Vocabulaire

Publié par 10lunes le 20 décembre 2017 dans Naissance

 

Comme beaucoup d’autres femmes, elle s’est forgé une vision de l’accouchement à base de fictions mal ficelées, récits dantesques et autres épisodes de baby boom et consort.

Elle s’est projetée dans un imaginaire empli de cris, de larmes et de sueurs, d’équipe débordée et autoritaire. Elle a pensé se tordre sur le lit tout en serrant trop fort la main de son compagnon.
Ce serait, comme on dit, un sale moment à passer.

Mais à son arrivée en maternité, elle trouve tout autre chose. Une sage-femme disponible et empathique, une salle de naissance apaisée. Elle peut cheminer à son rythme, rassurée par cette présence bienfaisante, étonnée de pouvoir se mobiliser comme elle le souhaite, du bain chaud, du peu de gestes médicaux jamais imposés et toujours expliqués…

Tellement surprise de la douceur – relative – de cette naissance que ses premiers mots de remerciements pour la sage-femme seront « J’en reviens pas, je vous ai même pas insultée ! »

 

2 commentaires

Comme un rendez-vous

Publié par 10lunes le 13 décembre 2017 dans 9 mois, Naissance

 

Elle espère porter un enfant, fonder une famille. Mais l’enfant tarde à s’inviter.
Les traitements s’enchaînent ; les années aussi. Beaucoup de larmes auront coulé avant qu’elle ne découvre un jour d’hiver qu’elle porte – enfin  ! – la vie en elle.

Après cette conception très assistée, elle souhaite reprendre la main et fait le choix d’un accouchement en maison de naissance. Elle y trouve une qualité de présence, une relation au long cours, venant renforcer la confiance en ses propres ressources et celles de son enfant.

Lorsque les premières contractions se font sentir, son corps se met en travail, lentement. Comme elle s’y attendait.
Sa mère est décédée quand elle était enfant. Pour elle, l’accouchement est aussi une transition symbolique délicate.
Ne plus être seulement « fille de… », mais « naître mère ».

Sa sage-femme est là, surveille le bon déroulement du travail et la santé de l’enfant.
24 heures de contractions, 36 heures de contractions, 40 heures de contractions…
Le travail avance doucement, bien trop doucement aux yeux de la sage-femme.
Mais parce qu’elle la connait si bien après ces neuf mois partagés, parce qu’elle sait ce qui est en train de se jouer pour elle, la praticienne respecte ce temps nécessaire.
Sa seule intervention « médicale » sera de percer la poche des eaux.
Deux heures plus tard, le nouveau-né poussera son premier cri, accueilli dans un océan de douceur par une femme devenue mère.

A l’étage même où neuf mois plus tôt, jour pour jour, il a été conçu dans une éprouvette.

_________________
NB : texte écrit à quatre mains, celles de la mère et les miennes.

 

3 commentaires

Comité d’accueil

Publié par 10lunes le 9 décembre 2017 dans Naissance

 

Si tout s’est bien passé lors de son premier accouchement, le fait d’avoir mis deux enfants au monde à la fois revenait à convoquer le ban et l’arrière ban médical. Sage-femme, obstétricien, anesthésiste, pédiatre et puéricultrice ont assisté plus qu’ils ne l’ont assistée à la naissance de ses jumeaux.
Devant ce large public, surement enrichi de futurs soignants en formation, elle s’est sentie quelque peu dépossédée de l’événement.

Alors pour ce nouvel enfant qui arrive en solo, elle confie à l’étudiante sage-femme souhaiter un accouchement en « petit comité ».

L’étudiante la rassure, outre son conjoint, ils ne seront que trois dans la salle, l’étudiante, la sage-femme qui la supervise et une autre sage-femme venant s’occuper du nouveau-né.

Mais quatre personnes, ça fait quelle taille de comité ?

Le dernier examen montre que le col est dilaté à 8 centimètres, le bébé encore haut. Les sages-femmes sont unanimes, ce n’est pas pour tout de suite. Elles repartent, accompagnés du père qui profite de l’occasion pour aller remonter son taux de nicotine.

A peine ont-ils franchi la porte que la mère annonce, « Il arrive ! »

L’étudiante n’aura que le temps de soulever le drap pour accueillir le bébé.
En tout petit comité, conformément au souhait maternel.

 

2 commentaires

Accompagnée

Publié par 10lunes le 5 décembre 2017 dans Naissance

 

Le souvenir de son premier accouchement est celui d’un combat long et épuisant, juste adouci par le soutien d’une équipe chaleureuse.

Son second enfant s’annonce aussi gros que le premier et se présente en siège, conjugaison qui fait décider d’une césarienne. Cette même équipe, décidément très à l’écoute, accepte de ne pas programmer l’intervention. et d’attendre le début du travail.
Mais quand les premières contractions l’emmènent à la maternité, plus question de chirurgie, l’enfant s’est retourné et la voix basse est possible.
Elle vit une dilatation sereine sous péridurale, se projette dans une naissance qui le serait tout autant.

Faux espoir. Le coeur de son enfant ralentit et son obstétricien annonce qu’il va intervenir avec des forceps. L’histoire semble se répéter, plus difficile encore puisqu’elle avait mis son aîné au monde sans aide instrumentale.

Elle est secouée de sanglots. Elle pleure parce qu’elle a peur pour son enfant ;  elle pleure sur ses deux accouchements, le premier pas encore accepté, le second qui aurait pu réparer…
Elle pleure, oui, mais seulement entre les contractions. A chaque poussée, elle sèche ses larmes et concentre ses forces sur la mise au monde. Son enfant naît rapidement, doublement enroulé dans son cordon.
Elle pleure encore de soulagement, de fatigue, de joie.

Le lendemain, elle se sent bien. Ces flots de larmes l’ont lavée de tout regret.
Mais le souvenir sera encore plus beau, grâce à son médecin venu lui dire quelques mots, presque rien, juste ce qu’il fallait.
« Je vous ai à peine aidée, c’est vous qui avez mis votre bébé au monde ».

Elle lui sait gré de sa délicatesse.

 

 

1 commentaire

Bouclées

Publié par 10lunes le 22 décembre 2016 dans Naissance

 

c-22

Après plusieurs fausses alertes, elle le sait, le sent, son utérus travaille cette fois-ci de façon efficace.
Quelques heures plus tard, en route pour la maternité, les contractions réveillent ses doutes en s’espaçant.

Pourtant, la sage-femme qui les accueille ne doute pas et –  après avoir vérifié si l’examen était souhaité – annonce une dilatation de 6 cm.

Elle plonge dans sa bulle, cette conscience à la fois aiguë et distanciée qui marque le travail de l’accouchement.
Au rythme des vagues successives, l’univers se recentre sur son ventre.

La sage-femme passe régulièrement s’assurer que tout va bien, restant discrète, attentive à ne pas la déranger.
Plus tard, elle propose de percer la poche des eaux nacrée venue bomber à l’entrée du vagin.
Juste après, sans effort perceptible, l’enfant naît.

Si la praticienne a semblé à son compagnon avare en mots et en gestes, elle lui sait gré de sa discrétion, de sa confiance.

Et, malgré le flou de l’environnement qui marque toute naissance, un détail lui reste très précis : les jolies boucles d’oreilles de sa sage-femme.

 

 

Mots-clés : , , , , , | 3 commentaires

Normale

Publié par 10lunes le 19 décembre 2016 dans Naissance

 

c-19

Son premier enfant est né par césarienne et si elle a accepté l’éventualité d’une nouvelle intervention, elle a aussi cherché à préparer au mieux une naissance par voie basse.

Seul hic, son utérus cicatriciel, statut maintes fois rappelé, statut entraînant même la programmation d’une autre césarienne.

La nature étant joueuse, l’accouchement se déclenche avec quinze bons jours d’avance, alors que rien ne laissait deviner l’imminence de la naissance.
La veille, son col était encore long et fermé.

Son enfant naît finalement par voie basse comme elle le désirait, même si l’accouchement est plus médicalisé  qu’elle ne l’envisageait.
Elle souhaite remercier la sage-femme, pour son accompagnement et sa confiance dans sa capacité à accoucher mais aussi pour un détail… essentiel à ses yeux.

Elle est la seule ce jour là, à l’inverse de la sage-femme qui l’a accueillie et de l’obstétricien venu pour l’accouchement, la seule donc à ne jamais évoquer son « utérus cicatriciel ».

 

Mots-clés : , , , , , | 3 commentaires

Résiste !

Publié par 10lunes le 15 décembre 2016 dans Naissance

 

7031525-matches-love-heart-wallpaper

Sage-femme, enceinte et insomniaque, elle consulte une hypnothérapeute.

Lors du premier rendez-vous, elles ont l’une et l’autre la certitude de s’être déjà rencontrées.
Mais où et quand…?

La sage-femme cherche toujours quand le visage de son interlocutrice s’éclaire : « Et si je vous disais : Il jouait du piano debout … ? »

Alors le souvenir revient, précis.
Elle est en salle de naissance, prenant en charge un accouchement trop vite venu, à sept mois et demi de grossesse.
Le médecin de garde demande une surveillance rapprochée, à l’inverse du projet d’accouchement naturel du couple. Perfusion, péridurale, enregistrement continu du rythme cardiaque fœtal… la sage-femme ne peut qu’obtempérer.
Elle tente de préserver au mieux les parents, reste présente, à l’écoute, diffuse leurs musiques préférées.

Au moment de la naissance, ce sont les paroles de Michel Berger qui résonnent dans la pièce.
L’obstétricien arrivé pour l’expulsion exige une position gynécologique, exige aussi que la musique cesse.
La sage-femme trouve que l’addition des renoncements imposés est bien lourde. Elle n’a pu s’opposer à la médicalisation de cette naissance, mais là elle peut agir.
Elle met la musique un peu plus fort.
La petite naît sur cette chanson.

Et le souvenir de cette précieuse complicité leur met les larmes aux yeux.

 

Mots-clés : , , | 3 commentaires

Présentes

Publié par 10lunes le 13 décembre 2016 dans Naissance

 

coeur-7

Après un premier accouchement très envahi par la technique médicale, elle est certaine de vouloir vivre autre chose et se tourne vers une sage-femme proposant un accompagnement en plateau technique*.

Sa grossesse est sereine et la confiance installée avec la sage-femme.
Peut-être un peu moins avec la maternité…

Parce que le jour J, rien ne parviendra à l’alerter sur l’imminence de la naissance ; ni les contractions présentes depuis plusieurs heures, ni les vocalises qui s’imposent à elle, ni le besoin d’un bain chaud pour calmer la tempête, ni même l’envie de pousser qu’elle n’identifie clairement qu’au dernier moment. Prise d’un doute « soudain », elle pose sa main sur son sexe et sent un crane chevelu !

La sage-femme est en route, venant tranquillement faire le point avec une femme en début de travail qui blaguait au téléphone.
En route, ça veut dire pas encore arrivée.

Ce sont avec les mots de la sage-femme rencontrée pendant sa première grossesse qu’elle trouve sa position.
Avec les phrases d’un livre écrit par une autre qu’elle met sa fille au monde en confiance.
Et c’est la présence de la troisième arrivée juste après la naissance qui la rassurera sur leur toute nouvelle-née
(et épargnera la plancher de la chambre en l’encourageant à rester dans la salle de bain pour la délivrance !)

Ce sont mes trois fées dit-elle.

 

*Accouchement en maternité mais suivi par la sage-femme libérale

 

Mots-clés : , , , , , | 1 commentaire

Déçue ^^

Publié par 10lunes le 12 décembre 2016 dans Naissance

 

coeur5

Son accouchement s’avère finalement nettement plus long et fatigant que ce qu’elle avait anticipé.

Elle en est maintenant à la dernière phase, celle mal nommée de l’expulsion, et là aussi, c’est long et fatigant.

La péridurale masque la majorité des sensations et elle doute de l’efficacité de ses efforts.
La sage-femme pense alors que découvrir l’avancée de son bébé dans un miroir pourrait l’encourager et guider sa poussée.

« – Est ce que vous voulez une petite glace pour vous aider ?
– Oh oui, un sorbet citron me ferait tellement de bien ! »

 

Mots-clés : , | 4 commentaires

Respectée

Publié par 10lunes le 9 décembre 2016 dans Naissance

 

coeur

Elle s’apprête à mettre au monde son premier enfant et si elle ne sait pas trop ce qu’elle souhaite, elle sait très clairement ce qu’elle refuse. Elle ne veut ni péridurale, ni épisiotomie. Elle l’a précisé lors des consultations et l’annonce à la sage-femme dès son arrivée à la maternité.

Au final, elle aura les deux.
Sans regret.

A chaque étape, sage-femme, anesthésiste et obstétricienne se sont montrés à l’écoute. Chacune de ses demandes a été entendue, et tout a été mis en oeuvre pour y répondre. La sage-femme a su rester plus que discrète et respecter « sa bulle » quand tout se passait bien. Lorsque la dilatation s’est bloquée à 7 cm, plutôt que de basculer immédiatement vers une intervention médicale, elle a suggéré des postures différentes et fait preuve de patience.
Et quand il a fallu se résoudre à intervenir, chaque renoncement a été expliqué, argumenté et a obtenu son accord.

Personne n’a fermé le débat d’un « on connait notre boulot » sans appel.
Au contraire, tous se sont attachés à faire équipe avec elle, à conjuguer compétences maternelles et professionnelles.

Et si son fils n’est pas né comme elle l’imaginait, elle garde un merveilleux souvenir de son accouchement grâce au respect et à la bienveillance de ceux qui l’ont accompagnée.

 

NB : le début de l’histoire est 😉

 

Mots-clés : , , , , | 1 commentaire