L’histoire sans fin

Publié par 10lunes le 31 juillet 2017 dans Médias, Militer

 

Odile Buisson a décidément l’art de réactiver ce blog.
Ses propos se font chaque fois plus outranciers et il est quelque peu désespérant que les gynécologues la laissent parler en leur nom.

N’en déplaise à Odile Buisson, la violence obstétricale n’est pas un fantasme. Le questionnement ne concerne pas sa réalité mais son ampleur. D’aucuns évoquent un phénomène général, je voudrais pencher pour l’exception ; mais même si cela ne concernait qu’une toute petite minorité de femmes et de soignants, cela n’en resterait pas moins inacceptable.
Le rapport du HCE devrait permettre  de trancher. Et si certains discours sont effectivement virulents, ce n’est qu’à ce prix, comme j’en convenais ici, que la souffrance se fait entendre. Je déplore la surenchère nécessaire pour être enfin audible mais cette surenchère n’appartient pas aux « activistes de la naissance », c’est tout un fonctionnement médiatique et politique qu’il faudrait revoir.

Odile Buisson accuse tous azimuts en affirmant la volonté d’éviction de tous les spécialistes. C’est bien évidemment faux, personne ne serait assez naïf pour en revenir aux lois de mère nature. Par contre nous sommes nombreux à souhaiter que les « modes de prise en charge » soient redéfinis pour mieux respecter la « normalité » * de la naissance.

Ce travail est en marche. Il y a eu les recommandations du collège des sages-femmes sur l’utilisation de l’ocytocine. Et nous attendons dans les prochains mois des recommandations de la Haute Autorité de Santé sur l’accouchement physiologique. Il semble que le balancier reparte – enfin ! – dans le bon sens alors que les années 2000 avaient vu exploser l’hypermédicalisation de la naissance.

Pour faire bonne mesure, Odile Buisson tente d’apeurer les foules en évoquant le déremboursement de la péridurale. Un délire total et un de ses sous-entendus récurrents contre ces diaboliques sages-femmes, grandes prêtresse de la nature adeptes de la rédemption par la souffrance…(oui, moi aussi, je peux forcer le trait !)

Mais chère Odile – permets-moi de te tutoyer depuis le temps que je monologue avec toi – je m’irrite que tu oses énoncer : « Les syndicats de sages-femmes, très actifs depuis que le métier s’est masculinisé ».

D’une part c’est faux. Le pourcentage d’hommes exerçant le métier de sage-femme reste faible :  3 % en 2015 et ils sont -logiquement ! – très minoritaires au sein des instances syndicales : 1 sur 12 membres au conseil administration de l’UNSSF, 2 pour 10 au conseil d’administration de l’ONSSF.
Mais surtout, et c’est d’autant plus inacceptable que tu es régulièrement présentée dans les médias comme féministe, crois tu vraiment que ma profession ait eu besoin des hommes pour oser défendre et revendiquer de meilleures conditions de mise au monde pour les femmes ?

Si la secrétaire d’Etat  se piquait d’un nouveau rapport sur les inepties sexistes proférées à l’égard des sages-femmes… Chère Odile, tu y figurerais surement en bonne place.

 

 

*je ne peux me résoudre à conjuguer les mots protocole et physiologie. Le premier est censé se déterminer à partir de normes générales alors que la seconde se détermine au plus près de l’expérience individuelle. 

 

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Contre-feux

Publié par 10lunes le 28 juillet 2017 dans Médias, Militer

 

Le 20 juillet, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes – peut-être soucieuse d’éteindre le feu couvant quant à la baisse drastique de son budget (27%) – a évoqué les violences obstétricales lors de son audition au Sénat.

« J’ai commandé un rapport au Haut Comité sur l’Egalité sur les violences obstétricales qui est un sujet qui revient dans l’actualité. Vous savez qu’en France, on a un taux d’épisiotomies par exemple à 75%, alors que l’OMS préconise d’être normalement je crois autour de 20-25% ». Le chiffre est à vérifier mais il me semble que c’est cela. Notamment de pratiques obstétricales non consenties avec notamment des violences obstétricales, semble-t-il, particulièrement sur les femmes étrangères, sur les femmes très jeunes, et sur les femmes handicapées. Ce sont des sujets sur lesquels nous avons un gros travail à mener ».(à 1h 09)

Elle a commis la réelle maladresse de se référer à un chiffre issu du réseau « Maman travaille »* choix pas tout à fait innocent puisqu’elle en est la fondatrice. Marlene Schappia aurait pu, dû, se tourner vers les  statistiques provenant de l’enquête périnatale de 2010 (les chiffres de la dernière enquête, réalisée au printemps 2016, ne seront disponibles que fin 2017) :  le 75%  d’épisiotomie  annoncé se transforme alors en  44.4 %  pour un premier accouchement  et 14.2 % pour les suivants. Elle aurait pu noter aussi que ces chiffres ont été respectivement divisés par 2 et 3 en 14 ans ( cf p 80 de ce rapport de la DREES). Chiffres en réel progrès donc, mais encore trop élevés puisque certaines maternité sont en dessous de 5 %.

Je ne suis pas certaine que cela aurait fait autant de bruit si nous n’étions au cœur de l’été à l’heure où tout semble s’arrêter et que les rédactions peinent à remplir leurs pages. Les médias se sont emparés du sujet.

Curieusement les obstétriciens se sont immédiatement sentis désignés, oubliant au passage que, comme le souligne cette réaction mesurée du CNOSF, 75 % des accouchements sont « réalisés » par les sages-femmes. Le CNGOF s’est dit profondément choqué, le SYNGOF a carrément réclamé la démission de la secrétaire d’Etat.
Ni les uns ni les autres n’ont souligné ce qui apparaît gravissime : la désignation de catégories de femmes victimes de violences obstétricales. Si ces faits étaient avérés, cela impliquerait que ces violences sont volontaires, puisque ciblant les femmes les plus fragiles et les moins à même de se défendre.

L’état des lieux des violences obstétricales commandé au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes est donc plus que bienvenu.

 

NB : Odile Buisson ayant encore sévi, je vous dis à très bientôt…

 

*attention photo ! (et propos improbables… )

 

 

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J’ai hésité, beaucoup. En parler, c’est mettre le livre en avant, entrer dans le jeu de Martin Winckler choisissant avec soin un titre plus que provocateur… (le simple remplacement du « les » par « des » aurait adouci le sentiment de stigmatisation de tout un corps professionnel).

Malgré les premières réponses, modérées, argumentées de « Abigaïl Sittrygsdóttir », Stockholm, Christian Lehmann (et bien d’autres depuis), ce ne sont pas eux qui hantent presse écrite, plateaux télé et studios radio mais bien Martin Winckler, en parfait donneur de leçon.

Le silence semblait une option raisonnable et reposante.
Le mot qui m’a fait basculer vers l’écriture de ce billet est « charmant ». Interviewé sur France 2, Martin Winckler a prononcé cette phrase : Il y a énormément de très bons médecins en France, il y a énormément de gens qui sont tout à fait charmants mais ce qui n’est pas normal, c’est que ce ne soit pas la norme.
Par honnêteté, précisons qu’il a ajouté un peu plus tard : C’est un livre pour les patients, pour qu’ils sachent que quand ils sont maltraités il faut qu’ils se défendent, il faut qu’ils fassent la différence entre les bons médecins qui les soutiennent et les médecins qui les maltraitent.

Mais j’ai bloqué sur ce qualificatif de charmant que je trouvais … condescendant.
Je ne veux pas être charmante et ne me reconnais pas non plus dans son analyse de caste (suis fille d’instit, petite fille de mécano, arrière petite-fille de mineur plus ou moins silicosé j’ai bon ? Vous me direz, je suis sage-femme et non médecin…) Mais surtout je ne reconnais pas dans cette brutalité annoncée le monde des soignants que je fréquente au quotidien.

Bien évidemment, et je l’ai déjà dénoncé ici, je croise -heureusement rarement- la route de connards totaux et connasses totales, tous professionnels de santé confondus. J’entends aussi des histoires de soignants qui se sont montrés maladroits, inattentifs, décalés. Et certaines fois, je me croise moi même, désolée ensuite d’avoir été trop fatiguée, préoccupée, déphasée pour mieux faire.

Récemment, un couple m’a raconté s’être senti malmené par une collègue. Consoeur par ailleurs extrêmement *irritante* parce que JAMAIS, mais vraiment JAMAIS je n’entends de critiques négatives à son égard. Elle est toujours à l’écoute, toujours empathique, elle questionne, explique, prend le temps nécessaire, parvient toujours à une décision conjointe. Dans sa relation aux femmes et aux couples, elle est la perfection incarnée. Pourtant, pour la première fois, des parents expliquaient qu’elle avait voulu les convaincre avec de mauvais mots, plus proches de la menace que de l’argumentaire scientifique étayé…

La perfection n’est pas de ce monde. Nous gardons tous en tête nos jours « sans », en espérant très fort que ces souvenirs nous aident à ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Mais si cette vigilance peut marcher pour soi, elle ne fonctionne pas pour les autres. Tout donneur de leçon généralisatrice invite le camp d’en face à une réaction épidermique : c’est pas moi c’est l’autre.

A l’inverse, partager les moments de grâce, ceux où la relation soignant/soigné a touché à la perfection, nous motive à mieux faire parce que nous avons tous envie de faire partie du club des soignants presque parfaits.

Alors je me remotive pour un avent 2016 sous le signe de la qualité des soins. J’attends vos jolies histoires pour les mettre en mots et raconter le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.
Pour débuter ensemble l’an 2017 avec l’envie de faire mieux !

 

Mode d’emploi : Envoyez les situations vécues sur 10lunesatgmail.com sans vous soucier de la rédaction. Si le thème correspond au programme de cet Avent 2017, je reprends avec mes mots (et ne publie qu’avec votre accord après « réécriture »).
NB : je préfère les histoires plutôt brèves (c’est plus facile) et surtout les histoires reçues tôt !

 

 

 

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Autothérapie

Publié par 10lunes le 8 septembre 2016 dans Médias, Petites phrases, Pffffff

 

divan

Hier soir un mail : Je viens de regarder en replay l’émission de la « Maison des maternelles »   : Je veux accoucher sans péridurale. Je te conseille de la regarder si c’est pas déjà fait.

Le temps d’un téléchargement à la lenteur que je qualifierais de majestueuse – on se console comme on peut de la fracture numérique – j’ai pu voir le replay tôt ce matin. Ou comment « bien » débuter une journée.


Il y a une femme, Marie Charlotte, témoignant de ses trois accouchements, le premier sous péridurale, les deux autres sans. Elle avait une parole modulée, ne diabolisant pas l’un, n’idéalisant pas les autres.

Il y a une sage-femme, Barbara Bouhanna, au discours posé, respectueuse des femmes et de leurs choix.

Il y a un obstétricien, Philippe Descamps, chef de service du CHU d’Angers, le propos un poil paternaliste quand il explique la petite aiguille et le petit cathéter, un poil colonialiste quand il évoque son expérience à l’étranger, le silence des asiatiques et les cris des nord-africaines.
Il prévient : Ca vaut ce que ça vaut mais on estime que la douleur d’un accouchement c’est entre la fracture de la jambe et l’amputation du doigt… Malgré tout cela, son discours apparait presque neutre.

Neutre, surtout comparé à celui de l’animatrice, Agathe Lecaron qui, si j’ai bien compris, a eu un enfant récemment, accouchement qui a été, si j’ai bien deviné, très douloureux.
Car cela s’est beaucoup, beaucoup, vraiment beaucoup entendu.

Ca démarre dès la présentation  : C’est bien si on accouche sans péridurale d’accoucher très très vite mais c’est pas le cas pour tout le monde. D’ailleurs : Accoucher sans péridurale, pourquoi ?
Dans les années 80, la péridurale nous a délivré de douleurs atroces, les douleurs atroces de l’accouchement. En France 8 femmes sur 10 bénéficient aujourd’hui de cette anesthésie, dont la majorité d’entre nous d’ailleurs n’imagine même pas pouvoir se passer le jour J.


Sans se soucier de l’évidente contradiction, elle enchaîne :
Pour info, selon un récent sondage diffusé en mars 2016, 44% des femmes se déclarent prêtes à accoucher sans péridurale mais au bout du compte une femme sur deux va changer d’avis – hihiiiiii –ben oui parce quand on commence à avoir mal, c’est pas pareil ! Et pourtant, de plus en plus de futures mamans souhaitent revenir à un accouchement plus naturel, c’est la tendance, plus riche en sensations, quitte à déguster au moment des contractions.

Je souligne que la Maison des maternelles est diffusée en direct mais que cette présentation était écrite et donc préparée…
La suite sera encore
 plus spontanée.

Petit florilège des interventions de la présentatrice lors du débat :
– Accoucher volontairement ou pas sans péridurale, mais pourquoi, mais comment ?

S’adressant à la femme venue témoigner  : Vous, vous êtes allée au bout de votre choix, c’est pas toujours le cas. Il y a 5 ans, vous aviez accouché sous péridurale. La mère en fait un court récit que résume ainsi l’animatrice : Vous, vous étiez confortable, ça s’est très très bien passé, y avait pas de regret après, tout s’est bien passé.

Un peu plus tard
– Puisque c’est si facile d’accoucher avec péridurale, enfin facile, c’est jamais facile d’accoucher mais enfin c’est plus facile d’accoucher avec péridurale au niveau des douleurs, comment on explique qu’il y a encore des femmes qui veulent accoucher sans péridurale dans notre pays ? Faut quand même rappeler que les contractions ça fait un mal de chien, il faut le dire.

D’ailleurs se passer de péri, c’est peut-être pas par choix :
– Ca arrive souvent quand on arrive trop tard à la maternité, c’est-à-dire qu’on a trop attendu, du coup on a plus le temps quoi.

– Mais en même temps, les dernières contractions sont les plus douloureuses quoi, c’est vraiment du travail concret. C’est quand même très dur si on l’a pas à ce moment-là.
– Y a pas à culpabiliser de pas avoir envie d’avoir mal, ça on va quand même pas mal le dire.
– Quand on a cette envie, faut essayer de la tenir jusqu’au bout, après c’est vrai que quand les contractions arrivent et que c’est un premier, on peut pas imaginer ce que ça fait et parfois ça démotive.

Barbara, la sage-femme, souligne qu’une femme a toujours la possibilité de changer d’avis
– Elle est libre, c’est important de le dire ponctue Agathe Lecaron.
Oui faut quand même pas se faire souffrir très longtemps.

Le reportage illustrant le débat vient confirmer le discours pas vraiment subliminal de la présentatrice. La femme qui souhaitait vivre son accouchement sans péridurale change d’avis au bout de neuf heures et met au monde son enfant au bout de 22 heures de travail.
Puisqu’on vous dit que c’est difficile !
Elle accouche sous péridurale donc, mais aussi les jambes calées dans les étriers, et la lumière du scialytique braquée sur son sexe.  

C’est ballot, juste à côté de cette maternité, y a une maison de naissance, j’ai nommé le CALM, avec un environnement et surtout un accompagnement se prêtant réellement à une naissance sans anesthésie.*

J’espère qu’Agathe Lecaron se sent mieux après cette émission exutoire.
Mais je doute que toute autre femme la visionnant résiste au martelage « sans péri, on en bave »…

D’ailleurs, le dernier reportage filme les parents d’un tout jeune bébé.
– Vous avez accouché d’un bébé de 4 kg 820 sans péridurale ! Vous êtes mon idole. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

 


*
 Les couples sont surement peu enthousiasmés par l’idée d’une équipe de tournage venant troubler cette intimité. Cela peut expliquer le choix du reportage

 

 

 

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Mal traitant – mal traité

Publié par 10lunes le 3 octobre 2015 dans Médias, Pffffff

 

Cible-j-f-r

Le sujet était brûlant, l’émission a fait le buzz, les blogs*qui l’ont commentée un peu aussi.
Jeudi, je reçois un mail « Je tenais à vous informer que dans le cadre de notre rubrique « Le Post », nous citerons votre blog dans un article publié samedi sur JIM.fr. »
On est samedi. Je lis.

Comment éviter le débat ? En le caricaturant !
Opposons  de pauvres gynécologues manipulés par la radio (grands naïfs qu’ils sont) à des blogueuses enragées engagées.
Fin du débat.

Le JIM reproduit ma retranscription des propos des gynécos en terminant sur ce commentaire « épingle cruellement Dix Lunes sans reconnaître que le jeu du montage a pu donner des gynécologues interviewés une image peut-être un peu déformée (et sans envisager que Jean Marty se référait à une acception très classique du terme « maltraitance »). »

Les mauvais esprits tentent toujours de remettre en cause les témoignages de patientes, les renvoyant à leurs mauvaises compréhension des gestes, à leur hypersensibilité voire pudibonderie, aux impératifs médicaux. Je me suis attachée à ne retranscrire que les propos des Dr Marty et Paganelli, justement parce qu’ils se suffisaient à eux-mêmes et n’étaient pas susceptibles d’interprétation.

A l’inverse, j’aurais aimé voir cité ma conclusion qui, loin du gynéco bashing auquel on me résume, soulignait combien cette représentation syndicale était problématique pour la profession…

Le JIM ne dit d’ailleurs rien d’autre quand il regrette ensuite :
Ainsi les deux praticiens ne trouvent nullement grâce aux yeux de ces blogueuses engagées et sont, rapidement, érigés comme le symbole d’une gynécologie maltraitante et paternaliste, sexiste et irrespectueuse… et qui plus est fière d’elle ! Si les propos rapportés par les trois blogueuses ont effectivement été tenus par les deux praticiens et s’ils reflètent assez bien la teneur générale de leurs déclarations (la tentative de démonstration de l’absence de respect des patientes par Elisabeth Paganelli est on ne peut plus maladroite), on ne peut s’empêcher d’apporter quelques nuances à cette vindicte. D’abord, dans une émission toute acquise à la cause des patientes « malmenées », Jean Marty et Elisabeth Paganelli n’avaient pas la tâche facile et tenaient forcément le mauvais rôle… mauvais rôle appuyé par un montage où se superposent sans véritable lien les témoignages les plus édifiants et leurs propos souvent décalés.
L’injustice radiophonique ne fit qu’aggraver leur cas : à côté de la belle voix douce de Martin Winckler et de celle des différentes intervenantes, l’accent
.
Surtout, on peut se demander pourquoi France Culture a choisi de ne s’en tenir qu’à ces deux seuls praticiens : il n’y a donc en France aucun gynécologue qui soit d’accord pour reconnaître qu’il existe une tendance regrettable au paternalisme, que certains actes doivent être prohibés et que la pédagogie doit remplacer l’infantilisation autoritaire ? Une sorte de « Martin Winckler » (l’irréprochable ) de la gynécologie ! Ou au moins un gynécologue capable d’expliquer la nécessité de certains actes, de tenter d’excuser certains propos maladroits (et pas seulement en soulignant que c’est ainsi que les gynécologues ont appris leur métier comme le répète toujours Martin Winckler)… sans tomber dans la caricature. Apparemment non.

Le JIM feint donc d’ignorer que les médecins interrogés sont des représentants très officiels de la profession. Bien sur, ils y en a d’autres. Mais c’est bien le SYNGOF qui, par ses prises de positions régulièrement agressives et méprisantes, nuit à l’image des gynécologues et à toute tentative de réflexion conjointe autour de l’organisation des soins ou de la coordination nécessaire entre praticiens. 

Confraternellement, le JIM précise ensuite : Comme Clara de Bort l’a bien souligné au cours de l’émission, la spécificité des organes concernés suppose des attentes, apparemment pas toujours satisfaites, et une sensibilité, pas toujours comprise, particulières.
Puis cite : La blogueuse Ovidie pourtant dans sa conclusion appelle à la nuance « …/… Et il y a des gynéco formidables, mentionnons-le au passage. Il ne s’agit pas de tirer à boulet rouge sur l’ensemble d’une profession si nécessaire » écrit-elle.

Je ne disais pas autre chose. Mais qui prendra le temps d’aller lire le blog après la présentation qui en est faite ?
L’article laissera à ses lecteurs le sentiment d’une sage-femme aux positions outrancières.
Ou comment nourrir – avec gourmandise ? – l’idée d’une bataille rangée entre nos deux professions…

 

 

*Autres blogs cités dans l’article :
– Marie-Hélène Lahaye
– Ovidie

 

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Mal traitant

Publié par 10lunes le 28 septembre 2015 dans Blessures, Médias, Pffffff

 

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Cet après-midi, France culture diffusait un Sur les docks consacré aux « Maltraitances médicales en gynécologie » avec cette intro édifiante « Tout au long de leur vie, les femmes livrent leur corps à des gynécologues ».

Bloquée dans un TGV à la connexion plus qu’intermittente, je me suis attelée au podcast aussitôt rentrée, bien décidée à produire une analyse détaillée et critique.
Mais nul besoin de détails, nul besoin de critique, les interventions des deux gynécologues, respectivement président et secrétaire générale du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (mes amis du Syngof quoi*) se suffisent à elles-mêmes.

J’aurais de toute façon été bien incapable d’écrire quelque chose de censé. L’audition cumulée des témoignages de femmes brutalisées par la médecine est aussi une violence. 


A tout seigneur tout honneur, commençons par le Dr Marty.

Il débute brillamment : La maltraitance vis-à-vis des femmes, pour moi c’est soit du domaine du fantasme soit effectivement des faits divers parce que y en a un ou deux qui ont violé mais ça ça existe dans tous les domaines.
Plus loin, il en rajoute tellement qu’il perd toute crédibilité : C’est pour nous un tel honnnnnnneur d’avoir des femmes qui nous font confiance.
Il osera conclure : Nous on est formés à tout entendre, à tout écouter. On ne fait rien que n’accepte la population.
Irréprochable !

Pourtant,  à deux reprises, son inconscient le trahit.
Evoquant le vécu des touchers vaginaux : Ça dépend d’une appréciation individuelle de cet examen. La plupart des femmes ne posent pas de problèmes par rapport à ça.
A propos des examens sur des patientes sous anesthésie : Y avait aucune raison d’aller expliquer à une femme qui dormait qu’on allait en profiter pour apprendre aux étudiants à faire des examens.

Le Dr Paganelli brille elle par ses interventions… décalées.

Elle ose un premier :  Les dames qui me disent je viens pour un examen gynéco et un frottis et elles ont leur règles et elles m’en mettent partout.
Affirme ensuite : Maintenant les femmes elles demandent tout ce qu’elles veulent…
Puis feint de s’attacher au confort des femmes en comparant  toucher vaginaux  sous et sans anesthésie.
La question n’est pourtant pas celle de l’anesthésie mais celle du consentement…

Consentement qu’elle caricature ensuite  : On leur donnera une fiche d’information par la secrétaire. Est-ce que vous acceptez que je fais (sic) le TV, est ce que vous acceptez  que je prends (re-sic) la tension, est ce que vous acceptez que je vous pèse parce que moi moi j’ai des obèses elles veulent pas être pesées.

Fin des extraits choisis ; je vous encourage à écouter l’émission pour vous faire votre propre opinion.

Je ne souhaite pas opposer gynécologues et sages-femmes. Aucune profession n’a le monopole du respect des femmes. L’un des témoignages évoque d’ailleurs le soutien attentif d’une gynéco.

Mais il semble urgent  que cette profession se trouve d’autres représentants.
Parce qu’avec des amis pareils, ils n’ont pas besoin d’ennemis…

 

*régulièrement invités ici …

Edit du 03 10 2015
Oup ! On me dit dans l’oreillette que le Dr de Rochambeau a remplacé le Dr Marty à la présidence du Syngof le 8 juin dernier. Le Dr Marty est maintenant trésorier du syndicat.

 

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Du people et du pipeau

Publié par 10lunes le 30 mai 2015 dans Médias, Pffffff

 

Catherine,_Duchess_of_Cambridge

Devant la multiplicité des médias traitant soudain ce sujet, j’imagine que l’assurance maladie a souhaité communiquer sur les sorties précoces de maternité. M6 a choisi de traiter le sujet à la n’importe nawak. Autant d’inepties et de contres-vérités débitées en 3 minutes (à 15’20), ça frise l’exploit.

Je vous laisse en juger avec cette transcription intégrale… agrémentée de quelques captures d’écran histoire de vous prouver que je n’écris pas ce billet sous l’emprise d’une substance hallucinogène.
Et je vous épargne le ton surjoué genre iMMMMMMMense hôpital ou sans-pé-ri-du-ra-le

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Question : les jeunes mamans restent elles trop longtemps à la maternité après leur accouchement. Elles y passent un peu plus de  4 jours actuellement et c’est trop selon certaines mères d’autant qu’un délai plus court est synonyme d’économie. La caisse nationale d’assurance maladie estime que raccourcir leur séjour permettrait d’économiser 280 millions d’euro par an.

Alors quels sont les avantages et les inconvénients d’un retour précoce à la maison,  comment ça se passe chez nos voisins européens ? 
Pourquoi certaines femmes veulent elles réduire leur séjour à la maternité ?

C’est en général parce qu’elles ont déjà eu un enfant et donc elles veulent souder rapidement le lien avec les frères ou les sœurs.  Elles se disent également dans un environnement beaucoup plus confortable à  la maison que dans un immense hôpital impersonnel. Et au total 30 % des mères estiment rester trop longtemps à la maternité quand ça se passe bien évidemment.  Alors on le rappelle, la durée minimale du séjour est de trois jours pour un accouchement classique par voie basse, quatre pour une césarienne.

Et désormais certaines maternités peuvent permettre de rentrer plus tôt, c’est ce qu’on appelle le programme prado. La maman a alors droit à trois jours de visite d’une sage-femme à domicile, la première dans les 48 heures, ainsi qu’à une aide-ménagère, le tout évidemment pris en charge à 100 %.

pradoUn commentaire à présent : J’ai été choquée de voir Kate Middleton rentrer 10 heures après son accouchement nous dit Delphine.

Mais oui Delphine, ça a surpris  les français mais au Royaume Uni ça n’a rien d’exceptionnel. Les britanniques restent en moyenne 1.7 jours à la maternité contre 3 pour la moyenne européenne et 4,2 jours en France.

Pourquoi ?  Parce que la majorité des européennes accouchent sans péridurale contre une minorité seulement de françaises. Elles peuvent se lever tout de suite et il y a moins besoin de suivi médical.péri

L’autre tendance c’est l’accouchement à domicile ou dans une maison de naissance.  C’est très répandu en Hollande, aux Pays Bas, au  Royaume Uni. En France, c’est totalement marginal puisque les maisons de naissance sont totalement interdites.AAD

Y a quand même des risques non  à sortir trop rapidement de la maternité?
Ben oui, pour une jeune femme, une jeune maman dont c’est le premier enfant, c’est un peu comme partir dans l’inconnu. On peut ne pas dépister certains problèmes de lien mère- enfant, le fameux baby blues par exemple.baby bluesL’enfant risque aussi certaines complications, certaines infections, la jaunisse qui apparaît entre le 3ème et le 5ème jour de sa vie.

Ictère

Et selon la Haute Autorité de la Santé, et bien, deux femmes sur dix rencontrent des difficultés après l’accouchement et c’est précisément dû à une mauvaise préparation de sa (sic) sortie de la maternité.post nat
Et donc on comprend la prudence des femmes françaises.

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Voilà… Je ne sais même pas si ça vaut le coup de décrypter tellement c’est gros mais 

  • Il n’y a pas de durée minimale de séjour imposée ; plus exactement, un départ avant les délais indiqués est considéré comme précoce par la HAS qui a rédigé des recommandations de bonnes pratiques sur la sortie de maternité.
  • Le prado c’est, par exemple, ça. Donc plutôt deux visites de la sage-femme et pas le début de l’amorce d’un hypothétique passage d’une aide-ménagère. Coté tarif, la mère est bien prise en charge à 100 % pendant 12 jours mais pour le nouveau-né, on retombe à 70 % dès la fin de la première semaine de vie.
  • Les taux de péridurale européens sont justes (et devraient nous faire réfléchir …) mais expliquer la durée des séjours par la nécessité d’un suivi médical prolongé du fait de l’anesthésie est absurde sinon totalement stupide.
  • Coté statistiques européennes  des accouchements à domicile, j’ai la flemme de chercher des références mais en gros, c’est 25 % aux Pays Bas et 3 % en Angleterre.
  • Non seulement les maisons de naissance en France ne sont pas interdites (!!) mais le principe de leur expérimentation a été voté en 2013. Si tout va bien – croisage de doigts recommandé- les premières ouvriront l’année prochaine.
  • Evoquer le baby blues comme un trouble du lien mère-enfant est une ineptie juste bonne à faire frémir toutes celles qui ont vécu cet état émotionnel bref et banal.
  • L’ictère (jaunisse) n’est en aucun cas une infection. Il est le plus souvent banal, (même s’il mérite d’être surveillé et quantifié) au point d’être qualifié de « physiologique ».
  • Enfin, la HAS  écrit : « Actuellement en France, le nombre de femmes qui rencontrent des difficultés en post-partum serait relativement important (de 15 à 35 % en fonction des études), du fait d’une mauvaise préparation à la sortie de la maternité. D’une manière générale, ces difficultés ne seraient pas directement imputées à la durée du séjour, puisque près des trois quarts des femmes interrogées jugeaient leur durée d’hospitalisation à la maternité adéquate. »
    En poursuivant la lecture, il est clair que ces difficultés sont liées au manque d’informations dispensées par les professionnels. Le suivi à domicile est justement l’occasion de donner ou redonner ces informations, d’autant plus pertinentes et audibles que nous ne sommes plus dans la projection d’un futur idéalisé mais dans le concret de la vie avec un nouveau-né.

Résumons, la seule information fiable donnée par M6, c'est l'info people. Kate est bien sortie 10 heures après son accouchement.
L'honneur journalistique est sauvé !

 

NB : Il y a 5 ans, j’étais nettement plus critique sur les sorties précoces. L’accompagnement s’est tout de même amélioré.
NB bis: Vous devez ce billet à la nécessité de réagir rapidement à une « information » donnée dans un journal télévisé et à la conjonction d’incidents domestiques bouleversant mon programme. Pardon pour mon silence, je traverse une parenthèse un peu agitée mais ça devrait s’arranger bientôt.

 

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Indiana Michel

Publié par 10lunes le 5 avril 2015 dans Médias

 

indiana

Une femme, un homme. Autour d’eux six (six !) personnes. Toutes portent un masque et un calot ; trois sont gantées. La lumière blanche du scialytique éclaire les cuisses fléchies de la femme.

– C’est parti ! On pousse ! Poussez !  Soufflez !
Une femme vêtue de vert intervient puis se recule. Un homme vêtu de bleu interpelle son voisin :
– Mr Cymes ? Docteur ?
Il s’approche et pratique quelques gestes, maladroitement (sur le côté, un genou au sol, on aperçoit la femme en  vert. Ses mains accompagnent discrètement celles du médecin)
– Madame, tendez les mains vers nous !

Elle accueille son enfant.
Car c’est à une naissance que nous venons d’assister.

 

Donner la vie mêle reportage à la maternité Jeanne de Flandre et rappels historiques sur l’évolution de l’obstétrique.
Jacques Gélis et Marie France Morel sont des historiens de la naissance incontournables. En deux heures d’émission, le balayage est forcément rapide mais intéressant ; parfois aussi anecdotique et surprenant (ah le test de Hogben !!).

Mais les images tournées à la maternité nécessitent un zeste de décryptage…

La naissance de Lison inaugure le documentaire. Malgré la nombreuse assemblée, elle semble se dérouler sans problème, comme – évidemment !- la grande majorité des naissances. Mais l’extrait ne concerne que les dernières secondes.

Un peu plus loin, le reportage permet de retrouver les parents de Lison à leur arrivée à la maternité. La péridurale est posée, le son du monitoring envahit la pièce.

En voix off, Michel Cymes commente, usant des tics dramatisant habituellement chers aux chaînes privées (thème déjà évoqué sur le blog, en particulier ici).
– Dans la salle de naissance, la tension monte soudain d’un cran. Malgré les sourires, le risque d’une césarienne en urgence est bien là.
Omar, le sage-femme (qualifié d’atypique parce que c’est un homme…) fait quelques vérifications. Finalement tout va bien, le PH fœtal est bon.

La voix off poursuit
– Depuis leur poste de contrôle, les sages-femmes ne vont pas quitter des yeux le rythme cardiaque de l’enfant (la caméra zoome sur le tracé mais pas de chance, c’est celui des contractions).

Plus tard, la voix off reprend
– Malgré les efforts d’Hélène, Lison semble coincée. Pour le père, impuissant, les minutes sont interminables. Omar ne le montre pas mais il est inquiet. Il demande à écouter le cœur de Lison. Le rythme cardiaque est irrégulier. Il faut accélérer la naissance.

– Le médecin tire de toutes ses forces, une fois, deux fois, dix fois ! Mais rien n’y fait. La ventouse change de main. Par crainte des séquelles que peut laisser une épisiotomie, l’équipe l’a retardée le plus possible mais elle n’a plus le choix, il faut couper le périnée pour agrandir le passage.

Lison finira par naître, moins facilement que ne le laissaient penser les premières images. Le ballet sage-femme, obstétricien, médecin journaliste nous apparaît sous un tout autre éclairage.
Le premier rôle n’est d’ailleurs tenu ni par l’enfant, ni par ses parents. Quelqu’un de l’équipe s’enthousiasme :
Regardez qui sort votre bébé !

Une autre femme accouche de jumeaux par césarienne.

Puis c’est Mariana que nous retrouvons en salle de naissance. Elle aussi a recours à la péridurale
La voix off reprend du service
– Mariana a beau pousser de toutes ses forces, son bébé ne descend pas.  Les paroles apaisantes de la sage-femme cachent une crainte grandissante pour la santé du bébé. Alors, d’un seul signe de tête à sa collègue, elle déclenche la procédure.

– Son rythme cardiaque indique qu’il est en souffrance. La tête du bébé n’est pas assez sortie pour y poser une ventouse, il faut utiliser les forceps. Le gynécologue est arrivé. Il faut aller vite mais sans montrer à Mariana que la situation est critique.

– Le mécanisme semble barbare mais c’est la dernière chance avant une césarienne en urgence. La tête affleure mais le bébé ne sort toujours pas. Il faut faire une épisiotomie, inciser l’entrée du vagin pour élargir le passage en évitant les déchirures.

Il ne nous aura donc pas été offert de voir une naissance physiologique. Une césarienne et deux accouchements que l’on peut qualifier de difficiles !
Deux femmes allongées et immobiles, deux péridurales, deux extractions instrumentales, deux épisiotomies !
Ou comment transmettre à de futurs parents en quête d’information une vision plus que stressante et hypermédicalisée de la mise au monde.

Et si cela ne suffisait pas, il y a la voix off. Elle n’est évidemment pas continue, l’émission alterne son direct et commentaires.
Mais si je n’ai transcrit ici que ces derniers, c’est par souci de démontrer comment ils viennent dramatiser la réalité.
Heureusement, la médecine et le bon docteur Michel sont là pour nous sauver…

Et comme disait récemment un futur père commentant une émission du même acabit :
– Non mais si tu cherches bien, de temps en temps, y’en a qui se passent bien.

 

 

Crédit photo :Tim Norris 

 

 

 

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Quand on veut noyer son chien

Publié par 10lunes le 31 janvier 2015 dans Médias, Militer, Pffffff

 

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La Cour des comptes publie un nouveau rapport sur les maternités… compilation de vrais constats, données diverses, statistiques lissées et de quelques approximations.

Mais surtout, et c’est ce qui a été retenu par les médias, le rapport distille doucement que les petites maternités sont dangereuses

Parce qu’envisager la fermeture d’une maternité pour des raisons économiques, ça passe mal.
Mais la fermer en invoquant son insécurité, ça passe mieux !

Le rapport s’applique à rappeler que la France est mal classée pour son taux de mortalité néonatale  en soulignant que d’autres pays d’Europe ayant de meilleurs résultats ont regroupé les naissances dans de grands centres… et hop, on passe de la simple constatation à la corrélation. Ni vu ni connu… ou presque.

Pourtant,  le nombre de maternité a été réduit de 70% en quarante ans (1747 en 1972 /544 en 2012). Parallèlement, nos résultats se dégradaient.
Concentrer les naissances sur de grands centres ne semble donc pas la bonne réponse. En tout cas pas sur le mode français : plus de naissances, moins de sages-femmes. Le « une femme /une sage-femme » que nous scandions en 2011 reste une utopie. Nos décideurs veulent croire qu’il suffit de rationaliser nos usines pour fabriquer de beaux produits, pardon, nouveau-nés.

Et d’ailleurs, qui pourrait imaginer que les statistiques de 13 maternités réalisant toutes ensemble moins de 3900 naissances impactent réellement les résultats d’un pays voyant naître plus de 800 000 enfants chaque année ?

Mais saluons l’efficacité de la stratégie mise en oeuvre.

Recette de fermeture sans trop de vagues :
– placer 13 maternités sur la sellette

– distiller régulièrement l’idée qu’elles sont menacées
– déplorer la difficulté de recrutement des médecins qui hésitent logiquement à tout quitter pour rejoindre un établissement dont la rumeur dit qu’il fermera dans les années à venir.
– crier à l’insécurité, ou mieux, laisser les médias faire le travail.

L’article ne s’interroge pas sur la possibilité d’un transfert avant l’accouchement, transfert que l’on peut imaginer inenvisageable du fait de la rapidité des événements. Est-il préférable pour un grand prématuré de naître dans l’ambulance ou dans cette maternité ? En entretenant le flou, on laisse penser que c’est l’établissement qui est dangereux et pas les circonstances de la naissance…

– attendre que les femmes se détournent, préférant la grande maternité, plus éloignée, plus impersonnelle mais sé-cu-ri-tai-re et assurée de ne pas disparaître dans quelques mois.
– dénoncer la gabegie consistant à maintenir un établissement ouvert pour un si faible nombre de naissances. Les maternités visées tenteront évidemment d’allumer des contre-feux.

Le directeur s’emploie à déminer le terrain : « pas de craintes à avoir, pente ascendante, nouveaux locaux ». Il est urgent de rassurer pour ne pas risquer de voir la pente s’infléchir ou s’inverser.


Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…

 

 

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Marketing

Publié par 10lunes le 11 mars 2014 dans Médias, Naissance, Pffffff, Profession sage-femme

 

couilles en or

Tissées main au son de chants mayas ? Teintées au pourpre élevé biologiquement ? Fibres siliconées high-tech antimicrobiennes ?
Pardon, je réfléchissais à voix haute au meilleur argumentaire de vente…

Ce billet doit beaucoup à une sage-femme sociologue, ethnologue, une sage-femme dont la longueur des études universitaires est inversement vertigineuse à la mienne et qui m’honore pourtant de son amitié. Récemment, elle m’a offert la primeur d’un de ses articles (lien à venir dès que son travail sera publié) analysant les aspects sociologiques des « espaces physiologiques » au sein des maternités.
Entre autres réflexions parfaitement passionnantes, elle aborde un angle que je n’avais jusque-là jamais envisagé : l’aspect économique.

Ou plus prosaïquement : l’accouchement naturel est à la mode, y a du fric à se faire coco !

Hasard de la vie, je tombe le lendemain de cette lecture sur cet article. Il y aurait beaucoup à en dire ; se féliciter de la volonté d’offrir au sein de l’hôpital une alternative à l’accouchement hypertechnicisé et de l’ouverture du plateau technique aux sages-femmes libérales. Déplorer les allusions anxiogènes répétées à la sécurité garantie ou ce commentaire « comme un accouchement à domicile mais avec une équipe expérimentée » qui en dit long sur les failles séparant la vision de ces deux exercices !!!
En point d’orgue, cet aveu sur la nécessité de se former à l’accouchement physiologique, d’apprendre la mécanique obstétricale, de s’interroger sur les postures, qui résume à lui seul toute les errances d’une profession en quête d’identité …

Mais comme dit plus haut, je me suis arrêtée sur un seul paragraphe : le coût des équipements soit 80 000 € pour aménager un lieu … naturel !
Nous avons donc affaire à une onéreuse baignoire dont la seule spécificité semble être l’existence d’une porte. 36000€, ça fait cher la porte. J’ai toujours travaillé avec des baignoires « normales » et n’ai jamais vu une femme incapable d’en enjamber le tablier. On ne peut même pas évoquer la possibilité d’une « évacuation en urgence » pour justifier ce tarif prohibitif. Ouvrir la porte d’une baignoire pleine… je vous laisse imaginer la pataugeoire !

A côté de la baignoire, il y a le lit. Dans un accouchement na-tu-rel ma cocotte, tu prends les positions que tu veux mais sur le lit prévu à cet effet… (mobilité d’accord mais encadrée) 40000 € quand même ! Ce type de matériel se révèle intéressant dans une salle classique ; par sa modularité, il permet une plus grande variété de postures aux femmes immobilisées par le triptyque péridurale/perfusion/monitoring.
Mais dans une salle physiologique, à quoi bon ces jambières du plus bel orange ? Un matelas, quelques coussins, un ballon, une corde de tissus pour se suspendre et s’étirer … C’est la femme qui doit choisir, non le mobilier qui doit induire !

Mais je me suis vraiment étranglée sur « la simple écharpe de traction » à 5600 €. Qui peut m’expliquer ce tarif prohibitif alors qu’un banal drap ferait l’affaire ?

Et au final, cette addition : 80000 € ! 
Ou comment nous laisser penser que le confort des femmes se joue dans un aménagement onéreux plutôt qu’un accompagnement respectueux.

Voilà donc 80000 € donnés en pâture à tous les détracteurs de ce type d’accouchement. Une somme apparaissant de plus dépensée pour le plaisir de quelques doux allumés rêveurs. C’est en filigrane ce que nous dit le reportage puisque la seule naissance dans cette salle remonte à dix jours et que les deux femmes enceintes interrogées précisent qu’elles ne la choisiront pas.

80 000 euros qui viendront surtout enrichir quelques commerciaux visionnaires. Dans tout nouveau concept, y a du fric à prendre. Il suffit de créer le marché.

Je vous quitte, m’en vais de ce pas me recycler dans le lucratif commerce des écharpes de traction.

 

 

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