Chevaleresque

Publié par 10lunes le 18 février 2017 dans Non catégorisé

 

Jour férié, je dépanne une sage-femme de la ville d’à coté pour une sortie de maternité qualifiée de précoce.
Ma collègue m’a transmis un dossier dense, combinant pathologies multiples dont certaines assez lourdes, nombre de grossesses et d’enfants conséquent et maîtrise limitée du français.
Elle m’a répété trois fois de suite « Tu verras, c’est le quartier le plus difficile de la ville. »

Elle m’a donné le portable du père – la mère n’en a pas – que j’ai appelé hier pour prévenir de mon passage.
Il a répondu avec un sourire si grand qu’il traversait le téléphone, m’affirmant que ce sera « avec plaisir » et ajoutant qu’il va prévenir sa femme… parce que lui, il est à l’étranger.

Je sonne à l’interphone à l’heure dite. La porte de l’immeuble s’ouvre mais personne ne répond à ma question sur l’étage de l’appartement.
Je grimpe les six étages à pieds en espérant trouver un nom,  un numéro d’appartement, une porte ouverte.
Mais aucun nom n’est visible, les numéros  ne correspondent ni au numéro s’affichant sur le supermoderneinterphone, ni à quoi que ce soit d’écrit sur les boites à lettre, boites accumulant chacune un nombre impressionnant de noms de famille…
Je me vois mal redéranger le père à l’autre bout du monde.

Je descends les six étages en espérant trouver un indice. Dans l’escalier, je croise une infirmière – team jour férié bonjour – qui ne connait pas la dame.
Que faire sinon sonner à nouveau ; l’interphone crachote dans le vide.

Une petite fille entre dans l’immeuble. Connait-elle une dame qui vient d’avoir un bébé ? Oui ! Je compte sur la loi des probabilités pour arriver au bon endroit parce qu’elle ne sait pas me dire le nom.

Bingo, c’est la bonne famille. On s’installe dans un coin, on papote, je tente de démêler avec la mère la tonne de prescriptions faites par la maternité. Au milieu de la pile mêlant ordonnances et diverses fiches conseils, un beau livret sur la stérilisation.
Bonne conscience hospitalière oblige, l’information a  été « donnée ».

La mère a mal et a envoyé un de ses enfants chercher les médicaments prescrits à la pharmacie. Personne n’a pensé à la prévenir que c’était un jour férié. Elle bredouille, c’est pas dimanche… ben non, c’est juste une fête nationale dont elle ne sait rien, elle qui n’est arrivée en France qu’en début de grossesse.
On bricolera avec la pharmacie maison et de la glace.

Mon passage la rassure, c’est déjà ça…

Cela fait un moment que nous papotons quand je découvre le petit, tellement emmitouflé au bout du canapé que je n’avais vu qu’un tas de couvertures. Il est tout rond, tout beau et elle sourit quand je le souligne. Je l’examine, tout va bien. Elle sourit plus fort.

Pendant que je m’occupe de la paperasse, elle me demande si j’ai des nouvelles de l’infirmière agressée il y a quelques temps dans le quartier. Elle espère qu’elle va bien parce qu’elle était si gentille…. je suis désolée de ne pas savoir répondre à sa question, je la sens sincèrement inquiète.

J’annonce mon départ. Un des fils se lève alors « Je viens avec vous pour pas que vous vous perdiez ». Je souligne n’avoir que quelques étages à descendre mais il insiste.
Je le laisse me « raccompagner », imaginant une question à poser sans témoin. Mais il descend les étages en silence, m’adresse un au-revoir chaleureux et retourne sur ses pas dès que nous sommes arrivés à ma voiture.

Alors, je repense à l’infirmière.

 

 

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Logique floue

Publié par 10lunes le 10 septembre 2015 dans Non catégorisé, Pffffff

 

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Il y a d’abord eu cette étude de l’Inserm issue des données de l’Enquête nationale périnatale 2010 : 26% des femmes avaient déclaré pendant leur grossesse ne pas vouloir de péridurale lors de l’accouchement. Toutefois, 52% ont finalement reçu une analgésie péridurale en cours de travail.

Le communiqué du CNOSF reprend certaines des conclusions de Béatrice Blondel qui souligne C’est moins le profil de la femme que l’organisation des soins qui va conduire à la pose d’une péridurale en cours de travail …/… La pose d’une péridurale peut être un moyen de faire face à la surcharge de travail au moment de certaines gardes.

Le CNOSF s’appuie sur l’étude pour dénoncer la très réelle et très problématique diminution des effectifs en maternité et enchaîne sur un élément n’apparaissant pas dans le résumé : Les problèmes organisationnels au sein des maternités contraindraient les professionnels de santé à déroger à un principe fondamental édicté par la loi : le consentement des patients.

Le communiqué du CNSF enfonce le même clou en évoquant le non-respect du choix initial des femmes.

Si je déplore avec les uns et les autres que les femmes ne puissent accéder à l’accouchement qu’elles souhaitent, l’adjectif « initial » s’appliquant au mot choix m’apparaît essentiel. Faudrait-il respecter la décision d’une femme prise en amont de l’accouchement plutôt que celle prise sur le moment, lorsqu’elle souhaite une solution médicale à la douleur ressentie ? Que cette douleur soit fortement majorée par l’indisponibilité des sages-femmes et/ou le renforcement des contractions par des hormones de synthèse*, personne ne peut en douter. Que notre organisation des soins défaillante conduise des femmes à renoncer à leur projet d’accouchement est une réalité quotidienne.
Mais évoquer le non-respect du consentement dune parturiente quand une péridurale est finalement posée à sa demande est un sophisme qui offre des armes à nos détracteurs.

La réponse de la SFAR parait à l’inverse apaisée. Les anesthésistes soulignent Du fait de la méthodologie de cette étude, on ne peut pas savoir si les femmes changent d’avis et demandent qu’une péridurale soit faite ou si les soignants convainquent les patients de la recevoir. Ils soutiennent les demandes des sages-femmes : Une partie de l’insatisfaction trouve d’autres motifs qui ne sont pas nécessairement du ressort de l’équipe d’anesthésie‐réanimation mais plutôt des protocoles obstétricaux et d’une révision des procédures et des organisations de l’équipe soignante au sens large. Ils dénoncent ensuite : La relation reste souvent paternaliste et manque d’explications, de temps d’échange.
La SFAR s’abstient de désigner un coupable et souligne les multiples facteurs en cause. Excellente façon d’inviter à un débat constructif.

Mais c’était sans compter sur nos amis du Syngof qui, fidèles à eux-mêmes, tirent dans le tas !
Comme d’hab, une petite explication de texte s’impose.

Ce communiqué a donné lieu depuis à une instrumentalisation visant à dénoncer une surmédicalisation de l’accouchement quand les professionnels médicaux ont pour unique préoccupation d’apporter aux femmes les conditions les plus sûres et les plus confortables pour leur accouchement.
Traduisons : Les matrones sages-femmes dénoncent une surmédicalisation imaginaire à des fins personnelles et égoïstes alors que les  professionnels médicaux – lire les gynéco-obstétriciens (autre pierre dans le jardin des sages-femmes qui sont elles aussi des professionnels médicaux) – sont seuls à se démener pour la santé et le confort des femmes.

Elles pensent à leur grand-mère et parfois mère qui n’ont pas eu la chance de connaître la péridurale.
Petit couplet aux relents paternalistes. De quoi se plaignent ces femmes qui ont la chance, contrairement à leurs aînées, de connaitre la péridurale.


Alors, la France veut-elle faire des économies sur le dos des femmes en diminuant les chances d’avoir une péridurale ?
Joli retournement ! Le fait de ne pas souhaiter une péridurale se transforme ainsi en perte de chance d’y avoir recours. Nouvelle attaque « discrète » contre les maisons de naissance ?
Je sais, je vois le mal partout…

Ces chiffres, s’ils doivent alimenter la réflexion sur l’organisation des maternités et la coordination entre sages-femmes et gynécologues obstétriciens, ne doivent pas être détournés à des fins corporatistes en mettant en cause la sincérité et l’engagement médical, jour et nuit, des gynécologues obstétriciens au service des femmes.
Nouvelle couche sur le supposé corporatisme de matrones sages-femmes égoïstes versus l’engagement mé-di-cal de gynéco dévoués au service des femmes.

Etre au service des femmes, ne serait-ce pas plutôt s’interroger sur ce qui pousse certaines à déroger à leur projet de naissance et réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour que ce projet puisse être respecté ?

 

 

* Sur ce point, la question du consentement doit se poser. Combien de femmes sont réellement informées de l’utilisation d’ocytocine et de ses conséquences ?

 

 

 

 

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Plaisir d’amour

Publié par 10lunes le 2 juillet 2015 dans Non catégorisé

 

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Elle traverse la salle d’attente d’un pas léger ; danse plus qu’elle ne marche. Comme à son habitude, elle pose son sac sur une des chaises, sourit et balaye d’un coup de tête la frange auburn qui lui mange les yeux .
Mais ce jour-là, elle se campe devant le bureau ; ce qu’elle souhaite me dire ne peut attendre que nous soyons assises.

Elle lance d’un ton joyeux
– Lola, vous allez être contente.
– Oui ?
– J’ai eu un orgasme !

Elle a raison, je suis contente.

Contente d’avoir pris le temps d’explorer un peu plus que la rééducation périnéale prescrite après a naissance de son deuxième bébé, de n’avoir pas limité mes questions aux éventuelles fuites urinaires et sensation de pesanteur, d’avoir vu s’instaurer au fil des séances une confiance permettant d’ouvrir quelques tiroirs restés secrets.
C’est ainsi que j’ai pu comprendre que ce qu’elle nommait sexualité satisfaisante n’était qu’un moment devenu agréable après avoir été insipide de trop longues années.

Nous avons discuté anatomie, découverte du corps, masturbation, préliminaires.
Au fur et à mesure de ses découvertes, je me suis autorisée à suggérer quelques options à tester avec son compagnon.

Alors oui je suis contente parce qu’elle était en route pour le plaisir bien avant de me rencontrer mais peut-être ai-je un peu écourté son chemin.

 

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Soutenante (2)

Publié par 10lunes le 18 décembre 2014 dans Non catégorisé

 

candlelight-201626_640Si elle avait pu, elle aurait fait autrement.

Son dernier accouchement lui a laissé un souvenir amer. 
Pour cette nouvelle grossesse, l’accompagnement global lui semblait le meilleur moyen de faire alliance avec une sage-femme, bien en amont de la naissance. Mais aucune de celles pratiquant des accouchements à domicile n’est à sa portée, aucune non plus n’ayant accès au plateau technique d’une maternité.

Faute d’alternatives, elle se résigne à accoucher une nouvelle fois avec un(e) inconnu(e).
Elle a juste changé d’établissement, espérant que les protocoles y seront moins rigides et l’accompagnement plus attentif.

Ce soir là, elle perd les eaux. Une fois à la maternité, on leur confirme que c’est le tout début du travail. Afin de ne pas embouteiller les salles de naissance, ils sont installés dans une chambre du service, le temps que les contractions s’intensifient vraiment. 
C’est la sage-femme des suites de couches qui les accueille. Elle est à l’écoute, disponible, discute avec eux de leur projet de naissance, se montre respectueuse de leurs attentes. Elle apporte un ballon pour qu’elle puisse se mobiliser, se tient à leur disposition… pas de protocole imposé mais un dialogue ouvert et respectueux.

Au petit matin, elle propose de vérifier l’évolution du travail. Le col s’est ouvert de 4 centimètres, il est temps de se rendre en salle de naissance.

Mauvaise nouvelle pour la mère, qui ne souhaite ni changer de lieu, ni quitter la sage-femme avec qui un réel lien s’est créé.
Mais la règle s’impose à tous. Résignés, ils attendent qu’on vienne la brancarder.

La règle s’impose à tous ? Pas à son enfant.
Dans les dix minutes d’attente qui lui sont laissées, il naît !
Accompagné par celle en qui ses parents avaient confiance.

 

 

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Passe-passe

Publié par 10lunes le 27 février 2014 dans Médias, Naissance, Non catégorisé, Pffffff

 

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Hier, le thème du dossier des Maternelles était « Accoucher sans péridurale ».

Plateau, quelques échanges tranquilles. Je lève un sourcil lorsqu’une des futures mères affirme Quand on est sous péridurale, on brise le lien établi depuis neuf mois entre une mère et son bébé.

J’espère qu’elle n’aura pas besoin d’une analgésie, bien cher payée si elle se vit comme une rupture du lien mère-enfant. D’autant qu’une femme dépassée par la douleur ne saurait être présente à son bébé.
Je ne vire pas de bord en faisant l’apologie de la péri mais je milite pour que les femmes aient le choix, pas pour qu’elles se sentent contraintes, encore moins coupables !

Mais ma ralerie va trouver un bien meilleur carburant quelques minutes plus tard.
Comme pour chaque émission, le thème est illustré par un reportage. On nous le présente ainsi : Comment se passe un accouchement sans péridurale. Nous avons suivi Sandra qui accouche pour la troisième fois sans péridurale.

On assiste au premier examen. Mathilde, la sage-femme, annonce Le col est postérieur, court, dilatable à 5 cm.
Plan de coupe, Mathilde explique qu’on va se donner un peu de temps… Mais une voix off précise Pour accélérer le travail, la sage-femme injecte de l’ocytocine à Sandra, une hormone qui agit sur les contractions de l’utérus.
On retrouve Sandra, toujours allongée, branchée à sa perfusion et au monitoring ; conditions optimales comme chacun sait pour bien tolérer les contractions, de plus renforcées par des hormones de synthèse.

Nouvel examen une heure plus tard. Sandra tente de se rassurer… là c’est bon, je suis à 8 cm ? Non on est à 5 /6 concède la sage-femme, en annonçant, grimace à l’appui, que l’étape suivante serait de rompre la poche des eaux.
Plan de coupe, Mathilde explique Y a un avant et un après la rupture de la poche des eaux. C’est quelque chose qui dans la plupart des cas augmente très fortement la douleur mais qui accélère le travail.

Retour en salle de naissance, Mathilde rompt la poche des eaux.
Plan de coupe, Mathilde : Comme prévu, les contractions se sont très très fortement amplifiées. Et là effectivement, elle avait très très mal.
La voix off précise En effet, les douleurs sont tellement intenses que Sandra rappelle la sage-femme.

La naissance aura lieu peu après.
Plan de coupe. Mathilde se réjouit : Quand des mamans accouchent sans péridurale, y a toujours un peu un moment de panique vers la fin, c’est très difficile de les accompagner. Là je sentais qu’il n’y avait aucune panique. Honnêtement chapeau ! Ça a été très beau très rapide, et franchement une gestion parfaite.

Pourtant les images diffusées ne suggèrent pas une femme heureuse et triomphante pour être allée au bout de son projet, mais une mère dépassée par sa douleur et sa solitude, peinant à réaliser l’arrivée de son enfant.

Ce n’est qu’un bref reportage, ce ne sont que quelques extraits. Rien ne prouve que l’interprétation que j’en fais est conforme à la réalité.
Mais…
Accoucher sans péridurale devrait d’abord se conjuguer avec le respect des processus physiologiques, sans interventions intempestives. Rien ne nous est dit pour justifier la perfusion ou la rupture des membranes. Peut-être étaient-elles nécessaires, mais l’absence d’explications laisse penser au spectateur que ces gestes sont indispensables pour tout accouchement.

Et puis surtout, accoucher sans péridurale ne peut pas, ne doit pas, se résumer à se passer d’analgésie.
Les femmes faisant ce choix souhaitent vivre leur accouchement en toute liberté, en laissant leur corps agir et les guider.
Elles acceptent en retour la puissance des sensations et émotions qui les envahissent mais à une incontournable condition : se sentir accompagnées et soutenues.

Tout sauf ce que ce reportage nous a montré.

 

 

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Arnaque

Publié par 10lunes le 3 juin 2013 dans Non catégorisé

 

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Comme tout le monde (?!), j’ai un portable à utilisation professionnelle. Portable qui m’a lachée brutalement un soir de l’hiver dernier. Ecran noir, impossible d’appeler, impossible de décrocher quand il sonne, impossible de savoir qui cherche à me joindre…

Petit stress en imaginant quelque parent ou futur parent inquiet en mal de réponse.

Le lendemain à la première heure, je suis à la boutique. Diagnostic sans appel, mon téléphone est mort. Qu’à cela ne tienne, voilà l’occasion de choisir un modèle et un forfait plus performants.

C’est comme cela que je suis arrivée chez SFR, chassée par un concurrent auquel j’étais fidèle depuis des années et qui du coup trouvait logique de me proposer des tarifs bien supérieurs à ceux offerts à ses nouveaux clients.

Chez SFR, je suis accueillie à bras ouverts. La vendeuse se met en quatre pour me dépanner immédiatement tout en conservant le même numéro. Je repars munie d’un téléphone en parfait état de marche et d’un forfait illimité.

Tout cela est bien plus onéreux que mon ancien contrat mais une accumulation de réductions m’est offerte; nouveau client, promotion du mois, déstockage du portable (déjà has-been), offre professionnelle. Grâce aux remboursement et déductions promis, le tarif redevient attractif.

Sauf que… 6 mois plus tard, zéro remboursement et zéro déduction.

Je passe au magasin une première fois mais faut ramener le dossier ; une seconde fois avec le dossier, mais il manque d’autres papiers. Nouvelle visite avec tous les documents requis. Je patiente longuement en attendant qu’un des vendeurs se libère.

Pendant ce temps, une autre cliente vient se renseigner. On lui a promis des appels compris dans le forfait vers tous les fixes mêmes à l’étranger et ses appels en Allemagne sont pourtant facturés en plus.
Le vendeur vérifie et confirme : « Pour l‘Allemagne, c’est hors forfait.
– Mais on m’avait dit que… s’étonne la cliente
– Le vendeur la coupe : Le forfait, c’est seulement pour l’Europe.
Sourire complice avec ma voisine de galère qui s’autorise à préciser : Mais l’’Allemagne c’est en Europe !
Oui le forfait concerne toute l’Europe… mais pas l’ Allemagne ».
Ce serait noté en tous petits caractères dans le contrat…

Quand vient enfin mon tour, il faudra encore une heure montre en main à la vendeuse qui s’occupe de moi (ma présence étant requise tout ce temps) pour me confirmer après moults appels à divers services que l’engagement de réduction était une erreur et que le fait que cela soit noté à la main sur mon contrat ne prouve rien…. Et quand j’annonce que  je vais donc résilier mon abonnement puisque ce n’est pas sur ces bases là que le contrat était signé,  ben je peux pas puisque je me suis engagée pour deux ans !

Entre ce qui m’était annoncé pour me convaincre de signer et ce qui est effectif, y a comme un ravin.

Pendant ce temps, le ballet des clients venant se renseigner, réclamer, acheter, se poursuit.
Je serais partie totalement furieuse si un autre dialogue surréaliste n’avait éclairé ma soirée.

Un quinquagénaire malentendant vient demander des explications sur l’emploi du smartphone acheté quelques semaines plus tôt. Le vendeur explique, ré-explique, ré-ré-explique les bases de la navigation sur le net avec une réelle bonne volonté . Comme il parle fort afin que son interlocuteur l’entende bien, personne ne perd une miette de ses tentatives pédagogiques. Les minutes défilent et le client semble toujours aussi perdu.

Une petite demi-heure plus tard, le vendeur, désespéré, cherche à s’esquiver et suggère :
« Le mieux serait de contacter le service assitance, tranquillement, de chez vous.
Le monsieur rechigne, désignant son oreille et l’appareil qui la surmonte.
Non, non. J’ai du mal avec les boites vocales. Je dois à chaque fois trouver quelqu’un pour le faire pour moi…
Ok, vous entendez mal avec cette oreille, mais vous avez essayé avec l’autre ? « 

 

 

PS : Je jure que rien n’est inventé…

PS bis : en insistant lourdement, j’ai récupéré quelques euros. Mais ça reste très loin de ce qui m’était promis à la signature. SFR si tu m’entends….

 

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Rebelote

Publié par 10lunes le 28 février 2013 dans Non catégorisé

 

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Cet après midi à 16 heures, la proposition de loi de Mme Dini sur l’expérimentation des maisons de naissance sera débattue au Sénat.

On va dire qu’on est contents ! Même si dans son exposé des motifs, Muguette Dini oppose MDN et accouchement à domicile « Les maisons de naissance peuvent offrir une alternative satisfaisante et sûre à ce type d’accouchement, dont on doit se prémunir contre le développement. » (sic)

Ce qui apparaît contradictoire avec une précision importante donnée plus tard  » Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans les autres pays où le taux de mortalité constaté se situe entre 3,3 et 3,6 pour mille, les maisons de naissance ne sont pourtant pas accolées aux services des maternités, mais peuvent se situer jusqu’à trente minutes d’un plateau technique comme au Québec ».

Après sa présentation, les sénateurs de la commission des affaires sociales la questionnent. Certains méritent le « Gérard de celui qui n’y connaît rien mais a envie de causer quand même en prenant garde à bien défendre ses copains médecins que c’est pas de pauvres sages-femmes qui vont dicter la loi ».

L’impayable Allain Milon trébuche en parlant de « profession paramédicale » puis introduit une curieuse limite « Je suppose que ces structures n’accueillent pas de primipares »  pour ensuite enfoncer les portes ouvertes « elles ne pourront pratiquer les péridurales » et croit bon de préciser « Des conditions devront être observées par les sages-femmes qui tiendront les maisons de naissance ».

Catherine Deroche poursuit sa défense de la gynécologie médicale « Je pense qu’il peut aussi exister une relation de confiance entre une femme et le gynécologue-obstétricien ou le gynécologue médical qui la suit pendant sa grossesse » en omettant que le suivi de la grossesse peut être assuré par une sage-femme et doit l’être dans le cas d’un accompagnement global en MDN.

Gérard Roche lève le lièvre de l’insoutenable indépendance des sages-femmes « J’aimerais qu’il soit explicitement indiqué dans le texte que les maisons de naissance doivent être non pas attenantes à une maternité, mais placées sous l’autorité médicale d’un service d’obstétrique.« 

Laurence Cohen réinvente l’eau chaude « Je pense qu’une expérimentation de ce type peut être menée dans un cadre sécurisé, en assurant la possibilité d’une intervention sur le plateau technique dans l’enceinte de la maternité, et avec la possibilité d’un choix des patientes. »

Ce à quoi Muguette Dini lui répondra très justement « Les pouvoirs publics ont en effet tenté de développer des espaces physiologiques à l’intérieur de certaines maternités. Les résultats sont très inégaux selon les établissements.Ces espaces sont très nettement différents d’une maison de naissance : ils ne permettent pas un suivi global par une sage-femme et ne disposent pas de personnels dédiés ».

Catherine Procaccia doute de la capacité de choix des femmes  » N’y a-t-il pas une ambiguïté à proposer des accouchements sans péridurale dans les maisons de naissance, alors que de plus en plus de femmes en sont demandeuses ?  et omet les actions de prévention mises en oeuvre, telle la consultation d’anesthésie : Je m’interroge sur les risques liés à un éventuel changement d’avis à la dernière minute d’une parturiente, puisqu’il faut avoir vu un anesthésiste à l’avance pour qu’une péridurale puisse être pratiquée ».

Marie-Thérèse Bruguière dénie aux sages-femmes toute autonomie d’exercice« (les MDN) doivent être dépendantes de l’hôpital, notamment s’agissant de la responsabilité. Et plus loin : Je voudrais souligner que dans les maternités publiques, ce sont déjà souvent les sages-femmes, et même les élèves sages-femmes, qui réalisent les accouchements – sous l’oeil vigilant des médecins« .

Depuis le débat en commission, des amendements ont été déposés. Certains s’inquiètent de la prise en charge des soins, d’autres de la fermeture des maternités de proximité, beaucoup insistent sur la nécessaire sécurité. Du très politiquement correct.
Mais l’un d’eux m’a fait choisir la photo qui illustre ce billet.

En effet, Gilbert Barbier a déposé un amendement demandant  « Après le mot  sages-femmes insérer les mots et des maïeuticiens » et le justifie ainsi : Cet amendement vise à rappeler que la profession de sages-femmes n’est pas exclusivement féminine. Les hommes, appelés maïeuticiens, ont aussi vocation à exercer en maisons de naissance ».

Un débat essentiel.

 

 

Edit du 01/03 : L’intégralité des débats sur les MDN au Sénat est disponible ici. Une heure trente d’échanges qui n’ont débouché sur rien parce que l’horaire était dépassé. Mme Dini devra donc réinscrire le texte à l’ordre du jour d’une autre séance. Tout ça pour obtenir une expérimentation limitée en nombre (une dizaine de sites maximum) avant un élargissement possible après 5 ans d’évaluation. 
Surtout ne pas se précipiter.

 

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Dangereux surbooking

Publié par 10lunes le 3 février 2013 dans Non catégorisé

 

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Un décès vient entacher la réputation de la maternité de Port Royal. Un déclenchement semblant différé faute de place dans le service qui se solde par la mort in utero de l’enfant. 

Je ne me risquerai pas à commenter des faits à travers la lecture qu’en donnent les médias. Je remarque simplement que pour les apparentes mêmes raisons – service débordé – il y avait eu l’an dernier un autre incident.

Si comme on me le soulignait très justement, la mise en cause à quelques mois d’intervalle de Port Royal n’est au final qu’un effet d’optique, le surmenage des équipes, apparaissant à l’origine des deux accidents médiatisés, est hélas commun à la plupart des « grosses » maternités.

Le problème est que le nouveau Port Royal nous est vendu comme un must permettant de conjuguer qualité des soins, humanité et confort. C’est ce que l’on pouvait lire il y a un an (8 février 2012) sur le blog célébrant l’ouverture. « Maternité de type III assurant une sécurité médicale maximale, pour toutes les grossesses (…) au sein d’une maternité repensée, plus confortable, plus accueillante« …

Ainsi, le must en matière d’organisation des soins omet une composante indispensable, la disponibilité de ceux qui sont censés les prodiguer.

L’obstétrique est une discipline médicale particulière ; le plus souvent, la médecine n’a pas réellement à intervenir. L’accouchement reste un acte physiologique et tout se passe généralement bien même avec une équipe peu disponible. Ce « bien » n’est pourtant qu’un minimum :  la mère et l’enfant quitteront la maternité en bonne santé.  La politique sanitaire actuelle se fiche du vécu des parents, de la déshumanisation de la naissance, du manque d’accompagnement… les personnels sont en effectif suffisant pour faire tourner un établissement, inutile de financer de nouveaux postes.

Mais les décrets de périnatalité qui régissent certains de ces postes omettent  qu’un service peut être quasi vide à un moment pour se remplir soudainement ensuite, que les situations pathologiques ne se distillent pas régulièrement au fil des heures mais peuvent se concentrer brutalement.

Alors oui, la plupart du temps, même sans cette attention que nous nous devons de porter à chacune des femmes présentes, l’accouchement se termine « bien ». Mais de temps à autre, le manque de disponibilité conduit à méconnaître des pathologies débutantes et à devoir- dans le meilleur des cas – rattraper sur le fil des situations en train de basculer.

Comme ce rapport de l’Igas le rappelle « … Les indicateurs prénataux se situent à un niveau moyen, comparé aux performances des autres pays développés. La diminution de la mortalité périnatale est moins rapide que dans les autres pays européens. La France est également régulièrement citée pour ses mauvais résultats en matière de mortalité maternelle, même si les dernières données disponibles montrent une amélioration dans ce domaine ».

Le regroupement des maternités n’est concevable que si les équipes s’étoffent en proportion. Or, sous le fallacieux prétexte des économies d’échelle, les regroupements se soldent systématiquement par une perte de postes et de lits. Le pire est que ce n’est pas forcément source d’économies. On pouvait lire en juillet dernier dans Libération « L’expérience enseigne que les processus de fusion sont en eux-mêmes sources de surcoûts ou de dysfonctionnements ». 

 

Alors, on fait quoi ?

On continue à concentrer les naissances, à les industrialiser pour mieux rentabiliser locaux et personnel, à fermer les yeux sur les incidents évitables ?

Ou on réfléchit autrement, en permettant aux femmes qui le souhaitent d’accoucher – en l’absence de contre-indication – en maternité de proximité* ou en maison de naissance**, ce qui aurait  le double bénéfice de répondre aux attentes des parents tout en désengorgeant les services de haute technicité.

On continue à morceler les soins ou l’on restaure une continuité de l’accompagnement, plus sécurisante et plus efficiente, en utilisant une ressource décidément méconnue : les compétences des sages-femmes.

Il y a des sages-femmes au chômage, il y a des sages-femmes disponibles, il y a des sages-femmes motivées pour proposer autre chose que le soin minimal que le manque d’effectifs leur impose.

Cerise sur le gâteau, ces prises en charges sont à la fois sécures et économiques.

Alors, on attend quoi ?!

 

 

* Voir par exemple la fermeture de la maternité de Vire 

**Une nouvelle proposition de loi sur l’expérimentation des MDN, déposée par Mme Muguette Dini, sénatrice (UDI), devrait être examinée le 28 février prochain.

 

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Bleu arc en ciel

Publié par 10lunes le 26 janvier 2013 dans Non catégorisé

 

4457769273_413402f318_zCette maternité est une petite structure et la sage-femme de garde assure toutes les fonctions en parallèle, consultation, préparation, salle de naissance et hospitalisation. Comme les couples y sont suivis dès le début de la grossesse, cela fait autant d’occasions de se croiser, se rencontrer, apprendre à se connaître et nouer une vraie relation.

Avec ces parents, la rencontre fut particulièrement riche et forte. Je les ai accompagnés avec plaisir tout au long des neuf mois, le hasard a gentiment fait que je sois de garde au moment de la naissance et leur séjour a fini de sceller une vraie complicité.

A l’occasion du second anniversaire de leur petit, je les découvre tous les trois au détour d’un couloir. Nos retrouvailles sont joyeuses. Nous évoquons les deux années si rapidement passées, la découverte de la parentalité, son cortège de joies et d’inquiétudes, le premier sourire, la première dent, la première fièvre, la première chute, les premiers mots…

Leur fils commence à s’impatienter ; tire leurs mains, s’aventure à explorer quelques tiroirs du bureau, consent à crayonner une feuille blanche pour nous accorder un peu de temps puis revient se blottir dans leurs bras.

Il  a de magnifiques yeux bleus. Je me surprends à observer ceux de ses deux parents pour y retrouver l’hérédité de ce bleu saturé. Je souris de mon absurdité.

Une sonnette me rappelle à mes devoirs. Il faut retourner dans le service.
Je les regarde s’éloigner. Solidement accroché à leurs bras, il saute et rit à chaque envol.

Arrivées au bout du couloir, elles se retournent ensemble pour me saluer gaiement d’un grand signe de la main.

 

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Prête moi ton blog

Publié par 10lunes le 1 janvier 2013 dans Non catégorisé

 

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Quatre sages-femmes, des univers différents, des expériences multiples, réunies par leur métier et leur envie de l’écrire.
Quatre blogueurs qui ont choisi de débuter l’année en jouant.
La règle : chacun a tracé les grandes lignes d’une situation qu’il avait vécue. Et nous avons ensuite tenté de nous approprier les histoires des autres.
Vous trouverez donc sur chacun de nos blogs quatre versions – évidemment reconstruites à partir de nos propres expériences – de l’histoire que nous avions proposée. 16 récits !
A vous de jouer à en retrouver les auteurs respectifs (réponse dans quelques jours)

Je m’associe à JimmyKnackie et Sophie pour vous souhaiter une excellente année 2013 !

 

 

Version 1

Elle passe la porte de mon cabinet, le regard fuyant. Elle vient pour sa première séance de rééducation périnéale. Elle qui m’avait habituée à plus de verve pendant sa grossesse me surprend. Assez vite, elle m’avoue qu’aujourd’hui est son premier jour de sortie depuis l’accident, le premier qu’elle s’accorde un peu pour elle.

Pierre-François, son fils, a été hospitalisé la semaine dernière, une vilaine bronchiolite. Elle a eu peur, très peur. Et puis… c’était forcément de sa faute, elle n’a pas su protéger son petit. Elle s’en veut.

Je pourrais lui parler du VRS, un méchant microbe qui parfois, la bise venue, vient emporter les petites bronches autrefois saines. Partir dans le scientifique, le cartésien et lui démontrer qu’objectivement, non, ce n’est pas de sa faute.

Mais, je la connais d’avant, elle ne me croirait pas totalement et la culpabilité d’une mère est plus animale qu’une simple équation mathématique. Elle se déshabille alors, nous commençons la rééducation.

Entre herses, grotte et marguerite, nous parlons. Je la félicite. Ses muscles se tétanisent sous mes doigts. Elle veut faire les choses bien. Petit à petit, je la laisse faire de plus en plus seule. Réassurance. Un maître mot. Pour une première séance, elle est douée. Je lui fais remarquer.

Son fils n’est pas là aujourd’hui, son père le garde. D’ailleurs son enfant ne sort plus par crainte de la maladie. Je soupçonne quelque part cette femme de se sentir libérée loin de son enfant. Peut-être se met-elle trop la pression ? Veut-elle être trop parfaite en tant que mère ?

Tant de questions qui ne se règleront pas en une séance de rééducation périnéale. A la fin de la consultation j’insiste alors pour qu’on se revoie prochainement, et peut-être avec Pierre-François cette fois ci. Elle est réticente. J’insiste alors plus fermement. Elle accepte du bout des lèvres.

Elle noircira alors les pages de mon agenda durant de longues semaines avec la notation « rééducation » et en d’autres circonstances on aurait pu se demander ce que je voulais tant à son périnée mais ces moments, intimes, loin de sa vie de mère normale, servaient essentiellement à la discussion.

Un jour, elle n’est plus venue. N’en ressentait-elle plus le besoin ? J’aime à le croire. Peut-être alors n’y suis-je pas complètement innocente.

 

Version 2

Aujourd’hui elle vient sans son bébé à sa séance de rééducation. D’habitude elle vient avec lui. Elle s’assoit, gênée. Elle a l’air fatiguée, d’avantage que la dernière fois qu’on s’est vues, il y a une dizaine de jours d’après mon agenda. Je risque une question sur l’absence du bébé aujourd’hui.

« Il a été hospitalisé en pédiatrie la semaine dernière. Une bronchiolite, j’ai eu si peur! Les aérosols, l’oxygène, la perfusion, les traitement, la surveillance, le personnel qui change et le pédiatre qui a dit que c’était dû au VRS, un virus très fréquent l’hiver. C’est vrai, ça? », me demande-t-elle?
J’ai juste le temps d’acquiescer par un brillant « hmmm » empathique que son monologue qui doit sortir reprend déjà. Elle écrase une larme de temps en temps au coin de son œil.

«C’est dangereux alors, de sortir le bébé avec tous ces microbes qui trainent! Mon petit, tout petit bébé, même si il est né à terme et qu’il a presque quatre mois, je ne le sors plus, plus question. Trop peur de tous ces microbes, que les gens répandent partout. D’ailleurs, plus question non plus de recevoir la tante Paulette ou les copines qui passent à la maison, ils peuvent avoir le virus de la bronchiolite, le VRS, là. D’ailleurs celles avec leurs gosses qui ont la goutte au nez, là, c’est pareil, non? Les gens ne comprennent pas qu’ils peuvent donner la bronchiolite au petit».

Petite pause, elle réfléchit, trop courte pour que je trouve une réponse.

«Il est sorti depuis et il va mieux, et puis normalement les bébés allaités ne sont pas malades, comment ça se fait que ça tombe sur moi, hein? Qu’est-ce que je fais de travers? Pourquoi? Le bébé tellement gêné qu’il ne peut plus respirer, j’ai eu si peur…»

Elle respire, moi aussi. Je lui souris, tente de lui glisser que je la comprends, son inquiétude de nouvelle mère. Qu’elle est une bonne mère qui a fait ce qu’il fallait. Ça me rappelle bien des peurs pour un des miens, même si je n’en dis rien. Que c’est une réaction bien normale face à la maladie de son enfant.

Trop tard. Elle ne m’écoute déjà plus. Elle est déjà repartie dans ses pensées, perdue dans sa culpabilité. J’aimerais lui dire que son inquiétude va passer, mais comment? Il faut qu’on commence la séance, au fait, et je n’ai toujours pas trouvé comment la réconforter.

 

Version 3

Mon joyeux « Comment se sont passées les fêtes ? » tombe plus qu’à plat. Son sourire était timide, ma question libère ses larmes.

Les fêtes, elle les a en partie passées en pédiatrie, aux côtés de son bébé hospitalisé pour une bronchiolite. Voix tremblante, regard voilé, elle détaille les perfusions, le scope, l’oxygène, les écrans, les alarmes. Elle a vu son enfant au plus mal, a imaginé le perdre. Les explications de l’équipe ne la rassuraient pas et leurs apartés la plombaient plus encore.

Quelques jours d’angoisse qui la poursuivent toujours. Son bébé est un rescapé, quasi ressuscité.

Ce qui la ronge maintenant, c’est d’avoir failli à sa mission de mère, n’avoir pas su, n’avoir pas pu protéger son enfant de la maladie.

Que cela soit dit, elle ne faillira pas une seconde fois ! Elle ne sort plus son bébé de la maison, ne s’autorise elle-même à s’absenter que pour l’indispensable, refuse toute visite. Le monde extérieur n’est que danger mortel. Elle construit leur solitude pour mieux isoler son petit de tout miasme. Absurde muraille de chine qui lui pèse cependant moins que sa culpabilité.

Je note que notre rendez-vous était clas sé dans les indispensables. Je doute de l’urgence d’une rééducation périnéale.
Prenons le temps de parler un peu.

 

Version 4

Elle arrive seule, en regardant ses pieds, pour sa visite post-natale. Je sens un malaise et je commence ma consultation comme d’habitude, avec des questions ouverte pour essayer de lui faire lever les yeux. Elle réponds doucement mais avec une voix un peu éteinte.

Elle me raconte une grossesse qui s’est bien passée, un accouchement normal avec quelques remarques sur la péridurale et sur ses premiers jours en suite de couche. Elle dort mal, a quelques problèmes avec sa contraception. Une question sur son bébé la met en larme.

Je lui tends un mouchoir et j’attends. Son garçon est hospitalisé depuis une semaine en pédiatrie et je suis la première personne qu’elle voit en dehors de son mari depuis la consultation aux urgences. Elle ne sort plus, ne voit plus personne ; elle a refusé deux fois que sa soeur vienne la voir en prétextant un emploi du temps chargé et des rendez-vous. Je sens un poids quitter ses épaules et ses pleurs se tarissent.

Selon elle tout est de sa faute, elle n’aurait pas dû prendre le bus avec son bébé ou l’emmener voir sa famille. Elle a des souvenirs difficile de la respiration sifflante de son bébé, sa toux. Elle s’est sentie désarmée, prise au dépourvu dans son rôle de mère. Au fur et à mesure elle me dévoile cette toile qui l’enserre et qui n’attends qu’un coup de ciseaux. Je la rassure, je tente de lui expliquer. C’est difficile et cela prendra du temps.

Je lui donne un rendez-vous de rééducation et je la raccompagne à la porte. Dans la salle d’attente elle se retourne et elle lève les yeux vers moi.

 

Réponses : Saluons les deux perpiscaces qui sont Sage-mum et Foligou, les seules à avoir cité dans l’ordre : Knackie, Sophie, moi et Jimmy. 

 

 

 

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