Le diable se cache dans les détails

Publié par 10lunes le 18 juillet 2017 dans Petites phrases, Pffffff

 

Un débat diffusé lundi midi sur France Inter m’a ramenée quelques années en arrière, quand je m’attelais à disséquer ici un livre d’Odile Buisson. Fallait bien ça pour faire sortir le blog de son long silence !

Reconnaissons-le, Mme Buisson a eu le mérite d’accepter la discussion alors que le Pr Nisand président du CNGOF et initialement pressenti s’était fait porter pale, refusant d’en découdre avec Marie-Hélène Lahaye qui l’avait quelque peu étrillé sur son blog.

Si ce n’est déjà fait, je vous invite à écouter cette émission et n’ai pas l’intention d’en faire ici une analyse exhaustive. Le débat était riche et les propos  des intervenants globalement mesurés.

Mesurés oui, mais pas les interventions d’Odile Buisson qui entre autres saillies a répété à deux reprises que l’activité du planning familial se résumait à faire des frottis et poser des stérilets. « Jolie » négation du travail délicat et ciselé de ces structures, motivée par la seule volonté de discréditer Martin Winckler qui s’est fendu d’une belle réponse.

Odile Buisson a ensuite minimisé la maltraitance verbale, la requalifiant en « manque de tact », reprenant ainsi les paroles du Pr Nisand*.

Odile Buisson a enfin évoqué – à juste titre -la souffrance des soignants, déplorant le suicide récent de cinq internes. Mais là encore son intervention était maladroite ; la souffrance des uns ne les dédouanant pas de celle des autres.

Ses interventions apparaissaient malvenues et malhabiles et ne répondaient ni aux questionnements sur les mécanismes des violences, ni à la recherche de solutions.

Mais ce que je veux relever ici, c’est un détail, terriblement significatif du décalage entre le discours audible et ses sous-entendus. Tout au long de l’émission, Odile Buisson s’est appliquée à ne jamais citer le nom de Marie-Hélène Lahaye. Et si elle l’a interpellée, tentant régulièrement de l’interrompre, ce n’était que par son seul prénom.
Dominique Dupagne était le troisième débatteur. Odile Buisson ne lui a jamais coupé la parole, et quand elle l’a cité, elle n’a pas abrégé son identité.
Marie-Hélène Lahaye n’aura pas eu droit à ce traitement.  Aux yeux d’Odile Buisson, elle commet la double faute de ne pas être médecin et d’oser s’opposer à eux.

Paternalisme médical quand tu nous tiens…
Mais personne n’est plus dupe.

 

 

* Je ne résiste pas à souligner la tentative de blanchiment d’une phrase plus que maladroite du Pr Nisand citée dans l’article mais  initialement publiée ici  « Au moment de l’accouchement, tout le sang est drainé vers l’utérus, au détriment du cerveau » reformulée en plus hermétique et magistrale « hémodynamique vasculaire fortement bouleversée » .

 


Pour masquer mon inactivité, quelques vieux billets en réponse
au livre d’Odile Buisson « Sale temps pour les femmes »

Odile nous raconte des histoires 
Odile ne connait pas la nuance 
Odile se contredit
Odile n’aime pas les maisons de naissance 
Odile n’aime pas du tout les sages-femmes 
Odile vend sa soupe

et à celui de Martin Winclkler « Les brutes en blanc »

Un peu de douceur dans un mode de …

 

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J’ai hésité, beaucoup. En parler, c’est mettre le livre en avant, entrer dans le jeu de Martin Winckler choisissant avec soin un titre plus que provocateur… (le simple remplacement du « les » par « des » aurait adouci le sentiment de stigmatisation de tout un corps professionnel).

Malgré les premières réponses, modérées, argumentées de « Abigaïl Sittrygsdóttir », Stockholm, Christian Lehmann (et bien d’autres depuis), ce ne sont pas eux qui hantent presse écrite, plateaux télé et studios radio mais bien Martin Winckler, en parfait donneur de leçon.

Le silence semblait une option raisonnable et reposante.
Le mot qui m’a fait basculer vers l’écriture de ce billet est « charmant ». Interviewé sur France 2, Martin Winckler a prononcé cette phrase : Il y a énormément de très bons médecins en France, il y a énormément de gens qui sont tout à fait charmants mais ce qui n’est pas normal, c’est que ce ne soit pas la norme.
Par honnêteté, précisons qu’il a ajouté un peu plus tard : C’est un livre pour les patients, pour qu’ils sachent que quand ils sont maltraités il faut qu’ils se défendent, il faut qu’ils fassent la différence entre les bons médecins qui les soutiennent et les médecins qui les maltraitent.

Mais j’ai bloqué sur ce qualificatif de charmant que je trouvais … condescendant.
Je ne veux pas être charmante et ne me reconnais pas non plus dans son analyse de caste (suis fille d’instit, petite fille de mécano, arrière petite-fille de mineur plus ou moins silicosé j’ai bon ? Vous me direz, je suis sage-femme et non médecin…) Mais surtout je ne reconnais pas dans cette brutalité annoncée le monde des soignants que je fréquente au quotidien.

Bien évidemment, et je l’ai déjà dénoncé ici, je croise -heureusement rarement- la route de connards totaux et connasses totales, tous professionnels de santé confondus. J’entends aussi des histoires de soignants qui se sont montrés maladroits, inattentifs, décalés. Et certaines fois, je me croise moi même, désolée ensuite d’avoir été trop fatiguée, préoccupée, déphasée pour mieux faire.

Récemment, un couple m’a raconté s’être senti malmené par une collègue. Consoeur par ailleurs extrêmement *irritante* parce que JAMAIS, mais vraiment JAMAIS je n’entends de critiques négatives à son égard. Elle est toujours à l’écoute, toujours empathique, elle questionne, explique, prend le temps nécessaire, parvient toujours à une décision conjointe. Dans sa relation aux femmes et aux couples, elle est la perfection incarnée. Pourtant, pour la première fois, des parents expliquaient qu’elle avait voulu les convaincre avec de mauvais mots, plus proches de la menace que de l’argumentaire scientifique étayé…

La perfection n’est pas de ce monde. Nous gardons tous en tête nos jours « sans », en espérant très fort que ces souvenirs nous aident à ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Mais si cette vigilance peut marcher pour soi, elle ne fonctionne pas pour les autres. Tout donneur de leçon généralisatrice invite le camp d’en face à une réaction épidermique : c’est pas moi c’est l’autre.

A l’inverse, partager les moments de grâce, ceux où la relation soignant/soigné a touché à la perfection, nous motive à mieux faire parce que nous avons tous envie de faire partie du club des soignants presque parfaits.

Alors je me remotive pour un avent 2016 sous le signe de la qualité des soins. J’attends vos jolies histoires pour les mettre en mots et raconter le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.
Pour débuter ensemble l’an 2017 avec l’envie de faire mieux !

 

Mode d’emploi : Envoyez les situations vécues sur 10lunesatgmail.com sans vous soucier de la rédaction. Si le thème correspond au programme de cet Avent 2017, je reprends avec mes mots (et ne publie qu’avec votre accord après « réécriture »).
NB : je préfère les histoires plutôt brèves (c’est plus facile) et surtout les histoires reçues tôt !

 

 

 

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Autothérapie

Publié par 10lunes le 8 septembre 2016 dans Médias, Petites phrases, Pffffff

 

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Hier soir un mail : Je viens de regarder en replay l’émission de la « Maison des maternelles »   : Je veux accoucher sans péridurale. Je te conseille de la regarder si c’est pas déjà fait.

Le temps d’un téléchargement à la lenteur que je qualifierais de majestueuse – on se console comme on peut de la fracture numérique – j’ai pu voir le replay tôt ce matin. Ou comment « bien » débuter une journée.


Il y a une femme, Marie Charlotte, témoignant de ses trois accouchements, le premier sous péridurale, les deux autres sans. Elle avait une parole modulée, ne diabolisant pas l’un, n’idéalisant pas les autres.

Il y a une sage-femme, Barbara Bouhanna, au discours posé, respectueuse des femmes et de leurs choix.

Il y a un obstétricien, Philippe Descamps, chef de service du CHU d’Angers, le propos un poil paternaliste quand il explique la petite aiguille et le petit cathéter, un poil colonialiste quand il évoque son expérience à l’étranger, le silence des asiatiques et les cris des nord-africaines.
Il prévient : Ca vaut ce que ça vaut mais on estime que la douleur d’un accouchement c’est entre la fracture de la jambe et l’amputation du doigt… Malgré tout cela, son discours apparait presque neutre.

Neutre, surtout comparé à celui de l’animatrice, Agathe Lecaron qui, si j’ai bien compris, a eu un enfant récemment, accouchement qui a été, si j’ai bien deviné, très douloureux.
Car cela s’est beaucoup, beaucoup, vraiment beaucoup entendu.

Ca démarre dès la présentation  : C’est bien si on accouche sans péridurale d’accoucher très très vite mais c’est pas le cas pour tout le monde. D’ailleurs : Accoucher sans péridurale, pourquoi ?
Dans les années 80, la péridurale nous a délivré de douleurs atroces, les douleurs atroces de l’accouchement. En France 8 femmes sur 10 bénéficient aujourd’hui de cette anesthésie, dont la majorité d’entre nous d’ailleurs n’imagine même pas pouvoir se passer le jour J.


Sans se soucier de l’évidente contradiction, elle enchaîne :
Pour info, selon un récent sondage diffusé en mars 2016, 44% des femmes se déclarent prêtes à accoucher sans péridurale mais au bout du compte une femme sur deux va changer d’avis – hihiiiiii –ben oui parce quand on commence à avoir mal, c’est pas pareil ! Et pourtant, de plus en plus de futures mamans souhaitent revenir à un accouchement plus naturel, c’est la tendance, plus riche en sensations, quitte à déguster au moment des contractions.

Je souligne que la Maison des maternelles est diffusée en direct mais que cette présentation était écrite et donc préparée…
La suite sera encore
 plus spontanée.

Petit florilège des interventions de la présentatrice lors du débat :
– Accoucher volontairement ou pas sans péridurale, mais pourquoi, mais comment ?

S’adressant à la femme venue témoigner  : Vous, vous êtes allée au bout de votre choix, c’est pas toujours le cas. Il y a 5 ans, vous aviez accouché sous péridurale. La mère en fait un court récit que résume ainsi l’animatrice : Vous, vous étiez confortable, ça s’est très très bien passé, y avait pas de regret après, tout s’est bien passé.

Un peu plus tard
– Puisque c’est si facile d’accoucher avec péridurale, enfin facile, c’est jamais facile d’accoucher mais enfin c’est plus facile d’accoucher avec péridurale au niveau des douleurs, comment on explique qu’il y a encore des femmes qui veulent accoucher sans péridurale dans notre pays ? Faut quand même rappeler que les contractions ça fait un mal de chien, il faut le dire.

D’ailleurs se passer de péri, c’est peut-être pas par choix :
– Ca arrive souvent quand on arrive trop tard à la maternité, c’est-à-dire qu’on a trop attendu, du coup on a plus le temps quoi.

– Mais en même temps, les dernières contractions sont les plus douloureuses quoi, c’est vraiment du travail concret. C’est quand même très dur si on l’a pas à ce moment-là.
– Y a pas à culpabiliser de pas avoir envie d’avoir mal, ça on va quand même pas mal le dire.
– Quand on a cette envie, faut essayer de la tenir jusqu’au bout, après c’est vrai que quand les contractions arrivent et que c’est un premier, on peut pas imaginer ce que ça fait et parfois ça démotive.

Barbara, la sage-femme, souligne qu’une femme a toujours la possibilité de changer d’avis
– Elle est libre, c’est important de le dire ponctue Agathe Lecaron.
Oui faut quand même pas se faire souffrir très longtemps.

Le reportage illustrant le débat vient confirmer le discours pas vraiment subliminal de la présentatrice. La femme qui souhaitait vivre son accouchement sans péridurale change d’avis au bout de neuf heures et met au monde son enfant au bout de 22 heures de travail.
Puisqu’on vous dit que c’est difficile !
Elle accouche sous péridurale donc, mais aussi les jambes calées dans les étriers, et la lumière du scialytique braquée sur son sexe.  

C’est ballot, juste à côté de cette maternité, y a une maison de naissance, j’ai nommé le CALM, avec un environnement et surtout un accompagnement se prêtant réellement à une naissance sans anesthésie.*

J’espère qu’Agathe Lecaron se sent mieux après cette émission exutoire.
Mais je doute que toute autre femme la visionnant résiste au martelage « sans péri, on en bave »…

D’ailleurs, le dernier reportage filme les parents d’un tout jeune bébé.
– Vous avez accouché d’un bébé de 4 kg 820 sans péridurale ! Vous êtes mon idole. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

 


*
 Les couples sont surement peu enthousiasmés par l’idée d’une équipe de tournage venant troubler cette intimité. Cela peut expliquer le choix du reportage

 

 

 

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Pas casser !

Publié par 10lunes le 25 mai 2016 dans Petites phrases, Pffffff, Profession sage-femme

 

Préambule : si vous n’êtes pas sur le réseau qui gazouille, ce billet va vous paraître… lunaire ! Et si vous l’êtes mais abonnés plus spécifiquement à des cueilleurs de champignons ou à des passionnés de land art*, il vous semblera très décalé.
Mais si vous me suivez sur twitter, alors ce billet vous parlera peut-être.

Ce texte très bisounours, je l’ai rédigé en 2014, à l’occasion d’une rencontre entre twittos… Deux ans plus tard, je ne retire pas une ligne de cette quasi déclaration d’amour !
Le publier aujourd’hui, c’est ma façon de réagir à l’actuel #médecinbashing qui menace le réseau solidaire et informel qui s’est construit entre soignants « bienveillants ».

Il ne s’agit pas de cautionner d’éventuels dérapages ; il s’agit simplement de ne pas juger – et encore moins condamner ! – sur un tweet, une saute d’humeur, un trait d’humour… Il s’agit de ne pas en appeler à la justice, fut-elle ordinale, en cas de désaccord.
Il s’agit au final de se montrer intelligent, de savoir débattre plutôt qu’agresser, pour ne pas casser un outil utile aussi à ceux dont nous devons prendre soin.

* aucun rapport avec le billet… juste pour le plaisir et l’apaisement !

 

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Réaliste

Publié par 10lunes le 10 décembre 2015 dans Blessures, Petites phrases

 

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Dans l’histoire de la famille, il y a ce petit garçon devenu grand pour qui tout le monde pronostiquait le pire, au point de conseiller à ses parents une interruption de grossesse.
Il y a aussi ce grand professeur qui a cherché plus loin, s’attachant à mieux décoder les images échographiques -encore bien imprécises à l’époque- en envisageant de possibles diagnostics moins abrupts.

Grâce à lui, ce petit garçon est né, a grandi, est maintenant un adulte en pleine santé et parfaitement intelligent.
« Intelligent » est à souligner, parce que ce sont les images cérébrales qui alertaient l’équipe médicale.

Forcément, elle connait l’histoire, le grand professeur est une icone familiale.
Des années plus tard, les hasards de la vie lui font retrouver le même neurochirurgien dans un amphi. Il projette aux étudiants des images échographiques pour évoquer certains pronostics inquiétants contredits ensuite par la parfaite évolution des enfants. Il s’attache à rabattre la superbe de la médecine, souligne l’étendue de ce que nous ne savons pas encore, rappelle la prudence dont chacun doit faire preuve dans une démarche diagnostique.


Ce qu’il résume dans une phrase :

– Rappelez-vous toujours d’une chose, le génie ou la connerie, ça ne se voit pas à l’échographie !

 

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Exemplaire !

Publié par 10lunes le 25 août 2013 dans Petites phrases

 

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Une boite photo a passé contrat avec la maternité voisine pour démarcher les jeunes parents. Même genre de société que celle évoquée dans cet article* – ou sa cousine germaine – avec les mêmes procédés et la même exploitation de jeunes photographes essayant de gagner leur pain quotidien.

Le jeu est donc d’entrer dans la chambre, en blouse blanche pour mieux se fondre dans le défilé de l’équipe de soin. Cela permet d’éviter que l’accouchée ne réagisse immédiatement. Et voilà quelques précieuses secondes gagnées qui permettent au « démarcheur-photographe » de lancer son discours : souvenirs précieux, moments inoubliables, qualité pro, n’engage à rien, photo gratuite…

Ce jour là, la jeune maman n’est pas une novice. Deux ans plus tôt, à la naissance de son ainé, elle avait accepté la séance photo. Elle garde un souvenir amer de l’assaut mené quelques semaines plus tard par une commerciale aguerrie, lors de la remise du tirage gratuit ; ledit tirage étant celui où son bébé louchait avec application…
Sur les autres, les payants, son tout-petit a belle allure. Défilent devant ses yeux album, calendrier, tapis de souris et autres mugs ornés de la bouille de son nouveau-né. Ca fera plaisir aux grands-mères !
Les tarifs sont prohibitifs, elle s’accroche à son refus. La commerciale insiste, réduit peu à peu ses prétentions. Juste quelques photos alors ? Toujours non.
Vient le temps du chantage affectif : Mais si vous ne les achetez pas, on va tout bruler … Malgré ce que cela lui suggère d’images sinistres, elle résiste encore.
Arrive le dernier argument, le truc qui tue, surtout une jeune mère inondée d’hormones, espérant un monde beau et solidaire pour l’enfant qui vient de naître. Mais ça fait deux heures que je suis là, si je ne vous vends rien, je vais perdre mon job !
Elle est vaincue.

Bien décidée à ne pas répéter son erreur, elle refuse la séance photo avec d’autant plus d’assurance qu’elle ne trouve pas son petit au mieux de sa beauté pour le moment.  Teint carmin, lanugo descendant bas sur le front et les oreilles, yeux encore bouffis ; il ne lui parait pas le plus beau bébé du monde.

Elle décline donc en justifiant son refus par cet argument. 

Le photographe ne se démonte pas… Mais non, il est parfait votre bébé !  Je vais vous montrer une photo de bébé moche dit-il en extirpant de son sac un tirage couleur qu’il brandit triomphalement sous son nez. Vous voyez, celui-ci est vraiment moche, pas comme le votre ! 

Elle termine son récit dans un éclat de rire, regardant tendrement son tout beau nouveau-né lové dans ses bras… Là, je me suis dit, faut vraiment pas que je le laisse faire une photo parce que sinon, ce sera mon bébé qui servira d’exemple !

 

 

*l’article était en accès libre au départ mais il est maintenant réservé aux abonnés  🙁

 

 

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Mal mot

Publié par 10lunes le 27 mai 2013 dans Petites phrases

pregnant

 

Elle est enceinte, elle est heureuse, elle est inquiète.

Heureuse parce que cet enfant était très attendu, inquiète parce que la grossesse précédente s’est terminée sur une échographie annonçant l’arrêt précoce du développement de l’embryon.
Elle n’en avait rien pressenti.

Alors l’absence de règles, le test de grossesse acheté en pharmacie, la tension mammaire persistante, tout ça ne suffit pas à l’apaiser totalement.
De plus, elle n’est pas nauséeuse, ce fréquent malaise si désagréable mais si rassurant.

Il est trop tôt pour pouvoir écouter les battements cardiaques. Cette annonce la déçoit. Elle espère, elle a besoin d’un élément objectif venant lui confirmer, là, tout de suite, que tout va bien.
Je lui propose de l’examiner pour m’assurer du volume utérin.

Comme toujours lors d’un toucher vaginal, je baisse les yeux, attentive à ne pas ajouter à l’intrusion du geste celui du regard. 
Je glisse doucement index et majeur dans son vagin, mon autre main palpe son ventre.
Entre mes deux mains, son utérus, rond et dodu à souhait, parfaitement rassurant, parfaitement conforme à la taille attendue pour l’âge de la grossesse.
J’en suis ravie pour elle.
Et m’exclame joyeusement. « Voilà un utérus gravide ! »

Je lève les yeux vers elle à la fin de ma phrase, surement en quête d’un sourire rassuré. Juste le temps d’apercevoir son regard qui se voile… J’ajoute rapidement « Tout se présente bien », elle sourit enfin.

Elle ne dirait rien de plus et c’est moi qui insiste : « Je vous ai inquiétée ? »
Dans un murmure, elle s’autorise « Oui, dans gravide, j’ai entendu grave ».

J’explique le mot, lui demande d’excuser ce vocabulaire médical parfaitement inapproprié. 
Et me désole en silence de ma stupidité.

 

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Mon poussin !

Publié par 10lunes le 11 décembre 2012 dans Petites phrases

 

3158417292_268a14c8d7_bIls reviennent de la seconde échographie. Comme souvent, la position foetale n’était pas optimale et le praticien peinait à observer / vérifier /mesurer tout ce qui se doit de l’être lors de cet examen.  

Tant peiné qu’il renonce. Reposant sa sonde avec un sourire un peu contraint, il annonce aux parents que décidément non, il ne parvient pas à voir tout ce qu’il doit voir. Il leur propose d’aller faire un petit tour et de revenir dans une heure. En attendant que ce bébé fasse preuve de bonne volonté, il va prendre les patients suivants.

Ce n’est pas tout à fait ainsi que le couple a prévu de passer son après-midi mais quand il faut… Ils vont docilement marcher dans les rues enguirlandées pour revenir à l’heure dite.

Il y a comme une impression de déjà vu quand elle s’installe dans la petite salle quittée un peu plus tôt. Les mêmes gestes pour enlever son manteau, le poser sur la chaise, relever son pull, baisser son pantalon… la même giclée de gel glacé accompagnée de la même annonce rituelle « C’est un peu froid ».

L’échographiste, tout en s’inquiètant de savoir si la promenade a été bonne, s’empare de la sonde, la pose sur le ventre rebondi et s’exclame  » Mais il a pas bougé l’animal ! « 

C’est à ce moment que le père interrompt son récit détaillé pour remarquer ironiquement… « C’est déjà un peu difficile de m’imaginer papa alors que j’arrive même pas à me représenter le bébé mais franchement, le qualificatif d’animal, ça m’aide pas ! ».

 

©Photo 

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Clairvoyance

Publié par 10lunes le 10 décembre 2012 dans Petites phrases

 

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A l’examen du neuvième mois, son médecin lui prédit un accouchement facile et rapide.

Elle le raconte avec un immense sourire lors de la dernière séance de préparation, visiblement rassurée par ce pronostic venant contredire ses expériences passées.

Je souligne prudemment la différence entre un constat clinique favorable lors d’une consultation et la prédiction. Personne n’est en mesure d’annoncer avec précision le déroulement d’une naissance. 

Le jour J, l’accouchement traîne en longueur, suffisamment pour que la sage-femme appelle le médecin de garde. »Heureuse » coïncidence, le médecin est celui rencontré à la dernière consultation. Très gentiment, il s’excuse d’avoir pronostiqué à tort un travail rapide.

Elle, fatiguée, forcément déçue de retrouver la lente progression coutumière à ses accouchements précédents, fâchée d’avoir été trop rassurée, vexée de lui avoir fait confiance, lui lance :
« Lola, elle l’avait bien dit que vous vous trompiez tout le temps ! « 

Ce n’était pas tout à fait ce que j’avais dit…
Mais mes oreilles ont sifflé fort ensuite !

 

©Photo april-mo

 

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Farniente

Publié par 10lunes le 4 mars 2012 dans Petites phrases

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Réunion de professionnels de la périnatalité. Le débat s’oriente sur les protocoles qui s’imposent chaque jour plus aux équipes de maternité.

Plusieurs sages-femmes défendent une prise en charge sur mesure, souhaitant que les dits protocoles ne s’appliquent qu’en cas de pathologie avérée.
Elles soulignent ensuite combien nos prises en charges standardisées nous éloignent des processus physiologiques, se  défient de l’enchainement de nos actes, insistent sur la nécessité de mesurer nos gestes.

Un des obstétriciens présents s’interroge sur la définition de la physiologie.
S’en suit un échange animé. Un accouchement sous péridurale est-il physiologique ? La rupture artificielle de la poche des eaux rentre-t-elle dans la définition ? La perfusion d’ocytocine ? Et le monitoring continu ? Chacune des situations faisant le quotidien des salles d’accouchement est analysée. Sans surprise, la façon dont chacun les classe se révèle à géométrie très variable.

Certaines sages-femmes sont pourtant catégoriques. Le respect de la physiologie passe par l’abstention de toute intervention. Lorsqu’un accouchement évolue normalement, leur fonction relève bien plus l’accompagnement vigilant que des actes. 

Paraissant sincèrement étonné, un des médecins s’écrie «Vous ne posez pas de perfusion, vous ne rompez pas la poche des eaux ? Mais qu’est-ce que vous faites alors ? » …

 

 

 

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