Référentiel ;)

Publié par 10lunes le 24 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Elle fait le choix  – ambitieux dit-elle car elle se qualifie d’hypocondriaque – de faire suivre sa grossesse par une sage-femme. Mais de petits soucis de santé viennent contrecarrer cette décision. L’expertise d’une gynécologue-obstétricienne est devenue nécessaire.

Le premier rendez-vous la rassure, le changement d’opérateur sera serein. La praticienne est douce, son cabinet accueillant, ses gestes posés, ses explications audibles. Et détail d’importance, son accord est sollicité avant l’examen.

Ce qu’elle résume ainsi à son conjoint « Elle est super cette gynéco, pour te dire, on dirait une sage-femme ! »

 

Joyeux Noel à toutes et tous  !

 

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Mictions impossibles (21 01 2011)

Publié par 10lunes le 22 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Massive, le cheveu dru et blanc, l’œil vif, la voix forte, elle ne passe pas inaperçue.
Elle vient pour traiter une situation invalidante, des besoins irrépressibles et très fréquents d’uriner qui la clouent chez elle. Elle fuit le marché qu’elle aimait tant, ne fait plus ses courses que dans une grande surface proche de son domicile disposant de toilettes facilement accessibles, a renoncé aux sorties organisées par le club des anciens, n’ose plus répondre aux invitations de ses amis.
75 ans, veuve, elle reste malgré son âge alerte et tonique ; mais sa vessie la condamne progressivement à la solitude.

Elle reprend espoir lorsque, osant enfin en parler à son médecin, il lui prescrit des séances de rééducation. Elle arrive chez nous bien décidée à corriger cette vessie devenue incontrôlable.

Nous travaillons donc, avec assiduité, motivation. Elle se plie sans protester à mes « exigences », répète les exercices quotidiennement, consigne avec précision ses ressentis, la fréquence de ses passages aux toilettes, note les petits progrès.
Au fil des semaines, elle reprend le contrôle de sa vessie, retrouve confiance, s’autorise une sortie au restaurant avec le club, puis s’aventure à une excursion en car. Libérée de ses anciennes contraintes, elle retrouve amis et joie de vivre.
Nous pouvons nous quitter.

Quelques mois plus tard, je la croise dans un des rayons de la supérette voisine. Quelques clients y font leurs courses, leur panier à la main. La musique de fond est discrète, l’ambiance aseptisée.
A quelques mètres l’une de l’autre, nos regards se croisent. Je n’ai pas le temps de m’approcher pour la saluer. Rompant le silence quasi monacal du temple consumériste, elle s’écrie avec force « Oh ! Lola ! Ça me fait plaisir de vous voir, JE PENSE A VOUS TOUS LES JOURS QUAND JE FAIS PIPI ! »

Je prends de ses bonnes nouvelles puis me sauve sans oser lever les yeux sur les clients qui nous entourent.
Mais je m’amuse encore à l’idée ce qu’ils ont pu penser…

 

PS : Pardon pour le titre calamiteux. J’ai pas pu résister 😉

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Autonome

Publié par 10lunes le 17 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Elle est allongée sur le lit d’examen, jambes fléchies, un pan de tissu couvrant son bassin. Son bras soutient sa petite fille qui tète le sein avec bonheur.
Elle est sereine ; de l’autre coté d’elle, c’est sa sage-femme de confiance qui officie.
Car elle est là pour une pose de DIU.
Qui ne se passe pas tout à fait comme prévu, du moins coté sage-femme. Cela fait plusieurs minutes qu’elle s’évertue à poser ce petit Y de cuivre et de plastique au creux de son utérus. Et elle a bien du mal. Elle s’excuse régulièrement de sa lenteur, se réjouit à haute voix que ça arrive avec elle si détendue et pas avec la dame plus que stressée du matin pour qui la pose s’est passée rapidement, la félicite de sa patience, s’excuse encore.
Elle, ça l’a fait plutôt sourire. Les essais de la praticiennes sont indolores et elle aurait presque envie de plaisanter sur ses excuses multirépétées.

Tentant une nouvelle stratégie, la sage-femme lui demande de l’aider en tenant le spéculum.
Et je la cite car je ne saurais mieux dire : « Et donc un bébé dans une main, un spéculum dans l’autre, ce jour là j’ai pris ma santé en main de façon tout à fait littérale ».

 

Epiloque : l’histoire a 3 ans, le DIU est bien en place et sa confiance toujours entièrement acquise à sa sage-femme.

 

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Rendez-vous

Publié par 10lunes le 16 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Aujourd’hui, ce ne sera pas une histoire d’Avent, juste une histoire de  circonstance.

La semaine dernière, je n’ai pas pu travailler, ce qui ne m’arrive, disons … jamais. Chaque année, il y a bien une petite maladie hivernale qui me cloue au lit mais toujours harmonieusement… un week-end ; de gentils virus restant en embuscade jusqu’à ce que je les autorise à se déployer. Le lundi suivant, j’ai toujours l’impression que je n’y arriverai pas et puis une heure avant le premier rendez-vous, me voilà suffisamment d’aplomb pour assurer la journée et retourner mourir un peu juste après.

Une sorte de rituel annuel que je ne dois pas être la seule à connaitre.

Mais les virus viennent de déroger à la règle établie. Ils m’ont clouée sur place plusieurs jours, m’imposant de ne pas sortir de mon lit, et même, signe particulier de « gravité » quand on me connait, de ne rien manger.

Tout ayant une fin, entre une tisane au miel et un bain chaud, j’ai une pensée émue pour ma collègue qui a assuré le remplacement au pied levé. Il faudra aussi remercier les femmes et les couples qui ont accepté ce changement de dernière minute avec le sourire. Un peu déphasée, je recalcule les dates concernées.

Des larmes.

La premier jour, c’était la date de son anniversaire, le premier que je ne pourrai pas lui souhaiter.
J’avais pensé à Noel sans elle, à mon anniversaire sans elle, pas au sien.

Mon inconscient déchaîné a bien fait les choses.
J’ai travaillé le jour de sa mort. Je venais de déplacer tous mes rendez-vous du lendemain pour traverser la France et aller la voir lors d’une hospitalisation « un peu » inquiétante… sans plus.
A 12 h elle allait mieux.
A 12 h 30 elle n’était plus.

L’après midi, j’étais au cabinet. Certains rendez-vous déplacés étaient refixés tard le jour même, je n’ai pas osé, pas voulu les déplacer encore.

Alors ce jour de travail manqué, le premier depuis tellement d’années, je le lui devais bien.

 

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Heureux métier (07 12 2009)

Publié par 10lunes le 7 décembre 2017 dans Profession sage-femme, Vie des femmes

 

Une collègue de PMI*, au bord de la retraite.

Une jeune femme avenante nous apporte le menu dans le restaurant où nous faisons étape.

Leurs regards se croisent et deux grands sourires illuminent leurs visages. Quelques nouvelles du petit – « déjà trois ans ! » – sont échangées.
Dans la brève conversation arrachée au temps de la commande émergent quelques bribes d’une histoire mêlant grossesse, jeunesse, précarité et isolement.
J’entends le soutien de cette sage-femme, aidant cette jeune mère à trouver l’énergie de sortir d’une impasse annoncée, sans qualification professionnelle, seule avec un enfant .

C’est le coup de chaud dans la salle et la jeune serveuse doit reprendre son service au pas de course. Mais avant, spontanément, elle claque deux gros baisers sur les joues de « sa » sage-femme.

Qui se retourne vers moi en disant « savoir d’où elle vient et la voir comme ça maintenant, je re-signe tout de suite ! »

Protection maternelle et infantile 

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Intim-e-r

Publié par 10lunes le 25 novembre 2017 dans Après, Blessures, Petites phrases, Pffffff, Vie des femmes

 


 

En cette journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, laissez-moi vous conter une brève histoire.

 

 

Son accouchement a été long, difficile, douloureux, laborieux… et s’est terminé par un forceps et une épisiotomie*.

Deux mois plus tard, elle retrouve le gynécologue qui l’a « accouchée » lors de la consultation postnatale.

« – Alors comment allez-vous ? commence t-il jovialement, peu attentif à sa démarche lente et à ses traits tirés

Pas très bien docteur. J’ai eu très mal dans les semaines suivant l’accouchement. Je ne pouvais même pas m’asseoir. Ca va un peu mieux maintenant, mais la cicatrice reste vraiment douloureuse.

Et la sexualité, ça se passe comment ? dit le médecin, visiblement peu impressionné par le témoignage de la patiente.

Mais docteur, je viens de vous dire, l’épisiotomie me fait encore mal alors je ne vois vraiment pas comment je pourrais penser à …

Mais, la coupe t-il sèchement, il faut que vous y pensiez ! Sinon, il ne faudra pas vous étonner que votre mari aille voir ailleurs… »

 

* L’histoire m’a été racontée et je ne sais rien du dossier médical, des circonstances de l’accouchement et de ce qui a motivé ces gestes. Je ne souhaite évoquer ici que le déroulement atterrant de cette « consultation ».

 

 

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Questionnée

Publié par 10lunes le 21 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

c-21Des gynécologues, elle en a rencontrés, plusieurs. Pourtant, elle ne demande rien d’extraordinaire, juste un praticien soucieux de prendre soin d’elle plutôt que de traiter son endométriose.
Vous me direz : c’est pareil.
Pas tout à fait.
En témoigne cette autre femme me racontant une consultation mal vécue « Faudrait qu’il réalise, y a quelqu’un autour ! » en désignant son ventre.

Ce jour-là elle a su avoir trouvé celui qui méritait sa confiance.
Parce qu’il lui a posé une question, en précisant qu’elle était libre d’y répondre ou pas, et aussi d’y revenir une autre fois.

Elle a pensé alors que celui-là ne s’étonnerait pas de sa crainte de l’examen, d’une émotion la submergeant, d’une réaction un peu vive ; qu’il ne lui reprocherait pas d’être trop tendue, ou trop inquiète, ou encore trop douillette.
Elle s’est dit avoir trouvé celui à qui elle ferait une réelle confiance.

Et elle a su tout cela quand il a demandé : « Avez-vous déjà subi des violences sexuelles ? »

 

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Coloré

Publié par 10lunes le 20 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

c-20

Elle traverse la pièce, repart dans l’autre sens, s’assied un instant, s’accroupit, se relève.
– « C’est un peu inconfortable là.

L’autre femme sourit :
Voulez-vous remettre le premier pour être sure ?
Oui, vous avez raison, je vais le réessayer.

Quelques contorsions plus tard, elle reprend ses allées et venues
Finalement je crois que le vert me va mieux que le jaune » annonce-t-elle…

… à la sage-femme !

Car ce qu’elle est en train de tester, ce sont les anneaux de plastique qui permettent de choisir la bonne taille d’un diaphragme.

 

NB : si l’on en croit l’indice de Pearl (6 en usage optimal, 16 en réalité) le diaphragme est plus un moyen de régulation des naissances qu’une contraception.

 

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Ecoutée

Publié par 10lunes le 10 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

coeur-12

33 ans et 3 enfants, elle souhaite une stérilisation.

Son premier interlocuteur est son médecin généraliste. Il confirme qu’elle est en droit de faire cette démarche, souligne que ce choix  lui parait adapté à sa situation et… lui souhaite bon courage pour trouver le gynécologue qui accédera à sa demande.
Aux yeux de beaucoup, elle sera « trop jeune ».

Elle choisit de s’adresser à l’hôpital qui a vu naître son dernier enfant. Elle garde le souvenir d’une équipe bienveillante et ce souvenir ne sera pas pris en défaut. Le gynécologue qui la reçoit l’écoute avec attention, prend le temps de de repasser en revue les alternatives, méthodes de contraception et vasectomie afin que son choix soit totalement éclairé.
Rien d’intrusif dans sa sa démarche, tout dans son attitude atteste que la décision appartient à celle qui fait la demande.
Elle confirme sa volonté de stérilisation.

Une fois les quatre mois (délai de réflexion obligatoire) passés, rendez-vous suivant puis intervention s’enchaîneront avec le même respect.

Le parcours du combattant annoncé se révélera n’être qu’une promenade de santé !

 

*En dehors de la condition d’être majeur, aucun age minimum n’est requis par la loi ; livret d’information

 

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Reveillée

Publié par 10lunes le 2 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

coeur-2Son corps usé clame bien plus que ses 65 ans. La vie comme on dit ne lui a pas fait de cadeau. 40 années bien tassées passées à l’usine, en travail posté, à manipuler des charges trop lourdes.

Elle vient rééduquer un périnée déficient de longue date. Elle a mis longtemps à s’en plaindre auprès de son médecin, encore plus longtemps, prescription en poche, à se décider à me contacter.

Une fois assise, elle sourit, mais sous contrainte. Il faut se montrer polie.
Ses mots sont désordonnés, ses réponses imprécises, ses questions à peine ébauchées.
Elle appréhende d’avoir à raconter, d’avoir à se dénuder.

Notre pas de deux sera prudent, hésitant, heurté parfois.

Je m’engage à ne jamais rien faire sans son accord préalable, à écourter un examen qui lui deviendrait pénible.
Elle s’applique à faire les exercices, les réussit étonnamment bien, leur consacre au quotidien tout le temps nécessaire.

Un jour, elle dit les trouver agréables.
Cette partie oubliée de son corps se réveille et se rappelle à elle.

Elle affirmait que la tendresse était bien suffisante au bout de 40 années de vie commune.
Au dernier rendez-vous, elle m’a confié qu’avec son compagnon, elle avait parlé de ces choses dont on ne parle pas.

 

 

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