Heureuse

Publié par 10lunes le 24 décembre 2016 dans Rencontre

 

C’est la première fois qu’elle consulte une sage-femme. Après les premiers mots d’accueil, il est temps de créer son dossier.

L’ordinateur impose ( si !)  de commencer par une banale fiche administrative.
Nom, prénom, adresse… les touches du clavier cliquettent et les cases se remplissent.

Arrive l’entrée « date de naissance »
– « C’est bientôt, répond la femme en souriant, le 24 décembre.

Les yeux de la sage-femme quittent l’écran pour se lever vers elle :
 Quand vous étiez enfant, vous deviez trouver ça dommage ?
Pas du tout, j’ai toujours été habituée comme ça, et puis c’était du coup une très grande journée de fête !

Son sourire s’élargit encore,
D’ailleurs, j’ai longtemps cru que Noël, c’était juste pour que les autres enfants ne soient pas jaloux de mon anniversaire… »

 

Je ferme l’Avent sur une anecdote qui n’a qu’un rapport très lointain avec les sujets abordés ici parce que la vision positive de cette enfant devenue grande me ravit. Et qu’elle est très « raccord » avec ma motivation pour ce petit marathon 2016 : mettre en avant le meilleur.
Merci à toutes celles qui ont nourri ces 24 billets (et bien plus).
Merci à vous d’être quotidiennement venu nous lire.

 

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Joueuse

Publié par 10lunes le 23 décembre 2016 dans Rencontre

 

Venue à reculons consulter une sage-femme, il a fallu quelques séances pour nous apprivoiser, pour que la confiance s’installe, doucement.
Ce jour-là, j’insiste sur le temps nécessaire pour les exercices, soulignant qu’ils seront plus efficaces si elle les pratique lentement.

Alors, elle livre un peu de son histoire.
Elle évoque son enfance à la ferme, son père trop tôt disparu, sa mère restée seule avec une tripotée d’enfants, petits encore les enfants.

Adulte, elle a réalisé combien la vie de sa mère avait dû être difficile mais jamais elle n’en a eu conscience dans son enfance.

Sa mère les protégeait, gommant les difficultés, sublimant un quotidien ardu. Des travaux de la maison à ceux du potager, tout était prétexte à émulation joyeuse entre la fratrie.

Elle se tait un instant, cherchant un moment plus précis à raconter.

Puis reprend :
-« Quand il fallait ramasser les haricots, ma mère nous mettait chacun au bout d’un rang et on jouait à qui finirait le plus vite. Et maman jouait avec nous, ramassait aussi son rang.
Bien sur, elle allait plus vite que nous, mais s’arrêtait toujours avant la fin parce que la soupe allait déborder ou qu’il y avait la lessive à étendre.
Et puis elle revenait, juste un peu trop tard, mais à temps pour nous féliciter d’avoir fini avant elle et d’avoir gagné.

Dans les mots de cette dame déjà âgée, il y a l’amour inconditionnel de cette maman depuis disparue.

– Depuis, j’ai toujours pris le travail comme un jeu, à me dépêcher de finir la première ».

 

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Confortée

Publié par 10lunes le 17 décembre 2016 dans Rencontre

 

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L’histoire d’aujourd’hui, je ne sais pas la raconter parce qu’elle concerne une problématique de santé tres éloignée de mon domaine, transmise par la professionnelle concernée, j’ai nommé la kinésithérapeute.
Mais elle a sa place ici car elle est universelle.

C’est l’histoire d’une femme qui fait une première fois confiance à une soignante qui fait de son mieux mais ne parvient pas à répondre totalement à ses attentes.
Pourtant, quelques mois plus tard, cette patiente revient la voir et la soignante essaye à nouveau, se trompe parfois et cherche encore.

C’est l’histoire d’une soignante qui craint de ne pas être à la hauteur et dont le souci d’accompagner au mieux est tel que parfois son écoute lui semble bien maladroite.

Mais c’est aussi l’histoire d’une patiente qui malgré les errances apparentes de sa kiné, a confiance en elle parce que oui elle tâtonne mais en toute honnêteté.

C’est encore l’histoire d’une patiente remerciant tres sincèrement sa soignante parce qu’elle s’intéresse à elle en tant que personne et pas comme une successions de muscles et d’articulations douloureuses.

C’est enfin l’histoire d’une soignante confortée dans ce qu’elle fait, dans ce qu’elle est, et donc capable de donner plus encore.

Et si le politiquement correct voudrait que nous soignants, soyons en mesure de prodiguer les meilleurs soins sans rien attendre un retour, nous savons chacun combien ce renvoi d’énergie nous est précieux.

 

 

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Liiiiiiibérée….

Publié par 10lunes le 8 décembre 2016 dans Rencontre

 

coeur-4Ils sont arrivés dans la soirée aux urgences. Leur fille de 5 ans souffre d’une infection et un traitement antibiotique par voie veineuse est nécessaire. Une perfusion doit être posée  et l’aiguille est conséquente.
Evidemment, les parents s’inquiètent de la réaction de leur enfant.

Tout en s’affairant à préparer le matériel, les deux infirmières présentes cherchent à les rassurer. Elles expliquent qu’elles vont utiliser une technique d’hypnose.
A la fillette, elles présentent le masque (diffusant un gaz analgésique) qui va recouvrir le bas de son visage comme un micro. Il faudra chanter dedans.
Reste juste à choisir la chanson.
La reine des neiges sera le tube de la nuit.

Les infirmières lancent la musique sur un smartphone et commencent à chanter, l’enfant suit de bon cœur et les parents rejoignent la chorale.
Il est minuit et « Libérée délivrée » chanté à l’unisson résonne dans le box des urgences.

Lorsque les parents se préoccupent de la mise en place du cathéter, il est déjà posé et les infirmières-choristes en sont au pansement.

Personne n’a eu peur, personne n’a eu mal.
Ni l’enfant.
Ni ses parents.

 

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Coquin de sort

Publié par 10lunes le 1 décembre 2016 dans Rencontre

 

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La rencontre avec la sage-femme est belle mais trop tardive. Ils profitent de tout ce qu’elle peut leur apporter en cette fin de première grossesse et se font déjà la promesse que le prochain enfant naîtra avec elle à la maison.

Quand ce petit deuxième s’annonce, elle recontacte « sa » sage-femme et apprend avec une immense déception que celle-ci sera en voyage aux alentours du terme.

La praticienne cherche comment répondre au mieux à sa demande. Elle propose un suivi conjoint avec son associée, assurant la présence de l’une des deux le jour J, ou simplement par son associée pour lui éviter d’avoir deux interlocuteurs.

Mais elle ne veut que « sa » sage-femme et rien ne peut l’apaiser. Elle doit faire le deuil d’un accouchement depuis longtemps rêvé. Aucune alternative n’est à la hauteur.

C’est son homme qui la convainc de donner une chance à l’ersatz de sage-femme, j’ai nommé l’associée.
La rencontre s’avère finalement tout aussi éblouissante.
Et c’est avec elle que leur enfant viendra au monde.

Depuis, malgré la vie qui les a éloignées aux deux bouts de la France, malgré les douze années passées, elle est restée une amie précieuse.
Et quand elle l’évoque, elle parle de « sa » sage-femme car il ne peut y en avoir d’autres.

 


Et oui, je retente finalement un Avent 2016… pas du tout sure de tenir le rythme, ni d’avoir assez de récits en réserve (à vot’bon coeur…)
Ma seule certitude, c’est de ne pas me limiter à la bientraitance comme annoncé. J’ai juste envie de vous relater de jolies histoires.

 

 

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Accueilli

Publié par 10lunes le 25 décembre 2015 dans Rencontre

 

aComme promis hier, je laisse la place à ma complice Hécate, sage femme et blogueuse à lire ici : « Ma vie en rose »
Et vous trouverez  le premier épisode de l’histoire qu’elle vous raconte aujourd’hui.

 

Trois ans et des quenottes gourmandes grignoteuses des biscuits de la grande boîte qui  trône sur le bureau de la sage-femme.
Un petit visage tout rond, des joues vraiment comme des pommes et un sourire éclatant ce matin.

Tchoutchangpotche le petit réfugié tibétain est devenu grand frère, Papa est venu me prévenir jusque dans les enfers de la consultation : Petite Sœur est arrivée cette nuit. J’ai vu le nom de Maman sur le grand planning, je pensais passer les voir toutes les deux tout à l’heure, mais Papa a été plus rapide.

Tchoutchangpoche plonge la main dans la boite et d’un geste vif pêche deux gâteaux qu’il brandit en riant « Biscuit, biscuit »
Je souris en me disant qu’il devient bien audacieux, ce petit bonhomme gourmand !

Je monte avec Papa et Tchoutchangpotche pour voir Maman et Petite Soeur.
Dans le berceau transparent dort une mini-Tchoutchangpotche .

Tchoutchangpotche s’approche et pose doucement un biscuit à côté de Petite Soeur, puis il se tourne vers moi et déclare doctement « Biscuit mmmmmmmmmmmmmmh »

Papa dit « Tchoutchangpotche biscuit français aime. Merci Madame France »

 

 

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Protégée

Publié par 10lunes le 15 décembre 2015 dans Rencontre, Vie des femmes

 

001 (1)Elle a interrogé son médecin traitant, puis tous les cabinets de gynécologie de sa région. La réponse est chaque fois négative. Une amie lui suggère de contacter une sage-femme.

Au téléphone, l’accueil est chaleureux. Une fois sur place, elle se demande pourtant ce qu’elle fait là, dans cet univers apparaissant centré sur la maternité.
Parce que la maternité, c’est pas du tout, du tout, son truc.

A son presque étonnement, cette première rencontre se passe bien. La discussion est ouverte, ses besoins entendus. Un second rendez vous est programmé quelques jours plus tard.

De petites attentions confortent sa confiance ; un oreiller glissé sous sa tête, un paréo couvrant son bassin. Et surtout les questions régulièrement posées avant chaque étape : Etes vous d’accord pour… ? Est ce que je peux maintenant… ?

Le geste n’est pas très agréable mais il est rapide.
Elle savoure déjà l’idée de ne plus avoir de questions à se poser pendant les cinq années à venir.

C’est alors qu’une nouvelle demande de  la sage-femme la surprend :
– Est ce que vous voulez voir dans un miroir ?

Elle décline la proposition.
Nul besoin de voir les fils, l’essentiel est que ce DIU* si attendu soit enfin en place.

 

*DIU = dispositif intra-utérin = stérilet

 

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Reconnue

Publié par 10lunes le 4 décembre 2015 dans Profession sage-femme, Rencontre

 

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Elle a rendez-vous au CHU, service médecine. Elle connait le service maternité-aile sud pour y avoir traîné ses guêtres lors de diverses journées de formations et autres rencontres professionnelles.
Mais aujourd’hui, c’est en tant que patiente qu’elle monte un peu inquiète dans l’ascenseur-aile nord et appuie sur la touche n°5.

La porte est en train de se refermer, avec une lenteur toute hospitalière, quand une femme vêtue de bleu se précipite en poussant un chariot métallique.
Elle presse le bouton d’ouverture afin de lui laisser le temps de rejoindre la cabine.
Le chariot franchit le seuil, les roulettes tressautent sur le léger décalage de niveau. Cinquante centimètres plus haut, le matériel brinquebale, laissant craindre un effondrement  imminent.
Elle adresse un sourire complice à la dame en bleu.

Vous m’avez préparée pour l’accouchement de mon fils.
La sage-femme hésite, le visage ne lui dit rien.
La femme complète, Vous êtes Lola c’est bien ça ? Je me souviens si bien de vous !
Troisième étage
annonce la voix métallique de l’ascenseur.

La porte s’ouvre, la dame en bleu pousse son chariot vers le couloir et ajoute : Vous ne vous souvenez plus mais c’est normal, ça fait longtemps ; mon fils a 27 ans.

Il lui reste deux étages pour effacer le sourire béat de son visage avant de se présenter au secrétariat du service.

 

 

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Mauvais jours

Publié par 10lunes le 17 janvier 2015 dans Rencontre

 

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Voilà. Comme beaucoup, le ciel m’est tombé sur la tête un mercredi de janvier. Non que j’étais une ardente lectrice de Charlie Hebdo, je le feuilletais rare-ment et leur provoc m’amusait moyen.

Mais comme je l’ai entendu dire lors d’une des émissions qui leur était consacrée, je ne savais pas que je les aimais autant et si je l’avais su, je les aurais aimés plus avant.

J’ai manifesté un samedi pluvieux de province. Dans le cortège, j’ai retrouvé d’anciens militants de la naissance respectée et des parents me désignant du doigt à leurs enfants, c‘est Lola, celle qui s’était occupé de vous quand vous étiez dans le ventre de maman.

La vie a continué. J’ai reçu des femmes, des familles, des couples. La plupart se sont autorisés quelques allusions, gage de connivence dans cette unité inattendue, mais évocations le plus souvent discrètes parce que nous sentions que ça faisait mal à tout le monde.

Et puis, je suis allée chez ces parents que je ne connaissais pas encore. Cette petite fille de quelques jours, le sourire lumineux et fatigué de sa mère. Le récit de la naissance, les questions sur le sommeil et les tétées, l’examen rassurant, la pesée confirmant que la nuit agitée avait bien boosté la courbe de poids.

L’appartement croulait sous les décorations orientales, les étoffes brodées, les coussins. Au mur, des textes en arabe, richement encadrés.

Je suis restée encore un peu, on a parlé de la vie, de leurs projets, de leurs espoirs.

Tout le temps de ma visite, la télé est restée allumée. A l’écran, les obsèques de Charb et les nombreux témoignages de ses amis.

Ce n’était pas un hasard. Ils ont juste baissé un peu le son quand je suis arrivée.
De la connivence encore, de l’unité encore, de la solidarité encore.

De l’espoir encore.

 

Crédit photo

 

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Travail d’équipe (3)

Publié par 10lunes le 10 décembre 2014 dans 9 mois, Rencontre

 

 

a.baa-Two-beautiful-Christmas-ballL’accouchement à domicile est l’option la plus raisonnable. Leur enfant précédent est né à l’issue d’un travail express leur laissant à peine le temps d’arriver à la maternité.
Ils ont depuis déménagé plus loin et plus haut dans la montagne et la naissance est prévue au coeur de l’hiver. Rouler en trombe sur des routes enneigées ne lui apparaît pas une option sécuritaire.

Elle a eu du mal à trouver LA sage-femme, celle qui accepte de la suivre dans ce projet alors que les nuages s’accumulent sur les rebelles osant défier l’obligation d’assurance.

La sage-femme assure son suivi de grossesse mais pas les échographies. Tout naturellement – naïvement ? – la future mère s’adresse alors à l’obstétricien de la maternité pour les trois échographies recommandées.

A cet instant précis, le lecteur s’interroge : Que vient donc faire cette banale histoire d’affrontement obstétricien/sage-femme autour de l’AAD dans un calendrier de l’Avent se voulant joyeux et positif ?

Lors de la première échographie, l’obstétricien assure qu’elle est la candidate idéale pour une naissance à domicile.
Lors de la dernière, il constate que le fœtus est toujours en siège mais souligne qu’il a encore largement le temps de se retourner. Loin de se saisir de ce prétexte pour la dissuader de son projet, il se tient à sa disposition pour tenter une version si le bébé persistait à se présenter tête en haut.
Pour faire bonne mesure, il réaffirme sa disponibilité si un transfert* vers la maternité en cours d’accouchement était nécessaire…
… et lui souhaite une belle naissance à la maison !

 

* en cas de besoin, le secteur est organisé pour un transfert en hélicoptère

PS : oui encore des boules  !

 

 

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