Questionnée

Publié par 10lunes le 21 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

c-21Des gynécologues, elle en a rencontrés, plusieurs. Pourtant, elle ne demande rien d’extraordinaire, juste un praticien soucieux de prendre soin d’elle plutôt que de traiter son endométriose.
Vous me direz : c’est pareil.
Pas tout à fait.
En témoigne cette autre femme me racontant une consultation mal vécue « Faudrait qu’il réalise, y a quelqu’un autour ! » en désignant son ventre.

Ce jour-là elle a su avoir trouvé celui qui méritait sa confiance.
Parce qu’il lui a posé une question, en précisant qu’elle était libre d’y répondre ou pas, et aussi d’y revenir une autre fois.

Elle a pensé alors que celui-là ne s’étonnerait pas de sa crainte de l’examen, d’une émotion la submergeant, d’une réaction un peu vive ; qu’il ne lui reprocherait pas d’être trop tendue, ou trop inquiète, ou encore trop douillette.
Elle s’est dit avoir trouvé celui à qui elle ferait une réelle confiance.

Et elle a su tout cela quand il a demandé : « Avez-vous déjà subi des violences sexuelles ? »

 

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Coloré

Publié par 10lunes le 20 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

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Elle traverse la pièce, repart dans l’autre sens, s’assied un instant, s’accroupit, se relève.
– « C’est un peu inconfortable là.

L’autre femme sourit :
Voulez-vous remettre le premier pour être sure ?
Oui, vous avez raison, je vais le réessayer.

Quelques contorsions plus tard, elle reprend ses allées et venues
Finalement je crois que le vert me va mieux que le jaune » annonce-t-elle…

… à la sage-femme !

Car ce qu’elle est en train de tester, ce sont les anneaux de plastique qui permettent de choisir la bonne taille d’un diaphragme.

 

NB : si l’on en croit l’indice de Pearl (6 en usage optimal, 16 en réalité) le diaphragme est plus un moyen de régulation des naissances qu’une contraception.

 

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Ecoutée

Publié par 10lunes le 10 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

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33 ans et 3 enfants, elle souhaite une stérilisation.

Son premier interlocuteur est son médecin généraliste. Il confirme qu’elle est en droit de faire cette démarche, souligne que ce choix  lui parait adapté à sa situation et… lui souhaite bon courage pour trouver le gynécologue qui accédera à sa demande.
Aux yeux de beaucoup, elle sera « trop jeune ».

Elle choisit de s’adresser à l’hôpital qui a vu naître son dernier enfant. Elle garde le souvenir d’une équipe bienveillante et ce souvenir ne sera pas pris en défaut. Le gynécologue qui la reçoit l’écoute avec attention, prend le temps de de repasser en revue les alternatives, méthodes de contraception et vasectomie afin que son choix soit totalement éclairé.
Rien d’intrusif dans sa sa démarche, tout dans son attitude atteste que la décision appartient à celle qui fait la demande.
Elle confirme sa volonté de stérilisation.

Une fois les quatre mois (délai de réflexion obligatoire) passés, rendez-vous suivant puis intervention s’enchaîneront avec le même respect.

Le parcours du combattant annoncé se révélera n’être qu’une promenade de santé !

 

*En dehors de la condition d’être majeur, aucun age minimum n’est requis par la loi ; livret d’information

 

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Reveillée

Publié par 10lunes le 2 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

coeur-2Son corps usé clame bien plus que ses 65 ans. La vie comme on dit ne lui a pas fait de cadeau. 40 années bien tassées passées à l’usine, en travail posté, à manipuler des charges trop lourdes.

Elle vient rééduquer un périnée déficient de longue date. Elle a mis longtemps à s’en plaindre auprès de son médecin, encore plus longtemps, prescription en poche, à se décider à me contacter.

Une fois assise, elle sourit, mais sous contrainte. Il faut se montrer polie.
Ses mots sont désordonnés, ses réponses imprécises, ses questions à peine ébauchées.
Elle appréhende d’avoir à raconter, d’avoir à se dénuder.

Notre pas de deux sera prudent, hésitant, heurté parfois.

Je m’engage à ne jamais rien faire sans son accord préalable, à écourter un examen qui lui deviendrait pénible.
Elle s’applique à faire les exercices, les réussit étonnamment bien, leur consacre au quotidien tout le temps nécessaire.

Un jour, elle dit les trouver agréables.
Cette partie oubliée de son corps se réveille et se rappelle à elle.

Elle affirmait que la tendresse était bien suffisante au bout de 40 années de vie commune.
Au dernier rendez-vous, elle m’a confié qu’avec son compagnon, elle avait parlé de ces choses dont on ne parle pas.

 

 

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En toute franchise

Publié par 10lunes le 5 avril 2016 dans Vie des femmes

 

miss 2

Je l’ai rencontrée pour ses grossesses et pas revue depuis plusieurs années. Son nom est noté sur l’agenda sans que soit précisé le motif de la consultation. Le code couleur m’indique juste qu’elle n’est pas enceinte.

Elle affiche un large sourire, s’annonce heureuse de retrouver le cabinet, déroule quelque prétexte futile ne justifiant pas sa venue.
J’attends.

Elle commence par donner des nouvelles de ses petits, me présente fièrement leurs photos sur son téléphone.
Elle parle d’elle maintenant, son nouveau job plus intéressant mais exigeant et les étapes à passer pour progresser encore, l’éloignement progressif avec son compagnon, accaparés qu’ils sont par le quotidien, les enfants, la nouvelle maison, les rituels week-end avec les amis et plus vraiment de temps à deux. Elle rebondit sur sa santé, déplorant de ne pas prendre plus soin d’elle.
Un virage encore et elle entame une liste de bonnes résolutions.

J’ai le sentiment que c’est pour cette liste qu’elle est venue me voir. Parce que je l’ai connue « avant » ; avant ses enfants, avant son nouveau poste, avant son déménagement. Je suis le témoin nécessaire de ses engagements futurs.
Et ils sont multiples ; faire un régime, se mettre au jogging, prendre des cours du soir pour obtenir une nouvelle qualification professionnelle, débuter le yoga…  Cette liste  déjà longue des choses à faire vient se compléter d’une seconde à ne plus faire : fumer, s’énerver sur les enfants, se coucher tard, grignoter. Perdue dans ses pensées, elle égrène une interminable suite d’indispensables.

Bien trop longue suite, et surtout bien trop conforme à un pseudo idéal de magazine féminin. En deux mots : inutile et inaccessible. Mais comment l’évoquer sans la blesser ?

-« C’est courageux de t’engager ainsi mais tu ne peux pas tout envisager, et surtout pas tout en même temps. Il faut te montrer réaliste dans tes attentes, choisir des objectifs à ta portée
Pour adoucir mon propos, je tente l’autodérision, Tu sais, si je décidais d’être miss France, je n’y arriverais pas.

Son regard parcourt la pièce sans s’arrêter sur rien. La liste de ses bonnes résolutions occupe toujours son esprit.
Elle prononce quelques mots en pilotage automatique, par simple politesse, pour ne pas me laisser sans réponse.
Et se débarrasse en glissant
Ça c’est sur ! ».

😀

 

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Taxe tampon

Publié par 10lunes le 1 janvier 2016 dans Pffffff, Vie des femmes

 

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Je surfais paisiblement sur le net, tentant de me motiver pour un petit billet histoire de débuter une année pleine de bonnes résolutions bloguesques.

J’hésitais entre une version volontariste et positive : 2016 sera l’année de l’expérimentation des maisons de naissance (pour lesquelles nous bataillons depuis 1998…)

Et une version réaliste : des tarifs assurantiels s’apprêtant à exploser, des maternités overbookées « offrant » des conditions de travail de plus en plus délétères, des droits de prescriptions toujours stupidement listés et autres incohérences textuelles nous imposant moult acrobaties dans notre exercice quotidien…

Puis je suis tombée sur ça.
Que sont nos petits problèmes face à une société qui ne semble pas s’émouvoir de l’instrumentalisation chaque jour accrue des corps maternels ?

Parce que oui, les injonctions sont multiples ; ne pas fumer, ne pas boire, éliminer de nombreux aliments – et souvent les meilleurs ! -, ne pas prendre trop de poids mais quand même assez, avoir une activité sportive mais pas trop quand même, bien dormir et surtout, surtout, ne pas stresser !

Une autre série d’injonction est médicale. Par définition, une femme enceinte offre son corps aux soignants, acceptant sans broncher échographie endovaginale et touchers vaginaux répétés.
Mon coeur se serre chaque fois qu’après ma demande d’accord pour un examen, j’entends : Avec ma grossesse, je me suis tellement habituée –  La pudeur est une notion que j’ai du oublier… Phrases accompagnées d’un demi sourire résigné.

Donc ne chipotons pas, les mères ne sont plus à une intrusion près. Envisager un nouveau truc à mettre dans son vagin pour aider leur futur génie à être encore plus génial NE DOIT PAS leur poser problème.

Il serait quand même détestable et bien peu maternel de refuser un dispositif qui permet « d’améliorer le développement neuronal de son bébé ».
A croire que tous les enfants nés avant cette magnifique invention sont débiles. Du coup, je comprends mieux pourquoi je suis si fréquemment déçue de l’humanité.
Z’ont pas eu les neurones correctement développés ? C’est bien ça ?

 

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Trêve de ralerie !

Je vous souhaite une belle et heureuse année 2016.
J’en profite pour remercier toutes celles (aucun homme ne s’est senti concerné) qui m’ont envoyé leurs récits pour l’Avent 2015. Je n’ai pas pu tout utiliser, parfois parce que je ne trouvais pas comment reprendre le récit, parfois parce qu’il m’invitait plutôt au pessimisme.
Mais je piocherai dans toutes ces histoires pour nourrir le blog cette année. Et la boite mail reste ouverte !

 

 

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Désorienté

Publié par 10lunes le 20 décembre 2015 dans Après, Vie des femmes

 

004Ils n’ont pas choisi la maternité la plus proche. L’équipe qui accueillera leur enfant saura se montrer plus qu’attentive à leurs attentes. Le prix à payer pour cet accompagnement est de faire une bonne demi-heure de voiture.

Le trajet se passe bien. Soucieuse de ne rien perturber du travail de son corps, elle s’est isolée dans sa bulle, s’en remettant à son compagnon pour la conduire à bon port. Les yeux fermés, elle est centrée sur elle-même et rien ne vient la déranger.

Tout se passe comme prévu, le départ comme l’arrivée sont sereins, l’accueil chaleureux et la naissance facile. 
Aucune fausse note dit-elle le lendemain quand ils se refont le film de la naissance, pour mieux en graver chaque instant dans leur mémoire.

Elle surprend le regard un instant confus de son compagnon.
– Hier, sur la route, tu n’as pas remarqué…?

Non elle n’a rien remarqué ; pas de coup de frein brusque, pas de virage violent, une conduite efficace et douce.
– Oui… mais je me suis trompé de chemin.

Elle sourit, quel que soit le détour, elle n’y aurait pas prêté attention.

Et je ne résiste pas à copier ici sa phrase de conclusion
« Notre chemin était parfait. Juste parfait »

 

 

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Désinhibée

Publié par 10lunes le 19 décembre 2015 dans Après, Vie des femmes

 

030

Son compagnon et leur nouveau-né l’attendent dans une chambre du service, quelques mètres plus loin.
L’accouchement s’est bien déroulé mais la délivrance ne se fait pas. Il faut aller chercher le placenta et ça nécessite une brève anesthésie générale.

Elle n’avait pas imaginé ainsi l’heure suivant la naissance et s’angoisse un peu du geste à venir. La sage-femme cherche à la détendre ; plus elle s’endormira calmement, plus son réveil sera serein. Elle lui propose de se concentrer sur une belle image, un paysage qu’elle aime par exemple.

L’obstétricien se tient prêt, en attente du top départ que lui donnera l’anesthésiste.
Mi-blagueur, mi-rouleur de mécaniques, il suggère
– Ou sinon, vous pensez à moi.

La réponse fuse 
Ah non, je vais plutôt penser à mon mari. Il est beaucoup…

Le produit commence à circuler dans ses veines. La fin de sa phrase se perd dans un presque chuintement
…plus beau que vouuus.

 

 

 

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Déductive

Publié par 10lunes le 18 décembre 2015 dans Naissance, Vie des femmes

 

006

Le début du travail s’est passé dans une chambre confortable et accueillante ; le transfert vers la salle de naissance, s’il annonce la progression de l’accouchement, sonne la fin du nid douillet. La lumière est blafarde et l’univers aseptisé.

La sage-femme ne la quitte pas. Elle la sait en pleine phase de désespérance. Cette phase qui précède la poussée et la sécrétion d’adrénaline qui l’accompagne. Cette phase où toute femme croit se perdre définitivement.
Celle qui fait dire je n’y arriverai pas.


Débordement conjoint de sensations, émotions, fatigue et douleur.
La sage-femme vient de lui annoncer que ça pourrait durer encore…

Elle tonne et gronde.
Soudain sa colère s’articule en mots et les mots forment une phrase.
Elle s’entend rugir :
– MAIS IL VA SORTIR PUTAIN DE SA MERE !!

Puis une autre idée la traverse, une évidence révélée
– Ah mais sa mère…. c’est moi !

 

 

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Protégée

Publié par 10lunes le 15 décembre 2015 dans Rencontre, Vie des femmes

 

001 (1)Elle a interrogé son médecin traitant, puis tous les cabinets de gynécologie de sa région. La réponse est chaque fois négative. Une amie lui suggère de contacter une sage-femme.

Au téléphone, l’accueil est chaleureux. Une fois sur place, elle se demande pourtant ce qu’elle fait là, dans cet univers apparaissant centré sur la maternité.
Parce que la maternité, c’est pas du tout, du tout, son truc.

A son presque étonnement, cette première rencontre se passe bien. La discussion est ouverte, ses besoins entendus. Un second rendez vous est programmé quelques jours plus tard.

De petites attentions confortent sa confiance ; un oreiller glissé sous sa tête, un paréo couvrant son bassin. Et surtout les questions régulièrement posées avant chaque étape : Etes vous d’accord pour… ? Est ce que je peux maintenant… ?

Le geste n’est pas très agréable mais il est rapide.
Elle savoure déjà l’idée de ne plus avoir de questions à se poser pendant les cinq années à venir.

C’est alors qu’une nouvelle demande de  la sage-femme la surprend :
– Est ce que vous voulez voir dans un miroir ?

Elle décline la proposition.
Nul besoin de voir les fils, l’essentiel est que ce DIU* si attendu soit enfin en place.

 

*DIU = dispositif intra-utérin = stérilet

 

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