Mienne, tienne, notre…

Publié par 10lunes le 6 décembre 2016 dans 9 mois

 

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Ce deuxième enfant doit naître, comme le premier, en maison de naissance*.  Mais, au septième mois, de fortes contractions l’amènent à consulter sa sage-femme. Celle-ci l’adresse pour un bilan plus complet à la maternité.

Le verdict tombe : risque d’accouchement prématuré, traitement pour accélérer la maturation pulmonaire de l’enfant et hospitalisation le temps de voir comment tout cela tourne.

C’est son compagnon qui se charge de prévenir la sage-femme.
Au téléphone, elle interroge, quels examens, quels traitements, et se fait pédagogique pour ré-expliquer ce qui été mis en oeuvre par l’équipe hospitalière. Elle s’inquiète ensuite du vécu de sa compagne, de son moral.
Lui se rassure de faire un point apaisé avec une professionnelle connue.
Mais sa dernière question le touche plus encore.
Parce qu’après ce tourbillon de soignants, d’informations, de décisions prises par d’autres, enfin quelqu’un se soucie de lui, le père de cet enfant :
-« Et toi comment vas-tu ? »

Il s’est montré fort pour rassurer sa compagne et peut enfin tomber le masque et parler de ses peurs.
« Sa » sage-femme est devenu la « leur ».

La naissance aura finalement lieu comme prévu en maison de naissance, quelques jours après terme, avec « leur » sage-femme.

 

 

*Suisse la MDN. Les maisons de naissance françaises n’ont ouvert que récemment leur portes ; mais déjà plus de 150 enfants y sont nés.

 

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Clémente

Publié par 10lunes le 28 janvier 2016 dans 9 mois, Blessures

 

Je le savais pourtant qu’elle attendait ce résultat, qu’elle se rongeait d’angoisse, que les délais de réponse qui lui avaient été annoncés étaient bien trop courts. J’avais tenté de corriger sans oser trop insister.

Et puis ce courrier qui m’attend depuis hier. En mon absence, mes collègues ouvrent « mes » résultats de labo mais cette enveloppe neutre n’avait l’air de rien, elles n’y ont pas touché.

Moi non plus, je ne l’ai pas ouverte tout de suite. J’ai profité de la pause café du midi pour terminer la pile. Un faire-part, une brochure pour un congrès très éloigné de mes centres d’intérêt, quelques résultats d’analyse arrivés le jour même, le chèque d’une femme venue avec sa carte bleue ( j’ai pas de lecteur de carte), une énième pub tentant de se déguiser en information professionnelle et puis cette enveloppe blanche… et son destin à l’intérieur.

Nous avions rendez vous une heure plus tard.

J’ai bêtement pensé qu’elle savait déjà, que puisque le courrier était posté de l’avant-veille, on lui avait communiqué les résultats, qu’il était stupide de l’appeler une heure avant notre rencontre pour le vérifier.

Je l’ai vue dans la salle d’attente, fermée, stressée, pas libérée… le doute m’a traversé – à peine – juste assez pour que je m’entende prononcer avant de me l’être formulé…
– Tu as eu tes résultats ?
Sa tête a fait non.

– Mais c’est bon ! Je les ai reçus, tout va bien !

Elle a pleuré toutes les larmes retenues depuis trois semaines ; j’ai pris sa main.
J’ai un tout petit peu – discrètement – pleuré avec elle et je lui ai demandé pardon parce qu’une heure de plus au bout de trois semaines, oui ça compte quand même.

Alors elle a dit le truc le plus gentil du monde.
Elle a dit :
– Mais c’est mieux comme ça. Je n’aurais pas voulu être seule, c’était bien d’être avec toi pour savoir.

 

 

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Taxe tampon

Publié par 10lunes le 1 janvier 2016 dans Pffffff, Vie des femmes

 

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Je surfais paisiblement sur le net, tentant de me motiver pour un petit billet histoire de débuter une année pleine de bonnes résolutions bloguesques.

J’hésitais entre une version volontariste et positive : 2016 sera l’année de l’expérimentation des maisons de naissance (pour lesquelles nous bataillons depuis 1998…)

Et une version réaliste : des tarifs assurantiels s’apprêtant à exploser, des maternités overbookées « offrant » des conditions de travail de plus en plus délétères, des droits de prescriptions toujours stupidement listés et autres incohérences textuelles nous imposant moult acrobaties dans notre exercice quotidien…

Puis je suis tombée sur ça.
Que sont nos petits problèmes face à une société qui ne semble pas s’émouvoir de l’instrumentalisation chaque jour accrue des corps maternels ?

Parce que oui, les injonctions sont multiples ; ne pas fumer, ne pas boire, éliminer de nombreux aliments – et souvent les meilleurs ! -, ne pas prendre trop de poids mais quand même assez, avoir une activité sportive mais pas trop quand même, bien dormir et surtout, surtout, ne pas stresser !

Une autre série d’injonction est médicale. Par définition, une femme enceinte offre son corps aux soignants, acceptant sans broncher échographie endovaginale et touchers vaginaux répétés.
Mon coeur se serre chaque fois qu’après ma demande d’accord pour un examen, j’entends : Avec ma grossesse, je me suis tellement habituée –  La pudeur est une notion que j’ai du oublier… Phrases accompagnées d’un demi sourire résigné.

Donc ne chipotons pas, les mères ne sont plus à une intrusion près. Envisager un nouveau truc à mettre dans son vagin pour aider leur futur génie à être encore plus génial NE DOIT PAS leur poser problème.

Il serait quand même détestable et bien peu maternel de refuser un dispositif qui permet « d’améliorer le développement neuronal de son bébé ».
A croire que tous les enfants nés avant cette magnifique invention sont débiles. Du coup, je comprends mieux pourquoi je suis si fréquemment déçue de l’humanité.
Z’ont pas eu les neurones correctement développés ? C’est bien ça ?

 

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Trêve de ralerie !

Je vous souhaite une belle et heureuse année 2016.
J’en profite pour remercier toutes celles (aucun homme ne s’est senti concerné) qui m’ont envoyé leurs récits pour l’Avent 2015. Je n’ai pas pu tout utiliser, parfois parce que je ne trouvais pas comment reprendre le récit, parfois parce qu’il m’invitait plutôt au pessimisme.
Mais je piocherai dans toutes ces histoires pour nourrir le blog cette année. Et la boite mail reste ouverte !

 

 

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Rationnel

Publié par 10lunes le 2 décembre 2015 dans 9 mois

 

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Ils sont tous les deux chercheurs, maniant les données biologiques avec dextérité, habitués au milieu médical. Ils sont aussi parfaitement néophytes en vécu de grossesse. Ils attendent leur premier enfant.

La sage-femme qui les accompagne cherche à trouver le juste niveau d’information, ne pas les noyer d’évidences inutiles, ne pas les priver d’explications nécessaires.

Fin du premier trimestre. Pour la première fois, elle dépose un peu de gel sur la sonde doppler, la pose sur le bas du ventre maternel, cherche en orientant le capteur dans différents axes. Un son nouveau envahit la pièce. Celui des battements du cœur fœtal.

En parfait scientifique, le père s’interroge, comment être sûr qu’il s’agit du cœur du bébé et pas de celui de sa mère ?
La sage-femme explique le rythme cardiaque fœtal, bien plus rapide que celui de l’adulte. Elle encourage le père à prendre le pouls de sa compagne pour vérifier lui-même la flagrante différence de fréquence.  Il confirme.

Le temps s’arrête.
Seul le bruit du galop décompte les secondes.

Puis la sage-femme retire la sonde, essuie la trace de gel sur le ventre maternel, sourit à l’ émotion parentale encore palpable.
Alors elle ajoute malicieusement : Là où je cherchais le cœur du bébé, il aurait été très étrange que j’entende celui de la mère.

 

 

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Etre choisie, ou pas.

Publié par 10lunes le 20 octobre 2015 dans Blessures, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

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Notre première rencontre a tout dû au hasard. Il fallait une sage-femme pour assurer sa sortie de maternité, c’est tombé sur moi.

Une grossesse longtemps espérée.
La médecine s’était imposée, d’abord pour pallier les défaillances du corps, ensuite pour accompagner les mésaventures successives venues angoisser ces neuf mois. Parmi elles, la certitude que la chirurgie serait nécessaire à leur enfant.

J’arrivais dans cette histoire trop lourde sans rien en savoir. Elle m’a fait confiance.

Il y a eu les opérations, les sales peurs, les bonnes nouvelles.
Le suivi post natal s’est étiré plus qu’à l’habitude, petite fenêtre se voulant banale dans ce parcours qui ne l’était pas.
Elle ne m’avait pas choisie mais nous avons longtemps cheminé ensemble.

Pour sa deuxième grossesse, arrivée quand elle ne l’attendait plus, elle m’a vraiment choisie. Mais quelques semaines plus tard, le temps s’est suspendu. Une fausse-couche, techniquement banale, si douloureuse à vivre.
J’étais là.

Elle m’a encore choisie quand un nouvel enfant s’est invité. Il a grandi assez pour qu’elle le sente bouger, se réjouisse et fasse confiance à la vie. Chienne de vie qui s’est arrêté un jour sans explication.
J’étais là toujours pour accueillir ses pleurs et sa révolte.

Le temps a passé. Je n’ai plus eu de nouvelles ; mais elle traversait souvent mes pensées.

Autre temps, autre lieu. Nous sommes plusieurs sages-femmes à nous retrouver lors d’une journée du réseau régional. On cause, on râle et on rigole. Et puis l’une d’elle me glisse  Je vois une de tes anciennes patientes.  Quelques indications et je risque un prénom puis un nom. C’est bien elle.

Blanc.

Après tout ce que nous avons partagé, après le temps donné sans compter, la disponibilité, l’énergie mise à la soutenir… elle préfère s’adresser à une autre. Je rumine l’information, me sens comme une amoureuse trahie. Elle m’a abandonnée.

Bizarre inversion, ce n’est plus elle qui aurait besoin de moi mais moi qui ait besoin d’elle.

Je me replonge dans son dossier, cherchant à travers les lignes quel impair j’ai commis, me ronge de ce qui aurait pu m’échapper. Si je me réjouis sincèrement que sa grossesse se déroule bien, je m’attriste de ne pas être à ses côtés.
Je ne suis plus aimée…

Le week-end me permet de prendre la distance qui me manquait.
Je sais.

Je suis le mauvais objet. Présente à ses cotés pour toutes les galères, je suis la porteuse de poisse désignée.
Elle a souhaité repartir à zéro en choisissant une autre sage-femme.
Elle a eu raison.

Et ça ne me fait presque plus mal.
 

 

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S’affirmer

Publié par 10lunes le 1 octobre 2013 dans 9 mois

 

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Ils viennent en famille pour la consultation du sixième mois. Leur petite fille de 18 mois les accompagne. Une toute  mignonne brunette avec qui je tente de faire connaissance.

Elle prend peu à peu ses marques, s’autorise à lâcher la main de des parents, accepte de s’intéresser aux jouets que je lui tends.
Son regard est malicieux et… fuyant. Annoncée par ses parents comme  « la dame qui s’occupe du bébé », me voilà désignée responsable de l’irruption prochaine d’un concurrent. Toutes mes tentatives d’approche échouent lamentablement. Elle ne me voit pas, ne m’entend pas. Bref, je n’existe pas.

La consultation se poursuit. Elle est calme, s’amuse avec les jouets, explore la salle.

Vient le temps de l’examen clinique. Poids, tension, palpation, hauteur utérine, bruits du cœur. Le petit se manifeste et ses mouvements sont bien perceptibles. Les parents commentent cette agitation, s’amusent et s’émeuvent de sentir leur enfant répondre à leurs appels, se demandent si leur fille pourrait aussi le percevoir.
La grande sœur est un peu plus loin, occupée avec une poupée. Je l’invite à venir « dire bonjour au bébé ».

Tout d’un coup, je ne suis plus transparente et elle n’est plus mutique.
Bien campée sur ses deux jambes, elle me lance un regard de braise et clame sa réponse.
NON !

Voilà qui est clair.

 

Je déstocke ce petit intermède léger. Pas le temps d’écrire en ces temps de mobilisation autour de l’AAD qui s’organise du côté des professionnels comme du côté des parents. 
– une petite vidéo à faire tourner
– et un blog militant

A suivre

 

Illustration

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L’imprévu…

Publié par 10lunes le 16 décembre 2012 dans 9 mois

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Ils ont tous les deux la quarantaine bien tassée.

Ils se tiennent par la main comme de jeunes amoureux… ils le sont. Dans les échanges qui suivent, ils précisent s’être rencontrés quelques mois plus tôt. Tous deux célibataires endurcis, ils avaient abandonné l’idée de trouver l’âme sœur.
Et puis le coup de foudre.

Cette grossesse est arrivée bien vite dans leur histoire. Peut-être se sont-ils sentis poussés par le temps ? Dans le souci de les accompagner au mieux, je m’autorise à poser la question.

« Non, non, dit-il, on ne s’est pas pressé de faire un enfant, c’est un accident ». Mais le sourire parant leurs deux visages, leurs mains toujours jointes, leurs regards complices semblent contredire cette affirmation.

Pour leur permettre d’en dire un peu plus, je les interroge sur les circonstances de cet « accident ».
« D’habitude, on utilise les préservatifs » répond-il dans une hilarité contenue.

Tout est dans le « d’habitude »…

 

©Photo Palagret Installation de Bryan Mc Cormack à Beaubourg (2011)

 

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Chorégraphie

Publié par 10lunes le 9 décembre 2012 dans 9 mois

 

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Fin de la séance de préparation. Assis sur les tapis au sol, chacun commence à remettre ses chaussures. Selon la conception des modèles, le geste est plus ou moins aisé pour ces femmes en fin de grossesse.

Lui est déjà debout, prêt à partir. Manteau boutonné, écharpe nouée autour du cou, il attend que sa compagne ait terminé, peut-être un peu impatient d’aller fumer sa cigarette. C’est ce dont semble témoigner sa main gauche qui fébrilement fait pivoter un briquet jetable.

Gênée par son ventre plus que rond, elle peine à lacer ses souliers et sollicite son assistance.

Il répond à voix trop haute « Tu veux que je t’aide ? Ben lève la jambe ma chérie… «   sans amorcer le moindre geste.

L’éclat de rire est général.
Confus, il s’agenouille à ses pieds pour se saisir délicatement des lacets.

 

©Photo

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Commune mesure

Publié par 10lunes le 1 décembre 2012 dans 9 mois

 

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Une sonnerie stridente au coeur de la nuit dans la maternité de mes études. Je décroche un combiné encore bêtement relié à son socle par un fil en spirale …

Une voix d’homme, grave, posée. Le vocabulaire est châtié, l’élocution lente ; son ton guindé me donne le sentiment d’être téléportée au siècle précédent.

« Je pense que mon épouse vient de perdre les eaux. Est-il nécessaire de nous rendre immédiatement à la maternité?
Je pose les questions d’usage, mouvements foetaux, parité, terme, contractions et cherche ensuite à évaluer s’il s’agit bien d’une rupture de la poche des eaux.
– A t-elle perdu beaucoup de liquide ?
– Je vous prie de ne pas quitter, je vais me renseigner.
Un temps d’attente non négligeable.
Puis il annonce, d’un timbre toujours aussi affecté, en détachant bien chaque syllabe
– L’équivalent d’un petit verre à liqueur ».

 

©Photo 

 

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Façon puzzle

Publié par 10lunes le 8 juillet 2012 dans 9 mois

 

2837857863_92e9e1c33e_zL’échographie est souvent pensée par les parents comme une première rencontre avec leur enfant. Le décalage entre ce rendez-vous attendu et la réalité de l’examen – chargé de délivrer un certificat de conformité – en est d’autant plus grand.

Ce que résumait récemment un père avec humour.

« Nous regardions l’écran, en ayant un peu de mal à comprendre ce qui s’y affichait. De temps en temps, l’échographiste nous gratifiait d’un commentaire laconique, énumérant des organes, annonçant des mesures.  

Il nous a expliqué que certaines dimensions permettaient de préciser l’âge de la grossesse.  A chaque mesure, l’écran affichait une date. Mais elle était chaque fois différente.

A se demander si ce bébé nous sera livré en kit à monter nous-mêmes ! « 

 

©Photo

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