Se brouiller, se débrouiller …

Publié par 10lunes le 28 décembre 2017 dans Médias, Pffffff, Profession sage-femme

 

Je m’apprêtais à passer quelques jours de repos « post Avent » bien mérités mais un début d’agitation médiatique vient me tirer de ma torpeur. La France manque de gynécologues et la santé des femmes serait en danger. « Entre 2007 et 2017, le nombre de ces spécialistes a chuté de 41,6 % à 1 136 et il pourrait tomber à 531 en 2025. Face à cette pénurie, des femmes renoncent à se soigner« .

Ce chiffre de 1136 est apparemment indiqué par l’Ordre des médecins ; pourtant, en 2017, la Dress recense 2978 gynécologues médicaux et 4869 gynéco-obstétriciens. Mais ce qui est rare est cher ! La pénurie annoncée permet de « justifier » les dépassements d’honoraires de ces spécialistes évoqués dans ce second article du Monde.
Mais comme il serait malvenu de s’y arrêter, nos amis du SYNGOF s’empressent de souligner « le premier problème de la profession ne se situe pas là, mais dans « la difficulté à trouver un gynécologue ».

Bertrand de Rochambeau, président du SYNGOF enfonce le clou sur France Info « Ni les médecins généralistes, ni les sages-femmes ne sont suffisamment formés pour assurer le suivi gynécologique des patientes » et plus loin« Si les femmes ne réclament pas des gynécologues, elles devront se débrouiller avec les généralistes et les sages-femmes ».
Situation également évoquée par le Monde où les journalistes écrivent« Certains gynécologues médicaux semblent aujourd’hui se résigner (c’est moi qui souligne…) à un passage de relais aux sages-femmes libérales » en interrogeant leur formation « Elles arrivent sur le marché sans être suffisamment formées en gynécologie, met en garde Anne Gompel, de l’université Paris-Descartes. »

Ces polémiques récurrentes sont lassantes*.
Rappelons ici que la formation des sages-femmes comprend 190 heures dédiées à la gynécologie, la contraception et aux violences faites aux femmes et 8 à 14 ECTS (soit 90 à 420 heures) de stage pratique.
Rappelons surtout que les sages-femmes ne souhaitent pas remplacer les gynécologues médicaux mais travailler avec eux. Une meilleure répartition des actes de prévention et de dépistage permet justement de libérer du temps de spécialistes pour traiter les pathologies. Mener une consultation de contraception sur le mode « BERCER », réaliser un frottis en prenant le temps de déstresser une dame pleine d’appréhension, poser « tranquillement » un implant ou un DIU, évoquer les questions de sexualité, dépister les infections sexuellement transmissibles, interroger les possibles violences… c’est à la fois essentiel et chronophage. C’est aussi autant de temps libéré au spécialiste pour le traitement d’une infertilité, d’une endométriose (suspectée grâce à un interrogatoire attentif) ou de toute autre pathologie gynécologique.

Heureusement certains gynécologues savent travailler de concert avec les sages-femmes.
D’autres… toujours pas.

 

 * testez une recherche sur le blog avec le mot clef SYNGOF…

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Edit du 29/12/2017 : extrait du rapport de la Cour des comptes « L’avenir de l’assurance maladie » – novembre 2017 (p 50)

En revanche, dans la filière périnatale, malgré l’élargissement progressif des missions des sages-femmes aux termes de plusieurs lois, la prise en charge n’a pas été structurée selon une logique graduée de substitution et de complémentarité des différentes catégories de professionnels : gynécologues obstétriciens, gynécologues médicaux et sages-femmes. La bonne articulation des compétences au sein de cette filière aurait pourtant permis d’obtenir rapidement un meilleur suivi des femmes et des parturientes et des économies significatives pour l’assurance maladie.

La loi du 9 août 2004 a autorisé, en effet, le suivi d’une patiente – de la déclaration de grossesse à l’examen post-natal sous réserve de l’absence de pathologie, celle de 2009 a introduit le suivi gynécologique de prévention et la prescription de la contraception, et la loi de modernisation de notre système de santé leur reconnaît, sous certaines conditions réglementaires, la possibilité de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse et un droit étendu de prescription et de vaccination.
Une consultation par une sage-femme revient à 23 €, alors que celle d’un gynécologue est de 28 € en secteur 1. Les gynécologues sont 62 % à exercer en secteur 2, avec des taux de dépassement des tarifs opposables de 75 % pour les gynécologues obstétriciens et de 99 % pour les gynécologues médicaux.

 

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Heureux métier (07 12 2009)

Publié par 10lunes le 7 décembre 2017 dans Profession sage-femme, Vie des femmes

 

Une collègue de PMI*, au bord de la retraite.

Une jeune femme avenante nous apporte le menu dans le restaurant où nous faisons étape.

Leurs regards se croisent et deux grands sourires illuminent leurs visages. Quelques nouvelles du petit – « déjà trois ans ! » – sont échangées.
Dans la brève conversation arrachée au temps de la commande émergent quelques bribes d’une histoire mêlant grossesse, jeunesse, précarité et isolement.
J’entends le soutien de cette sage-femme, aidant cette jeune mère à trouver l’énergie de sortir d’une impasse annoncée, sans qualification professionnelle, seule avec un enfant .

C’est le coup de chaud dans la salle et la jeune serveuse doit reprendre son service au pas de course. Mais avant, spontanément, elle claque deux gros baisers sur les joues de « sa » sage-femme.

Qui se retourne vers moi en disant « savoir d’où elle vient et la voir comme ça maintenant, je re-signe tout de suite ! »

Protection maternelle et infantile 

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J’ai hésité, beaucoup. En parler, c’est mettre le livre en avant, entrer dans le jeu de Martin Winckler choisissant avec soin un titre plus que provocateur… (le simple remplacement du « les » par « des » aurait adouci le sentiment de stigmatisation de tout un corps professionnel).

Malgré les premières réponses, modérées, argumentées de « Abigaïl Sittrygsdóttir », Stockholm, Christian Lehmann (et bien d’autres depuis), ce ne sont pas eux qui hantent presse écrite, plateaux télé et studios radio mais bien Martin Winckler, en parfait donneur de leçon.

Le silence semblait une option raisonnable et reposante.
Le mot qui m’a fait basculer vers l’écriture de ce billet est « charmant ». Interviewé sur France 2, Martin Winckler a prononcé cette phrase : Il y a énormément de très bons médecins en France, il y a énormément de gens qui sont tout à fait charmants mais ce qui n’est pas normal, c’est que ce ne soit pas la norme.
Par honnêteté, précisons qu’il a ajouté un peu plus tard : C’est un livre pour les patients, pour qu’ils sachent que quand ils sont maltraités il faut qu’ils se défendent, il faut qu’ils fassent la différence entre les bons médecins qui les soutiennent et les médecins qui les maltraitent.

Mais j’ai bloqué sur ce qualificatif de charmant que je trouvais … condescendant.
Je ne veux pas être charmante et ne me reconnais pas non plus dans son analyse de caste (suis fille d’instit, petite fille de mécano, arrière petite-fille de mineur plus ou moins silicosé j’ai bon ? Vous me direz, je suis sage-femme et non médecin…) Mais surtout je ne reconnais pas dans cette brutalité annoncée le monde des soignants que je fréquente au quotidien.

Bien évidemment, et je l’ai déjà dénoncé ici, je croise -heureusement rarement- la route de connards totaux et connasses totales, tous professionnels de santé confondus. J’entends aussi des histoires de soignants qui se sont montrés maladroits, inattentifs, décalés. Et certaines fois, je me croise moi même, désolée ensuite d’avoir été trop fatiguée, préoccupée, déphasée pour mieux faire.

Récemment, un couple m’a raconté s’être senti malmené par une collègue. Consoeur par ailleurs extrêmement *irritante* parce que JAMAIS, mais vraiment JAMAIS je n’entends de critiques négatives à son égard. Elle est toujours à l’écoute, toujours empathique, elle questionne, explique, prend le temps nécessaire, parvient toujours à une décision conjointe. Dans sa relation aux femmes et aux couples, elle est la perfection incarnée. Pourtant, pour la première fois, des parents expliquaient qu’elle avait voulu les convaincre avec de mauvais mots, plus proches de la menace que de l’argumentaire scientifique étayé…

La perfection n’est pas de ce monde. Nous gardons tous en tête nos jours « sans », en espérant très fort que ces souvenirs nous aident à ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Mais si cette vigilance peut marcher pour soi, elle ne fonctionne pas pour les autres. Tout donneur de leçon généralisatrice invite le camp d’en face à une réaction épidermique : c’est pas moi c’est l’autre.

A l’inverse, partager les moments de grâce, ceux où la relation soignant/soigné a touché à la perfection, nous motive à mieux faire parce que nous avons tous envie de faire partie du club des soignants presque parfaits.

Alors je me remotive pour un avent 2016 sous le signe de la qualité des soins. J’attends vos jolies histoires pour les mettre en mots et raconter le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.
Pour débuter ensemble l’an 2017 avec l’envie de faire mieux !

 

Mode d’emploi : Envoyez les situations vécues sur 10lunesatgmail.com sans vous soucier de la rédaction. Si le thème correspond au programme de cet Avent 2017, je reprends avec mes mots (et ne publie qu’avec votre accord après « réécriture »).
NB : je préfère les histoires plutôt brèves (c’est plus facile) et surtout les histoires reçues tôt !

 

 

 

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Le grand Jacques

Publié par 10lunes le 25 septembre 2016 dans Profession sage-femme

 

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Vous devez cet billet à une fin paresseuse de dimanche réveillée par une émission qui lui était consacrée. Consacrée à qui ? Mais à Brel pardi !

 

38 ans après je me souviens encore.

Il est 9 h, je suis en stage au bloc opératoire. J’aurais préféré une affectation en obstétrique pour me frotter un peu plus à mon futur métier mais ce sera pour plus tard.
Grimpée sur un marchepied, je tente d’observer l’intervention par dessus le champ tendu entre deux potences. Sur ma blouse, une sur-blouse, sur mes chaussures des sur-chaussures, sur mes cheveux une charlotte, et sur mon visage un masque. Le seul élément de l’attirail que je n’ai pas, ce sont des gants. Pas besoin, je n’ai évidemment pas le droit de toucher à quoi que ce soit.

De l’intervention, je ne sais rien sinon qu’elle est abdominale. Qu’est-ce que les hommes en vert observent, extraient, réparent… ? Je n’en sais rien. Le ventre est ouvert, les champs de tissu bleu nuit s’imbibent de sang. Le ballet des mains gantées et des instruments m’est incompréhensible. Les mots qui l’accompagnent tout autant.

Me pencher un peu plus pour tenter de mieux voir et de comprendre.
Me pencher donc, mais sans pouvoir m’accrocher à quoi que ce soit. La position est incertaine, inconfortable. J’ai trop chaud, pas assez dormi, peur de ce que je vais voir…

Ai-je vacillé ? On me rappelle la consigne « Surtout, tu ne touches à RIEN ! » Les mains croisées derrière le dos, je m’oblige à l’immobilisme. Tout mouvement inconséquent pourrait me faire plonger vers le champ opératoire.

Les portes battantes s’ouvrent. Un chirurgien – nom générique pour tout type habillé de vert entrant dans le bloc avec assurance et mains en l’air –  clame : Vous savez pas ? Brel est mort !

Brel, le seul mec que j’aurais vraiment aimé voir sur scène. Interprète magnifique qui a bercé mon adolescence aux cotés de, comme il se doit, Ferré, Ferrat et Brassens.
Je suis perchée sur un tabouret de bloc et Brel est mort.

Le chirurgien a terminé de s’habiller. Il se faufile au premier plan, se penche sur le ventre ouvert : Alors qu’est-ce qu’on a là ?

Le masque m’arrange bien. Je peux renifler- presque – discrètement.

 

 

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La maison qui rend fou

Publié par 10lunes le 2 septembre 2016 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

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Plantons le décor. Chez les professionnels de santé, il y a des soignants prescripteurs et des soignants prescrits. Le plus souvent, les médecins prescrivent certains actes qui sont réalisés par d’autres professionnels, essentiellement infirmiers et kinésithérapeutes.

Dans ce monde bien rangé, il y a une exception… les sages-femmes.

La plupart du temps, nous exerçons en toute autonomie : consultations, préparation à la naissance, suivi à domicile postnatal, frottis, pose de DIU ou d’implant contraceptif.  
Il y a par ailleurs des actes que nous prescrivons pour qu’ils soient réalisés par d’autres soignants, examens de laboratoires, imagerie médicale, soins infirmiers.
Et puis… il y a des actes qui doivent nous être prescrits : la surveillance de grossesse pathologique et la rééducation périnéale.
Je vous entends penser : ça n’a pas l’air si compliqué !

Mais y a des nuances dans les nuances : la surveillance de grossesse pathologique doit être prescrite par un médecin alors qu’une sage-femme peut prescrire la rééducation périnéale ; mais attention… pas toujours.

Il est demandé aux professionnels de santé prescrits de justifier leurs actes en transmettant les ordonnances aux caisses d’assurance maladie.
Quand vous saurez que certains codes de facturation à l’assurance maladie sont commun à plusieurs actes sages-femmes, que par exemple celui qui désigne la surveillance de grossesse pathologique (prescrite) est le même que celui de la première séance de préparation à la naissance (non prescrite)… vous imaginez le joyeux bordel.

Les codes inidentifiables, les actes possiblement auto-prescrits ou pas, les actes que nous réalisons sans prescription mais qui sont prescrits pour d’autres professionnels (vaccins par exemple), tout cela offre de nombreux motifs d’erreur, de quiproquo, d’incompréhension, de réclamations inutiles etc…
(par honnêteté, précisons qu’un système de transmission numérique est en train de se mettre en place et que cela devrait à terme simplifier la vie de tous)

 

Le témoignage que je m’apprête à vous narrer est celui d’une sage-femme qui, très consciencieusement, envoie tous ses justificatifs agrafés aux bordereaux ad hoc, triés par patiente, date, centre de paiement et autres joyeusetés.
Avez-vous  vu ce passage « Des douze travaux d’Astérix » ? (oui, j’ai des références éminemment intellectuelles !)  
C’est immédiatement ce que m’a évoqué le récit de ma collègue.

Tout commence par un mail de sa CPAM l’avertissant que, faute de justificatifs, la caisse lui prélèvera un trop perçu pour tous les actes concernés. Elle a 8 jours pour fournir les documents demandés.
Inquiétude de ma consœur qui avait pourtant tout bien fait comme on lui avait dit de faire.

Elle prend donc son téléphone pour contacter la ligné dédiée.
Après de très nombreuses tentatives couronnées d’insuccès, enfin une interlocutrice !
Et là…

« – Bonjour,  j’ai reçu un mail réclamant des justificatifs mais j’ai déjà envoyé les pièces demandées.
– Oui, c’est normal, on n’a pas eu le temps de traiter le courrier.

Jusque-là, on peut se sentir solidaires de fonctionnaires débordés.
Mais la voix ajoute, sans une once de dérision
– Evidemment, le courrier s’entasse parce qu’on passe notre temps au téléphone à répondre à des gens comme vous qui veulent savoir pourquoi ils ont reçu ce genre de mail !
– C’est assez logique de s’inquiéter quand on nous menace de prélever notre compte en banque non ? Donc si je comprends bien, je ne dois pas tenir compte de votre mail et vous laisser le temps de rattraper le retard de courrier ?
– Bien sûr qu’il faut en tenir compte! Si on vous a demandé des justificatifs, il faut nous les envoyer.

La sage-femme pleine d’un bon sens semblant cruellement manquer à son interlocutrice
– Mais vous allez perdre encore plus de temps à ouvrir des courriers envoyés deux fois.
– Je suis surtout en train de perdre mon temps avec vous à devoir tout vous expliquer !

Sa phrase suivante est un pur chef d’oeuvre de surréalisme administratif
– Rappelez-nous dans 10 jours pour savoir si on a pu traiter votre dossier.
– Si j’ai bien compris, je vous rappelle dans 10 jours pour que vous perdiez votre temps à me répondre et que vous vous n’ayez toujours pas le temps d’ouvrir le courrier … »

 

 

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Addict !

Publié par 10lunes le 5 juillet 2016 dans Profession sage-femme

 

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Cette nuit, j’ai « fait » un accouchement… je peux pas dire j’ai accouché. Il n’y a toujours pas de mot dans la langue française qui permette de différencier celle qui accompagne et celle qui met au monde. Alors j’écris je fais alors que j’ai rien fait.

C’était un peu la panique à la maternité, toutes les salles étaient pleines, l’équipe débordée. Moi j’arrivais du marché  d’à coté avec mes poireaux à 10 euros le kg – un peu cher mais faut bien soutenir les petits producteurs bios.

Mon cabas sous le bras, je passais dire bonjour à une amie en fin de grossesse.
Je l’ai retrouvée en salle de naissance. Elle était en travail, surprise d’en être déjà là, juste accompagnée de sa mère. Un peu dépassée par les événements la mère.

Quand je suis entrée, sa fille avait très envie de pousser… elle était d’ailleurs en train de passer de l’envie à l’action. Pas le temps d’appeler une des sages-femmes de garde, la tête faisait déjà bomber le périnée. Je me suis débarrassée de mon cabas, éparpillant quelques feuilles de blette au passage.

Plus le temps de mettre des gants ; poser une main légère sur une bosse brune et bouclée, chuchoter à la mère : Souffle doucement, il est là ton petit, si tu tends ta main tu vas toucher sa tête. Sentir les cheveux humides sous ma paume, vaguement poisseux (poisseux n’est pas le bon mot, poisseux ça évoque quelque chose de sale, et rien de sale dans ce contact…), l’encourager encore à souffler doucement, craindre que le périnée tendu ne résiste pas à la dernière pression, le voir finalement s’ouvrir sans une déchirure, glisser mes doigts autour du cou, dégager le circulaire qui s’y enroulait, attendre que la mère pousse encore un peu pour passer les épaules, la voir tendre ses bras en criant Mon bébé ! l’aider à remonter l’enfant vers elle en sécurisant le mouvement par une main posée sous les petites fesses, s’émouvoir de son émotion à elle, sentir cette odeur particulière de liquide amniotique envahissant la salle.

Ensuite…
Ensuite je me suis réveillée.
Et l’intensité de ce rêve et de son souvenir me montre combien cette partie de mon métier me manque encore.

Pourtant, j’aime tellement ce que je fais maintenant. J’aime décider de ma façon de travailler sans avoir de compte à rendre à d’autres qu’aux femmes et à moi-même. J’aime disposer du temps qui m’est nécessaire. J’aime ne pas avoir à m’écarteler entre deux demandes (voire bien plus) simultanées. J’aime la complicité se tissant au fil des mois, des semaines, des années. J’aime pouvoir plaisanter, provoquer parfois, parce que nous nous connaissons suffisamment pour qu’elle ne doute pas de ma volonté de l’aider ; qu’elle peut être certaine que mon humour n’est jamais de l’ironie, mon insistance jamais une volonté de contraindre.
J’adore mon métier au quotidien.

Hier, j’ai essuyé une larme en consultation parce que la femme me racontait comment une de ses amies, que j’avais suivie il y a 15 ans et jamais revue depuis * parlait encore avec émotion de SA sage-femme.

En deux mots comme en mille, j’adore ce que je fais et la continuité relationnelle que l’exercice libéral m’offre.
Mais mon rêve me montre que je n’ai pas encore totalement tourné la page.
Cela dit, il m’arrive encore de rêver que je fume,  pourtant ça fait 20 ans que j’ai arrêté !

 

 

*Avant que nous obtenions la compétence en « gynécologie de prévention », la sage-femme disparaissait forcément du paysage une fois les maternités passées.

 


PUB ! Le ministère de la Santé a préparé une campagne de communication sur les sages-femmes. Il n’a par contre pas prévu de gros moyens de diffusion… Mais qu’à cela ne tienne, si chacun la relaye, ça peut, ça va largement circuler ! Je compte sur vous  😉

 

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Et aussi
– des
témoignages de « patientes »
– un
dépliant qui présente tout ce qu’une sage-femme peut et sait faire.

 

 

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Bataille !

Publié par 10lunes le 28 juin 2016 dans Blessures, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Non, je ne me fendrai pas d’un énième billet sur #NosAmisduSyngof. Je dirais même que là ce soir, je n’ai plus du tout envie d’en sourire. L’immensité de leur mépris, leurs approximations  volontaires, leurs accusations sans fondement… Trop c’est trop.

Ce ne sont que les représentants d’une profession et j’ose espérer qu’ils ne représentent qu’eux-même. 
Mais comme ils sont toujours en place, je vais finir par en douter.

Je vous invite à vous faire votre propre opinion en lisant leur dernier torchon communiqué de presse.

A vous de bosser : le débat est ouvert et les commentaires aussi.
Je les espère nombreux, parce que cette bataille d’un autre âge est à la fois dérisoire et déprimante.

 

NB  : ils ont une page facebook aussi, rendue célèbre par leur avant-dernière polémique. Vous aurez peut-être envie de copier là-bas ce que vous écrirez ici…

 

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Infatigables rameurs

Publié par 10lunes le 16 juin 2016 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

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Ca faisait longtemps que je ne vous avais pas causé de … #NosAmisDuSyngof. Mais comme d’hab, il suffit que leur représentant évoque ma profession pour que le clavier me démange.

Dernière saillie en date, ce communiqué de presse en réaction à la parution du décret autorisant les sages-femmes à pratiquer l’IVG médicamenteuse (et la vaccination de l’entou-rage d’un nouveau-né), intitulé : Prescription des arrêts de travail post IVG par les sages-femmes: le Syngof dénonce les risques qu’un tel décret fait peser sur les femmes en entretenant la confusion sur leur suivi médical.

Petite analyse de texte.

« Post IVG ». Le Syngof feint de croire que nos arrêts de travail ne seront donnés qu’a posteriori, histoire de suggérer qu’ils seront fait en cas de complications. Pourquoi cette nuance ?

Parce que #NosAmisDuSyngof avaient, il y a juste deux ans, commis cet article, précisant (après quelques attaques à fleuret non moucheté ) :
IVG médicamenteuse : sous réserve d’une convention avec un plateau technique, dans les mêmes conditions qu’un autre praticien. Du point de vue des gynécologues obstétriciens et des gynécologues médicaux, rien ne s’y oppose.*

Comment s’offusquer alors de la parution du décret sans se déjuger ? D’autant que les exigences de formation et de convention imposées aux sages-femmes par la loi sont exactement les mêmes – bien évidemment ! – que celles concernant les médecins. Le Syngof utilise donc leur habituelle pagaie du risque pour imposer « l’incontournabilité » des médecins.
Incontournables ils le sont, mais en cas de complications, et c’est bien pour cela que chacun, médecin comme sage-femme, signe une convention avec un plateau technique pour un éventuel transfert.

Mais cet arrêt de travail n’est destiné qu’à offrir le temps nécessaire à la réalisation de l’IVG et à ses suites. Rappelons que le Dossier guide précise « Après la prise de misoprostol au cabinet du médecin ** ou au centre, il est préférable d’être accompagnée par la personne de votre choix à domicile. Prévoyez de rester chez vous, confortablement installée. »

Le Syngof aurait-il souhaité que nous ne puissions signer cet arrêt, histoire de faire payer leur outrecuidance aux femmes osant s’adresser à une sage-femme  ?

Comme chaque fois, le $yngof rame et tente de tirer sur les sages-femmes $an$ que ça re$$emble à du corporati$me, en appelant pour cela à la $anté de$ femme$.

Il y a quelques temps, avant la parution des décrets, j’ai « prescrit » une IVG médicamenteuse !

Ils sont arrivés timidement, ont raconté leur galère de pilule qu’on oublie et de préservatif qu’on feint d’oublier aussi…Le retard de règles les a alerté et dès la lecture du test de grossesse, la décision d’IVG était évidente.
Ils ont alors cherché à qui s’adresser ; pas de médecin traitant ni de gynéco car nouvellement arrivés dans la région, pas de rendez-vous rapide possible en centre d’orthogénie. Le médecin consulté au hasard, surement un peu distrait, s’en est débarrassés en les réadressant à une sage-femme.

J’ai un souvenir aigu de cette consultation envahie par les coups de fils passés pour tenter de trouver qui pourrait répondre à leur demande. Même en court-circuitant le secrétariat du centre d’orthogénie pour en appeler directement à « mes relations », l’agenda surchargé leur faisait frôler le délai pour l’IVG médicamenteuse.  J’ai fini par trouver un médecin de ville débordé acceptant de leur délivrer les médicaments. Elle l’a vu deux fois 5 minutes. J’avais prescrit les examens, expliqué la procédure, organisé la prise en charge et puis aussi un peu écouté et rassuré. Je les ai revus ensuite, pour assurer – entre autres « détails » – la pose d’une contraception dite de longue durée.

N’en déplaise au Syngof, le mieux pour les femmes et les couples serait que le recours à l’IVG ne débute pas par une longue errance.



*J’écrivais alors « Curieusement, après une longue liste d’arguments spécieux déniant aux sages-femmes toute autonomie d’exercice, les gynécologues retrouvent soudainement leur pleine confiance dans nos compétences et nous accordent généreusement un nouvel acte, l’IVG. »

** Oui, les sages-femmes ne sont pas citées. Faut pas rêver, ce décret de compétence était prévu depuis la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016.  5 mois, c’est finalement trop court ! Les textes concernant les droits de prescriptions et la cotation des actes prévus par ce décret ne sont toujours pas mis à jour. Alors ne parlons même pas du Dossier guide…

 

 

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Consternation

Publié par 10lunes le 26 mai 2016 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

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Ce matin je me réjouissais d’avoir retrouvé @DocArnica sur twitter  quand soudain…une alerte mail : L’accouchement doit rester un moment intime.

Le genre de titre fourre-tout qui peut dire tout et son contraire.

L’introduction précise que la sage-femme interviewée réagit au récit d’une naissance à domicile. Je m’empresse de chercher l’article, une simple anecdote permettant d’ajouter un peu de joyeuseté dans les pages locales.

Mais cette sage-femme « qui réagit » n’est pas n’importe qui. Elle est présidente d’un Ordre départemental, c’est-à-dire d’une structure censée me représenter, même si le département concerné n’est pas le mien.
Voyons donc qui nous représente en Indre et Loire.

Une sage-femme qui « ne cautionne pas l’accouchement à domicile », au point de le répéter deux fois. La question n’est pas de cautionner ou pas mais de s’appuyer sur une argumentation scientifiquement valide.
Apres avoir indiqué que l’Ordre national cherche à trouver des réponses au problème de l’assurance (et s’être autorisée à affirmer que ce sera sans succès) elle ajoute que l’AAD est dangereux, reprenant à son compte les sempiternels « et si »… On ne fait pas de la médecine avec des si, des hypothèses et des cas particuliers, on E-VA-LUE. Et l’évaluation permet me semble-t-il de « cautionner ».

Au paragraphe suivant (décidément y a pas une ligne qui passe), elle entretient le mythe de l’ambulance dédiée aux Pays-Bas. Les ambulanciers hollandais n’ont bien évidemment rien d’autre à faire que de patienter des heures devant le domicile d’une femme en travail en prévision d’un très éventuel transfert vers une maternité.

On en arrive au chapitre bien-pensance. « Les femmes ont parfois l’impression d’être dépossédées », mais les professionnels les ont en-ten-dues ! Leurs demandes sont d’ailleurs si bien reconnues que ma consoeur envisage un projet de naissance… soyons fous… « pourquoi pas sans péridurale ».

Elle en appelle ensuite à la baignoire et aux ballons en oubliant, comme trop souvent, qu’accompagner une naissance de façon physiologique et respectueuse ne se résume pas à quelques éléments de décor. Avant l’eau et les coussins colorés, cela nécessite une sage-femme bienveillante évidemment, mais surtout disponible… denrée devenue rare au fil des réductions de postes en maternité (la semaine dernière, j’ai revu deux couples en suivi postnatal qui racontaient chacun avoir attendu plus d’une heure – et pas le même jour-  avant d’être accueillis parce que les sages-femmes étaient plus que débordées. L’une des mères a frôlé de très peu l’accouchement en salle d’attente…)

Enfin – et vous me direz que c’est mon petit ego qui est blessé mais oui, il est blessé – je me désespère de voir ma consoeur réduire ma place dans cette « ouverture à des mises au monde plus naturelles » à une « large palette de préparation ».

Parce que la place des sages-femmes libérales – comme de toute autre sage-femme – c’est assurer des consultations, accompagner les grossesses en s’attachant à prévenir avant d’avoir à guérir, écouter, dialoguer, participer à l’émergence d’un projet libéré de tout formatage type Babyboom et consort, aider les femmes et les couples à s’appuyer sur leurs  compétences propres…

Tout sauf se limiter à une palette de techniques, aussi charmantes soient-elles.

Au final, je ne me reconnais dans aucune des paroles énoncées par ma…ahem… « représentante ».

 

 

 

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Pas casser !

Publié par 10lunes le 25 mai 2016 dans Petites phrases, Pffffff, Profession sage-femme

 

Préambule : si vous n’êtes pas sur le réseau qui gazouille, ce billet va vous paraître… lunaire ! Et si vous l’êtes mais abonnés plus spécifiquement à des cueilleurs de champignons ou à des passionnés de land art*, il vous semblera très décalé.
Mais si vous me suivez sur twitter, alors ce billet vous parlera peut-être.

Ce texte très bisounours, je l’ai rédigé en 2014, à l’occasion d’une rencontre entre twittos… Deux ans plus tard, je ne retire pas une ligne de cette quasi déclaration d’amour !
Le publier aujourd’hui, c’est ma façon de réagir à l’actuel #médecinbashing qui menace le réseau solidaire et informel qui s’est construit entre soignants « bienveillants ».

Il ne s’agit pas de cautionner d’éventuels dérapages ; il s’agit simplement de ne pas juger – et encore moins condamner ! – sur un tweet, une saute d’humeur, un trait d’humour… Il s’agit de ne pas en appeler à la justice, fut-elle ordinale, en cas de désaccord.
Il s’agit au final de se montrer intelligent, de savoir débattre plutôt qu’agresser, pour ne pas casser un outil utile aussi à ceux dont nous devons prendre soin.

* aucun rapport avec le billet… juste pour le plaisir et l’apaisement !

 

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