Renommée

Publié par 10lunes le 4 décembre 2016 dans Naissance

 

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Le travail a été long, très long, vraiment très long. Un jour et une nuit de contractions à la maison et encore nombre d’heures à la maternité.

Sans dormir ou si peu, sans manger, et presque sans boire.
Sa fatigue est à la mesure de l’attente.

Il est temps de pousser. Le père s’inquiète. Sa compagne aura-t-elle l’énergie de mettre leur enfant au monde ?
Elle y met toute sa force, il y met tout son soutien.
Aussi, quand leur petite fille se montre enfin, soulagé, il s’écrie : « VICTOIRE ! »

-« C’est un bien joli prénom commente la sage-femme.
Ah mais non ! Elle s’appelle Cassandre » répondent en chœur les deux parents.

Les premières secondes de Cassandre seront bercées par un fou-rire général.

 

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Réconciliées

Publié par 10lunes le 3 décembre 2016 dans Naissance

 

coeur-3

En arrivant à la maternité, le visage de la sage-femme ne lui semble pas inconnu. Quelques minutes plus tard, le doute se confirme, c’est bien celle qui les a accompagnés pour leur premier enfant.

Mauvaise nouvelle, car ils ont le souvenir d’une praticienne directive et anxiogène.

Mais le temps est passé.
Précisément quatre années qui ont permis à la sage-femme de savoir s’appuyer sur les compétences des femmes dont elle prend soin, écouter leurs attentes, s’adapter à leurs besoins.
Elle est devenue mère aussi, et passer de l’autre coté du miroir a fait tomber quelques certitudes.

Elle, elle vient mettre son deuxième enfant au monde. Forte des souvenirs du premier, elle sait ce qu’elle souhaite. Surtout elle a gagné en confiance, bien décidée à suivre les signaux que son corps lui donnera.

Leurs retrouvailles ont une allure de trêve.
Et la paix sera scellée par deux moments clefs :
Celui où la sage-femme l’encourage à s’appuyer sur son ressenti.
Celui où la mère demande à la professionnelle de la guider.

 

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Complices

Publié par 10lunes le 21 décembre 2015 dans Naissance

 

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Pour son premier, la conjonction d’un bébé annoncé gros et sa peur panique de l’expulsion l’ont fait choisir la césarienne.

Pour le second, elle a cheminé. C’est avec confiance qu’elle débute un travail souhaité sans péridurale. Mais le manque de sommeil et l’angoisse de ce qui va advenir la font changer d’avis quand arrive la phase de désespérance si bien nommée.

Le protocole de la maternité fixe une limite stricte pour le recours à l’analgésie ; elle n’est possible que jusqu’à une dilatation de huit centimètres.
Maintenant qu’elle a opté pour une péridurale, elle se tracasse d’avoir atteint la frontière. La sage-femme comprend à demi-mot et « omet » de vérifier la dilatation*. 

L’anesthésiste peine à trouver un espace entre deux contractions. Il s’interrompt régulièrement pour laisser passer les vagues successives et interroge :
Mais on est à quelle dilatation là ?
Cinq centimètres répond la sage-femme.

Ce n’est pas tout à fait un mensonge, c’est la dernière dilatation qu’elle a constaté… deux heures plus tôt.

L’anesthésiste n’est pas dupe :
– C’est bizarre, les contractions sont quand même très intenses et très proches …

La sage-femme bredouille vaguement.
L’anesthésiste n’insiste pas.
Fausse distraction de l’une, feinte crédulité de l’autre… la péri est posée.

La sage-femme propose de faire le point :
Vous êtes à huit centimètres !

Lui reste deux petits centimètres pour dépasser sa peur panique de l’expulsion
Sentir le besoin de se mettre à genou

Et faire naître avec bonheur ce bébé plus que costaud.

 

 

*Contrairement aux habitudes françaises, cette maternité d’Outre-Rhin ne prévoit pas un examen toutes les heures

 

 

 

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Déductive

Publié par 10lunes le 18 décembre 2015 dans Naissance, Vie des femmes

 

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Le début du travail s’est passé dans une chambre confortable et accueillante ; le transfert vers la salle de naissance, s’il annonce la progression de l’accouchement, sonne la fin du nid douillet. La lumière est blafarde et l’univers aseptisé.

La sage-femme ne la quitte pas. Elle la sait en pleine phase de désespérance. Cette phase qui précède la poussée et la sécrétion d’adrénaline qui l’accompagne. Cette phase où toute femme croit se perdre définitivement.
Celle qui fait dire je n’y arriverai pas.


Débordement conjoint de sensations, émotions, fatigue et douleur.
La sage-femme vient de lui annoncer que ça pourrait durer encore…

Elle tonne et gronde.
Soudain sa colère s’articule en mots et les mots forment une phrase.
Elle s’entend rugir :
– MAIS IL VA SORTIR PUTAIN DE SA MERE !!

Puis une autre idée la traverse, une évidence révélée
– Ah mais sa mère…. c’est moi !

 

 

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Touchée

Publié par 10lunes le 16 décembre 2015 dans Naissance, Profession sage-femme

 

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Faut faire une déclaration d’AES (accident d’exposition au sang) lui dit le chef de service.
Cette phrase ne parvient pas à effacer son sourire.

Un peu plus tôt, un enfant est venu au monde,
un peu plus tôt un autre enfant a vu le jour,
un peu plus tôt, leur mère a rompu sa poche des eaux en se levant du ballon,
et juste un peu plus tôt elle était assise sur ce même ballon, soufflant paisiblement à chaque contraction.

Les deux enfants sont nés en quelques minutes.
Tellement vite que l’interne s’est précipité dans la salle pour intervenir avant de remarquer les jumeaux blottis dans les bras maternels.

Tellement vite que la sage-femme n’a pas eu le temps de mettre ses gants.
Elle a accueilli les nouveau-nés à mains nues.

Alors oui, le sourire reste accroché à ses lèvres.

D’autant que le chef de service se fait complice : 
– Quel beau cadeau, n’est-ce pas,  ce toucher peau contre peau, tes mains s’en souviendront pour toi, même quand tu seras gantée.

 

 

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Chantée

Publié par 10lunes le 14 décembre 2015 dans Naissance

 

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Elle arrive sereine à la maternité, tellement sereine que celle qui l’accueille ne la pense pas en travail. Ni la sage-femme ni le couple ne le savent à cet instant mais leur enfant va naître dans deux  petites heures.

Petites, c’est vite dit ! Elle sent la montée en puissance des contractions et s’étonne de leur violence. Le souvenir des naissances précédentes était plus doux.
C’est la sage-femme qui lui donne la clef. Son bébé se présente le nez en l’air, une position qui complique un tantinet la dernière partie de son trajet.

Elle le sait et ça l’angoisse un peu.

Elle laisse sa voix s’élever, comme une vibration l’aidant à laisser passer chaque contraction.
Pour la soutenir, son homme entonne le même chant.
Et la sage-femme accompagne leurs vocalisations communes.

Leurs voix résonnent à l’unisson, au rythme imposé par le travail utérin.
Les sensations se font encore plus fortes, le son encore plus puissant.

Et puis l’enfant naît
et le silence se fait.

Au supposable grand soulagement de l’interne, resté hors de la salle. Lorsque la sage-femme le croise, un peu pâlot, il lui glisse
– Le chant prénatal, ça fait un peu peur quand même…

 

 

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Décompté

Publié par 10lunes le 12 décembre 2015 dans Naissance

 

 

021De génération en génération, les femmes de sa famille accouchent par césarienne.

Alors, même si son accouchement s’étire en longueur, même s’il nécessite toutes les compétences de l’équipe obstétricale, même si le mot patience est multiplement conjugué, elle est heureuse de mettre son enfant au monde sans chirurgie.
Un ultime effort, une dernière poussée et son fils glisse hors de son ventre.

Elle est épuisée mais
 découvre avec bonheur son tout-petit tant attendu.
Elle le serre dans ses bras, le hume, le caresse, l’embrasse.
Et chuchote à l’oreille de l’enfant tout neuf :
– Voilà, ça y est, on est deux !

Seuls au monde
Ou presque

Car une autre voix toussote à ses côtés,
– Enfin trois.
dit le père…

 

 

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Sportif

Publié par 10lunes le 9 décembre 2015 dans Naissance

 

018Ils sont jeunes, aux dernières heures de la grossesse et assez impressionnés par l’équipement de la salle de naissance.

Elle annonce d’emblée sa peur des aiguilles. Le protocole hospitalier oblige à poser une « voie veineuse ». La sage-développe des trésors de patience et parvient à placer le cathéter. Mais pour la jeune femme, vaincre ce premier défi n’est rien, elle redoute bien plus la pose d’une péridurale, mimant dans un geste démesuré l’aiguille censée s’approcher de son dos.

Le travail évolue, lentement, douloureusement. La froideur métallique du décor médical, l’univers inconnu, l’angoisse des moments suivants rendent le travail utérin insupportable.
Alors, au grand soulagement de son compagnon qui ne savait que faire, elle cède.
Va pour la piqûre si elle lui permet de vivre plus sereinement les heures suivantes.

La sage-femme réclame un anesthésiste et se désole de voir arriver le plus taciturne. Elle sait combien la jeune mère aura besoin de paroles et de douceur pour bien vivre la pose de l’analgésie.
Se disant qu’un peu de caressage dans le sens du poil ne sera pas de trop pour dérider le praticien, elle le gratifie d’un :
– Vous étiez attendu comme le Messie !

L’histoire ne dit pas si l’anesthésiste est devenu plus volubile.
Mais le déridage marche très bien sur le futur père, enthousiasmé de se retrouver enfin en terrain connu :  
– Oh vous aussi vous êtes fan du Barça !

 

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Incarné

Publié par 10lunes le 7 décembre 2015 dans Naissance

 

016

L’anesthésie a été posée, son bras gauche est perfusé, son bras droit entouré du brassard à tension. L’équipe attentionnée l’a protégée de la fraîcheur de l’air avec une couverture. Dans la lumière crue du bloc opératoire, un seul acteur manque encore, pourtant indispensable, le chirurgien.

L’attente lui parait longue. Elle imagine les instants à venir, craignant que l’anesthésie ne perde de son efficacité à force de patienter. La porte s’ouvre enfin, laissant passer un homme vêtu de vert, calot sur la tête, mains en l’air. L’infirmière s’affaire à l’habiller stérilement.

L’air se fait plus frais, la couverture a été retirée. Elle observe le ballet qui se réfléchit dans le miroir du scialytique, au dessus de sa tête.
Sa peau vire à l’orange au fur et à mesure des mouvements de la compresse imprégnée d’antiseptique. Les mains s’affairent maintenant à fixer les bandes de papier bleu de part et d’autre de son ventre.
Elle craint la sensation du bistouri et ferme les yeux.

Un bruit d’aspiration.
Elle ne sent toujours rien. Puis ça tire et ça remue, l’espace de quelques secondes.

Des pleurs.
Les mains hissent son enfant au dessus du champ opératoire, enroulé sur lui même, encore en position fœtale.
Le geste s’accompagne des paroles rassurantes du médecin
– Madame, voici votre bébé. Ne vous inquiétez pas, c’est votre sang.

Nimbés de l’intense émotion de la rencontre, les mots prennent un autre sens.
Celui de la filiation.

Elle accueille son enfant dans un presque cri.
– Oui ! C’est mon sang, la chair de ma chair, c’est mon fils !

 

 

 

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Ajusté

Publié par 10lunes le 6 décembre 2015 dans Naissance

 

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Enfin ils accueillent leur bébé, après un accouchement plus long et plus complexe que ce qu’ils avaient l’un et l’autre envisagé. 
La naissance inaugure une suite intense de découvertes, de sensations ; le premier cri du tout-petit, vite apaisé, son odeur, la chaleur humide de son corps. Et puis le premier regard, les mouvements de fouissement, les lèvres se refermant sur le mamelon, les premières succions, étonnamment toniques.

L’auxiliaire de puériculture propose ensuite au père de prendre son enfant. Il le cale sur son épaule, comme il s’est habitué à le faire avec leur aîné et vient doucement plaquer une première main sur le dos de son fils.
De son autre main, il cherche à soutenir son bassin.

Mais ses gestes se sont calibrés sur le plus grand.  Sa paume ne rencontre que le vide.
Lentement, il remonte et remonte encore.
Enfin, sa main vient se poser sous des fesses lui apparaissant minuscules.

 

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