Bonus

Publié par 10lunes le 25 décembre 2014 dans Profession sage-femme, Vie du blog

 

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Pour boucler ce calendrier de 24 cases avec une 25ème, une petite histoire que je n’ai eu quasi qu’à recopier…

– Dis maman, Marie c’est quand même triste, elle a accouché toute seule.
– Mais non, il y avait Joseph, et puis le bœuf et l’âne.
– Non, mais elle avait pas de bonne femme.
– ???
– Mais si, tu sais, pour l’aider à accoucher !
– « Sage-femme  » !!!

 

Merci à tous pour vos encouragements, vos sourires et vos petits mots.
Merci à tous ceux qui m’ont permis de tenir le pari en m’envoyant leur souvenirs tendres et joyeux (s’ils ont envie de se « dénoncer », les commentaires sont ouverts…).

Et peut-être bien que je recommencerai l’année prochaine. Mais vu le sprint effréné assorti de couchers tardifs et levers bien trop matinaux… je vais essayer de prendre de l’avance.
Je déclare donc la boite mail Avent 2015 ouverte !  

 

 

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Coiffé(s) !

Publié par 10lunes le 13 décembre 2014 dans Naissance, Profession sage-femme

 

C’est la nuit de Noël. Comme tous les jours et toutes les nuits, il y a une équipe de garde. 
Ce soir là, chacun s’emploie à préserver l’atmosphère joyeuse des fêtes de fin d’année.
Coté « soignées », un petit effort de la cuisine qui propose un plateau repas amélioré et la traditionnelle part de bûche ornée d’un champignon meringué.  La sage-femme a mis un joli bonnet de père Noël pour faire la tournée des chambres ; ça fait sourire les mamans et ça ravit les aînés qui ont eu le droit de rester un peu plus tard.

Coté soignants, chacun a amené un petit extra à partager. La table est dressée, et comme la garde est calme pour le moment, on picore et grignote gaiement.

Et puis le carillon de l’entrée…  La femme est en pleine contraction, courbée sur son homme, les jambes fléchies. Pas question de lui proposer de marcher jusqu’à l’ascenseur conduisant aux salles de naissance. Le fauteuil roulant s’impose.
Elle s’y installe péniblement entre deux contractions, murmure que ça pousse déjà…

Accélération du fauteuil, deux étages à monter avec cet ascenseur qui s’obstine à hoqueter avant d’ouvrir ses portes, vite la salle de naissance, vite la dame qui se relève et s’appuie sur le lit.

Le « ça pousse » n’a plus rien de murmuré, la naissance est proche.

Chacun s’affaire et pare au plus urgent ; l’une aide la femme, toujours debout, à se déshabiller, l’autre sort un plateau d’accouchement. La sage-femme enfile des gants, à peine le temps de les faire claquer sur ses poignets que la poche des eaux se rompt ; le nouveau-né glisse dans ses mains.

Après le tourbillon, le calme. La mère s’allonge, son tout-petit blotti contre elle, les parents découvrent leur nouveau-né, l’auxiliaire le sèche et le recouvre d’une serviette chaude. Puis l’équipe se retire quelques minutes pour laisser un peu d’intimité à cette nouvelle famille.

C’est en sortant de la salle que la sage-femme réalise qu’elle a toujours son bonnet sur la tête.

 

 

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Travail d’équipe (1)

Publié par 10lunes le 8 décembre 2014 dans Naissance, Profession sage-femme

 

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C’est une petite maternité comme il n’en existe presque plus… Une maternité qui vit au rythme moyen d’une naissance par jour. Une seule sage-femme est présente pour assurer tout le service, en salle de naissance et suites de couche.

La nature étant nulle en statistiques, il y a des journées sans nouveau-né et d’autres qui en voient naître plusieurs.

Ce jour là, non seulement deux accouchements sont en cours mais ils sont quasi simultanés.
La sage-femme n’a pas le don d’ubiquité. Elle sait que lorsque l’une des femmes accouchera, l’autre restera seule. Inconcevable ! Elle appelle l’obsté-tricien de garde pour qu’il vienne l’assister.

Elle s’affaire dans la salle où la naissance s’annonce imminente pendant qu’il rejoint l’autre future mère.
Rapidement, les pleurs du tout-petit résonnent dans le service puis ils s’apaisent une fois l’enfant blotti contre le sein maternel. La sage-femme attend patiemment le placenta quand la porte s’ouvre.
C’est l’obstétricien :
Je vais m’occuper de la délivrance, retourne dans l’autre salle. 

Cet échange pourrait paraître abrupt.
Mais en filigrane, il y a la conscience de l’obstétricien d’être moins compétent que la sage-femme pour un accouchement physiologique.

 

NB militant : la Grande Bretagne encourage l’accouchement à domicile ou en maison de naissance (et donc avec une sage-femme) pour les femmes dites à bas-risques

 

 

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Présences

Publié par 10lunes le 17 novembre 2014 dans Blessures, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

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Elles occupent mes pensées, se rappellent à chaque instant, nourrissent mon insomnie, me réveillent trop tôt… Je tente des diversions mais elles sont là, toujours. 

Elles, ”mes patientes”
m’envahissent 
à leur corps défendant.

L’une attend un verdict avec inquiétude, l’autre requiert tout mon soutien, la troisième multiplie les symptômes, la dernière vit un premier trimestre explosif.

Toutes ont une histoire singulière que nous partageons depuis longtemps. Bien plus longtemps que leurs quelques semaines de gestation. Toutes ont souhaité m’informer très tôt de leur grossesse, qu’elle soit inespérée, imprévue ou simplement attendue.

Alors, plus encore que d’habitude, je voudrais pouvoir rassurer, apaiser…
Mais je ne peux rien.

Dame médecine est  indisponible.
Mes correspondants sont débordés, les maternités surchargées, les délais de réponse s’étirent.

Elles, elles comptent sur moi.
J’appelle, rappelle, erre d’accueils en secrétariats. Je feinte, élabore des stratégies qui se voudraient subtiles, déroule les examens complémentaires pour tenter d’appuyer mes demandes, harcèle mes amis et connaissances pour voir s’entrebâiller  les portes…
En attendant, je suis présente, autant qu’elles le souhaitent.

Les jours et les semaines passent. Dame médecine finit par faire son job. La vie aussi. Les résultats rassurent, la peine s’apaise un peu, le premier trimestre devient un second.   

Mes épaules sont plus légères.
Pour combien de temps ?

 


PS :  J’hésite à renouveler le défi du calendrier de l’Avent (cf décembre 2012) mais mon stock d’anecdotes tendres ou joyeuses a été bien entamé. Si vous avez quelque chose à me transmettre pour nourrir ces 24 billets… 10lunes@gmail.com

 

 

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Incoming!!!!!

Après un échange sur son projet de mémoire avec une étudiante passionnée et passionnante, je lui prédis un brillant parcours. La petite phrase d’une de ses enseignantes vient doucher mon enthousiasme : « Elle a raté son évaluation « .

Devant mon étonnement, ma collègue complète : « Elle a fait un interrogatoire parfait, elle n’a rien oublié, été très pertinente dans ses questions mais…. elle n’a pas regardé la dame une seule fois ».

C’est à cette anecdote que je repense ce soir-là en rédigeant les courriers pour les maternités résumant le suivi de grossesse de « mes patientes ».

Et je me maudis !

Parce que je crois que je les regarde les dames, je crois aussi poser les bonnes questions. J’oublie « juste » de noter les réponses !

Oh, l’essentiel  y est. Le cancer du sein d’une grand-mère qui l’a fait embrayer sur sa propre inquiétude et l’idée de faire une mammographie de contrôle à 28 ans !
Ou ce diabète paternel de type 2. Même que j’ai failli le rater parce qu’elle a affirmé « Non, y a pas de diabétique dans ma famille «  et que je ne sais même pas ce qui m’a fait accrocher et reposer ma question autrement, pour entendre alors « Ben oui, y a mon père parce qu’il est gros mais ça compte pas ».

J’ai inscrit le harcèlement moral au boulot, celui qui m’a fait contacter médecin du travail et généraliste pour obtenir l’arrêt indispensable.
J’ai bien noté la fausse couche à trois semaines de grossesse, soit une semaine de retard de règles, parce que je sentais que pour cette femme là, cet accident ultra précoce avait du sens.

Je retrouve aussi l’ex petit ami  violent, la pilule oubliée ou l’accouchement difficile de la grande-sœur…

Mais je me suis perdue dans les récits de naissance de cette multipare en me focalisant sur l’orthographe complexe de prénoms inconnus aux sonorités chantantes. Les modalités d’accouchement ? Bonnes, je le sais ; mais c’est un peu  court pour un courrier médical. Que vais-je transmettre sur le terme précis, l’état du périnée ou le poids de l’enfant ?
J’ai bien noté « rubéole positive » lors d’une grossesse précédente mais j’ai omis de faire une copie du résultat.

De la même façon, mes dossiers de rééducation collectent bien plus de notes sur le ressenti des femmes que de signes cabalistiques sur les exercices réalisés et les progrès constatés.
Je n’omets jamais de coter l’EVA lors de la pose d’un dispositif intra-utérin, mais il m’arrive de plonger dans ma corbeille à papier pour en extirper l’emballage et noter le numéro du  lot.
Je vérifie la tension mais, si elle est normale, j’oublie parfois de la transcrire parce que la priorité est à la femme assise en face de moi qui soudain livre quelque chose de sa vie méritant qu’on soit totalement à son écoute.

En début d’année, une formation était proposée par un assureur sur les aléas du médico-légal. Le résumé tient en un mot : TRACABILITE*(il ne suffit pas d’avoir bien fait, il faut aussi pouvoir en apporter la preuve). A l’issue de cette présentation, j’avais conclu que j’avais le choix entre bien me protéger et bien travailler…

Je pense passer aux dossiers informatisés en espérant que cela m’aide à cadrer mes notes, me fasse gagner du temps dans leur écriture. Mais si je sais un peu griffonner sans regarder ma feuille, je ne sais pas remplir un menu déroulant sans regarder l’écran.

Aussi, je me demande combien de petits signes, expressions, hochements et autres crispations je vais rater en cochant bien les cases.
Et combien de phrases en devenir resteront tues parce que je n’ai pas accompagné d’un regard attentif la profonde inspiration qui les inaugurait.

Mais mon assureur sera content.

 

 *Cette même traçabilité qui, selon la MACSF, imposerait un monitoring continu pendant l’accouchement

 

 

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You pas pi

Publié par 10lunes le 25 septembre 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Hier la Haute Autorité de Santé a publié sur son site le cahier des charges relatif à l’expérimentation des maisons de naissance.
Pas de réjouissances hâtives !

De nombreux points restent à régler, en particulier ces « détails » que sont le statut juridique et le financement de ces futurs sites.
Le cahier des charges apporte aussi quelques mauvaises surprises, ajouts de dernière minute non validés par le groupe de travail…
On est donc loin du consensus joyeux et d’un démarrage en fanfare des expérimentations.

Apres 16 années de lutte, nous en sommes encore au début d’une potentielle expérimentation, très encadrée, limitée dans son nombre de sites (liste définie par le ministère de la Santé) et sa durée (5 ans).
Nombre de questions restent à régler, et cela dans un temps limité puisque la fenêtre pour lancer l’expérimentation se refermera en décembre 2015.

Souvenons nous aussi que la contiguïté à une maternité a été imposée aux projets pour pouvoir envisager un transfert immédiat, peut-être bien plus immédiat que dans certaines maternités où chambres d’hospitalisation, salles de naissance et bloc opératoire se retrouvent, du fait de l’ancienneté des bâtiments, à distance les uns des autres…

Cette obligation -qui exclut de fait plusieurs projets – n’est pourtant pas suffisante aux yeux de nos décidément toujours grands amis du SYNGOF.

Et s’il fallait vous convaincre de ne pas sauter trop vite de joie, je vous invite à lire cette copie du courrier qu’ils ont adressé à la HAS, copie publiée page 32 du rapport d’élaboration.

 

 

 

 

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L’arbre et le fruit *

Publié par 10lunes le 23 septembre 2014 dans Naissance, Profession sage-femme

 

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Dans le jardin, un figuier donne chaque année de nombreux fruits juteux et sucrés que nous partageons volontiers avec les oiseaux. Cet été, point de partage : une nuée d’étourneaux s’abat régulièrement sur l’arbre, dans un vacarme de piaillements disharmonieux.

Les oiseaux sont fins gourmets… aucune figue mure ne leur résiste ; ils ne nous laissent que les fruits verts.
Frustrant.
Nous avons tenté l’intimidation, s’approcher de l’arbre en claquant des mains. Mais la nuée s’envole pour se rabattre aussitôt. Un voisin a suggéré la carabine à plomb, un autre la fronde, un autre un grand filet… Trop de dégâts ou trop d’efforts.
Nous nous sommes résignés à passer une année sans figue.

Pourtant, depuis quelques jours, nous avons droit aux  fruits murs. Les étourneaux sont toujours là, mais moins nombreux, moins envahissants… Une buse veille ! Peut-être même a-t-elle fait quelques victimes dans la nuée.
Dame nature a restauré l’équilibre.


Je tente ici une parabole hasardeuse, fruit (hahaha) de la dégustation simultanée d’une figue juteuse et du billet d’une chouette consœur.

Nous savons depuis fort longtemps que plusieurs hormones président au déroulement de la naissance à travers de subtiles dosages « auto-gérés ».
Et à trop intervenir…

En situation de famine, j’aurais campé sous l’arbre, chassé les étourneaux aux cailloux, à la fronde ou au fusil et surement même, je les aurais mangés avec mes figues.
De même, lors d’un accouchement, en situation d’urgence, nos interventions ne se discutent pas. Le déséquilibre peut être tel qu’il faille absolument agir pour permettre à mère et enfant de rester en bonne santé.

Mais le risque est-il si présent lors des naissances que nos interventions deviennent la norme et non l’exception ? Combien de fois la famine nous menace-t-elle vraiment ?
Ce qui dirige nos actes n’est plus la crainte de mourir de faim, mais l’habitude des saisons, la nécessité de faire des confitures quand nous en avons le temps voire notre satisfaction à démontrer que nous dominons les étourneaux…

Parfois on claque gentiment dans nos mains, ça ne sert pas à grand-chose mais ça nous rassure ; on laisse le monitoring en permanence pour ne pas sortir dans le jardin toutes les deux minutes. On parle, on examine, on bruisse… ça tient la buse à l’écart et ça perturbe un équilibre naturel toujours précaire.

Et parfois on tire au fusil avant même de savoir si les fruits sont murs.

 

* Titre honteusement emprunté à Jacques GELIS « L’arbre et le fruit: la naissance dans l’Occident moderne, XVIe-XIXe siècle » publié en 1984 chez Fayard

 

 

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Court circuit

Publié par 10lunes le 16 septembre 2014 dans 9 mois, Pffffff, Profession sage-femme

 

Samedi 13h30. Je viens de brancher le répondeur donnant les coordonnées de l’astreinte quand le téléphone sonne. J’hésite deux secondes, lâchement… parce qu’à cette heure-là, peu de chance que ce soit une banale prise de rendez-vous. 
Ma mauvaise conscience a vite fait de trancher ; je décroche. J’entends les mots d’une femme inquiète. Enceinte de sept mois, elle vient de recevoir une grosse décharge électrique. Comme elle est suivie par ma collègue, son premier réflexe a été de nous appeler.

Le risque électrique, j’y connais rien.

Je l’interroge rapidement. Elle sent son enfant bouger, pas de douleurs, pas de contractions, rien ne lui parait anormal. Je tente de la rassurer mais lui demande aussi d’appeler le 15 parce qu’eux seront en mesure de lui répondre précisément.

Mon ignorance m’irrite. Je cherche des infos sur le net, demande l’avis d’autres praticiens (vive les réseaux sociaux). Leurs réponses sont multiples, divergentes, pas forcément rassurantes. Je rappelle la jeune femme pour vérifier qu’elle a bien contacté le 15. Sur leurs conseils, elle est en route pour la maison médicale de garde.
Ma bonne conscience s’en réjouit.

Dès l’ouverture du cabinet, elle rappelle. Elle ne sent pas très bien. La consultation du samedi lui a semblé rapide et son inquiétude persiste. 
Je lui propose de passer faire le point. Coté obstétrical, tout va bien. Mais elle se plaint de divers symptômes et douleurs que je ne sais expliquer. Faut-il les attribuer à l’incident ? Au contre-coup du stress subi ? Je contacte son médecin traitant qui prend le temps de réfléchir avec moi et conclut qu’il ne sait pas trop non plus. Faute de certitudes, il me conseille d’appeler les urgences pour avoir un avis.
Comme le 15 a déjà été appelé, j’opte pour les urgences obstétricales du CHU qui me semblent plus à même de prendre en compte sa grossesse.

Je me présente, demande à qui je parle… une sage-femme est-il sèchement répondu à ma question répétée deux fois parce qu’ostensiblement ignorée.

J’explique la situation. De profonds soupirs soulignent la lassitude de l’autre côté du fil.
A la fin de mon bref exposé, mon interlocutrice lance un laconique :

– Et alors ?
Je tente de résumer ce que j’ai déjà dit. Mon incompétence en choc électrique et mon souhait, appuyé par son médecin traitant, que quelqu’un de plus expérimenté puisse donner un avis.
– Mais y a rien de grave là… si elle avait de la tension faudrait nous l’envoyer mais là …

Mes correspondants des réseaux sociaux, médecins généralistes, urgentistes, anesthésistes, avaient envisagé entre autres options la réalisation d’un ECG voire la possibilité d’une hospitalisation. Bien sur, leurs réponses concernaient les suites immédiates de l’incident mais …
Comme je doute d’être tombée sur une sage-femme exceptionnellement calée en gestion de choc électrique, j’insiste encore.
Elle semble céder
– Vous voulez un avis de l’interne ?
– Oui. 
Je souhaite que ma patiente soit reçue et examinée et espère en convaincre l’interne.
Mon soulagement sera bref

– Il est à côté, il est d’accord avec moi.

Et elle a raccroché.

 

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Si vous avez vu la jolie affiche placardée quelque part, venez le dire ici. A vos commentaires (que j’espère nombreux pour le coup ; suis une incorrigible optimiste !!)

 

 

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A l’affiche

Publié par 10lunes le 8 septembre 2014 dans Militer, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

Scène 1 – Cabinet médicalcinema (1)
Plan large : Une femme est accueillie par la sage-femme
Voix off  : Sa vie a dérapé il y a quelques années. Cette sensation bizarre, un matin, en savonnant son sein, l’appel au médecin juste pour se rassurer.
Plus rien ensuite n’a été rassurant. Elle a mené une longue et difficile bataille et le crabe a fini par lâcher. Le temps est passé, rythmé par les contrôles. La vie a repris doucement son cours, et un jour, elle a eu le droit d’envisager une grossesse.

Gros plan sur la femme : ventre plat, rien ne laisse encore deviner qu’elle est enceinte
Voix off
Alors cette grossesse elle a envie de la vivre sereinement, du côté de la santé et de la confiance. C’est pour ça qu’elle est là ; elle veut voir une sage-femme parce qu’elle pense qu’ensemble elles seront du bon côté.

Contre champ sur la sage-femme
Je comprends vos attentes et serai toujours disponible pour vous accompagner. Mais, selon les critères de la HAS je dois vous ré-orienter vers votre gynécologue. C’est avec ce spécialiste que vous déciderez des modalités de votre suivi.

Gros plan sur le visage de la femme enceinte. Large sourire.
J’en ai déjà parlé avec lui. Il comprend très bien mes attentes et est d’accord pour que vous me suiviez. Il m’a donné un courrier pour vous.

Scène 2 Même cabinet
Plan serré – bande son musicale : La jeune mère berce son nouveau-né. Elle parle, sourit largement, parle encore et encore et éclate de rire.


Ce n’est pas une fiction. J’ai suivi la grossesse de cette femme en partenariat avec son gynécologue et son médecin traitant et notre trio d’équilibristes l’a aidée à vivre une maternité sereine. Elle a pu se recentrer sur l’attente de son enfant, sur son corps porteur de vie, sur la promesse d’un avenir, sur tout ce dont la maladie l’avait privée pendant plusieurs années.
Notre partenariat lui a été précieux.

C’est à cette organisation des soins que je crois, celle où le « patient » réfléchit au parcours qui lui convient le mieux avec des soignants fédérés autour de lui et attentif à ses besoins.
Mais pour réfléchir, il faut être in-for-mé !

Dans le cadre du suivi de grossesse ou du suivi gynécologique, la France n’a longtemps connu qu’un seul dogme : c’est du ressort du gynécologue.
Pourtant 
trois professions peuvent assurer ces suivis, avec des compétences différentes et des niveaux d’intervention qui le sont aussi. J’ai nommé – par ordre alphabétique – gynécologue, médecin généraliste, sage-femme.
A chaque femme de choisir vers qui elle souhaite se tourner.
A nous professionnels de savoir collaborer.

Ce partenariat confiant et respectueux entre tous les praticiens apparaît parfois comme une utopie. Alors quand plusieurs d’entre eux mettent leur énergie au service du choix éclairé, j’applaudis de toutes mes mains et me dis que l’utopie est à notre portée.

 

BANDE ANNONCE

Sur une idée originale de Docteur Gécé, brillamment illustrée par Gelule, avec le soutien actif de Farfadoc, j’ai le grand plaisir de vous présenter cette affiche téléchargeable en haute définition.

 

 

affiche-gc3a9lule-entier1
 

Y a plus qu’à ! Imprimez là ! Diffusez là !

Et courrez lire les billets de Docteur GécéFarfadoc et Gelule !

 

NB : si vous voulez un A3 avec votre imprimante A4, Docteur Gécé a pensé à tout et vous propose de la tirer en deux parties : haut  bas

 

 

 

 

 

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Circulez

Publié par 10lunes le 27 juin 2014 dans Après, Militer, Profession sage-femme

 

balais

Tous les médias en parlent. Pour faire des économies, l’assurance maladie dégaine une nouvelle arme, le raccourcissement des durées de séjour en maternité.

Sauf que …

Les séjours plus courts, c’est déjà la réalité. Fermetures d’établissements obligent, le nombre de lits est en diminution constante. 32018 lits de maternité en 1975, 17686 en 2007. D’autres ont disparu depuis. Actuellement, Les Lilas, Orthez, Royan… sont menacés. Les maternités restantes absorbent difficilement les accouchements, encore plus difficilement les séjours.
Partout, on cherche  – chasse – la patiente de bonne volonté qui accepte de sortir plus tôt que prévu pour libérer une place… Et dans le CHU voisin, les lits sont doublés dans des chambres prévues pour un seul hébergement..

Il y a quatre ans, la sécurité sociale lançait l’expérimentation Prado. Je dénonçais à l’époque une « nouvelle organisation » à type d’usine à gaz alors que tous les outils nécessaires existaient déjà pour assurer le suivi des familles lors de leur retour à domicile. Personne n’était dupe… A terme, les durées de séjour allaient raccourcir et la sécu l’anticipait. La main sur le cœur, nos interlocuteurs de l’assurance maladie juraient qu’il n’en était rien.
Nous y sommes…

Je n’ai rien contre la sortie précoce, voire ultra-précoce quand elle est choisie. Certaines femmes souhaitent un accouchement ambulatoire, d’autres préfèrent carrément éviter l’étape maternité et faire naître leur enfant à la maison. Cette mesure pourtant économique n’est pas encore encouragée par notre chère sécu…

Mais raccourcir les durées de séjour, ce n’est pas proposer une sortie à la carte, en fonction des besoins de chacun, c’est imposer aux femmes de partir au plus vite, quelles que soient leurs conditions de vie, de logement et le soutien dont elles disposent chez elles… .
Je n’évoque même pas ici l’inhumanité de certaines situations. La visite de la sage-femme, aussi attentive soit-elle, se centre sur la santé et le bien-être de la mère et de l’enfant. Elle ne prépare pas les repas, ne fait pas la lessive, n’emmène pas les aînés à l’école et ne remplit pas le frigo. Quid du repos nécessaire pour les femmes peu entourées ? Prévoir une aide natale, sur le modèle hollandais serait une mesure peu coûteuse et bienvenue… ce n’est pas à l’ordre du jour.

Enfin, les maternités ont déjà le plus grand mal à boucler leur budget. Raccourcir officiellement la durée de séjour, ça ne signifie concrètement qu’une seule chose : diminuer la tarification correspondant au séjour post-accouchement. Le peu que chaque service « grattait » avec des sorties un peu plus rapides va donc être reperdu.
Les économies, il faudra les faire ailleurs, dans les services, en réduisant le nombre de postes.

Et là, ce sont encore une fois les femmes qui en payeront le prix. Etre bien accompagnée suppose que l’équipe soit disponible, donc en effectif suffisant.

Une équipe surmenée, c’est moins d’écoute, moins de réassurance, plus de symptômes*, donc plus de consultations, de bilans, de prescriptions, de péridurale, de perfusion, d’hormones de synthèse, voire d’hémorragie, de traitements lourds…

Elle est où l’économie ?

 

 

*Extrait de ce rapport « On notera que les sages-femmes sont moins prescriptrices, du fait de consultations plus longues et mettant l’accent sur le conseil et la prévention au-delà de l’acte médical ».

 

 

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