Démonstrative

Publié par 10lunes le 21 décembre 2017 dans Après

Centre ville bondé un samedi, dans le dernier sprint pré-festivités de fin d’année.
Au fond de sa poche, le portable vibre. Pas le sien, celui qu’elle partage avec d’autres sages-femmes du secteur pour assurer la « continuité des soins » le week-end, chacune à leur tour.
Au bout du fil une femme qui a accouché un mois plus tôt. Elle allaite et se plaint d’un sein douloureux.

Il est mal aisé de poser un diagnostic par téléphone. La sage-femme interroge, cherchant à connaitre les circonstances d’apparition de la douleur, ses modalités. Peu à peu, une hypothèse semble s’imposer. Pour la confirmer, elle questionne encore faisant préciser la localisation, l’induration, la chaleur… Concentrée sur la conversation, elle oublie la foule autour d’elle.

Un discret coup de coude la ramène à cette réalité.
Son compagnon chuchote à son oreille
– « Arrête…
– Regard étonné, J’arrête quoi ?
De te palper le sein » 

Fou-rire partagé.
Faute de contact direct avec son interlocutrice, elle mimait ses questions depuis le début de l’échange.

 

 

 

1 commentaire

Poche ventrale

Publié par 10lunes le 19 décembre 2017 dans Après

 

L’accouchement date d’à peine un mois quand une infection impose d’hospitaliser la mère, sans son enfant.

Le jeune père est un peu perdu. Il quitte le service avec son bébé dans les bras, ce fils qui n’a jamais tété que le sein.

Pas d’alternative, lui qui s’appuie sur sa compagne depuis la naissance, se sentant moins à l’aise, moins confiant, pâle copie d’un original inatteignable… il va devoir assurer.

Ce qu’il lui démontre dès le lendemain, gérant préparation des biberons de main de maître mais surtout, arborant fièrement lors de sa visite à l’hôpital une écharpe de portage et son tout-petit lové dedans.

Depuis, elle est rentrée à la maison, a repris l’allaitement et tout va pour le mieux.
Lui garde de ces quelques jours une confiance accrue dans ses compétences paternelles
et un nouveau plaisir.
Il porte son bébé, pour l’endormir, pour le câliner, ou simplement assurer les taches incontournables du quotidien.
A longueur de journée.

D’ailleurs, c’est bien simple, il s’est rebaptisé « papa hippocampe ».

 

2 commentaires

A terre

Publié par 10lunes le 18 décembre 2017 dans Après

 

Avant de la rencontrer, chaque tétée nocturne – et elles étaient nombreuses – la tirait de son lit pour aller sagement s’installer comme il le lui avait été montré, bien calée dans un fauteuil.
Position parfaitement confortable en journée, beaucoup moins à 3 heures du matin.

Imaginez un peu :
Se lever, aller dans l’autre pièce, allumer la lumière, installer la nouvelle-née,  perdre peu à peu la chaleur du lit, lutter contre la fatigue, tenter ensuite de recoucher sa fille elle aussi bien réveillée par tous ces déplacements puis chercher le sommeil … jusqu’à la tétée suivante.

A ce mauvais train là, elle s’est vite épuisée.
Tout a changé le jour où elle a découvert cette autre façon de faire, lui permettant de donner le sein en restant allongée.
Elle n’en avait jamais entendu parler, n’était pas sure de bien comprendre les explications données.

Il n’y avait que trois fauteuils dans le petit cabinet de consultation.
Alors la sage-femme s’est allongée au sol pour mieux lui montrer.

Et elle s’est dit que personne n’était jamais allé jusque-là pour l’aider.

 

3 commentaires

Un grand amour ( 22 02 2010)

Publié par 10lunes le 14 décembre 2017 dans Après

 

Elle vient pour une rééducation postnatale, deux mois après son accouchement. Au fil des séances, la confiance s’installe et elle me confie sa difficulté à reprendre une vie sexuelle. Ni douleur, ni crainte, juste l’absence de désir. Est ce normal ? Que doit-elle en penser ?

Quelques mots sur la libido fréquemment en berne dans les mois suivant une naissance, le manque de temps, l’esprit occupé par les besoins du bébé, les hormones de l’allaitement qui ne sont pas réputées booster la sexualité…
Effectivement, toute envahie de la relation avec son petit, elle ne se sent pas très disponible pour son homme mais s’inquiète cependant de le sentir de plus en plus distant.
Je suggère qu’il pourrait percevoir son absence d’intérêt sexuel comme le symptôme d’un désintérêt plus profond et l’encourage à en parler avec lui.

Elle revient rayonnante et soulagée au rendez-vous suivant. Son compagnon croyait leur histoire en péril. Rassuré par ses paroles, il en a pleuré de joie.

Son homme justement, est en salle d’attente avec leur bébé. Si grand et si robuste que le nourrisson lové contre lui apparait fragile et minuscule. Il le tient d’une seule main, immense, plaquée sur le petit corps. Son autre bras ballote sans savoir que faire. La chaise est trop étroite pour accueillir son bassin, le dossier ridicule ne soutient qu’une infime partie de son dos et ses jambes allongées loin devant lui, s’achevant sur de massives rangers, empiètent sur le passage.

S’impose alors l’image touchante de ce colosse maladroit, pleurant à chaudes larmes sur son amour toujours présent.

 

2 commentaires

De bon voisinage

Publié par 10lunes le 12 décembre 2017 dans Après

 

Le lendemain de la naissance, des amis ont fait plus d’une heure de route pour venir à la maternité et les emmener chez eux.

En arrivant, ils ont découvert le chemin menant à leur maison ornée de petits drapeaux pour saluer  leur retour.
Un des voisin avait pris le temps de venir  allumer le poêle tôt le matin pour que leur maison soit chaude et accueillante.
Un autre avait préparé une soupe et le pain pour l’accompagner.
Une autre encore avait décoré la maison de quelques fleurs et d’une jolie carte de félicitations.

Tous sont venus saluer chaleureusement parents et nouveau-né et…
… sont repartis aussitôt, respectant ainsi l’intimité de cette nouvelle famille.

Ce si bel accueil a eu lieu en Norvège.
Sommes-nous capables d’en faire autant ici ?

 

 

 

3 commentaires

Renouveau (03 01 2010)

Publié par 10lunes le 11 décembre 2017 dans Après

 

Elle prépare la naissance de son troisième enfant. Préparation sereine, les deux précédents accouchements se sont passés sans aucune difficulté, sans douleur et même quasiment sans perception. Pour le second elle s’endormait dans l’eau chaude de la baignoire et son homme a du la porter sur le lit de naissance. Quelques instants plus tard, son bébé était dans ses bras.
Cette absence de sensation m’interroge et, tout au long de sa grossesse, je suggère des pistes pour l’aider à en comprendre le sens. Vainement.

Je passe la voir à la maternité le lendemain de cette troisième naissance. Elle me la raconte avec bonheur, décrivant avec forces détails les contractions, la douleur… « Qu’est ce que j’ai eu mal ! » me répète-t-elle en boucle avec un sourire éclatant.

Je tente de préciser «Tu as senti plus de choses, mieux perçu la descente, eu envie de pousser?
– Oui, oui, bien sur, mais qu’est ce que j’ai eu mal… »

Je reste décontenancée par l’apparente contradiction entre son évidente satisfaction et la description de sa douleur intense.

Quelques jours plus tard, finalement perplexe devant ce paradoxe, elle souhaite en discuter à nouveau.
Petit à petit, nous élaborons ensemble une hypothèse. Tout chez elle est strict, maîtrise. Rien ne dépasse, rien de la déborde, sa coupe de cheveux, ses vêtements, sa façon de parler, d’être, tout est sous contrôle. Son métier, exercé avec passion, nécessite également beaucoup de rigueur et de maîtrise de soi.
N’était-ce pas la première fois qu’elle se laissait déborder ?
Est ce que le « plaisir » de cette douleur ne résidait pas là, dans la découverte du lâcher prise, de la perte de contrôle ?

Deux ans plus tard, au cours d’un après-midi printanier, un coup de fil interrompt une consultation. C’est elle.
Elle souhaite simplement me confirmer que notre hypothèse était la bonne. Depuis cet accouchement, un champ d’expériences inédites, nouvelles sensations, débordement d’émotions s’est ouvert à elle.
Une autre vie.

 

 

4 commentaires

Premiers pas ( 17 09 2009)

Publié par 10lunes le 6 décembre 2017 dans Après

 

Nurserie de la maternité. Pour la première fois, elle fait la toilette de son nouveau-né. Novice et maladroite, elle soutient son enfant dans le bain tiède en l’empoignant par le cou. Son anxiété rend ses gestes impulsifs, imprécis, et son tout-petit risque alternativement noyade et strangulation.

Une auxiliaire de puériculture est à ses cotés pour l’accompagner dans ses premiers pas de mère. Délicatement, jamais en imposant, toujours en suggérant, elle l’invite à déplacer sa main. « Peut-être aimeriez-vous…? », « Seriez-vous plus à l’aise si…? ». Tout doucement, le geste est corrigé, la tête de l’enfant se pose au creux du poignet, la main entoure le bras gracile sans risquer de lâcher prise… la mère se détend et commence à prendre plaisir à ce premier bain.

A aucun moment, cette jeune femme n’a pu se sentir accusée ou même soupçonnée d’incompétence.
Bien au contraire, une confiance renforcée dans sa capacité maternelle lui a été offerte par cette présence respectueuse ; précieuse réassurance qu’elle emportera avec elle.

 

______________________________
Rude journée : billet recyclé 🙁

1 commentaire

Confiante

Publié par 10lunes le 4 décembre 2017 dans Après

 

Nourrir son nouveau-né se révèle plus que difficile. A chaque nouvelle embûche, elle consulte sa sage-femme. Avec son soutien et ses conseils, le problème se règle mais un autre survient immanquablement dans les jours suivants.

De l’engorgement à la crevasse, de la mastite à la candidose, elle est à elle seule une encyclopédie des complications possibles de l’allaitement maternel.

Lors d’une énième rencontre, la sage-femme lui témoigne de son admiration devant sa persévérance malgré tous les obstacles rencontrés.
Sa réponse est merveilleuse d’optimisme : « Ce serait dommage de m’arrêter là puisque, logiquement, le meilleur est à venir ! »

 

Crédit photo  Gabrielle Ludlow

1 commentaire

Comme si de rien n’était

Publié par 10lunes le 2 décembre 2017 dans Après

 

Elle savoure la chaleur du lit et le soleil filtrant à travers les volets.
Son tout-petit est au sein. Elle le caresse tendrement, explore la douceur de sa peau, lisse un épi un peu rebelle, s’émeut des petits doigts si délicats se refermant sur le sien.

La maison se réveille. De la cuisine montent les échos joyeux du petit déjeuner ; le tintement des cuillères et des bols, quelques éclats de rire enfantin.
Elle sourit. Tout semble si normal.

Des voix adultes résonnent, celle de son homme, celle de sa mère.
Et celle de la sage-femme aussi.

Car cette nuit, dans cette maison, un enfant est né.
Un matin comme un autre.
Presque.

6 commentaires

Déclaration

Publié par 10lunes le 1 décembre 2017 dans Après

 

A chaque séance, ce grand costaud s’est assis, enfoncé, blotti, caché dans les coussins. Recroquevillé est le mot juste.

Il accompagne sa belle en préparation à la naissance mais tout dans son attitude montre combien il se demande ce qu’il fait là. Les rares fois où il prend la parole, c’est pour dire sa peur de l’hôpital, de l’environnement médical, des odeurs de désinfectant, du blanc des blouses et du rouge du sang.
Un imaginaire sûrement nourri par Babyboom et consort, pas vraiment juste, pas tout à fait faux.
Au fil des rencontres, il s’apprivoise ; un peu moins recroquevillé, un peu moins silencieux.

Mais pas question pour lui d’assister à l’accouchement. Faire les cent pas dans le couloir en attendant qu’on vienne le délivrer d’un « Tout va bien Monsieur » lui apparaît la seule issue possible.

Et puis elle accouche. Il est là. Attentif, présent, soutenant. A chaque instant.
Jusqu’au bout, jusqu’à la naissance.

Et quand la sage-femme lui demande ensuite comment il a vécu tout cela, il sourit et bredouille un peu: « A un moment j’ai commencé à pas me sentir bien, la tête qui tourne, j’avais très envie de partir. Et puis je l’ai regardée, je n’ai pensé qu’à elle… et je suis resté ».

Et dans ces quelques mots, il y a tout l’amour du monde.

 

3 commentaires