Accompagnée

Publié par 10lunes le 5 décembre 2017 dans Naissance

 

Le souvenir de son premier accouchement est celui d’un combat long et épuisant, juste adouci par le soutien d’une équipe chaleureuse.

Son second enfant s’annonce aussi gros que le premier et se présente en siège, conjugaison qui fait décider d’une césarienne. Cette même équipe, décidément très à l’écoute, accepte de ne pas programmer l’intervention. et d’attendre le début du travail.
Mais quand les premières contractions l’emmènent à la maternité, plus question de chirurgie, l’enfant s’est retourné et la voix basse est possible.
Elle vit une dilatation sereine sous péridurale, se projette dans une naissance qui le serait tout autant.

Faux espoir. Le coeur de son enfant ralentit et son obstétricien annonce qu’il va intervenir avec des forceps. L’histoire semble se répéter, plus difficile encore puisqu’elle avait mis son aîné au monde sans aide instrumentale.

Elle est secouée de sanglots. Elle pleure parce qu’elle a peur pour son enfant ;  elle pleure sur ses deux accouchements, le premier pas encore accepté, le second qui aurait pu réparer…
Elle pleure, oui, mais seulement entre les contractions. A chaque poussée, elle sèche ses larmes et concentre ses forces sur la mise au monde. Son enfant naît rapidement, doublement enroulé dans son cordon.
Elle pleure encore de soulagement, de fatigue, de joie.

Le lendemain, elle se sent bien. Ces flots de larmes l’ont lavée de tout regret.
Mais le souvenir sera encore plus beau, grâce à son médecin venu lui dire quelques mots, presque rien, juste ce qu’il fallait.
« Je vous ai à peine aidée, c’est vous qui avez mis votre bébé au monde ».

Elle lui sait gré de sa délicatesse.

 

 

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Confiante

Publié par 10lunes le 4 décembre 2017 dans Après

 

Nourrir son nouveau-né se révèle plus que difficile. A chaque nouvelle embûche, elle consulte sa sage-femme. Avec son soutien et ses conseils, le problème se règle mais un autre survient immanquablement dans les jours suivants.

De l’engorgement à la crevasse, de la mastite à la candidose, elle est à elle seule une encyclopédie des complications possibles de l’allaitement maternel.

Lors d’une énième rencontre, la sage-femme lui témoigne de son admiration devant sa persévérance malgré tous les obstacles rencontrés.
Sa réponse est merveilleuse d’optimisme : « Ce serait dommage de m’arrêter là puisque, logiquement, le meilleur est à venir ! »

 

Crédit photo  Gabrielle Ludlow

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Alchimie

Publié par 10lunes le 3 décembre 2017 dans 9 mois

 

Ce jour là, trois femmes et deux hommes se rencontrent et me rencontrent pour la première fois. C’est une lointaine époque où la préparation à la naissance débute sans contact individuel préalable. Seuls le terme et les disponibilités de chacun déterminent le groupe qui va se retrouver pendant huit séances.

Le premier rendez-vous est toujours un challenge. Mais le partage amical s’instaure facilement sur des préoccupations communes et les désaccords enrichissent les uns des réflexions des autres ; au final chaque groupe crée son propre équilibre.

Pourtant ce jour là, j’ai sacrément douté.
Au moment du tour de table, se sont présentés un couple de gendarmes, tout à fait conforme à l’imaginaire militaire que je pouvais en avoir, un couple de baba-cool, tout à fait conforme à l’imaginaire que les gendarmes pouvaient en avoir, et une jeune femme à peine majeure, un peu perdue, accompagnée par son éducatrice patientant en salle d’attente.
Difficile de faire plus disparate.

J’ai vraiment pensé que ça ne « fonctionnerait » pas, envisageant déjà un quelconque prétexte pour les voir ensuite séparément. Mais tout le monde était là et il fallait bien animer cette première séance.

Deux heures plus tard, je n’imaginais plus les séparer et ils se sont retrouvés avec bonheur tout au long de leur préparation à la naissance.
Ces rencontres ont fait tomber de multiples préjugés, les miens d’abord, les leurs ensuite.
Baba-cool et gendarmes se sont découverts, nouant une réelle amitié.
Tous les quatre ont soutenu, dorloté, épaulé la plus jeune qui les enrichissait de la finesse de ses perceptions, de sa compétence à ressentir et analyser ce qui se passait dans son corps.

Une parfaite alchimie entre eux.
Un pur bonheur pour moi.

Des années plus tard, alors que je rencontre maintenant chaque femme ou couple pour une première séance individuelle, je m’attache à laisser le hasard décider.
Il le fait si bien !

 


Appel général : je manque cruellement de belles histoires à partager (maternité, parentalité, contraception, gynécologie). Si le coeur vous en dit : 10lunesatgmail.com
Sinon, je recyclerai de vieux billets – presque 600 publiés, vous n’avez pas tout lu hein ! – et ce sera reposant 😉

 

 

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Comme si de rien n’était

Publié par 10lunes le 2 décembre 2017 dans Après

 

Elle savoure la chaleur du lit et le soleil filtrant à travers les volets.
Son tout-petit est au sein. Elle le caresse tendrement, explore la douceur de sa peau, lisse un épi un peu rebelle, s’émeut des petits doigts si délicats se refermant sur le sien.

La maison se réveille. De la cuisine montent les échos joyeux du petit déjeuner ; le tintement des cuillères et des bols, quelques éclats de rire enfantin.
Elle sourit. Tout semble si normal.

Des voix adultes résonnent, celle de son homme, celle de sa mère.
Et celle de la sage-femme aussi.

Car cette nuit, dans cette maison, un enfant est né.
Un matin comme un autre.
Presque.

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Déclaration

Publié par 10lunes le 1 décembre 2017 dans Après

 

A chaque séance, ce grand costaud s’est assis, enfoncé, blotti, caché dans les coussins. Recroquevillé est le mot juste.

Il accompagne sa belle en préparation à la naissance mais tout dans son attitude montre combien il se demande ce qu’il fait là. Les rares fois où il prend la parole, c’est pour dire sa peur de l’hôpital, de l’environnement médical, des odeurs de désinfectant, du blanc des blouses et du rouge du sang.
Un imaginaire sûrement nourri par Babyboom et consort, pas vraiment juste, pas tout à fait faux.
Au fil des rencontres, il s’apprivoise ; un peu moins recroquevillé, un peu moins silencieux.

Mais pas question pour lui d’assister à l’accouchement. Faire les cent pas dans le couloir en attendant qu’on vienne le délivrer d’un « Tout va bien Monsieur » lui apparaît la seule issue possible.

Et puis elle accouche. Il est là. Attentif, présent, soutenant. A chaque instant.
Jusqu’au bout, jusqu’à la naissance.

Et quand la sage-femme lui demande ensuite comment il a vécu tout cela, il sourit et bredouille un peu: « A un moment j’ai commencé à pas me sentir bien, la tête qui tourne, j’avais très envie de partir. Et puis je l’ai regardée, je n’ai pensé qu’à elle… et je suis resté ».

Et dans ces quelques mots, il y a tout l’amour du monde.

 

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Intim-e-r

Publié par 10lunes le 25 novembre 2017 dans Après, Blessures, Petites phrases, Pffffff, Vie des femmes

 


 

En cette journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, laissez-moi vous conter une brève histoire.

 

 

Son accouchement a été long, difficile, douloureux, laborieux… et s’est terminé par un forceps et une épisiotomie*.

Deux mois plus tard, elle retrouve le gynécologue qui l’a « accouchée » lors de la consultation postnatale.

« – Alors comment allez-vous ? commence t-il jovialement, peu attentif à sa démarche lente et à ses traits tirés

Pas très bien docteur. J’ai eu très mal dans les semaines suivant l’accouchement. Je ne pouvais même pas m’asseoir. Ca va un peu mieux maintenant, mais la cicatrice reste vraiment douloureuse.

Et la sexualité, ça se passe comment ? dit le médecin, visiblement peu impressionné par le témoignage de la patiente.

Mais docteur, je viens de vous dire, l’épisiotomie me fait encore mal alors je ne vois vraiment pas comment je pourrais penser à …

Mais, la coupe t-il sèchement, il faut que vous y pensiez ! Sinon, il ne faudra pas vous étonner que votre mari aille voir ailleurs… »

 

* L’histoire m’a été racontée et je ne sais rien du dossier médical, des circonstances de l’accouchement et de ce qui a motivé ces gestes. Je ne souhaite évoquer ici que le déroulement atterrant de cette « consultation ».

 

 

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Risque, risque, rage.

Publié par 10lunes le 19 novembre 2017 dans Médias, Militer, Pffffff

 

Au titre de « blogueuse intéressée par les violences obstétricales et gynécologiques », j’ai reçu il y a un mois  le « Livre noir de la gynécologie » de Mélanie Déchalotte.
Je l’ai dévoré d’une traite et me suis promis de venir vous en parler ici.
Et puis… rien.Incapable d’écrire deux lignes.
Ces témoignages attristent, atterrent, enragent, désespèrent… Je n’ai pu, dans un premier temps, m’empêcher de faire des hypothèses, essayant de comprendre une situation, de justifier une intervention. J’aurais voulu lire en miroir les mots des soignants revenant sur ces paroles agressives ou ces geste brutaux réalisés sans explication ni consentement.
J’avais envie de comprendre.
Pour finalement comprendre que l’essentiel dans ces témoignages n’est pas le contexte mais le ressenti des femmes.
Ces récits participent à la « libération de la parole » souvent évoquée ces dernières semaines.
Ces récits pourraient venir enrichir la réflexion des soignants.

Cause toujours !
Deux débats récents montrent qu’il n’en est rien.

Le premier opposait Mélanie Déchalotte au Dr Gilles Sournies. Je l’ai suivi de loin grâce au live-tweet de Mme Déjantée, alias Béatrice Kammerer.
J’en extrais un passage sur l’expression abdominale. Rappelons que, depuis déjà dix ans, la Haute Autorité de Santé ne la « recommande pas ». Pourtant des soignants protestent de la salle :  « On ne peut pas vous laisser dire que l’expression abdominale cause des déchirures ! »  protestation mise à mal par le texte de la HAS qui précise « Deux études de bonne qualité méthodologique ont montré que l’expression abdominale est un facteur de risque de déchirures du sphincter anal et de déchirures périnéales du 3e degré ».
Pire encore, un autre osera ajouter « C’est qu’elle voulait pas d’épisio, c’est pour ça qu’elle a le cul explosé ! »

Compétence, respect et bienveillance sont convoqués de toute urgence.

Le second débat a lieu sur le plateau de « Allo docteurs ». Il réunit trois intervenants, Mélanie Déchalotte, la Pr Alexandra Benachi, gynécologue obstétricienne à l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart et Anne Marie Curat, présidente du conseil de l’ordre des sages-femmes.
Clairement les trois médecins du plateau offrent un front uni. En témoigne la première question posée « Vous en pensez quoi de ce bouquin (sic) ? »

La Pr Benachi semble bien commencer en affirmant qu’il n’est pas question de nier la réalité des violences obstétricales mais son ton change très rapidement. Elle accuse la journaliste « J’ai lu votre livre, je n’ai pas appris grand-chose » et enchaîne sur la nécessité d’être constructif, de ne pas se limiter à dénoncer et de trouver des solutions.
Témoigner n’est donc pas suffisant ? Serait-ce aux femmes et aux médias d’être constructifs ?

Alexandra Benachi cherche à différencier les mauvais soignants des bons et exonère ceux-ci d’une phrase  « On vit en permanence dans l’urgence ». L’urgence et le risque seront ses leitmotivs durant toute l’émission. Petit florilège.
– Il y a des gestes médicaux pour sauver la mère et l’enfant.
– On ne va pas demander tout le temps le consentement, quand l’enfant va tres mal, quand la mère saigne très vite.
– On est dans l’urgence en permanence.
– Il est très important de ne pas idéaliser l’accouchement, c’est un moment très à risque.

Alexandra Benachi reprend Mélanie Déchalotte lorsqu’elle évoque certaines conséquences graves de l’expression abdominale, « Ce sont des pratiques exceptionnelles qu’elle semble aussitôt justifier en ajoutant il faut probablement les remettre dans leur contexte ».
Elle feint ensuite de penser que le consentement éclairé oblige à prévenir de l’intégralité des risques. Mélanie Déchalotte rappelle qu’il ne s’agit pas de tout évoquer mais d’expliquer ce que l’on va faire et d’obtenir l’accord de la femme avant de le faire.
Encore une fois, le médecin invoque l’urgence. La journaliste la contre, soulignant que tous les accouchements ne sont pas « code rouge ».
« Oui concède Alexandra Benachi qui poursuit, Bien sur qu’on doit informer mais je mets en garde aussi contre le consentement éclairé avec tous les risques de l’accouchement que l’on devrait expliquer à la pauvre femme qui est enceinte pour la première fois, qui est toute contente. On ne va pas lui sortir la liste de toutes les catastrophes qui peuvent arriver non plus. »

Mélanie Déchalotte souligne la loterie liée aux pratiques très différentes d’une maternité à l’autre. Si les uns le font, pourquoi les autres ne le feraient pas.  La réponse est surréaliste : « Si vous prenez un médecin qui exerce depuis 30 ans et que vous lui dites demain de ne plus faire d’épisiotomie, c’est comme si l’on vous disait de traverser au vert et plus au rouge, va y avoir des accidents ».
De même, la ventouse devient un instrument « qui peut décoller la tête du bébé, et faire des hématomes. Quand il y a des anomalies du rythme, parfois on ne peut pas l’utiliser, c’est pas si simple » soupire Alexandra Benachi.

Quand on lui demande d’expliquer les niveaux de maternité, la réponse est attendue. « Le type 1 c’est l’accouchement normal sans pédiatre sur place, il y a les types 2 A et 2 B et le type 3, c’est là où il y a le plus de sécurité avec la réanimation pour le nouveau-né également ».

Evidemment l’accouchement à domicile est balayé d’une phrase. « Il n’y a pas de sécurité, ce n’est pas vrai. A l’époque où les femmes accouchaient chez elles, les femmes mourraient, il y avait des infections, les enfants allaient mal. »

Les interventions de Anne Marie Curat ont été nettement plus dignes, insistant sur le respect de la parole des femmes et la nécessité de travailler entre professionnels mais aussi avec les « usagers » à améliorer la situation. Elle a ensuite évoqué les alternatives à l’accouchement hospitalier que sont les maisons de naissances et les accouchements à domicile.

Au final, les propos d’Alexandra Benachi ne peuvent être qualifiés de faux, mais ils manquent cruellement de mesure. A l’entendre, aucun accouchement ne se passe normalement. Pour mieux enfoncer le clou, elle choisit d’ailleurs de conclure sur le risque « En maison de naissance, les femmes sont à bas risque mais on ne peut dire que l’accouchement est normal qu’a posteriori, une fois que l’enfant et la mère vont bien… »

Tenez-vous le pour dit, l’accouchement c’est dan-ge-reux, toujours.
Et ce danger justifie toutes les dérives puisque c’est pour votre bien.
Une seule conclusion à tout cela, aux femmes de crier plus fort encore pour que le message soit enfin entendu.

 

 


Il y aurait tant d’autres choses à dire, par exemple

  • le reportage sur la maternité de Besançon inauguré par un accouchement en position gynécologique, poussée bloquée et coaching vocal de 4 (quatre!) soignants « encore encore encore, plus fort plus fort plus fort »
  • la manœuvre de Couderc présentée comme une règle pour préserver le périnée. Je serais curieuse d’avoir l’avis des collègues passant par ici.
  • les chiffres fantaisiste sur la fréquence des épisiotomies, 37 % dans la présentation du reportage, 32 % en 2010 et 22 % en 2016 selon Alexandra Benachi  alors qu’ils sont respectivement de 27 et 20 %
  • le choix de consacrer le débat aux violences obstétricales. Les violences gynécologiques permettent plus difficilement de s’abriter derrière l’urgence.

 

 

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Le syndrôme du briquet

Publié par 10lunes le 8 octobre 2017 dans Vie du blog

 

Pardonnez moi cet excès d’intimité, pour une fois, je vais causer de ma petite personne et de ceux qui m’entourent.

Le syndrome du briquet, c’est ainsi que mon homme a récemment résumé ma propension à m’enflammer (ahaha) pour les grands élans genre « Tous-ensemble-tous-ensemble… »
Effectivement, dans un concert, je serais du genre à faire briller mon portable à bout de bras. J’aime la sensation de penser à l’unisson, j’aime les mots et les idées qui disent solidarité et générosité.

En fait, je suis une incorrigible optimiste ; toujours plus envie de voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide.
J’ai donc la stupide naïveté de penser que les hommes sont bons et qu’il suffit de se causer gentiment pour que tout s’apaise et tout s’éclaire.

Bon, j’ai très sale caractère aussi. Suis une râleuse, par principe, par essence. Plus petits, mes enfants me prévenaient gentiment : « Mamannn, y a un reportage sur  – au choix ! –  la grossesse /l’accouchement /les bébés /l’hôpitalOn te laisse, tu vas encore t’énerver ». Et ils filaient plus loin, lassés par avance de mes réactions.

Pour tout vous dire, j’ai dû les traumatiser rien qu’avec l’Odyssée de l’espèce. Dans ce très beau documentaire en image de synthèse retraçant les étapes de l’évolution, la première hominidé(e !) qui accouche s’allonge pour faire naître son petit (à 5’30). Et moi de protester « Mais non, MAIS NOOOOOON ! » en pensant au formatage insidieux de lointains futurs parents, déjà contraints à imaginer une femme forcément étendue au moment de la mise au monde.

Ce sont les réflexions de ces enfants devenus grands qui m’ont beaucoup apporté lors d’une discussion récente. Le sujet des violences obstétricales est arrivé sur la table. En « milieu préservé », je me suis autorisée à évoquer mon incompréhension devant l’agressivité de certains propos, la dénonciation globale. J’ai osé souligner combien ça faisait mal de voir tous les soignants rangés dans le clan des agresseurs et des violeurs. J’ai redis combien cette généralisation me semblait contre-productive auprès des « malmenants », d’autant plus enclins à se dédouaner que la charge était forte  : « Suis pas si pire donc suis pas concerné ».

Et puis eux, plus jeunes, plus activistes, plus anarchistes (!) m’ont dit « Mais regarde, on en parle, c’est sur la place publique* alors que toi tu milites depuis 30 ans pour que ça change et tu t’énerves parce que ça ne change pas beaucoup, pas vite ».

Grace à leurs mots, alors que j’étais piégée entre mes espoirs et mes rejets, je me suis sentie comme réconciliée.

Et ça m’a redonné l’envie d’écrire.

 

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* Au moment où j’allais publier ce billet, je reçois ces articles de Médiapart et du Berry Républicain

 

 

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L’histoire sans fin

Publié par 10lunes le 31 juillet 2017 dans Médias, Militer

 

Odile Buisson a décidément l’art de réactiver ce blog.
Ses propos se font chaque fois plus outranciers et il est quelque peu désespérant que les gynécologues la laissent parler en leur nom.

N’en déplaise à Odile Buisson, la violence obstétricale n’est pas un fantasme. Le questionnement ne concerne pas sa réalité mais son ampleur. D’aucuns évoquent un phénomène général, je voudrais pencher pour l’exception ; mais même si cela ne concernait qu’une toute petite minorité de femmes et de soignants, cela n’en resterait pas moins inacceptable.
Le rapport du HCE devrait permettre  de trancher. Et si certains discours sont effectivement virulents, ce n’est qu’à ce prix, comme j’en convenais ici, que la souffrance se fait entendre. Je déplore la surenchère nécessaire pour être enfin audible mais cette surenchère n’appartient pas aux « activistes de la naissance », c’est tout un fonctionnement médiatique et politique qu’il faudrait revoir.

Odile Buisson accuse tous azimuts en affirmant la volonté d’éviction de tous les spécialistes. C’est bien évidemment faux, personne ne serait assez naïf pour en revenir aux lois de mère nature. Par contre nous sommes nombreux à souhaiter que les « modes de prise en charge » soient redéfinis pour mieux respecter la « normalité » * de la naissance.

Ce travail est en marche. Il y a eu les recommandations du collège des sages-femmes sur l’utilisation de l’ocytocine. Et nous attendons dans les prochains mois des recommandations de la Haute Autorité de Santé sur l’accouchement physiologique. Il semble que le balancier reparte – enfin ! – dans le bon sens alors que les années 2000 avaient vu exploser l’hypermédicalisation de la naissance.

Pour faire bonne mesure, Odile Buisson tente d’apeurer les foules en évoquant le déremboursement de la péridurale. Un délire total et un de ses sous-entendus récurrents contre ces diaboliques sages-femmes, grandes prêtresse de la nature adeptes de la rédemption par la souffrance…(oui, moi aussi, je peux forcer le trait !)

Mais chère Odile – permets-moi de te tutoyer depuis le temps que je monologue avec toi – je m’irrite que tu oses énoncer : « Les syndicats de sages-femmes, très actifs depuis que le métier s’est masculinisé ».

D’une part c’est faux. Le pourcentage d’hommes exerçant le métier de sage-femme reste faible :  3 % en 2015 et ils sont -logiquement ! – très minoritaires au sein des instances syndicales : 1 sur 12 membres au conseil administration de l’UNSSF, 2 pour 10 au conseil d’administration de l’ONSSF.
Mais surtout, et c’est d’autant plus inacceptable que tu es régulièrement présentée dans les médias comme féministe, crois tu vraiment que ma profession ait eu besoin des hommes pour oser défendre et revendiquer de meilleures conditions de mise au monde pour les femmes ?

Si la secrétaire d’Etat  se piquait d’un nouveau rapport sur les inepties sexistes proférées à l’égard des sages-femmes… Chère Odile, tu y figurerais surement en bonne place.

 

 

*je ne peux me résoudre à conjuguer les mots protocole et physiologie. Le premier est censé se déterminer à partir de normes générales alors que la seconde se détermine au plus près de l’expérience individuelle. 

 

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Contre-feux

Publié par 10lunes le 28 juillet 2017 dans Médias, Militer

 

Le 20 juillet, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes – peut-être soucieuse d’éteindre le feu couvant quant à la baisse drastique de son budget (27%) – a évoqué les violences obstétricales lors de son audition au Sénat.

« J’ai commandé un rapport au Haut Comité sur l’Egalité sur les violences obstétricales qui est un sujet qui revient dans l’actualité. Vous savez qu’en France, on a un taux d’épisiotomies par exemple à 75%, alors que l’OMS préconise d’être normalement je crois autour de 20-25% ». Le chiffre est à vérifier mais il me semble que c’est cela. Notamment de pratiques obstétricales non consenties avec notamment des violences obstétricales, semble-t-il, particulièrement sur les femmes étrangères, sur les femmes très jeunes, et sur les femmes handicapées. Ce sont des sujets sur lesquels nous avons un gros travail à mener ».(à 1h 09)

Elle a commis la réelle maladresse de se référer à un chiffre issu du réseau « Maman travaille »* choix pas tout à fait innocent puisqu’elle en est la fondatrice. Marlene Schappia aurait pu, dû, se tourner vers les  statistiques provenant de l’enquête périnatale de 2010 (les chiffres de la dernière enquête, réalisée au printemps 2016, ne seront disponibles que fin 2017) :  le 75%  d’épisiotomie  annoncé se transforme alors en  44.4 %  pour un premier accouchement  et 14.2 % pour les suivants. Elle aurait pu noter aussi que ces chiffres ont été respectivement divisés par 2 et 3 en 14 ans ( cf p 80 de ce rapport de la DREES). Chiffres en réel progrès donc, mais encore trop élevés puisque certaines maternité sont en dessous de 5 %.

Je ne suis pas certaine que cela aurait fait autant de bruit si nous n’étions au cœur de l’été à l’heure où tout semble s’arrêter et que les rédactions peinent à remplir leurs pages. Les médias se sont emparés du sujet.

Curieusement les obstétriciens se sont immédiatement sentis désignés, oubliant au passage que, comme le souligne cette réaction mesurée du CNOSF, 75 % des accouchements sont « réalisés » par les sages-femmes. Le CNGOF s’est dit profondément choqué, le SYNGOF a carrément réclamé la démission de la secrétaire d’Etat.
Ni les uns ni les autres n’ont souligné ce qui apparaît gravissime : la désignation de catégories de femmes victimes de violences obstétricales. Si ces faits étaient avérés, cela impliquerait que ces violences sont volontaires, puisque ciblant les femmes les plus fragiles et les moins à même de se défendre.

L’état des lieux des violences obstétricales commandé au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes est donc plus que bienvenu.

 

NB : Odile Buisson ayant encore sévi, je vous dis à très bientôt…

 

*attention photo ! (et propos improbables… )

 

 

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