Malicieux

Publié par 10lunes le 22 décembre 2015 dans 9 mois


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La datation d’une grossesse est ce moment charmant où ceux qui n’étaient pas présents s’autorisent à affirmer à ceux qui y étaient la date précise de leur rapport scientifiquement qualifié de fécondant…

Chacun y va ensuite de sa roulette ou de son calcul mathématique pour calculer le terme.
Nos affirmations péremptoires prennent encore plus de sel quand un couple a la malencontreuse idée de passer une frontière en cours de grossesse.

Pour ces futurs parents là, le passage de la Belgique à la France se solde par un bonus de 10 jours supplémentaires.

En bon diplomate, l’enfant mettra tout le monde d’accord en naissant pile entre les deux dates annoncées.
Le jour anniversaire de la rencontre de ses parents.

Le jour de la Saint Amour.

 

 

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Grillée

Publié par 10lunes le 11 décembre 2015 dans 9 mois, Vie des femmes

 

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La sage-femme est enceinte, pas encore assez pour qu’un pull un peu ample ne puisse masquer l’enfant en devenir. C’est son jardin secret. Viendra un moment où sa grossesse sera évidente. Il sera alors temps de l’annoncer à ses patientes.

En face d’elle une autre femme au ventre plus rond. Lors de la dernière consultation, elle déplorait le regard différent porté sur elle.
–  Je suis une femme enceinte mais pas que !

Souhaitant préserver son look habituel, joyeux et coloré, elle pestait de ne pas trouver de collants de grossesse « un peu fun », évoquant l’idée de teindre un modèle classique.

Son corps s’est encore arrondi. La sage-femme palpe doucement son ventre, s’assure de sa souplesse, repère les contours fœtaux. Elle cherche le centimètre pour mesurer la hauteur utérine.

En déroulant le ruban de plastique, elle pense à leur conversation précédente et interroge :
–  Et alors vos essais de teinture ?
– Pas eu besoin ! J’ai trouvé un modèle sympa dans un magasin pour femmes enceintes. Exactement les mêmes que ceux que vous portez aujourd’hui…

 

 

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Soignée

Publié par 10lunes le 5 décembre 2015 dans 9 mois

 

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Elle est hospitalisé en  GHR, acronyme éludant le stressant « grossesses à haut risque ». Un peu perdue devant le défilé des blouses pastels, les bilans, prélèvements et autres examens, elle sait que chacun s’attache à ce que sa grossesse se passe au mieux. Alors elle pense à son bébé et suit docilement les consignes.

La sage-femme repasse la voir en début d’après-midi.
– Tout va bien ?
– Oui, ça va, mais alors le nouveau médicament, ce midi, il est vraiment pas bon hein.

La sage-femme s’étonne, ne voyant pas de quel traitement il peut s’agir. Elle jette un œil sur le dossier, n’y trouve aucune nouvelle prescription et commence à s’inquiéter. Y aurait-il eu une erreur dans la distribution ? C’est une chambre à deux lits, aurait-elle pris un traitement destinée à sa voisine ?

Elle cherche à en savoir plus :
– C’était quel médicament. Un comprimé ? Une gélule ? De quelle couleur ?
– Non non, c’était un petit sachet, une poudre à dissoudre.
– Une  poudre ???  Avez vous gardé le sachet, je voudrais  vérifier ?
– Oui, oui, attendez, je vais le retrouver. C’est un petit sachet blanc et c’est écrit en bleu dessus.
– Ca y est, regardez ! C’est du chlorure de… dit-elle en tentant de lisser le papier froissé pour en déchiffrer le texte

 La sage-femme réprime un sourire.
– Ah mais non, ce n’est pas un médicament ! C’est le sachet de sel servi avec votre plateau repas.

 

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Familiale

Publié par 10lunes le 3 décembre 2015 dans 9 mois

 

010C’était il y a bien longtemps, avant l’avènement du dieu échographie, au temps où l’on calculait le terme d’une grossesse en se basant sur la date des dernières règles et pas sur une mesure en millimètre. 

Le médecin palpe son ventre, s’attarde sur le volume utérin, s’étonne à voix haute de le trouver si gros. Poursuivant son examen, il envisage plusieurs explications, simple particularité, grossesse plus avancée, ou alors des jumeaux ?
La future mère s’imagine déjà portant deux enfants  et  s’inquiète de cette option imprévue. Pour conjurer le sort, elle plaisante, Ce n’est rien docteur, s’ils sont deux, j’en mettrai un au surgélateur pour le sortir quand le premier aura grandi.

Maintes fois racontée, forcément évoquée à chaque nouvelle grossesse,  transmise à la génération suivante, l’anecdote fait désormais partie du patrimoine et de l’identité familiale.

Elle est enceinte. Le temps est passé, la médecine a changé. Une première échographie a déjà été réalisée. La mère sait qu’un seul cœur bat en son sein. Mais quand la sage-femme palpe son ventre et trouve son utérus un peu gros, elle ne résiste pas au plaisir de s’inscrire dans la lignée en prononçant à son tour, devant un compagnon et une sage-femme un poil décontenancés…
C’est pas grave, si ce sont des jumeaux, j’en mettrai un au surgélateur !

 

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Rationnel

Publié par 10lunes le 2 décembre 2015 dans 9 mois

 

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Ils sont tous les deux chercheurs, maniant les données biologiques avec dextérité, habitués au milieu médical. Ils sont aussi parfaitement néophytes en vécu de grossesse. Ils attendent leur premier enfant.

La sage-femme qui les accompagne cherche à trouver le juste niveau d’information, ne pas les noyer d’évidences inutiles, ne pas les priver d’explications nécessaires.

Fin du premier trimestre. Pour la première fois, elle dépose un peu de gel sur la sonde doppler, la pose sur le bas du ventre maternel, cherche en orientant le capteur dans différents axes. Un son nouveau envahit la pièce. Celui des battements du cœur fœtal.

En parfait scientifique, le père s’interroge, comment être sûr qu’il s’agit du cœur du bébé et pas de celui de sa mère ?
La sage-femme explique le rythme cardiaque fœtal, bien plus rapide que celui de l’adulte. Elle encourage le père à prendre le pouls de sa compagne pour vérifier lui-même la flagrante différence de fréquence.  Il confirme.

Le temps s’arrête.
Seul le bruit du galop décompte les secondes.

Puis la sage-femme retire la sonde, essuie la trace de gel sur le ventre maternel, sourit à l’ émotion parentale encore palpable.
Alors elle ajoute malicieusement : Là où je cherchais le cœur du bébé, il aurait été très étrange que j’entende celui de la mère.

 

 

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Révélé

Publié par 10lunes le 18 septembre 2015 dans 9 mois

 

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Il  entre d’un pas sûr, le torse bombé,  parcourt la salle d’un regard circulaire, s’affale sur une des chaises presque avant que sa femme ne s’installe, et prend immédiatement la parole, histoire de démontrer qu’il contrôle la situation.
Je viens pour lui faire plaisir affirme-t-il d’une voix trop forte.

Je la connaissais bien avant cette grossesse. Je le rencontre pour la première fois.
Elle a déjà un enfant ; lui ce sera son premier.
Une nouvelle union comme elle le formule de façon désuète.

Il se demande visiblement ce qu’il fait là, dans un cabinet de sage-femme, et fanfaronne
– Et donc, on va parler de quoi ?

C’est avec lui que je dois faire connaissance. Je tente et tends quelque perches. Eviter ce qui pourrait ressembler à un interrogatoire, lui offrir un espace pour exprimer son ressenti, ses éventuelles questions.
Au départ, drapé dans sa cape de supermacho, il la joue très sûr de lui ; c’est des histoires de nanas, je suis là parce qu’elle a insisté, mais moi tant que le petit est pas là, suis pas concerné, de toute façon la parlotte c’est pas mon truc…

Petit à petit il s’apprivoise, s’autorise à livrer quelques émotions, évoque son désir de paternité présent depuis longtemps mais enfoui faute d’avoir trouvé la femme avec qui… et puis cette rencontre, ce parfait amour, l’évidence de sa concrétisation par l’arrivé d’un enfant.

II a ôté sa cape ; son regard se fait plus doux, son ton plus modulé. Il a pris la main de sa compagne et la caresse d’un pouce un peu fébrile.

Il tente encore de la jouer bravache quand je lui propose de venir à la rencontre de son bébé.
– Oh mais je touche déjà son ventre hein, c’est même moi qui lui passe sa crème alors…

Elle s’amuse de ses défenses. Maintenant allongée, elle prend sa main dans la sienne pour la poser sur son ventre. Timidement il avance l’autre main la pose délicatement, et s’étonne, guidé par nos paroles, de sentir les contours utérins.

Son bébé réagit sous sa paume.
Il sourit.
Je leur propose alors d’inviter l’enfant à se blottir dans leurs mains, d’un côté puis de l’autre.
Ce petit là doit sentir combien c’est important pour son papa, il se blottit avec vigueur !

La première fois, son père lève un regard étonné, passant tour à tour du visage de sa compagne au mien, cherchant dans nos sourires la confirmation de ce qu’il a perçu.
La troisième fois il ne doute plus. Ses yeux se sont embués.

Quand il repart, il bombe le torse, encore, mais c’est une nouvelle fierté qui l’anime.

 

 

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Paternité (4)

Publié par 10lunes le 24 décembre 2014 dans 9 mois

 

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En préparation à la naissance, trois couples partagent attentes et craintes autour de l’arrivée de leurs enfants. Pour ce père qui attend des jumeaux, les craintes semblent se multiplier par deux.

Pour illustrer son stress, il se lance dans le récit détaillé de son dernier rêve, y insérant les digressions habituelles de celui qui, encore imprégné du souvenir nocturne, cherche à se remémorer chaque détail, aussi infime soit-il.

C’était dans la ville de mon enfance, enfin pas vraiment, j’habitais dans un bourg, mais c’était la petite ville juste à coté. Il y avait une supérette où j’allais souvent faire des courses avec ma mère. La boutique est fermée maintenant. Mais bon, dans le rêve, j’étais ado, on se baladait avec des copains au milieu de la nuit parce qu’on revenait d’une soirée d’anniversaire.

Le groupe sourit de cette évocation si précise, attendant la suite avec curiosité.

Alors on passe devant la supérette – enfin c’était pas vraiment le même magasin que celui de mon enfance mais dans mon rêve je savais que c’était bien celui là – et on s’aperçoit que la porte est ouverte. Comme il fait nuit, on décide de rentrer. Y a personne qui peut nous voir, personne ne sait qu’on est là. A l’intérieur, les lumières sont allumées, comme si le magasin était ouvert et c’est fou hein, parce qu’il est fermé depuis longtemps.

L’attention des auditeurs s’amenuise un peu devant cette accumulation de précisions.

Les rayons sont remplis. Il y a tout ce qu’on peut trouver dans un supermarché. On a tous rêvé d’être une nuit seul dans un grand magasin et de pouvoir y faire tout ce qu’on veut non ? Dans mon rêve, on est tranquilles, on a pas peur de se faire repérer.
Alors les copains commencent à vouloir emporter des trucs. Ils prennent un chariot et vont dans le rayon boissons. Ils remplissent le caddie à ras bord de bouteilles et de paquets de bières.
Pendant que mes potes piquent de l’alcool, je pars tout seul dans un autre rayon, et moi…

Le silence du groupe est toujours aussi poli mais un peu moins attentif.
L’explosion finale n’en sera que plus forte.

… et moi je pique des couches ! conclut-il d’un air désolé.

 

 

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Paternité (1)

Publié par 10lunes le 21 décembre 2014 dans 9 mois

 

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C’est la consultation du quatrième mois. Ils s’y rendent à deux, même s’il a été habitué lors des autres grossesses à rester simple témoin, quasi invisible aux yeux des soignants.

Mais cette fois, la grossesse est suivie par une sage-femme attentive. Pas question pour elle de faire un geste sans leur proposer d’en partager le sens.

Après avoir palpé le contour utérin pour en évaluer la croissance, elle guide les mains de la mère pour qu’elle le sente aussi.
Puis c’est au père, tout étonné d’être invité à faire de même. Il s’applique à sentir les bords latéraux, le fond utérin, s’émerveille de percevoir ainsi l’espace offert à son bébé. Il pose tendrement la main sur le ventre de sa compagne, au centre de la zone qu’il vient de délimiter.

La sage-femme sourit : Là, tu tiens ton bébé dans la main.
L’attention du père est totale, encore renforcée par la perception d’un léger frémissement.


Alors, une brève seconde, il tourne le poignet pour observer sa paume.
Et serait presque déçu de ne pas y découvrir son enfant.

 

 

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Inconcevable

Publié par 10lunes le 15 décembre 2014 dans 9 mois

 

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Elle saigne un peu. Pour ses autres grossesses, elle n’a jamais connu cela, alors ce sang rouge qui s’écoule goutte à goutte lui fait craindre le pire.

Au téléphone, l’obstétricien de garde comprend son inquiétude et lui propose de faire une échographie, là tout de suite.
Elle s’y rend le coeur battant, convaincue déjà que les nouvelles seront mauvaises. Elle y va seule, son homme est resté garder les aînés.

Elle s’allonge, serrant un mouchoir dans son poing gauche, prête à affronter la mauvaise nouvelle. Le papier replié sur son pantalon baissé, le bruit du flacon laissant échapper une giclée de produit, le froid du gel, elle s’attache à tous les détails pour ne pas penser à la suite.

Le médecin étale le gel sur son ventre encore plat, oriente la sonde, observe les images. Il sourit.
Elle pense que peut être la nouvelle ne sera pas mauvaise.
Il tourne l’écran pour qu’elle puisse mieux voir.
Des taches noires entourées de blanc. Au centre de chaque cercle noir, une autre petite tache blanche animée d’un clignotement rapide.

Tout va bien. Mais vous voyez ce que je vois lui demande-t-il ? Et il pointe les clignotements, marquant chacun les battements de coeur d’un enfant en devenir.
Elle s’écrie
– Des jumeaux !

Il sourit encore.
– On va compter ensemble – le calipeur se promène sur l’écran- un… deux… trois !
– Formidable des jumeaux !

 

NB: une fois la surprise passée, cette famille est devenue « très nombreuse » avec une inébranlable sérénité.

 

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Son meilleur profil

Publié par 10lunes le 12 décembre 2014 dans 9 mois

 

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18 heures. Les quais du métro sont bondés. Les portes de la rame s’ouvrent, un flot de voyageurs déferle sur les quais. Un autre flot tout aussi dense s’apprête à monter dans le wagon.
Elle est au milieu du flot montant, trop tard pour espérer trouver une place assise, trop tôt pour rester dans l’espace libéré près des portes.
Les premiers voyageurs entrés se tassent au fond du wagon sous la pression des suivants qui se tassent derrière eux.
La travée entre les sièges est déjà encombrée de divers sacoches, coudes et genoux empiétant sur l’espace central.
Elle va devoir se faufiler.

Elle débute un quart de tour pour passer de profil et s’arrête en plein élan. Son nombril vient de bloquer sur le dossier du premier siège.

Elle s’en étonne une milliseconde.
Puis réalise.

Très enceinte, elle est maintenant plus large dans ce sens là !

 

PS : publication tardive liée à la mauvaise volonté de mon ordinateur…
… mais surtout à une mauvaise nouvelle pour l’AAD : Arrêt de la CEDH 

 

 

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