Comité d’accueil

Publié par 10lunes le 9 décembre 2017 dans Naissance

 

Si tout s’est bien passé lors de son premier accouchement, le fait d’avoir mis deux enfants au monde à la fois revenait à convoquer le ban et l’arrière ban médical. Sage-femme, obstétricien, anesthésiste, pédiatre et puéricultrice ont assisté plus qu’ils ne l’ont assistée à la naissance de ses jumeaux.
Devant ce large public, surement enrichi de futurs soignants en formation, elle s’est sentie quelque peu dépossédée de l’événement.

Alors pour ce nouvel enfant qui arrive en solo, elle confie à l’étudiante sage-femme souhaiter un accouchement en « petit comité ».

L’étudiante la rassure, outre son conjoint, ils ne seront que trois dans la salle, l’étudiante, la sage-femme qui la supervise et une autre sage-femme venant s’occuper du nouveau-né.

Mais quatre personnes, ça fait quelle taille de comité ?

Le dernier examen montre que le col est dilaté à 8 centimètres, le bébé encore haut. Les sages-femmes sont unanimes, ce n’est pas pour tout de suite. Elles repartent, accompagnés du père qui profite de l’occasion pour aller remonter son taux de nicotine.

A peine ont-ils franchi la porte que la mère annonce, « Il arrive ! »

L’étudiante n’aura que le temps de soulever le drap pour accueillir le bébé.
En tout petit comité, conformément au souhait maternel.

 

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Réaliser

Publié par 10lunes le 8 décembre 2017 dans 9 mois

 

Son ventre plat détonne parmi les ventres ronds. Elle est entourée de femmes joyeusement enceintes en qui elle ne se reconnait pas.

Son début de grossesse est… hésitant. Le test positif pourtant attendu, espéré, l’a laissée indifférente. Loin de l’épanouissement annoncé, elle s’interroge sur son désir d’enfant, peut-être trop vite comblé.

Comme un écho de son hésitation, son utérus s’est mis à saigner. Patientant sur une chaise au plastique inconfortable, elle pense à une possible fausse couche, sans parvenir à savoir si elle en serait triste ou soulagée.

On l’appelle en salle d’échographie.
Un peu de gel, l’appui de la sonde sur sa peau et très vite apparaît à l’écran le clignotement rythmé des battements cardiaques.
Gentiment, le médecin s’en réjouit « Mais elle est bien là la crapule ! »

Crapule, adjectif soulignant qu’elle a pu inquiéter sa mère
Crapule, gentil surnom donnant soudain une réalité à ce « projet » d’enfant.

Immédiatement, elle se sent enceinte,
et si heureuse de l’être.

 

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Heureux métier (07 12 2009)

Publié par 10lunes le 7 décembre 2017 dans Profession sage-femme, Vie des femmes

 

Une collègue de PMI*, au bord de la retraite.

Une jeune femme avenante nous apporte le menu dans le restaurant où nous faisons étape.

Leurs regards se croisent et deux grands sourires illuminent leurs visages. Quelques nouvelles du petit – « déjà trois ans ! » – sont échangées.
Dans la brève conversation arrachée au temps de la commande émergent quelques bribes d’une histoire mêlant grossesse, jeunesse, précarité et isolement.
J’entends le soutien de cette sage-femme, aidant cette jeune mère à trouver l’énergie de sortir d’une impasse annoncée, sans qualification professionnelle, seule avec un enfant .

C’est le coup de chaud dans la salle et la jeune serveuse doit reprendre son service au pas de course. Mais avant, spontanément, elle claque deux gros baisers sur les joues de « sa » sage-femme.

Qui se retourne vers moi en disant « savoir d’où elle vient et la voir comme ça maintenant, je re-signe tout de suite ! »

Protection maternelle et infantile 

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Premiers pas ( 17 09 2009)

Publié par 10lunes le 6 décembre 2017 dans Après

 

Nurserie de la maternité. Pour la première fois, elle fait la toilette de son nouveau-né. Novice et maladroite, elle soutient son enfant dans le bain tiède en l’empoignant par le cou. Son anxiété rend ses gestes impulsifs, imprécis, et son tout-petit risque alternativement noyade et strangulation.

Une auxiliaire de puériculture est à ses cotés pour l’accompagner dans ses premiers pas de mère. Délicatement, jamais en imposant, toujours en suggérant, elle l’invite à déplacer sa main. « Peut-être aimeriez-vous…? », « Seriez-vous plus à l’aise si…? ». Tout doucement, le geste est corrigé, la tête de l’enfant se pose au creux du poignet, la main entoure le bras gracile sans risquer de lâcher prise… la mère se détend et commence à prendre plaisir à ce premier bain.

A aucun moment, cette jeune femme n’a pu se sentir accusée ou même soupçonnée d’incompétence.
Bien au contraire, une confiance renforcée dans sa capacité maternelle lui a été offerte par cette présence respectueuse ; précieuse réassurance qu’elle emportera avec elle.

 

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Rude journée : billet recyclé 🙁

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Accompagnée

Publié par 10lunes le 5 décembre 2017 dans Naissance

 

Le souvenir de son premier accouchement est celui d’un combat long et épuisant, juste adouci par le soutien d’une équipe chaleureuse.

Son second enfant s’annonce aussi gros que le premier et se présente en siège, conjugaison qui fait décider d’une césarienne. Cette même équipe, décidément très à l’écoute, accepte de ne pas programmer l’intervention. et d’attendre le début du travail.
Mais quand les premières contractions l’emmènent à la maternité, plus question de chirurgie, l’enfant s’est retourné et la voix basse est possible.
Elle vit une dilatation sereine sous péridurale, se projette dans une naissance qui le serait tout autant.

Faux espoir. Le coeur de son enfant ralentit et son obstétricien annonce qu’il va intervenir avec des forceps. L’histoire semble se répéter, plus difficile encore puisqu’elle avait mis son aîné au monde sans aide instrumentale.

Elle est secouée de sanglots. Elle pleure parce qu’elle a peur pour son enfant ;  elle pleure sur ses deux accouchements, le premier pas encore accepté, le second qui aurait pu réparer…
Elle pleure, oui, mais seulement entre les contractions. A chaque poussée, elle sèche ses larmes et concentre ses forces sur la mise au monde. Son enfant naît rapidement, doublement enroulé dans son cordon.
Elle pleure encore de soulagement, de fatigue, de joie.

Le lendemain, elle se sent bien. Ces flots de larmes l’ont lavée de tout regret.
Mais le souvenir sera encore plus beau, grâce à son médecin venu lui dire quelques mots, presque rien, juste ce qu’il fallait.
« Je vous ai à peine aidée, c’est vous qui avez mis votre bébé au monde ».

Elle lui sait gré de sa délicatesse.

 

 

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Confiante

Publié par 10lunes le 4 décembre 2017 dans Après

 

Nourrir son nouveau-né se révèle plus que difficile. A chaque nouvelle embûche, elle consulte sa sage-femme. Avec son soutien et ses conseils, le problème se règle mais un autre survient immanquablement dans les jours suivants.

De l’engorgement à la crevasse, de la mastite à la candidose, elle est à elle seule une encyclopédie des complications possibles de l’allaitement maternel.

Lors d’une énième rencontre, la sage-femme lui témoigne de son admiration devant sa persévérance malgré tous les obstacles rencontrés.
Sa réponse est merveilleuse d’optimisme : « Ce serait dommage de m’arrêter là puisque, logiquement, le meilleur est à venir ! »

 

Crédit photo  Gabrielle Ludlow

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Alchimie

Publié par 10lunes le 3 décembre 2017 dans 9 mois

 

Ce jour là, trois femmes et deux hommes se rencontrent et me rencontrent pour la première fois. C’est une lointaine époque où la préparation à la naissance débute sans contact individuel préalable. Seuls le terme et les disponibilités de chacun déterminent le groupe qui va se retrouver pendant huit séances.

Le premier rendez-vous est toujours un challenge. Mais le partage amical s’instaure facilement sur des préoccupations communes et les désaccords enrichissent les uns des réflexions des autres ; au final chaque groupe crée son propre équilibre.

Pourtant ce jour là, j’ai sacrément douté.
Au moment du tour de table, se sont présentés un couple de gendarmes, tout à fait conforme à l’imaginaire militaire que je pouvais en avoir, un couple de baba-cool, tout à fait conforme à l’imaginaire que les gendarmes pouvaient en avoir, et une jeune femme à peine majeure, un peu perdue, accompagnée par son éducatrice patientant en salle d’attente.
Difficile de faire plus disparate.

J’ai vraiment pensé que ça ne « fonctionnerait » pas, envisageant déjà un quelconque prétexte pour les voir ensuite séparément. Mais tout le monde était là et il fallait bien animer cette première séance.

Deux heures plus tard, je n’imaginais plus les séparer et ils se sont retrouvés avec bonheur tout au long de leur préparation à la naissance.
Ces rencontres ont fait tomber de multiples préjugés, les miens d’abord, les leurs ensuite.
Baba-cool et gendarmes se sont découverts, nouant une réelle amitié.
Tous les quatre ont soutenu, dorloté, épaulé la plus jeune qui les enrichissait de la finesse de ses perceptions, de sa compétence à ressentir et analyser ce qui se passait dans son corps.

Une parfaite alchimie entre eux.
Un pur bonheur pour moi.

Des années plus tard, alors que je rencontre maintenant chaque femme ou couple pour une première séance individuelle, je m’attache à laisser le hasard décider.
Il le fait si bien !

 


Appel général : je manque cruellement de belles histoires à partager (maternité, parentalité, contraception, gynécologie). Si le coeur vous en dit : 10lunesatgmail.com
Sinon, je recyclerai de vieux billets – presque 600 publiés, vous n’avez pas tout lu hein ! – et ce sera reposant 😉

 

 

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Comme si de rien n’était

Publié par 10lunes le 2 décembre 2017 dans Après

 

Elle savoure la chaleur du lit et le soleil filtrant à travers les volets.
Son tout-petit est au sein. Elle le caresse tendrement, explore la douceur de sa peau, lisse un épi un peu rebelle, s’émeut des petits doigts si délicats se refermant sur le sien.

La maison se réveille. De la cuisine montent les échos joyeux du petit déjeuner ; le tintement des cuillères et des bols, quelques éclats de rire enfantin.
Elle sourit. Tout semble si normal.

Des voix adultes résonnent, celle de son homme, celle de sa mère.
Et celle de la sage-femme aussi.

Car cette nuit, dans cette maison, un enfant est né.
Un matin comme un autre.
Presque.

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Déclaration

Publié par 10lunes le 1 décembre 2017 dans Après

 

A chaque séance, ce grand costaud s’est assis, enfoncé, blotti, caché dans les coussins. Recroquevillé est le mot juste.

Il accompagne sa belle en préparation à la naissance mais tout dans son attitude montre combien il se demande ce qu’il fait là. Les rares fois où il prend la parole, c’est pour dire sa peur de l’hôpital, de l’environnement médical, des odeurs de désinfectant, du blanc des blouses et du rouge du sang.
Un imaginaire sûrement nourri par Babyboom et consort, pas vraiment juste, pas tout à fait faux.
Au fil des rencontres, il s’apprivoise ; un peu moins recroquevillé, un peu moins silencieux.

Mais pas question pour lui d’assister à l’accouchement. Faire les cent pas dans le couloir en attendant qu’on vienne le délivrer d’un « Tout va bien Monsieur » lui apparaît la seule issue possible.

Et puis elle accouche. Il est là. Attentif, présent, soutenant. A chaque instant.
Jusqu’au bout, jusqu’à la naissance.

Et quand la sage-femme lui demande ensuite comment il a vécu tout cela, il sourit et bredouille un peu: « A un moment j’ai commencé à pas me sentir bien, la tête qui tourne, j’avais très envie de partir. Et puis je l’ai regardée, je n’ai pensé qu’à elle… et je suis resté ».

Et dans ces quelques mots, il y a tout l’amour du monde.

 

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Intim-e-r

Publié par 10lunes le 25 novembre 2017 dans Après, Blessures, Petites phrases, Pffffff, Vie des femmes

 


 

En cette journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, laissez-moi vous conter une brève histoire.

 

 

Son accouchement a été long, difficile, douloureux, laborieux… et s’est terminé par un forceps et une épisiotomie*.

Deux mois plus tard, elle retrouve le gynécologue qui l’a « accouchée » lors de la consultation postnatale.

« – Alors comment allez-vous ? commence t-il jovialement, peu attentif à sa démarche lente et à ses traits tirés

Pas très bien docteur. J’ai eu très mal dans les semaines suivant l’accouchement. Je ne pouvais même pas m’asseoir. Ca va un peu mieux maintenant, mais la cicatrice reste vraiment douloureuse.

Et la sexualité, ça se passe comment ? dit le médecin, visiblement peu impressionné par le témoignage de la patiente.

Mais docteur, je viens de vous dire, l’épisiotomie me fait encore mal alors je ne vois vraiment pas comment je pourrais penser à …

Mais, la coupe t-il sèchement, il faut que vous y pensiez ! Sinon, il ne faudra pas vous étonner que votre mari aille voir ailleurs… »

 

* L’histoire m’a été racontée et je ne sais rien du dossier médical, des circonstances de l’accouchement et de ce qui a motivé ces gestes. Je ne souhaite évoquer ici que le déroulement atterrant de cette « consultation ».

 

 

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