Zoo

Publié par 10lunes le 23 décembre 2012 dans Non catégorisé

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C’est ma première rencontre avec cette jeune mère, juste sortie de la maternité. Une visite pour faire le lien entre le temps très entouré de l’hospitalisation et la solitude relative du foyer.

Nous faisons connaissance. J’ai tout à découvrir de son histoire ; elle ne sait pas vraiment quelle aide je peux lui apporter. Ca sert à quoi une sage-femme libérale ?

Dans son berceau, le nouveau-né commence à se réveiller. A ses côtés, un « doudou » en velours crème, museau pointu, oreilles rondes. J’hésite à voix haute entre une souris blanche et un ours polaire. Au final, il s’agirait d’un caniche.

Elle profite de ma présence pour aborder moult questions allant de la durée des pertes de sang au choix d’une contraception en passant par les consignes alimentaires. « C’est grave si j’attrape la toxo maintenant? » Je m’occupe ensuite de son bébé, examen, pesée. Elle s’installe pour le mettre au sein. Je réarrange un peu les coussins pour que sa position soit plus confortable. Encore des questions sur le rythme des tétées, la prise de poids, la fièvre, les signes qui pourraient l’alerter. Une heure se passe tranquillement.
En les quittant, je ne suis plus tout à fait étrangère à leur vie.

A ma seconde visite, c’est une girafe, facilement identifiable par son long cou, qui accompagne le bébé. Et sa maman me lance, gentiment ironique, « J’ai choisi cette peluche en pensant que cette fois, vous n’auriez aucun mal à la reconnaitre… » 

 

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Kamasutra

Publié par 10lunes le 21 décembre 2012 dans Non catégorisé

 

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La biberonnerie résonne de rires joyeux. Nous sommes de corvée de stérilisation. Les goupillons s’agitent dans l’eau savonneuse, les marmites se remplissent, l’eau commence à bouillir… C’est une des premières activités du matin, juste après avoir fait le tour des chambres pour servir le petit déjeuner.

La sonnerie du téléphone me fait lâcher un instant le goupillon. A l’autre bout du fil, une petite voix fluette. Elle a eu ses règles ce matin alors qu’elle a arrêté la pilule le mois dernier. Elle s’inquiète déjà de ne pas être enceinte et je m’emploie à la rassurer.

Derrière moi, les copines manient les marmites. Ca cause et ça rigole.

Mais la petite voix n’est pas vraiment apaisée. Il y a autre chose qui la tracasse. « Après avoir fait l’amour, ça coule » et je sens combien elle craint de laisser s’évader les précieux spermatozoïdes.

J’affirme l’inutilité de mettre les pieds au mur après l’amour.

Ma réponse alerte les collègues… J’entends derrière moi les rires qu’elles tentent d’étouffer. Ma seule protection est de ne pas me retourner. 

Elle m’interroge encore sur les positions les plus à même de favoriser la fécondation.
Ce qui m’entraine dans des questions et des descriptions pour le moins surprenantes quand énoncées entre deux lavages de biberons à 8h du matin.

Mes collègues auront la délicatesse de se contenir jusqu’à ce j’ai raccroché.

 

©Photo Nir Sanay

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Pied marital…

Publié par 10lunes le 20 décembre 2012 dans Non catégorisé

 

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La maternité de mes débuts était de taille humaine. De la taille qui n’existe plus. Une à deux naissances avaient lieu chaque jour. Cette cadence assez tranquille nous permettait de travailler selon un rythme maintenant disparu. Chaque fin de semaine, la garde durait du samedi matin au lundi matin. Cela préservait un peu la vie sociale ; sans cette organisation, la petite équipe que nous étions aurait été sur le pont tous les week-end.

L’ambiance familiale permettait certaines libertés. Les conjoints – l’équipe était exclusivement féminine en dehors de l’obstétricien – les conjoints donc étaient conviés à partager le repas du dimanche midi afin de rompre la longue absence. Tous ne le faisaient pas mais certains sacrifiaient au rite.

C’est à cette occasion que j’ai assisté à ce dialogue d’anthologie :
Toisant son homme juste arrivé dans la tisanerie où nous prenions nos repas, ma collègue – qui ne l’avait pas vu depuis plus de 24 heures – l’interpelle  : « Mais tu n’as pas changé de chaussettes ! »
Ce degré d’intimité conjugale me laissait déjà sans voix.
Mais la réplique m’a achevée.
« Ben tu me les avais pas préparées ! »

 

….

 

©Photo nualabugeye

 

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C’est chou !

Publié par 10lunes le 15 décembre 2012 dans Non catégorisé

 

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Petite sortie en famille. Nous achetons des plants de choux pour les repiquer dans notre jardin.

De l’autre côté du magasin, une jeune vendeuse  fait de grands signes pour attirer mon attention. Je ne la reconnais pas tout de suite, et puis je me souviens.

Elle est suivie par une de mes collègues mais ce soir-là, elle appelle en urgence et c’est moi qui la reçoit. Allaitant son bébé de quelques semaines, elle présente  un « magnifique » engorgement. Pas de fièvre, mais des seins plus que tendus, des tétées difficiles, douloureuses et peu efficaces. Cela fait deux jours qu’elle se débat et le découragement la gagne.

Comme souvent, la simple réassurance, les explications sur le mécanisme de cet engorgement l’apaisent déjà. Mais il faut soulager ces seins trop lourds de lait. Je déroule tous les petits trucs ; le verre d’eau chaude pour vider un peu le sein afin que l’aréole soit souple et préhensible, les compresses chaudes avant la tétée pour aider le lait à couler, froides après pour leur effet anti-inflammatoire, les positions à prendre…

J’ai bien une autre idée mais… j’hésite un instant parce qu’elle ne me connaît pas et que je ne veux pas décrédibiliser tout ce que je lui ai conseillé auparavant. Et puis je me lance dans la présentation des cataplasmes de feuilles de chou et de leur effet décongestionnant.

Je ne sais pas ce qu’elle pense de ce soin peu conventionnel mais dans l’état où elle est, elle veut bien « tout » essayer.
Le coup de fil du lendemain atteste que le traitement est efficace.

C’est sans aucun doute ce qu’elle veut me signifier par son ample gestuelle. Elle désigne alternativement la barquette de choux que je tiens et ses seins qu’elle empaume à pleines mains. Elle renouvelle cet aller-retour pour être certaine que je comprenne le lien. Puis elle tend les deux bras devant elle, poings serrés, pouces levés, dans un geste de victoire… 

Nous sommes trop loin pour échanger quelques mots mais nos sourires sont complices.

 

 ©Photo Lawrence OP

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Fraternel

Publié par 10lunes le 7 décembre 2012 dans Non catégorisé

 

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Leur enfant vient de naître. Une fois installés dans leur chambre, ils attendent avec un peu d’appréhension la première visite de l’aîné, craignant sa réaction devant l’irruption de l’intrus…  

Evidemment, tout lui a déjà été expliqué ; l’aménagement de la chambre et le choix parmi ses jouets de ceux qu’il destinait au petit frère sont venu concrétiser cette arrivée prochaine. La promesse que ce bébé viendrait avant les fêtes de Noël a permis de délimiter l’attente. Enfin, ils ont été tous les trois acheter très officiellement le doudou que le grand offrirait au petit en gage d’indéfectible fraternité.  

De leur coté, les parents ont évité de trahir sa confiance en lui laissant croire que le bébé amènerait un cadeau mais l’emballage du jouet choisi pour lui de longue date brille dans la valise. Cet ainé sera dignement reçu et dignement fêté. Pas question qu’il se sente délaissé après la naissance.

Il arrive donc, ce grand tant attendu. Il contemple avec intérêt le nouveau-né blotti dans les bras maternels, s’aventure à caresser ses cheveux, s’amuse de voir la minuscule main enserrer son index, tripatouille un peu les oreilles, s’extasie un moment « Il est beau le bébé, il est gentil le bébé ».

La crise de jalousie tant redoutée n’a pas l’air de se profiler et les parents commencent à se détendre un peu…

C’est le moment qu’il choisit pour les interpeller, désignant son cadet d’un doigt accusateur « Bon ben c’est quand que sa maman vient le chercher ? « 

 

 

 ©Photo

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Entravées

Publié par 10lunes le 9 septembre 2012 dans Non catégorisé

 

 

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Il y a quelques semaines (mois ?) passait une série documentaire intitulée «Médecins de demain». Parmi les internes filmés, l’une d’elle débutait son semestre en obstétrique.

La caméra la suit partout dans le service et se retrouve très logiquement en salle d’accouchement. Une sage-femme y installe une femme, évidemment allongée, évidemment en position gynécologique, évidemment avec les jambières (sorte de gouttières dans lesquelles se posent les mollets). Jusque-là – et avec un certain mauvais esprit – on peut considérer cela comme très « normal » … Si vous en êtes étonnés, je vous renvoie à cette enquête du Ciane « Respect des souhaits et vécu de l’accouchement » qui montre combien la marge de progression est grande.

Mais un petit geste supplémentaire apparaît plus choquant encore ; une fois les jambes posées dans les gouttières, la sage-femme les bloquent en les entourant d’une bande de velcro… pas serrée la bande hein.. mais suffisante pour empêcher la mère de se retirer des jambières. 

Ca m’a rappelé mes débuts.
Dans le CHU qui hébergeait mes études, l’installation des femmes était réglée au millimètre. Les jambières existaient déjà, assortie d’une sangle en cuir épais terminée par une boucle de métal, sorte de « ceinture à mollets » venant immobiliser les jambes. Deux bracelets de la même matière enserraient les poignets, bras le long du corps. Ils laissaient juste à la femme la mobilité nécessaire pour pouvoir attraper et tirer sur deux axes de métal, respiration bloquée pendant que la sage-femme l’encourageait en s’époumonant (allez- y-allez-y-encore-encore-encore).

Les quatre membres étaient donc attachés. Barbare n’est-ce pas ?

Mais lorsque le chef de service nous honorait de sa présence, cette installation devait se compléter d’épaulettes. Ces  plaques de cuir rigide venaient, de chaque côté du lit, bloquer le haut du dos. Ainsi, aucun mouvement de recul n’était possible.  

Fesses au bord du vide, membres liés, épaules fixées, cuisses écartées, la femme était livrée à la toute puissance obstétricale.

Et si cette toute puissance s’exerçait dans le souci de préserver la santé physique de la mère et de l’enfant, personne ne se souciait du vécu de la femme ainsi soumise.

 

 

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Co-ordonnés !

Publié par 10lunes le 3 septembre 2012 dans Non catégorisé

 

2531170178_fd427ef48e_oJe me suis fait une ordonnance.

L’occasion ne s’en était jamais présentée. Pendant mes grossesses, les médications traitant l’épineux problème de la constipation occupaient la presque totalité de notre liste de produits autorisés. Cette liste s’est ensuite bien allongée… mais je n’étais plus enceinte. Et le temps que nous obtenions le droit de prescription des contraceptifs, d’abord en post natal puis à toutes les femmes, la question ne se posait plus vraiment pour moi ; encore raté !

Mais « grâce » à une infection urinaire, le sortilège a été brisé. Après avoir sans succès tenté de feinter les bactéries, j’ai cédé et rédigé une ordonnance à mon nom, signée de mon nom. N’étant pas enceinte, j’étais à la limite de mes droits de prescription ; le pharmacien a fait gentiment semblant de ne pas le remarquer.

Tout ça pour dire que vite fait, bien fait, une fois décidée, j’avais mon antibiothérapie-monodose-goût-orange dans l’heure.

Insignifiante tranche de vie…
…qui n’est là que pour souligner cette évidence : sans mon diplôme de sage-femme, j’aurais dû patienter un peu plus, le temps de consulter mon médecin traitant.

Rien de plus normal si ce n’est que dans certains coins de France, le « un peu plus » peut s’allonger considérablement. Débordé ou éloigné, le médecin généraliste devient parfois denrée rare voire quasi mythique. Les solutions envisagées pour pallier l’éloignement sont de contraindre les jeunes médecins à s’installer en campagne. Dans le bourg, on a fermé l’école, la poste, l’épicerie et la boulangerie mais les jeunes médecins, eux, devraient aller prendre racine. Comme on peut s’en douter, leur enthousiasme est modéré… Quant au surmenage, rien n’est proposé pour y remédier.

Pourtant des solutions se profilent, pas celles des énarques, celles pensées par des médecins, généralistes pour la plupart, réunis par la magie du net mais surtout par une pensée commune ; des gens de terrains, des qui aiment leur métier, leurs patients, qui défendent l’accès aux soins pour tous et souhaitent favoriser l’exercice de la médecine dite de ville (pour la différencier de la médecine hospitalière) en trouvant des réponses respectant les besoins des malades et des professionnels.

Loin de toute utopie, ils proposent des solutions concrètes et budgétées. 

Elles sont à lire et soutenir ici !

Et vous les retrouverez sur les blogs des 24 médecins généralistes signataires :

AnthologiaLe Blog de BoréeLe Bruit des sabotsEn attendant H5N1Stétho, marmots, dodo et autres petits bobosCuisine, médecine et toute cette sorte de chosesBulle de vie, Bulle de survieJournal de bord d’une jeune généraliste de Seine-Saint-DenisLe Blog du docteur V.AtouteDocteur Couine – femme médecinLe Blog d’un interne en médecine généraleLe Fils du Dr SachsBehind the MaskLe Blog de dzb17H TEXNH MAKPHFarfadocPromenade de SantéSous la BlouseLes carnets d’un médecin de montagneGranadilleJuste Après Dresseuse D’OursSommatinoroots1 Bouffée matin et soir

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Ce fessier que nous ne saurions voir

Publié par 10lunes le 18 août 2012 dans Non catégorisé

 

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Elle est en début de travail, virevolte, plaisante, sourit… Ses pas légers l’amènent à à la baignoire. Elle en ressort bien plus tard, se drape dans un paréo. Les contractions montent en puissance. Son souffle se force, ses mots se raréfient. Encore un peu de temps. Elle est agenouillée, appuyée sur le ballon, face au mur. Le paréo la gêne. Elle le dénoue, l’arrache presque, le lance un peu plus loin et se retourne vers nous, l’oeil malicieux, « d’habitude, je n’aime pas montrer mes fesses ».

Ce seront ses derniers mots avant la naissance. A la vague suivante, elle est seule au monde, souffle long, regard dans le vague. Nous prenons garde de ne pas la déranger. Le besoin de pousser s’impose à elle. Toujours pas de mot, elle sait, son corps sait. L’enfant apparaît rapidement sur le périnée. Un bref rappel presque murmuré pour lui demander de souffler plus doucement. Elle redresse son bassin, maintenant plus à quatre pattes qu’à genoux. Un dernier son rauque au passage des épaules. Sa main vient chercher l’enfant qui glisse hors d’elle. Je l’accompagne entre les cuisses maternelles.
Puis elle s’allonge et une grande serviette chaude vient la couvrir, protégeant la chaleur de leur peau à peau.

 

Depuis la fin de mes années d’études, je n’ai pas connu de maternité imposant une tenue aux parturientes. Les femmes choisissent de se couvrir… ou pas. Cela dépend souvent de l’évolution du travail. Plus il est avancé, plus le vêtement devient détail futile. La femme qui accouche est seule à son monde. 

Si cette nudité choisie ne dérange personne, la nudité imposée est une atteinte à la dignité. La chemise ouverte dans le dos reste pourtant un gimmick de l’hospitalisation. Une pétition dénonçant cette petite maltraitance ordinaire circule sur le net. Lancée il y a quelques jours, elle est largement relayée par les médias – un sujet de société à glisser entre les massacres syriens, la canicule et le marronnier des week-ends embouteillés – a retenu l’attention de Marisol Touraine. Succès immédiat, elle a déjà dépassé les 11000 signatures. 

C’est à votre tour !

 

PS : je suis la retardataire de service. Cette pétition lancée par Farfadoc a déjà été relayée par de nombreux blogs. Ne manquez pas les dessins du Dr Couine  qui a listé les billets parus sur ce thème.

 

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Impair et manque

Publié par 10lunes le 13 août 2012 dans Non catégorisé

 

 

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Elle est seule quand je viens la chercher en salle d’attente. Un signe de la main pour me demander de patienter : un rapide coup de portable pour appeler son homme resté à fumer sur le parking.

Elle l’accueille d’un regard noir.

La consultation débute par quelques questions rituelles, «Comment allez-vous ? Que s’est-il passé depuis notre dernière rencontre ?» Elle répond brièvement, le visage fermé. Lui, silencieux, se tasse un peu plus sur son fauteuil  à chacune de ses réponses laconiques.

Puis elle annonce avec force, «J’ai arrêté, je ne fume plus».
Au tout début de sa grossesse, elle avait fait l’effort de diminuer drastiquement sa consommation de tabac, passant de plus d’un paquet par jour à une cigarette après chaque repas.

Ravie de trouver un point d’entrée positif, je la félicite et lui demande depuis quand elle a cessé toute consommation.

«Depuis ce matin ! Puis elle ajoute, accompagnant les mots d’un regard encore plus noir vers  son compagnon, c’est lui qui m’oblige».

Aie ! Mes compliments apparaissent un peu prématurés et mon point d’entrée pas si positif. Changement de tactique, je me tourne vers le père

«- C’est vrai, c’est vous qui lui demandez ?
– Oui, c’est pas bien pour le bébé.
J’en conviens tout en soulignant le très grand effort de sa compagne pendant ce premier trimestre de grossesse.
– Mais vous Monsieur, vous fumez ?
– Oui, pas beaucoup, moi je ne suis pas dépendant ! assure t-il fièrement. Je ne fume que deux ou trois cigarettes chaque jour.
– Si vous n’êtes pas dépendant, vous pourriez facilement arrêter ? Ce serait un soutien pour elle.
– Je pourrais oui, mais elle ne me l’a pas demandé
Regard noir corbeau.
– Si je te l’ai demandé !
– Ah bon ? mimant maladroitement l’innocence…
– Tu sais bien que oui ! »

Le silence se réinstalle.

L’accroche tabac ne semble qu’un prétexte ; ces deux là ont autre chose à régler mais quand je tente quelques perches, elle se bute. Visiblement, ce n’est pas mon rôle. Je suis là pour prendre sa tension, lui faire écouter le cœur de son bébé, prescrire les examens nécessaires mais surement pas pour évoquer ses démêlés conjugaux.

Je monologue brièvement, souhaitant leur proposer quelques pistes ; l’illusion de la similitude mise à mal par la grossesse qui vient si fort marquer féminin et masculin, l’équilibre à retrouver dans le couple quand tous ses repères sont chamboulés, l’intérêt de chercher à comprendre ce que l’autre ressent et de traduire son propre ressenti sans porter d’accusation. 

Je reviens à la consultation, termine sur quelques mots badins, parviens à les faire sourire…

Enfin, leurs regards se croisent.
Sont-ils repartis un tout petit peu plus légers ?

 

PS : ce blog a eu 3 ans hier. Il ne s’essouffle pas  – encore – vraiment mais je constate qu’il change peu à peu de forme ;  moins de récits, plus d’interventions « militantes »…  Vos remarques et attentes sont les bienvenues.

 

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Bluffant…

Publié par 10lunes le 31 juillet 2012 dans Non catégorisé

 

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De violents maux de ventres pendant son séjour en maternité n’inquiètent pas l’équipe. Il faut dire que c’est son troisième enfant et que les tranchées peuvent être sévères. Elle rentre chez elle.

Douleurs intenses, fatigue intense, elle cesse d’allaiter son bébé.

Les jours passent mais les « tranchées » ne cèdent pas. Elle consulte son médecin traitant qui – lui – prend en compte les signes qu’elle décrit. Il la réadresse en urgence à la maternité. L’échographie révèle une rétention placentaire qui nécessitera un curetage quelques jours plus tard.

Après chaque accouchement, le placenta est vérifié avec attention afin de s’assurer qu’aucun cotylédon ne manque à l’appel. Parfois, le diagnostic de rétention partielle n’est pas si aisé. Et qui peut affirmer ne jamais avoir réalisé cet examen un peu rapidement, parce que les naissances se bousculent et qu’il faut parer au plus pressé

Interrogée sur les possibles recours juridiques, j’ai répondu que je n’avais aucune légitimité à donner un avis sur un dossier que je ne connaissais pas.
Mais je soulignais que la judiciarisation de la médecine amenait les équipes à se draper dans des protocoles toujours plus rigides où les soignés n’ont plus leur mot à dire. Au lieu d’une démarche procédurière, j’ai prôné le dialogue.

En effet, le plus réparateur pour cette jeune mère n’était-il pas un débat honnête avec l’équipe ? Se donner le temps nécessaire pour que chacun expose sa version des faits, pour que l’une témoigne de son vécu et que les autres expliquent et s’excusent.
Plutôt que de la procédure, remettre de l’humanité dans une relation qui en avait un temps manqué.

J’évoquais tout cela dans une réponse prudente…

Mais pourquoi s’étonner que porter plainte soit la première option envisagée ? 
Cette jeune femme, outre sa douleur, sa fatigue, l’échec de son allaitement et l’anesthésie générale nécessitée par le curetage est maintenant humiliée.
Humiliée que l’obstétricien la pense assez stupide pour gober ce qu’il a affirmé sans vergogne – et à deux reprises, ce qui ne permet pas de douter du sens de ses propos : « Oui madame, des morceaux de placenta qui restent dans l’utérus après l’accouchement, c’est NORMAL ».

 

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