisation, salles de naissance et bloc opératoire se retrouvent, du fait de l’ancienneté des bâtiments, à distance les uns des autres…

Cette obligation -qui exclut de fait plusieurs projets – n’est pourtant pas suffisante aux yeux de nos décidément toujours grands amis du SYNGOF.

Et s’il fallait vous convaincre de ne pas sauter trop vite de joie, je vous invite à lire cette copie du courrier qu’ils ont adressé à la HAS, copie publiée page 32 du rapport d’élaboration.

 

 

 

 

Mots-clés : , , , , | 16 commentaires

Piégées

Publié par 10lunes le 26 mai 2014 dans Pffffff, Profession sage-femme
 

filetDeux innovations administratives viennent une fois encore souligner combien il est difficile pour les sages-femmes d’exercer sereinement leur activité en libéral.La première débute sournoisement en 2009.

La commission de la transparence de la HAS est chargée de se prononcer sur la spécialité Syntocinon ®. Ce produit est utilisé pour provoquer et/ou intensifier les contractions mais aussi pour traiter une atonie utérine consécutive à une hémorragie de la délivrance.

Si aucune des sages-femmes accompagnant les naissances à domicile n’aurait l’idée de déclencher un accouchement ou de renforcer artificiellement les contractions, les pertes sanguines au moment de la délivrance nécessitent une attention toute particulière. Et le Syntocinon ® – synto de son petit nom – fait donc partie de leur trousse d’urgence.

Comme le souligne la HAS : Cette spécialité entre dans le cadre d’un traitement préventif. Le rapport efficacité/sécurité est important. Cette spécialité est un médicament de 1ère intention. Le service médical rendu est important. 

Un peu plus loin, le filet se déploie : Dans le cas d’accouchement hors maternités et hôpital, ce qui reste marginal et pose de sérieuses questions sur la sécurité des patientes et des enfants, cette spécialité est nécessaire aux médecins ou sage femmes. Le service médical rendu reste important.

J’ignorais que la commission de transparence du médicament était appelée à se positionner sur l’accouchement à domicile… (et ne résiste pas à vous renvoyer vers cet article. La HAS gagnerait à lire les recommandations du NICE…)

Le 16 octobre 2013, la nasse commence à se refermer. La commission de la transparence rend un avis favorable à la radiation [du Syntocinon ®] des spécialités remboursables aux assurés sociaux et ce à compter du 1er avril 2014.
Rien de très grave jusque-là ; au prix où ne sont pas payées les sages-femmes (!) elles ne sont plus au coût d’une ampoule de synto près (2.78€)…

Mais les Laboratoires SIGMA-TAU France saisissent cette occasion pour cesser la diffusion en pharmacie, peu rentable, et ne plus commercialiser que la forme destinée aux hôpitaux. Les faibles réserves des officines s’étant vidées, les sages-femmes libérales ne peuvent plus s’en procurer.

Comment alors suivre les recommandations validées par la même HAS qui préconisent une injection prophylactique d’ocytocine au moment de la délivrance ? Je le souligne tout en m’interrogeant sur l’utilité de cette prévention lors d’un accouchement physiologique, l’utérus n’étant pas épuisé par de fortes et fréquentes contractions induites par les hormones de synthèse, cf ce document Inserm.
Mais, faute de synto disponible, si une femme se mettait à saigner après la délivrance, elle serait privée du seul traitement efficace en attendant le transfert hospitalier…

Comme la nouvelle vient de tomber,  un petit trafic est en train de s’organiser et les sages-femmes exerçant à domicile tentent, avant que leur réserve ne se soit épuisée (ou plus certainement périmée), de trouver des complices hospitalières subtilisant pour elles quelques ampoules.

Kafka 1 – sage-femme 0

 

Autre nouveauté : en ce moment, les caisses primaires d’assurance maladie nous adressent un courrier précisant que les sondes utilisées par certaines sages-femmes lors des séances de rééducation périnéale au cabinet doivent être prescrites par un médecin pour être prises en charge.

Résumons : une sage-femme réalise une consultation postnatale (c’est de notre compétence) / évalue entre autres choses la nécessité d’une rééducation périnéale (c’est de notre compétence)/ prescrit cette rééducation (c’est de notre compétence) et la femme choisit de s’adresser à une sage-femme pour cette rééducation (c’est de notre compétence).

Mais cette même femme devra consulter un médecin pour bénéficier du remboursement de la sonde ; soit 23 € facturés en plus à la sécu pour la prise en charge d’une sonde à 25,96€. Les médecins n’ayant bien évidemment rien de plus urgent ni plus utile à faire que de prescrire le matériel qui nous est nécessaire…

Kafka 2  – sage-femme, médecin, sécu : 0

 


Crédit photo Emmeric Le Person

PS : actualité oblige, j’ai différé un autre billet sur le postnatal…mais je n’oublie pas et y reviens bientôt

 

 

Mots-clés : , , , , , | 21 commentaires

Des poids et démesure

Publié par 10lunes le 29 avril 2014 dans Militer, Pffffff

 

uneven-balance-scale

Une nouvelle fois, la profession s’agite. Pour le moment vous n’en entendez rien mais cela ne devrait pas durer.
La raison de cet émoi ? L’interdiction faite à Krista Guilliams et Françoise Servent, deux sages-femmes accompagnant des naissances à domicile, d’exercer leur profession. L’une pour 3 années dont 6 mois avec sursis, l’autre de façon définitive.

Je n’écris pas aujourd’hui pour défendre point par point leurs dossiers. Je n’en connais que les grandes lignes et surtout ce n’est pas le lieu. Certains accouchements ont présenté des difficultés nécessitant un transfert vers l’hôpital et certains ont cru bon de tirer la sonnette d’alarme.
Je veux simplement souligner que les femmes et les enfants pour le suivi desquels ces sages-femmes ont été mises en cause sont en parfaite santé.
La sanction apparait donc extrêmement lourde.

L’interdiction d’exercice, des sages-femmes en parlent dans le documentaire « Entre leurs mains« . Elles évoquent le défaut d’assurance et les sanctions encourues. Amende de 45 000 € ou peine de prison sont envisagées avec une quasi sérénité ; l’interdiction d’exercer les glace. Comment imaginer vivre sans ce métier qu’elles pratiquent avec passion ?

 Alors oui, 3 ans ou toute une vie, c’est très chèrement payé.

Et puis j’ai vu passer cet article de Nice Matin. Au cours d’une intervention, un chirurgien se trompe et enlève le rein sain d’une patiente. Elle se retrouve donc en dialyse puis greffée. Il ne s’agit pas d’une complication opératoire mais bien d’une erreur stupide et les séquelles sont réelles et lourdes. Pourtant, ce chirurgien n’a été que légèrement condamné à une interdiction d’exercice de 1 mois ; et ses juges ont poussé la mansuétude jusqu’à prévoir cette interdiction durant le mois d’août.

Un mois de vacances versus l’interdiction de pratiquer son métier.
Vous la voyez la démesure ?

 

Comités de soutien :
Krista Guilliams (et : comite.soutien.krista@gmail.com)
Françoise Servent 

 

 

Mots-clés : , , | 34 commentaires

Entre nos mains

Publié par 10lunes le 1 janvier 2014 dans Profession sage-femme

 

project_picture

J’ai terminé l’année en douceur en regardant « Entre leurs mains », magnifique documentaire consacré à l’accouchement à domicile, mais militant bien plus largement  pour une naissance respectée.

Ce que l’on y voit de l’accompagnement des sages-femmes filmées est humain,  juste, chaleureux, empathique, en un mot évident. Mais ce faisant, le film montre en filigrane comment l’organisation actuelle des établissements conduit à délaisser ces évidences.

Qu’il est triste d’entendre les femmes raconter les conditions de leur accouchement en maternité, qu’il est triste d’entendre les sages-femmes hospitalières évoquer ce qu’elles « font » aux femmes, ou plutôt ce qui leur est imposé de faire aux femmes. Le constat est glaçant.

Et c’est de notre responsabilité collective, à nous sages-femmes, à nous tous soignants, de changer cela.

Cet accompagnement attentif ne doit pas être, ne peut plus être une exception réservée à quelques femmes informées, déterminées et suffisamment chanceuses pour trouver une sage-femme proposant un accompagnement global.

Les sages-femmes sont en souffrance. Certaines se protègent et s’accommodent du fonctionnement actuel, devenant des techniciennes émérites. D’autres se désolent au quotidien et tentent de préserver ce qu’elles peuvent d’humanité dans les heures qui entourent une naissance.

Mais nous pouvons changer de paradigme ! 

Il « suffit » *que les sages-femmes puissent exercer vraiment leur métier, partout, à la maison comme en maternité.
Il « suffit » que les sages-femmes se mobilisent pour que l’organisation des structures ne les réduise pas à n’être que celles qui monitorisent, tensionnent, perfusent, périduralisent et délivrent.

Il ne s’agit pas de se reposer sur la supposée bienveillance de mère nature, ni de nier l’importance du suivi médical. Le documentaire d’ailleurs évoque les possibles aléas à travers quelques images, un transfert du domicile vers la maternité en cours d’accouchement parce que le travail n’évolue pas correctement, un monitoring (tenu à la main pour éviter à la mère l’inconfort d’une ceinture enserrant son ventre), des bilans sanguins discutés en consultation.

Mais en obstétrique, la médecine se doit d’être d’abord préventive. Nous avons le plus souvent affaire à des femmes en bonne santé, nous disposons d’efficaces outils de surveillance permettant d’anticiper nombre de pathologies et l’intervention n’est pas la règle mais l’exception.
Il nous faut retrouver cette tranquille sérénité incarnée par les quatre sages-femmes de ce documentaire. Savoir suivre grossesse et accouchement en pariant sur les compétences intrinsèques des femmes à mettre leur enfant au monde, tout en restant dans une discrète mais réelle vigilance.

Il nous faut aider les femmes à retrouver une confiance dont on les a dépossédées à coup de discours anxiogènes, de prises en charge déstabilisantes et de télé-réalités scénarisées.

Que perturbons-nous dans le processus de mise au monde en réduisant l’accouchement à l’extraction d’un fœtus d’un utérus ? Que modifions-nous dans l’accueil de ce nouveau-né ?

On m’objectera que les femmes qui accouchent et les enfants qui naissent ne vont pas si mal.

Regardez « Entre leurs mains » pour comprendre comment ils pourraient aller… autrement…  

 

Le film est disponible  en replay ici jusque fin janvier 

* Ne me taxez pas de naïveté, le « il suffit » est ironique. Les deux derniers mois ont démontré combien la parole des sages-femmes était inaudible. La pesante réalité du quotidien face à de grandes avancées. Mais nous pouvons chacun essayer de faire chaque jour un tout petit pas… Ne pas se taire en est un.

 

 

Mots-clés : , , , , , | 23 commentaires

 

baby-footprints-beach

Jeudi dernier, la proposition de loi concernant l’expérimentation des maisons de naissance a enfin été adoptée, à l’unanimité qui plus est ! Depuis 15 ans, ses partisans avaient épuisé quelques parcelles d’optimisme au gré des nombreux rebondissements du parcours législatif…
Alors champagne !

Mais ce n’est qu’un premier pas .

Nous ne savons rien des contraintes qui seront imposées à part celle-ci : « Ces maisons devront être attenantes – le mot a son importance – à une maternité » a annoncé Marisol Touraine. L’évidence française du tout hospitalier ne saurait tolérer autre chose. Il faudra accepter cette étape pour un jour ouvrir des maisons de naissance totalement indépendantes des maternités. Cette exigence s’impose donc même si nous sommes nombreux à la déplorer. Elle dénature (!) le principe d’un lieu de vie bien identifié et différent d’un service de soin, elle pèse sur l’indépendance des pratiques, elle pourrait modifier les prises en charge.
Ces écueils sont réels et pourtant bien contournés par les « presque MDN » déjà en fonctionnement, le CALM et Pontoise, qui seront sans aucun doute les premiers lieux autorisés.

Le cahier des charges qui doit être rédigé par la Haute Autorité de Santé sera un élément essentiel – et pour le moment inconnu – du fonctionnement des MDN. Jeudi dernier, Marisol Touraine a souligné « Le gouvernement ne marque aucune opposition à cette démarche, dès lors qu’un certain nombre de conditions sont posées, à commencer par la sécurité absolue des femmes au moment de l’accouchement. Et chacun peut lire dans ces quelques mots toute la menace d’un possible décalquage de la pratique hospitalière sur les MDN. C’est oublier un peu vite la iatrogénie de certaines de nos prises en charges, soulignée par la mission périnatalité dès 2003 (cf ce billet). Le fonctionnement des maisons de naissance doit être libéré des protocoles hospitaliers pour s’axer sur cet autre savoir, sur cette autre sécurité que donnent la réelle connaissance de « l’accouchante ». Comment démontrer sinon qu’une autre obstétrique est possible ?

Il n’ s’agit en rien d’un retour en arrière, comme ce titre du Figaro « Des centres pour donner naissance à l’ancienne », voudrait le laisser croire… Il s’agit au contraire de s’appuyer sur les connaissances les plus récentes, sur les moyens de dépistages et de surveillances les plus actuels pour n’intervenir qu’à bon escient.

Mais l’accusation d’obscurantisme n’est jamais loin. J’ai d’ailleurs cru reconnaître dans l’intervention de notre ministre l’inspiration d’une certaine Odile » Nous ne pouvons pas confondre l’attente d’un nombre important de femmes d’un accouchement plus conforme à leurs désirs de bien-être avec l’injonction qui monte dans certaines associations d’accoucher comme on le faisait il y a des décennies. Nous ne saurions accepter que certains milieux, au nom d’une idéologie, cherchent à récupérer le mouvement des maisons de naissance. »

Dernier point, la quasi concomitance de cette loi avec les menaces pesant sur l’accouchement à domicile fait craindre à certains que les maisons de naissance soient un jour considérées comme la seule alternative légale à l’accouchement hospitalier. Pour suivre les deux dossiers depuis de très longues années, j’affirme que cette coïncidence n’est qu’un énième mauvais tour du hasard !

Alors oui, le(s) combat(s) pour une autre naissance ne s’éteignent pas avec le vote de cette loi. Mais c’est une première brèche ouverte dans l’évidence du tout hospitalier, un premier pas vers une offre de soin élargie, reconnaissant – enfin ! – aux femmes le droit de CHOISIR.

 

Vous pouvez retrouver les débats de jeudi dernier ici (pas d’erreur sur le lien, la première partie aborde le rétablissement des avantages liés aux heures supplémentaires, mais la seconde concerne l’expérimentation des maisons de naissance )

NB : Mention spéciale à Mme Catherine Lemorton que nous devrions embaucher pour notre promotion : « Les sages-femmes sont une profession médicale aux compétences multiples, et j’en profite pour les rappeler parce qu’on ne les connaît pas assez : elles ne s’occupent pas uniquement de l’accouchement mais aussi du suivi médical de la grossesse, de la réalisation des échographies obstétricales, du dépistage des troubles néonataux, du suivi médical des femmes en post-partum, de la prise en charge en sortie de maternité de la mère et du bébé, de la consultation postnatale, du suivi gynécologique de prévention et des consultations de contraception, des séances de préparation à la naissance et à la périnatalité, de la rééducation et de la prévention des troubles périnéo-sphinctériens, du suivi de l’allaitement et de l’alimentation du nouveau-né, tout cela avec un droit de prescription concernant les femmes enceintes, accouchées, dans le domaine de la gynécologie et de la contraception, mais aussi pour les nouveau-nés. Toutes ces compétences, inscrites dans le code de la santé publique, ne sont pas suffisamment utilisées et mises en valeur dans la pratique au quotidien de leur profession. »

 

 

 

Mots-clés : , , , | 2 commentaires

Le bout du chemin ?

Publié par 10lunes le 25 novembre 2013 dans Militer

 

winding road

Mercredi dernier, la proposition de loi sur l’expérimentation des maisons de naissance a été facilement (tout arrive !) adoptée par la commission des affaires sociales*. Elle sera présentée au vote des députés jeudi prochain.

Pour les curieux mais pressés, voici quelques éléments des débats.

La rapporteur, Yannick Favennec, rappelle que la question commence à dater  « Elle a été évoquée pour la première fois par Bernard Kouchner en 1998, puis reprise dans le plan Périnatalité 2005-2007. Elle a même fait l’objet de dispositions spécifiques dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2011, qui ont été censurées par le Conseil constitutionnel au titre de cavalier social ». (cf ce billet)

Il souligne plus loin que le projet est d’offrir une alternative à l’accouchement hospitalier pour « répondre à la demande de nombreuses femmes d’accoucher dans des conditions moins médicalisées et moins stéréotypées qu’à l’hôpital » et insiste sur la iatrogénie de notre hyper médicalisation. Il rappelle que « La France présente également des taux de péridurale, d’épisiotomie ou de césarienne plus élevés que les pays voisins, sans que le recours à ces techniques améliore le taux de satisfaction des femmes concernées » … n’en déplaise à Odile ! (ndlr)

Il se prend un peu les pieds dans le tapis en évoquant de « grosses structures, pratiquant parfois plus d’un millier d’accouchements par an, si bien que certaines peuvent avoir l’impression d’accoucher dans des « usines à bébés ». Moins de trois naissances par jour, ça ressemble maintenant plutôt à une « petite » maternité, par opposition aux grands centres dont certains tournent autour de 5000 accouchements par an.

Il donne ensuite des chiffres qui viennent  soutenir les revendications actuelles des sages-femmes. « Pour des raisons de démographie de la profession de gynécologue-obstétricien, les sages-femmes seront vraisemblablement appelées à jouer un rôle prépondérant dans le suivi des grossesses et des accouchements à l’avenir. 

Rappel au rapporteur : Si notre rôle est effectivement à développer dans le suivi des grossesses, les sages-femmes prennent en charge 100% des femmes en travail.

La France compte aujourd’hui plus de 20 000 sages-femmes en activité, dont la moyenne d’âge est de quarante et un ans, et seulement 4 200 gynécologues-obstétriciens, dont 30 % ont plus de cinquante ans. »
Catherine Lemorton souligne cette même réalité. Et Annie Lehouerou tacle nos confrères « Actuellement, elles [les sages-femmes] consacrent en général trente minutes à une heure à chacune de leur consultation, alors que les gynécologues, souvent débordés, examinent leur patiente sans prendre en compte l’environnement familial ni les éventuelles angoisses des parents ».

Le financement est abordé rapidement. Une subvention (unique ? pérenne ?) de 150 000 € est évoquée « permettant de couvrir les frais de structure ainsi que tout ou partie des primes d’assurance demandées aux sages-femmes ».

Tout va dépendre de la position des pouvoirs publics face aux assureurs. Car si l’on reprend les tarifs actuels proposés aux sages-femmes qui travaillent à domicile, la subvention payerait – au mieux – une année d’assurance pour six sages-femmes, soit le nombre de praticiens envisagé dès 2010 par le groupe de travail… Il ne resterait plus de budget pour les frais de structure !

Gisèle Biémouret rappelle que l’ouverture de maison de naissance est un progrès pour les femmes mais que l’on ne peut s’en contenter « Le désir d’un accompagnement personnalisé n’est pas l’apanage des tenantes de l’accouchement physiologique. Une grossesse pathologique, qui n’est pas un choix mais une situation subie et angoissante pour la femme qui la vit, nécessiterait encore davantage une prise en charge plus humaine ».

Enfin, cette proposition de loi permet de connaitre les  sites  d’expérimentation envisagés « à ce stade »  (traduction, faut voir, ça dépend et on est pas sûr ) : Paris, Pontoise, Rennes, Nancy, Remiremont, Thonon-les-Bains, Toulouse, Marseille et Beauvais.

Le discours globalement très positif change des débats entendus en 2010. Espérons que le vote de jeudi confirmera la bienveillance des députés vis-à-vis d’un projet  attendu depuis quinze ans…

 

* La proposition de loi avait suscité quelques « étonnantes » réactions lors de son débat au Sénat

 

Mots-clés : , , | 7 commentaires