Doit-on enseigner aux jeunes médecins le toucher vaginal sur patientes endormies au bloc ? Il s’agit d’une pratique évoquée dans plusieurs blogs, par des témoignages de futurs médecins et même attestée par des documents. Selon les déclarations récentes de médecins, ces actes « n’auraient jamais existé », ou « auraient existé dans le passé mais ne seraient plus d’actualité », ou encore « existent effectivement et sont légitimes ». Bon nombre de professionnels de la santé et d’internes nous ont expliqué qu’ils doivent apprendre leur métier, et qu’il est préférable que la patiente ne sente rien, ne se souvienne pas que plusieurs inconnus sont passés la « voir ». Certains témoignages citent également les touchers rectaux, actes moins fréquents mais réalisés eux aussi à strictes fins d’apprentissage, sans vérification du consentement de l’intéressé. Ce n’est pourtant pas un geste anodin, ni pour le-a patient-e ni pour l’étudiant-e futur-e médecin.

 

Pour le-a patient-e qui n’a pas préalablement marqué son accord, il s’agit d’une négation de ses droits, celui de recevoir une information loyale sur la façon dont va se dérouler une opération, celui d’accepter ou de refuser tout geste médical. La loi Kouchner impose depuis 2002 qu’ « aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment », celui surtout que son corps ne soit pas instrumentalisé. Ce geste effectué sans consentement pourrait même être assimilé, au sens pénal, à un acte de pénétration sexuelle commis sur la personne d’autrui par contrainte ou surprise, c’est-à-dire un viol.

 

« Si vous ne voulez pas être un objet d’étude, il vous suffit d’éviter de vous faire soigner en CHU », nous ont rétorqué certains médecins. Une hospitalisation en CHU serait donc, selon eux, un blanc-seing donné à toutes les visites, à toutes les pratiques, et un renoncement à ses droits les plus élémentaires. La Cour européenne des Droits de l’Homme estime pourtant qu’une simple information sur la présence et l’implication d’étudiant-es dans un hôpital ne constitue pas un consentement libre et éclairé à chacun de leurs actes, et que cette pratique est contraire aux droits fondamentaux. Il est dès lors surprenant que les étudiant-es apprennent une médecine qui transgresse les droits du patient. Le consentement libre et éclairé du patient à chaque acte médical est clairement le point aveugle de la formation des médecins.

 

Pour l’étudiant-e en médecine, être contraint par ses formateurs à procéder à un acte contraire à ses valeurs constitue une grande violence. Le jeune est invité à banaliser un geste pour lequel il éprouve des appréhensions légitimes, non sur le plan technique mais sur le plan éthique. A défaut de consentement, la personne qu’il examine est réduite à un organe. Il ne s’agit pas du vagin ou du rectum d’une personne à qui il demande l’autorisation de l’examiner. Il s’agit d’un vagin ou du rectum sur lequel une équipe d’étudiant-e-s s’entraine à identifier tel ou tel problème, profitant de l’anesthésie de son-sa propriétaire. Demander l’accord de la patiente ? « Elle risquerait de dire non »[i], rétorque la doyenne de l’Unité de Formation et de Recherche de la Faculté de médecine de Lyon. « C’est de la pudibonderie »[ii], s’insurge le Président du Collège national des Gynécologues et Obstétriciens français. Ces réponses sont inquiétantes et confirment que se pose ici une véritable question éthique et de respect de la personne humaine. Cette déshumanisation, dès les premiers apprentissages de certains actes médicaux, nous préoccupe. Le non respect de la loi par les enseignants eux-mêmes nous inquiète. L’absence de place donnée au doute, à l’échange, à la prise en compte de la singularité de chaque patient nous interpelle. De plus, pour quelles raisons seul le médecin enseignant doit-il déterminer ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ? Pourquoi n’y a-t-il aucun tiers dans cette évaluation ? L’avis des étudiant-es, des patients, de la société ne compte-t-il pas ?

 

C’est bien l’un des problèmes que nous identifions dans les études de médecine : la création d’un entre soi organisé autour de la transmission des pratiques, les meilleures comme les pires, plutôt que leur interrogation et leur examen critique. Le maintien d’un milieu marqué par le pouvoir, dans lequel on apprend à reproduire et à cultiver une certaine forme de secret loin du regard de la société. La défense d’un esprit de corps empreint de domination où les interrogations et souhaits du patient ont peu de poids face aux certitudes héritées d’un autre âge. De telles conceptions de la médecine sont de nature à rompre définitivement la confiance entre le monde médical et le reste de la société qui ne les accepte plus. Nous ne sommes pas tous médecins, mais nous sommes tous concerné-e-s. Les femmes le sont particulièrement, par la multiplicité des contacts qu’elles ont tout au long de leur vie de femme pour leur suivi gynécologique, mais les témoignages relatifs aux touchers rectaux démontrent que c’est bien le rapport au patient qui dysfonctionne. Or chaque personne connait mieux que quiconque son propre corps, ses limites, ses aspirations et ses souhaits.

 

Au vu de la gravité des pratiques mises au jour, nous demandons à Najat Vallaud-Belkacem, la Ministre l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de lancer une inspection de l’IGAENR pour faire toute la lumière sur cette affaire et les conditions de l’apprentissage pratique des futurs médecins de notre pays. Nous demandons que le recueil du consentement sur les actes pratiqués par des étudiant-e-s soit systématisé dans l’ensemble des hôpitaux français. Nous souhaitons qu’en complément du compagnonnage par les pairs, les futurs médecins bénéficient au cours de leurs études d’apports et d’appui extérieurs, de la part de professionnels des sciences humaines, de la philosophie, du droit, de la sociologie. Les critères éthiques de l’enseignement de la médecine ne doivent pas être énoncés par les seuls médecins français, mais par l’ensemble des personnes concernées : étudiant-e-s, associations de patients, juristes, éthiciens, en s’appuyant sur les avancées existant dans d’autres pays développés (Scandinavie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Canada…). L’éthique ne peut définitivement plus être une simple option dans la formation des médecins français.

 

 

Clara de BORT, directrice d’hôpital, ancienne correspondante Santé à la Mission interministérielle de Lutte contre les violences faites aux femmes

Béatrice KAMMERER, présidente et fondatrice de l’association d’éducation populaire Les Vendredis Intellos

Marie-Hélène LAHAYE, juriste, féministe, auteure du blog « Marie accouche là » http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/

Martin WINCKLER, médecin et écrivain

Juliette Noureddine dite Juliette, auteure compositrice interprète

Dre Muriel SALMONA, psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie

Céline SCHILLINGER, bloggeuse, cadre d’industrie, engagée pour l’égalité hommes/femmes

Pierre THEPOT, directeur d’hôpital

Dr Gilles LAZIMI, médecin, enseignant et membre du haut conseil à l’égalité entre les femmes et les femmes, et coordinateur de la campagne télé « proches » contre le viol du CFCV

Bénédicte ROUSSEAU, sociologue

Diane SAINT-REQUIER, journaliste et actrice de prévention

Diké, blogueuse féministe

Hélène, blogueuse

OVIDIE, auteure et réalisatrice

Paul CESBRON, gynécologue obstétricien

Marie-Hélène BOURCIER, sociologue

VALERIECG, blogueuse www.crepegeorgette.com

DARIAMAX, blogueuse http://dariamarx.com/
Les dé-chaînées, association féministe

Martin DUFRESNE, journaliste Montréal (Canada)

Laure de Montalembert, journaliste santé

Emmanuelle Piet, médecin Présidente du Collectif Féministe Contre le Viol

Anne Verjus, chercheure au CNRS, histoire politique et sociologie du genre

Anne-Charlotte Husson, doctorante, blogueuse www.cafaitgenre.org

Hypathie, blogueuse

Chris Blache, co-fondatrice de l’Association Genre et Ville

Dre Claire Rondet, Maitre de conférence en médecine générale à l’université Pierre et Marie Curie

Johanna Luyssen, journaliste, membre du collectif PrenonsLa1

Eloïse BoutoN, Journaliste indépendante et militante féministe

Emmanuelle GONTIER, psychologue

Elodie Bacoup, juriste

Clara Gonzales,Macholand.fr

Elliot Lepers, Macholand.fr

Caroline De Haas, militante féministe, Macholand.fr

Claude Didierjean Jouveau, responsable associative et auteure d’ouvrages sur la naissance et la petite enfance

GM Zimmermann, auteure

Marie Kirschen, journaliste, rédactrice en chef de la revue well well well

Corinne Morel Darleux, conseillère régionale Rhône Alpes

Anne-Marie Viossat, féministe

Evelyne Pierron, médecin pharmacovigilante

Nathalie Perrin-Gilbert, mairie du 1er arrondissement, Lyon

Osez le féminisme !

Baptiste BEAULIEU, auteur du blog Alors voilà. Journal des soignés/soignants réconciliés

Blandine LENOIR, réalisatrice

Gwen FAUCHOIS, activiste, lesbienne et féministe, blogueuse

Fabien ABITBOL, ancien journaliste, blogueur

Agnès LEGLISE, chroniqueuse

Monica ZOPPI FONTANA, Professeur de L’Université de Campinas-Brésil, chercheur visitant au laboratoire Triangle ENS

AVFT, Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail

Pascaline LAMARE, française de Québec

Poule Pondeuse, blogueuse, www.poule-pondeuse.fr

Marie-Alice CHASSERIAUD, graphiste et féministe

Fabienne, blogueuse

Anne-Lina, docteure en santé publique

Gogo, twitto @santedefrance

Christine DETREZ Maître de conférence HDR en sociologie à l’ENS de Lyon

10lunes

CIANE, Collectif interassociatif autour de la naissance

Dr Michel SCHMITT, médecin, chef de pôle hospitalier, auteur de plusieurs ouvrages sur la bientraitance à l’hôpital

 

 

[i]   « On pourrait effectivement demander à chaque personne l’accord pour avoir un toucher vaginal de plus mais j’ai peur qu’à ce moment-là, les patientes refusent. » http://www.metronews.fr/info/touchers-vaginaux-sur-patientes-endormies-un-tabou-a-l-hopital/moaC!txk2bsiOnYXIU/

 

[ii]     Ne vous semblerait-il pas normal de lui demander son consentement ?
– C’est aller trop loin dans la pudibonderie !
 http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20150203.OBS1608/touchers-vaginaux-sur-patientes-endormies-c-est-de-la-medecine-on-n-est-pas-dans-un-fantasme-de-viol.html

 

 

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Quand on veut noyer son chien

Publié par 10lunes le 31 janvier 2015 dans Médias, Militer, Pffffff

 

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La Cour des comptes publie un nouveau rapport sur les maternités… compilation de vrais constats, données diverses, statistiques lissées et de quelques approximations.

Mais surtout, et c’est ce qui a été retenu par les médias, le rapport distille doucement que les petites maternités sont dangereuses

Parce qu’envisager la fermeture d’une maternité pour des raisons économiques, ça passe mal.
Mais la fermer en invoquant son insécurité, ça passe mieux !

Le rapport s’applique à rappeler que la France est mal classée pour son taux de mortalité néonatale  en soulignant que d’autres pays d’Europe ayant de meilleurs résultats ont regroupé les naissances dans de grands centres… et hop, on passe de la simple constatation à la corrélation. Ni vu ni connu… ou presque.

Pourtant,  le nombre de maternité a été réduit de 70% en quarante ans (1747 en 1972 /544 en 2012). Parallèlement, nos résultats se dégradaient.
Concentrer les naissances sur de grands centres ne semble donc pas la bonne réponse. En tout cas pas sur le mode français : plus de naissances, moins de sages-femmes. Le « une femme /une sage-femme » que nous scandions en 2011 reste une utopie. Nos décideurs veulent croire qu’il suffit de rationaliser nos usines pour fabriquer de beaux produits, pardon, nouveau-nés.

Et d’ailleurs, qui pourrait imaginer que les statistiques de 13 maternités réalisant toutes ensemble moins de 3900 naissances impactent réellement les résultats d’un pays voyant naître plus de 800 000 enfants chaque année ?

Mais saluons l’efficacité de la stratégie mise en oeuvre.

Recette de fermeture sans trop de vagues :
– placer 13 maternités sur la sellette

– distiller régulièrement l’idée qu’elles sont menacées
– déplorer la difficulté de recrutement des médecins qui hésitent logiquement à tout quitter pour rejoindre un établissement dont la rumeur dit qu’il fermera dans les années à venir.
– crier à l’insécurité, ou mieux, laisser les médias faire le travail.

L’article ne s’interroge pas sur la possibilité d’un transfert avant l’accouchement, transfert que l’on peut imaginer inenvisageable du fait de la rapidité des événements. Est-il préférable pour un grand prématuré de naître dans l’ambulance ou dans cette maternité ? En entretenant le flou, on laisse penser que c’est l’établissement qui est dangereux et pas les circonstances de la naissance…

– attendre que les femmes se détournent, préférant la grande maternité, plus éloignée, plus impersonnelle mais sé-cu-ri-tai-re et assurée de ne pas disparaître dans quelques mois.
– dénoncer la gabegie consistant à maintenir un établissement ouvert pour un si faible nombre de naissances. Les maternités visées tenteront évidemment d’allumer des contre-feux.

Le directeur s’emploie à déminer le terrain : « pas de craintes à avoir, pente ascendante, nouveaux locaux ». Il est urgent de rassurer pour ne pas risquer de voir la pente s’infléchir ou s’inverser.


Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…

 

 

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You pas pi

Publié par 10lunes le 25 septembre 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Hier la Haute Autorité de Santé a publié sur son site le cahier des charges relatif à l’expérimentation des maisons de naissance.
Pas de réjouissances hâtives !

De nombreux points restent à régler, en particulier ces « détails » que sont le statut juridique et le financement de ces futurs sites.
Le cahier des charges apporte aussi quelques mauvaises surprises, ajouts de dernière minute non validés par le groupe de travail…
On est donc loin du consensus joyeux et d’un démarrage en fanfare des expérimentations.

Apres 16 années de lutte, nous en sommes encore au début d’une potentielle expérimentation, très encadrée, limitée dans son nombre de sites (liste définie par le ministère de la Santé) et sa durée (5 ans).
Nombre de questions restent à régler, et cela dans un temps limité puisque la fenêtre pour lancer l’expérimentation se refermera en décembre 2015.

Souvenons nous aussi que la contiguïté à une maternité a été imposée aux projets pour pouvoir envisager un transfert immédiat, peut-être bien plus immédiat que dans certaines maternités où chambres d’hospitalisation, salles de naissance et bloc opératoire se retrouvent, du fait de l’ancienneté des bâtiments, à distance les uns des autres…

Cette obligation -qui exclut de fait plusieurs projets – n’est pourtant pas suffisante aux yeux de nos décidément toujours grands amis du SYNGOF.

Et s’il fallait vous convaincre de ne pas sauter trop vite de joie, je vous invite à lire cette copie du courrier qu’ils ont adressé à la HAS, copie publiée page 32 du rapport d’élaboration.

 

 

 

 

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A l’affiche

Publié par 10lunes le 8 septembre 2014 dans Militer, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

Scène 1 – Cabinet médicalcinema (1)
Plan large : Une femme est accueillie par la sage-femme
Voix off  : Sa vie a dérapé il y a quelques années. Cette sensation bizarre, un matin, en savonnant son sein, l’appel au médecin juste pour se rassurer.
Plus rien ensuite n’a été rassurant. Elle a mené une longue et difficile bataille et le crabe a fini par lâcher. Le temps est passé, rythmé par les contrôles. La vie a repris doucement son cours, et un jour, elle a eu le droit d’envisager une grossesse.

Gros plan sur la femme : ventre plat, rien ne laisse encore deviner qu’elle est enceinte
Voix off
Alors cette grossesse elle a envie de la vivre sereinement, du côté de la santé et de la confiance. C’est pour ça qu’elle est là ; elle veut voir une sage-femme parce qu’elle pense qu’ensemble elles seront du bon côté.

Contre champ sur la sage-femme
Je comprends vos attentes et serai toujours disponible pour vous accompagner. Mais, selon les critères de la HAS je dois vous ré-orienter vers votre gynécologue. C’est avec ce spécialiste que vous déciderez des modalités de votre suivi.

Gros plan sur le visage de la femme enceinte. Large sourire.
J’en ai déjà parlé avec lui. Il comprend très bien mes attentes et est d’accord pour que vous me suiviez. Il m’a donné un courrier pour vous.

Scène 2 Même cabinet
Plan serré – bande son musicale : La jeune mère berce son nouveau-né. Elle parle, sourit largement, parle encore et encore et éclate de rire.


Ce n’est pas une fiction. J’ai suivi la grossesse de cette femme en partenariat avec son gynécologue et son médecin traitant et notre trio d’équilibristes l’a aidée à vivre une maternité sereine. Elle a pu se recentrer sur l’attente de son enfant, sur son corps porteur de vie, sur la promesse d’un avenir, sur tout ce dont la maladie l’avait privée pendant plusieurs années.
Notre partenariat lui a été précieux.

C’est à cette organisation des soins que je crois, celle où le « patient » réfléchit au parcours qui lui convient le mieux avec des soignants fédérés autour de lui et attentif à ses besoins.
Mais pour réfléchir, il faut être in-for-mé !

Dans le cadre du suivi de grossesse ou du suivi gynécologique, la France n’a longtemps connu qu’un seul dogme : c’est du ressort du gynécologue.
Pourtant 
trois professions peuvent assurer ces suivis, avec des compétences différentes et des niveaux d’intervention qui le sont aussi. J’ai nommé – par ordre alphabétique – gynécologue, médecin généraliste, sage-femme.
A chaque femme de choisir vers qui elle souhaite se tourner.
A nous professionnels de savoir collaborer.

Ce partenariat confiant et respectueux entre tous les praticiens apparaît parfois comme une utopie. Alors quand plusieurs d’entre eux mettent leur énergie au service du choix éclairé, j’applaudis de toutes mes mains et me dis que l’utopie est à notre portée.

 

BANDE ANNONCE

Sur une idée originale de Docteur Gécé, brillamment illustrée par Gelule, avec le soutien actif de Farfadoc, j’ai le grand plaisir de vous présenter cette affiche téléchargeable en haute définition.

 

 

affiche-gc3a9lule-entier1
 

Y a plus qu’à ! Imprimez là ! Diffusez là !

Et courrez lire les billets de Docteur GécéFarfadoc et Gelule !

 

NB : si vous voulez un A3 avec votre imprimante A4, Docteur Gécé a pensé à tout et vous propose de la tirer en deux parties : haut  bas

 

 

 

 

 

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Circulez (bis)

Publié par 10lunes le 27 juin 2014 dans Militer, Pffffff

 

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Dans le billet précédent, j’évoquais le projet de raccourcissement des durées de séjour en maternité.
Mais il nous manquait l’éclairage de nos amis du SYNGOF.
Son président est intervenu hier, au journal de 18h de France Inter (à 3 minutes).
Je n’ai pas résisté au plaisir de vous copier intégralement ce monument d’anthologie syngofienne…

 

Il faut raccourcir les séjours en maternité dont on nous dit que les françaises y restent plus longtemps que les autres femmes des pays développés ; plus de quatre jours pour un accouchement sans complication contre trois jours ailleurs.
Alors on en parle ce soir avec Jean Marty, président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens.

Bonsoir Mr Marty, est ce que toutes les femmes peuvent rentrer chez elles au bout de trois jours après un premier accouchement ?

Incontestablement, beaucoup peuvent le faire à partir du moment où on est sûr qu’elles sont bien capables de s’occuper de leur enfant puisque actuellement le séjour qu’elles passent à l’hôpital ou à la maternité de façon générale leur permet d’apprendre essentiellement à s’occuper de leur enfant.

Donc vous vous dites : il faut du sur mesure, peut-être que toutes les femmes ne sont pas à même de rentrer chez elle au bout de trois jours ?

Beaucoup pourront mais nous avons d’autres problèmes justement. C’est cette autorisation et la responsabilité que cela représente parce que nous ne voudrions pas non plus être secondairement ennuyés par des problèmes de responsabilité et qu’on nous dise qu’on les a laissé rentrer trop vite.
Nous savons en particulier qu’en matière d’assurance les pouvoirs publics nous laissent souvent un peu tomber vis-à-vis de ces problèmes là donc nous serons très vigilants cette fois ci.
A la fois nous pensons que c’est très bien, il faut faire des économies, la santé pose des problèmes économiques très importants au pays et y a des économies à faire. Mais ça ne peut se faire ni au détriment de la sécurité des mères et des enfants, ni au risque de se voir nous-mêmes pris dans des procès qui sont insupportables.

Donc c’est très bien mais à la fois c’est dangereux puisque vous nous dites que vous avez peur que votre responsabilité soit engagée en cas de problème ?

Et oui parce que nous avons de mauvaises expériences. Nous avons vous le savez des assurances extrêmement élevées et nous n’avons pas envie de les voir encore augmenter car ça deviendrait pour nous tout à fait insoutenable.

Mais c’est dangereux pour les femmes docteur ?

Pour les femmes, je pense que si l’environnement est bien organisé, si la concertation avec les pouvoirs publics pour mettre en place des protocoles qui leur apportent la sécurité sont bien faits, je pense que c’est quelque chose que nous devons faire. En tout cas au niveau du syndicat nous sommes prêts à soutenir cette démarche

D’accord, ça veut dire il faut que les femmes puissent rentrer chez elle mais j’imagine en étant suivies, avec un accompagnement, soutenues ?

Oui, il faut organiser ça avec les infirmières puéricultrices, avec les médecins généralistes, avec nous-mêmes en étant informés parce que nous devons, nous, assurer des soins vigilants, nous ne pouvons pas être vigilants quand les femmes sont parties donc ça doit être organisé mais organisé très sérieusement.

Merci Jean Marty, président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens.

 

Et voilà comment le Syngof réussit le tour de force de se plaindre de ses tarifs d’assurance pourtant largement subventionnés, d’évoquer de possibles dangers sans s’en émouvoir autrement que sur le plan de sa responsabilité et de nier l’existence des sages-femmes dont pas une fois le nom n’est prononcé alors que c’est sur elles que reposent la prise en charge de ces sorties…

Encore bravo Mr Marty !!

 

Edit du 28 o6
Samra, lectrice de ce blog, soulève une nouvelle plaisanterie du Dr Marty, jamais avare de traits d’humour.

« Il faut que ce soit à la carte pour éviter lorsque c’est possible les dépenses inutiles.  Mais parfois, dans certains cas, il faut que la femme soit suivie à domicile par le médecin traitant, et la gynécologque médicale qui connaît parfaitement les besoins particuliers de la patiente. Mais aussi des sages-femmes, des infirmières puéricultrices, et des aides à domicile pour les tâches ménagères par exemple. »

Notons que le nombre impressionnant des intervenants nécessaires du point de vue du Dr Marty est parfaitement assorti à sa volonté annoncée d’éviter des dépenses inutiles…

 

Pffff

 

 

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Circulez

Publié par 10lunes le dans Après, Militer, Profession sage-femme

 

balais

Tous les médias en parlent. Pour faire des économies, l’assurance maladie dégaine une nouvelle arme, le raccourcissement des durées de séjour en maternité.

Sauf que …

Les séjours plus courts, c’est déjà la réalité. Fermetures d’établissements obligent, le nombre de lits est en diminution constante. 32018 lits de maternité en 1975, 17686 en 2007. D’autres ont disparu depuis. Actuellement, Les Lilas, Orthez, Royan… sont menacés. Les maternités restantes absorbent difficilement les accouchements, encore plus difficilement les séjours.
Partout, on cherche  – chasse – la patiente de bonne volonté qui accepte de sortir plus tôt que prévu pour libérer une place… Et dans le CHU voisin, les lits sont doublés dans des chambres prévues pour un seul hébergement..

Il y a quatre ans, la sécurité sociale lançait l’expérimentation Prado. Je dénonçais à l’époque une « nouvelle organisation » à type d’usine à gaz alors que tous les outils nécessaires existaient déjà pour assurer le suivi des familles lors de leur retour à domicile. Personne n’était dupe… A terme, les durées de séjour allaient raccourcir et la sécu l’anticipait. La main sur le cœur, nos interlocuteurs de l’assurance maladie juraient qu’il n’en était rien.
Nous y sommes…

Je n’ai rien contre la sortie précoce, voire ultra-précoce quand elle est choisie. Certaines femmes souhaitent un accouchement ambulatoire, d’autres préfèrent carrément éviter l’étape maternité et faire naître leur enfant à la maison. Cette mesure pourtant économique n’est pas encore encouragée par notre chère sécu…

Mais raccourcir les durées de séjour, ce n’est pas proposer une sortie à la carte, en fonction des besoins de chacun, c’est imposer aux femmes de partir au plus vite, quelles que soient leurs conditions de vie, de logement et le soutien dont elles disposent chez elles… .
Je n’évoque même pas ici l’inhumanité de certaines situations. La visite de la sage-femme, aussi attentive soit-elle, se centre sur la santé et le bien-être de la mère et de l’enfant. Elle ne prépare pas les repas, ne fait pas la lessive, n’emmène pas les aînés à l’école et ne remplit pas le frigo. Quid du repos nécessaire pour les femmes peu entourées ? Prévoir une aide natale, sur le modèle hollandais serait une mesure peu coûteuse et bienvenue… ce n’est pas à l’ordre du jour.

Enfin, les maternités ont déjà le plus grand mal à boucler leur budget. Raccourcir officiellement la durée de séjour, ça ne signifie concrètement qu’une seule chose : diminuer la tarification correspondant au séjour post-accouchement. Le peu que chaque service « grattait » avec des sorties un peu plus rapides va donc être reperdu.
Les économies, il faudra les faire ailleurs, dans les services, en réduisant le nombre de postes.

Et là, ce sont encore une fois les femmes qui en payeront le prix. Etre bien accompagnée suppose que l’équipe soit disponible, donc en effectif suffisant.

Une équipe surmenée, c’est moins d’écoute, moins de réassurance, plus de symptômes*, donc plus de consultations, de bilans, de prescriptions, de péridurale, de perfusion, d’hormones de synthèse, voire d’hémorragie, de traitements lourds…

Elle est où l’économie ?

 

 

*Extrait de ce rapport « On notera que les sages-femmes sont moins prescriptrices, du fait de consultations plus longues et mettant l’accent sur le conseil et la prévention au-delà de l’acte médical ».

 

 

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Crash

Publié par 10lunes le 15 juin 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

 

avionDevinette :
Qui alimente régulièrement ce blog par ses prises de position toujours « bienveillantes » ?
Qui n’avait pas fait l’objet d’un billet depuis janvier ?

Qui ravive mon mauvais penchant pour la ralerie ?

Le Syngof bien sûr (mais sur ce coup là, il n’est pas tout seul, regardez la liste des signataires).

Je vous demande de lire ce document pour vous faire votre propre opinion – les sages-femmes à la santé fragile en sont dispensées – avant de lire la suite du billet.

 

Alors ? Si ça se trouve, et si vous n’êtes pas sage-femme, vous l’avez trouvé très confraternel ce document.
Il mérite, je crois, un petit travail de décodage.

 

Blablabla… excellents rapports, blablabla… respect mutuel, blablabla… confraternité. Voilà une introduction qui va bien pour tenter de faire passer la suite.
Car ça se gâte immédiatement.

Affirmer la « non confusion de nos professions« , c’est reprendre le stratagème employé par Marisol Touraine pour décrédibiliser le mouvement des sages-femmes : « Elles veulent devenir médecin« .

En plaçant le qualificatif de médical entre guillemets, nos amis gynécologues tentent de créer la confusion ; y aurait les vrais médicaux : eux, et les moins vrais : nous.
J’ai déjà dit ici combien la césure entre médicaux/paramédicaux me parait inutile – vive les  » fournisseurs de soin » québécois – mais tant que cette nuance existe dans le code de la santé publique, cet adjectif ne saurait tolérer des guillemets pour notre profession.
Alors, quand le paragraphe se termine sur la nécessité d’une communication sans ambiguïté, je ris… (jaune).


L’affirmation suivante, « non équivalence des professions », s’appuie sur une réalité indéniable, une durée d’études différentes, pour aboutir à une conclusion apparaissant logique, des compétences différentes.

Joli sophisme.
Car tout dépend de quoi nous parlons. Nos compétences sont différentes en cas de pathologie mais équivalentes pour le suivi des femmes en bonne santé. La Haute Autorité de santé le réaffirmait d’ailleurs en 2007 dans des recommandations pour le suivi des femmes enceintes. Ce suivi se décline en effet sous différentes modalités :

  • Suivi A : lorsque la grossesse se déroule sans situations à risque ou que ces situations relèvent d’un faible niveau de risque, le suivi régulier peut être assuré par une sage-femme ou un médecin (généraliste, gynécologue médical ou gynécologue-obstétricien) selon le choix de la femme.
  • Avis A1 : l’avis d’un gynécologue-obstétricien et /ou d’un autre spécialiste est conseillé.
  • Avis A2 : l’avis d’un gynécologue-obstétricien est nécessaire. L’avis complémentaire d’un autre spécialiste peut également être nécessaire.
  • Suivi B : lorsque les situations à risque détectées permettent de statuer sur un niveau de risque élevé, le suivi régulier doit être assuré par un gynécologue-obstétricien.

Toute femme peut, pour une grossesse ou son suivi gynécologique, s’adresser à une sage-femme. Il sera de la responsabilité de celle-ci de déterminer si elle peut assurer ce suivi, si elle doit le faire en collaboration avec un autre professionnel ou s’il relève de la compétence spécifique du gynécologue. 

Ce qui nous amène au sujet très sensible du « premier recours« .
Les gynécologues revendiquent de ne pas en être exclus. Ça me va, c’est aux femmes de choisir. Et comme je dénie aux spécialistes le droit de décider pour ma profession, je m’interdis donc d’intervenir sur la leur.
J’en resterais là si le texte n’ajoutait cette affirmation pleine de menace « Toute orientation contraire serait extrêmement dommageable pour la santé des femmes » suggérant que les femmes qui font le choix de consulter une sage-femme prennent un risque pour leur santé !

Je me permets donc de citer la Cour des comptes recommandait dans son rapport de 2011 de « Mieux articuler et valoriser les compétences relatives des sages-femmes et des gynécologues-obstétriciens en faisant encore davantage des sages-femmes des professionnels de premier recours pour le suivi des femmes en bonne santé ».

Curieusement, après une longue liste d’arguments spécieux déniant aux sages-femmes toute autonomie d’exercice, les gynécologues retrouvent soudainement leur pleine confiance dans nos compétences et nous accordent généreusement un nouvel acte, l’IVG.

Loin de moi l’idée de m’en offusquer, je souhaite, comme beaucoup d’autres, que les sages-femmes puissent participer aux IVG.
Mais cette unique exception prouve le peu de considération accordé à cet acte. Nos autres demandes, portées non pour élargir nos compétences mais uniquement pour nous donner les moyens de les exercer restent inaudibles.

 

Voilà, rien de bien nouveau sous le soleil, si ce n’est la pitoyable métaphore aérienne.

Les gynécologues en appellent à l’aviation pour défendre leurs prérogatives. Ils oublient qu’un commandement unique, ça ne va pas du tout avec la réalité de la santé génésique qui peut, avec ou sans la sage-femme, nécessiter l’intervention conjointe de différents spécialistes.
Qui va piloter ?

Je vous renvoie au livre de Christian Morel « Les décisions absurdes« 
« La collégialité, dont l’efficacité a été mise en évidence dans les cockpits d’avion après bien des accidents, favorise la fiabilité des décisions prises »

Collégialité, c’est le mot qui me manquait !

 

 

 

Comme les textes auxquels je me réfère disparaissent parfois, je le copie ici :

L’ensemble des gynécologues médicaux et obstétriciens écrivent à Monsieur Debeaupuis chargé de ce groupe de discussion.

Monsieur le Directeur,

Après les réunions dites « décrets de périnatalité » et « premier recours » ayant eu lieu le 26 mai dernier, vous avez sollicité des contributions écrites.

Les gynécologues-obstétriciens et gynécologues médicaux, sociétés savantes et syndicats réunis, vous adressent ici leur contribution.

Trois valeurs fondamentales basent les rapports professionnels que les gynécologues­ obstétriciens et gynécologues médicaux ont avec les sages-femmes :

Rapports de confraternité et de respect mutuel dans la complémentarité de leurs professions. Les interactions entre gynécologues, gynécologues-obstétriciens et sages­-femmes sont quasi permanentes dans de multiples occasions de leurs exercices professionnels respectifs et, dans l’immense majorité des cas, elles se déroulent dans un esprit et une ambiance excellents.

Non confusion des professions. Même si ces professions sont « médicales » et que leur objectif est complémentaire dans le but de contribuer à la santé des femmes et de la naissance, leurs prérogatives, leur mode d’exercice, leurs compétences et leurs responsabilités ne sont pas les mêmes. Dans le cadre de l’organisation des soins sur un territoire donné, les praticiens ne sont pas interchangeables mais complémentaires et travaillent en coopérant entre eux. Il ne serait pas normal, et certainement dommageable, que la confusion soit entretenue auprès du grand public. La communication concernant la meilleure visibilité et le rôle de la sage-femme doit employer des mots justes et non ambigus.

Non équivalence des professions. Une formation en 5 ans (équivalent Master professionnel) ne peut jamais être équivalent à une formation en 11 ou 13 ans (doctorat professionnel suivi d’une spécialisation de 5 ans complétée dans la grande majorité des cas par un post-internat de deux années supplémentaires). Cette non équivalence doit se traduire par la reconnaissance de liens hiérarchiques de fonctionnement dans les situations qui associent les exercices, notamment en salle de naissance.

Sur la base de ces valeurs, et nous référant aux « demandes » formulées par les sages­-femmes, nous vous adressons les commentaires suivants:

1. S’agissant des décrets de périnatalité :

Nous avons compris qu’il s’agit de contribuer à la clarification des décrets existants et non de rédiger de nouveaux décrets. Pour nous, l’essentiel de la clarification doit porter sur les points suivants :

Organisation hiérarchique des professions médicales en salle de naissance. On n’imagine pas un avion dont le vol serait piloté de façon indépendante et autonome par les divers métiers qui en composent l’équipage. Il faut qu’il y ait un commandant de bord, à qui doit revenir la décision, et qui porte une responsabilité spécifique au-delà des responsabilités qui incombent à chaque professionnel individuellement.

Encadrement des personnels. La compétence particulière des sages-femmes dans le domaine de la périnatalité lui confère un rôle spécifique d’encadrement et de coordination de l’ensemble des professionnels non médicaux en salle de naissance et dans les secteurs d’hospitalisation où sont placées les femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher. Les discussions sur le statut professionnel des sages-femmes ne doivent pas faire disparaitre cette responsabilité d’encadrement car ce serait un recul certain pour la qualité des soins en périnatalité.

La différence « physiologique/pathologique ». Une différenciation stricte est impossible tant les facteurs individuels qui doivent être pris en compte sont nombreux et une situation normale peut basculer à tout moment vers la pathologie. C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il n’est pas possible d’apporter plus de précisions sur ce sujet. Il appartient aux hôpitaux et aux cliniques de s’organiser de la façon la plus adaptée en fonction de leur situation locale pour accueillir de la façon la plus humaine possible les patientes dont la naissance est a priori programmée pour être « normale » par rapport aux patientes dont le risque obstétrical est supérieur et qui doivent pouvoir bénéficier de l’accès à un plateau technique adapté.

Il y a une confusion dommageable entre « urgences gynécologiques » et « urgences obstétricales ». Par définition, une salle de naissance doit être accessible 24h/24 7 jours/7. Cette notion est prise en compte par les décrets de périnatalité. Mais cela ne doit pas pour autant conférer automatiquement aux salles de naissance et à la zone d’accueil de l’urgence obstétricale une vocation à accueillir d’autres urgences, et notamment les urgences gynécologiques (sauf choix d’organisation de la structure en question, notamment pour les structures de moindre importance). Nous sommes favorables à ce que ce point précis soit clarifié en indiquant que, au sein des structures dont l’importance le justifie, les locaux et les personnels destinés à assurer ces urgences gynécologiques doivent être différenciés des locaux et du personnel dédié aux salles de naissance.

D’une manière générale il faut souligner la pluralité des professions concernées par les décrets de périnatalité. Les sages-femmes en font partie, mais pas seulement. Les décrets, dans leur ensemble, doivent être raisonnés et interprétés de façon pluri-professionnelle.

2. S’agissant des demandes de « premier recours » :

D’un point de vue général, le « premier recours » n’appartient pas à une profession individuellement, mais doit s’organiser de façon pluri-professionnelle sur un territoire donné. En particulier, pour ce qui est de leur domaine de compétences, les gynécologues-obstétriciens et gynécologues médicaux revendiquent de faire partie du premier recours et que l’accès direct à ces praticiens ne soit pas remis en cause, aussi bien dans le secteur d’activité public que le secteur libéral. Toute orientation contraire serait extrêmement dommageable pour la santé des femmes.

Dans le détail des demandes et des indications d’arbitrage en provenance du cabinet de Mme la Ministre :

IVG médicamenteuse : sous réserve d’une convention avec un plateau technique, dans les mêmes conditions qu’un autre praticien. Du point de vue des gynécologues­ obstétriciens et des gynécologues médicaux, rien ne s’y oppose.

Suivi des grossesses pathologiques et arrêt de travail supérieur à 15 jours pendant la grossesse : ce n’est pas dans les compétences professionnelles des sages-femmes. Les sages-femmes peuvent cependant contribuer au suivi de grossesses pathologiques sur prescription médicale, à la demande du médecin qui en a la responsabilité. La sage­ femme ne peut en aucun cas se substituer à ce médecin.

Examen postnatal : il n’y a pas d’examen postnatal « physiologique » si la grossesse ou la naissance ont été d’ordre pathologique. L’autorisation donnée à la sage-femme d’assurer la consultation du post-partum n’est acceptable que si en amont tout a été strictement normal. Il serait fort dommageable pour la santé des femmes de se priver de ce moment privilégié du post-partum destiné à faire le point précis des facteurs de risque qui ont conduit à la pathologie. Une consultation avec un médecin s’impose dans ces circonstances.

Il est normal que la sage-femme soit intégrée dans le parcours de soins et qu’elle puisse adresser elle-même la patiente au spécialiste gynécologue-obstétricien, gynécologue médical, pédiatre ou médecin traitant. Elle ne peut cependant se substituer à un médecin pour adresser à d’autres spécialités médicales (radiologues, cardiologues, néphrologues…)

La prescription d’examens complémentaires, d’arrêts de travail ou de thérapeutiques qui relèvent de la pathologie ne doit pas faire partie des prérogatives des sages-femmes dont les compétences sont limitées à la « physiologie ». C’est le cas pour la prescription des échographies de surveillance de la grossesse qui doivent se limiter à l’échographie de datation et aux échographies Tl, T2 et T3.

D’une manière générale, l’établissement d’un catalogue d’actes autorisés ou non ne nous parait pas judicieux car il ne peut être exhaustif. Si cette formule devait quand même être conservée, nous demandons à participer à son élaboration. Les points déclinés ci­ dessus peuvent servir d’exemple pour illustrer les principes que les prises en charge ne doivent pas être raisonnées de façon individualisée par une seule profession mais toujours de façon organisée et coordonnée, et que les professions ne sont pas interchangeables mais contribuent dans leur complémentarité à une prise en charge de qualité.

Nous espérons que cette contribution sera utile. Nous l’avons rédigée de façon concertée entre les différents groupes de sensibilité au sein de notre profession de gynécologues­ obstétriciens et de gynécologues médicaux afin que vous puissiez avoir un reflet synthétique de ce que nous pensons de façon très large.

Nous vous prions d’accepter l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Le président du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français)

La présidente de la FNCGM (Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale)

Le président de la Fédération des Cercles de Gynécologie-Obstétrique des Hôpitaux Généraux

La vice-présidente du Syngof, Vice-présidente d’Avenir Hospitalier

La présidente du SGL (Syndicat des Gynécologues Libéraux)

 

 

 

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Des poids et démesure

Publié par 10lunes le 29 avril 2014 dans Militer, Pffffff

 

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Une nouvelle fois, la profession s’agite. Pour le moment vous n’en entendez rien mais cela ne devrait pas durer.
La raison de cet émoi ? L’interdiction faite à Krista Guilliams et Françoise Servent, deux sages-femmes accompagnant des naissances à domicile, d’exercer leur profession. L’une pour 3 années dont 6 mois avec sursis, l’autre de façon définitive.

Je n’écris pas aujourd’hui pour défendre point par point leurs dossiers. Je n’en connais que les grandes lignes et surtout ce n’est pas le lieu. Certains accouchements ont présenté des difficultés nécessitant un transfert vers l’hôpital et certains ont cru bon de tirer la sonnette d’alarme.
Je veux simplement souligner que les femmes et les enfants pour le suivi desquels ces sages-femmes ont été mises en cause sont en parfaite santé.
La sanction apparait donc extrêmement lourde.

L’interdiction d’exercice, des sages-femmes en parlent dans le documentaire « Entre leurs mains« . Elles évoquent le défaut d’assurance et les sanctions encourues. Amende de 45 000 € ou peine de prison sont envisagées avec une quasi sérénité ; l’interdiction d’exercer les glace. Comment imaginer vivre sans ce métier qu’elles pratiquent avec passion ?

 Alors oui, 3 ans ou toute une vie, c’est très chèrement payé.

Et puis j’ai vu passer cet article de Nice Matin. Au cours d’une intervention, un chirurgien se trompe et enlève le rein sain d’une patiente. Elle se retrouve donc en dialyse puis greffée. Il ne s’agit pas d’une complication opératoire mais bien d’une erreur stupide et les séquelles sont réelles et lourdes. Pourtant, ce chirurgien n’a été que légèrement condamné à une interdiction d’exercice de 1 mois ; et ses juges ont poussé la mansuétude jusqu’à prévoir cette interdiction durant le mois d’août.

Un mois de vacances versus l’interdiction de pratiquer son métier.
Vous la voyez la démesure ?

 

Comités de soutien :
Krista Guilliams (et : comite.soutien.krista@gmail.com)
Françoise Servent 

 

 

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Indisponible

Publié par 10lunes le 21 mars 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

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Hier les sages-femmes étaient en grève. Jeudi noir qu’on a dit.
Dans les médias, tout semblait se cristalliser autour des hospitalières qui réclament au sein de leurs établissements un statut médical, conforme au code de la santé publique.
Sage-femme libérale, j’étais pourtant en grève aussi. Ces revendications ne me concernent pas directement mais 5 mois de mobilisation et aucune avancée… ça justifie de se montrer solidaire.

Et puis d’autres motifs que le statut agitent la profession, en particulier son « invisibilité ».
Une transparence que nous ressentons au quotidien, à travers l’étonnement de femmes nous découvrant au hasard d’un forum internet, du conseil d’une copine, ou d’un blackboulage hospitalier « Pas de place avant le 7ème mois, si vous n’avez pas de gynéco, voyez avec votre généraliste ou une sage-femme ».

Mais comment montrer l’absence ?
Et puis j’ai repensé au site ameli.

[pub] Ameli direct est un service vous informant sur les praticiens de votre ville, en fonction des actes pratiqués, de leurs tarifs et de leur secteur de conventionnement. [pub]

Imaginons que vous envisagiez une « Pose, ablation ou changement de stérilet ou d’implant contraceptif sous-cutané »
Vous tapez votre code postal et lancez la recherche. Avec un peu de chance, vous aurez plusieurs noms.
Mais JAMAIS de sage-femme !
Parfois il n’y en pas dans votre ville, parfois il y en a mais elles n’assurent pas ces actes. Et parfois c’est pas ça !
Dans ma ville, toutes les sages-femmes pratiquent le suivi gynéco « de prévention ». Ameli-direct liste des généralistes, les gynécologues -tous en secteur 2– mais nous oublie obstinément.

Si vous demandez simplement les généralistes ou tous autres spécialistes de votre secteur, vous aurez accès aux tarifs de leurs principaux actes.
En cherchant les sages-femmes : leur liste va bien s’afficher. Mais AUCUN tarif et AUCUN acte ne sont précisés. Ni la pose d’un DIU, ni même une banale consultation…

Pire, en cliquant sur la petite loupe censée préciser l’activité, vous tomberez sur « Les tarifs de ce professionnel de santé ne sont pas disponibles actuellement. » Pourtant, nos tarifs sont parfaitement clairs et connus, comme par exemple sur cette page du site… ameli !

Un autre motif pour ce « professionnel de santé » de fermer son cabinet hier !

 

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Effet de non-annonce

Publié par 10lunes le 4 mars 2014 dans Militer, Profession sage-femme

 

blablabla (1)

Voilà un billet que je sais par avance mal écrit et mal fichu, parfaitement assorti à l’état d’esprit de son auteur après les annonces ce matin de Marisol Touraine au sujet du statut des sages-femmes.
Pas de retransmission en direct, les premières infos reçues sont les tweets du ministère de la santé que je me fais un devoir de copier et commenter ici…

Garantir la santé des femmes, reconnaître les compétences médicales des sages-femmes et favoriser un cadre de travail collectif à l’hôpital.
Qui pourrait s’opposer à tout cela ? Se préoccuper de la santé des femmes est un incontournable, les compétences médicales des sages-femmes sont inscrites dans le code de la santé publique et la coordination des acteurs de santé est un préalable indispensable à la qualité de nos prises en charge.
Langue de bois mon amour…

Apres le temps du dialogue vient celui de la décision.
Création d’un statut indépendant de sages-femmes des hôpitaux
Ce statut permettra aux sages-femmes d’être reconnues a la hauteur de leur rôle.
On ne sait pas bien ce que ça veut dire mais il est facile de déduire que le statut de « praticien hospitalier sage-femme » réclamé par une grande partie de la profession tombe aux oubliettes. Quel sera ce « statut indépendant » ? Que va t’il garantir ?
Dans un courrier, Marisol Touraine évoque la « possibilité d’unités fonctionnelles en fonction du projet médical de l’établissement et avec l’avis favorable des équipes concernées ».
Quand on sait que l’ouverture des plateaux techniques aux sages-femmes libérales est inscrite dans la loi depuis 1991… et que pourtant – parce que l’équipe n’y est pas favorable et que cela ne correspond pas au projet médical – très peu d’établissements en donnent la possibilité…
En clair, dans les chouettes maternités qui travaillent déjà ainsi de façon informelle, cela pourra être formalisé, dans les autres… ben on continuera sans rien changer !

2ème mesure : valorisation des compétences médicales des sages-femmes.
Une campagne de communication, valorisation spécifique des actes réalisés par les sages-femmes à l’hôpital.
Cette phrase me donne l’occasion de féliciter le SYNGOF pour son efficace travail de lobbying !!! Souligner les compétences des sages-femmes à l’hôpital, ça ne mange pas de pain…Les femmes y sont en quelque sorte captives ; au sein des établissements hospitaliers, on ne décide pas des modalités de son suivi. Etre mieux informées ne peut être que plus respectueux pour elles, mais ne changera rien à l’organisation des soins.
En dehors, par contre…. Mieux faire connaitre les compétences des sages-femmes en libéral, c’était prendre le risque de voir certaines patientes se détourner de leur gynécologue pour choisir de s’adresser à une sage-femme. Faut pas pousser hein !*

De nouvelles responsabilités : participation au projet médical d’établissement, à la recherche, à des missions d’intérêt général…
Les sages-femmes étaient déjà présentes en CME qui participe (depuis fin 2013) à l’élaboration du projet médical d’établissement, déjà en mesure de faire de la recherche et même d’en assurer la direction. Quant aux missions d’intérêt général, le courrier évoque les réseaux de périnatalité (les sages-femmes y sont bien heureusement déjà présentes, et certaines en sont les coordinatrices) ou la PMI où travaillent déjà par ailleurs … je vous le donne en mille….des sages-femmes !

4ème mesure : amélioration de la formation des sages-femmes (statut de maîtres de stage, des étudiants en maïeutique).
Le courrier parle de « pleine reconnaissance ». Mais encore ?

5ème mesure : revalorisation de la rémunération des sages-femmes – la concertation s’ ouvrira dès le mois d’avril.
Après quatre mois de mobilisation, il est effectivement urgent d’attendre deux mois de plus pour débuter les négociations salariales.

Un nouveau statut, des compétences mieux reconnues, des responsabilités accrues, une formation renforcée, une rémunération revalorisée.
Les sages-femmes auront un statut médical avec la création du statut de sages-femmes des hôpitaux.
Les sages-femmes hospitalières pourront exercer sur le territoire des missions d’intérêt général et verront leurs compétences valorisées.
Seul le détail des mesures concrètes permettra de se faire vraiment une opinion.
Pour le moment, je ne vois rien dans cette annonce qui réponde aux attentes des sages-femmes.

Ou comment enflammer une profession en tentant d’endormir sa colère…

 

Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, les sages-femmes communiquent sur leurs compétences.
L’ANSFL organise le 8 mars prochain, à l’occasion de la journée des droits des femmes,
une porte ouverte dans les cabinets de sage-femme

C’est le moment de découvrir les professionnels de votre secteur !! A bientôt ?

 

* Dans son discours, Marisol Touraine n’est guère plus précise… Elle évoque cependant une valorisation des compétences des sages-femmes qui ne semble pas restreinte aux hospitalières. Trop peu de nos concitoyennes savent aujourd’hui qu’elles peuvent aller consulter une sage-femme pour leur contraception ou, à des fins de prévention. Il est de ma responsabilité de mieux faire connaître du grand public et des autres professionnels le rôle primordial que jouent les sages-femmes pour la santé des femmes.

 

 

 

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