Identifié

Publié par 10lunes le 23 décembre 2017 dans 9 mois

 

Plusieurs couples se retrouvent en préparation à la naissance. La discussion file sur les modalités de l’accouchement et les certitudes de ceux qui attendent leur premier enfant se confrontent à l’expérience de ceux qui sont déjà passé par là. Quelques mythes habituels sur la régularité des contractions ou la durée forcément majorée d’un premier accouchement n’y résisteront pas…

C’est maintenant la péridurale qui est sur la sellette. La sage-femme répond à quelques questions techniques puis se tourne vers une des femmes :
–  » Comme tu as eu une péridurale la dernière fois, peut-être peux-tu raconter comment cela s’est passé ?

Elle plonge dans ses souvenirs, décrivant  l’anesthésiste en tenue bleue, la position assise sur le lit, le marche-pied que l’on rapproche pour qu’elle puisse s’y appuyer, la sensation de froid quand son dos est badigeonné d’antiseptique…
Elle sourit en évoquant l’exigence de faire le dos rond, position lui apparaissant alors inaccessible.

– Heureusement quelqu’un devant moi m’a pris dans ses bras pour m’aider à mieux m’installer.
– Ce quelqu’un, c’était moi ! » précise alors son compagnon.

 

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Comme un rendez-vous

Publié par 10lunes le 13 décembre 2017 dans 9 mois, Naissance

 

Elle espère porter un enfant, fonder une famille. Mais l’enfant tarde à s’inviter.
Les traitements s’enchaînent ; les années aussi. Beaucoup de larmes auront coulé avant qu’elle ne découvre un jour d’hiver qu’elle porte – enfin  ! – la vie en elle.

Après cette conception très assistée, elle souhaite reprendre la main et fait le choix d’un accouchement en maison de naissance. Elle y trouve une qualité de présence, une relation au long cours, venant renforcer la confiance en ses propres ressources et celles de son enfant.

Lorsque les premières contractions se font sentir, son corps se met en travail, lentement. Comme elle s’y attendait.
Sa mère est décédée quand elle était enfant. Pour elle, l’accouchement est aussi une transition symbolique délicate.
Ne plus être seulement « fille de… », mais « naître mère ».

Sa sage-femme est là, surveille le bon déroulement du travail et la santé de l’enfant.
24 heures de contractions, 36 heures de contractions, 40 heures de contractions…
Le travail avance doucement, bien trop doucement aux yeux de la sage-femme.
Mais parce qu’elle la connait si bien après ces neuf mois partagés, parce qu’elle sait ce qui est en train de se jouer pour elle, la praticienne respecte ce temps nécessaire.
Sa seule intervention « médicale » sera de percer la poche des eaux.
Deux heures plus tard, le nouveau-né poussera son premier cri, accueilli dans un océan de douceur par une femme devenue mère.

A l’étage même où neuf mois plus tôt, jour pour jour, il a été conçu dans une éprouvette.

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NB : texte écrit à quatre mains, celles de la mère et les miennes.

 

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Voyageur

Publié par 10lunes le 10 décembre 2017 dans 9 mois

 

Sa première grossesse s’est trop vite et mal terminée. Un embryon installé dans sa trompe droite a contraint l’équipe à son ablation.
Mais sa trompe et son ovaire gauche étant intacts, tous les espoirs lui restent permis, un cycle sur deux …

Quelques temps plus tard, un retard de règle la conduit en salle d’échographie.

Un tout petit embryon est déjà visible au creux de l’utérus.
L’échographiste cherche une trace de l’ovulation, la trouve à droite.
Elle s’en étonne.
Il oriente la sonde vers l’ovaire gauche et confirme, l’ovulation a bien eu lieu à droite.

Contourner un utérus pour rejoindre l’unique trompe existante.
Elle rêve déjà son enfant, voyageur et déterminé.

 

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Réaliser

Publié par 10lunes le 8 décembre 2017 dans 9 mois

 

Son ventre plat détonne parmi les ventres ronds. Elle est entourée de femmes joyeusement enceintes en qui elle ne se reconnait pas.

Son début de grossesse est… hésitant. Le test positif pourtant attendu, espéré, l’a laissée indifférente. Loin de l’épanouissement annoncé, elle s’interroge sur son désir d’enfant, peut-être trop vite comblé.

Comme un écho de son hésitation, son utérus s’est mis à saigner. Patientant sur une chaise au plastique inconfortable, elle pense à une possible fausse couche, sans parvenir à savoir si elle en serait triste ou soulagée.

On l’appelle en salle d’échographie.
Un peu de gel, l’appui de la sonde sur sa peau et très vite apparaît à l’écran le clignotement rythmé des battements cardiaques.
Gentiment, le médecin s’en réjouit « Mais elle est bien là la crapule ! »

Crapule, adjectif soulignant qu’elle a pu inquiéter sa mère
Crapule, gentil surnom donnant soudain une réalité à ce « projet » d’enfant.

Immédiatement, elle se sent enceinte,
et si heureuse de l’être.

 

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Alchimie

Publié par 10lunes le 3 décembre 2017 dans 9 mois

 

Ce jour là, trois femmes et deux hommes se rencontrent et me rencontrent pour la première fois. C’est une lointaine époque où la préparation à la naissance débute sans contact individuel préalable. Seuls le terme et les disponibilités de chacun déterminent le groupe qui va se retrouver pendant huit séances.

Le premier rendez-vous est toujours un challenge. Mais le partage amical s’instaure facilement sur des préoccupations communes et les désaccords enrichissent les uns des réflexions des autres ; au final chaque groupe crée son propre équilibre.

Pourtant ce jour là, j’ai sacrément douté.
Au moment du tour de table, se sont présentés un couple de gendarmes, tout à fait conforme à l’imaginaire militaire que je pouvais en avoir, un couple de baba-cool, tout à fait conforme à l’imaginaire que les gendarmes pouvaient en avoir, et une jeune femme à peine majeure, un peu perdue, accompagnée par son éducatrice patientant en salle d’attente.
Difficile de faire plus disparate.

J’ai vraiment pensé que ça ne « fonctionnerait » pas, envisageant déjà un quelconque prétexte pour les voir ensuite séparément. Mais tout le monde était là et il fallait bien animer cette première séance.

Deux heures plus tard, je n’imaginais plus les séparer et ils se sont retrouvés avec bonheur tout au long de leur préparation à la naissance.
Ces rencontres ont fait tomber de multiples préjugés, les miens d’abord, les leurs ensuite.
Baba-cool et gendarmes se sont découverts, nouant une réelle amitié.
Tous les quatre ont soutenu, dorloté, épaulé la plus jeune qui les enrichissait de la finesse de ses perceptions, de sa compétence à ressentir et analyser ce qui se passait dans son corps.

Une parfaite alchimie entre eux.
Un pur bonheur pour moi.

Des années plus tard, alors que je rencontre maintenant chaque femme ou couple pour une première séance individuelle, je m’attache à laisser le hasard décider.
Il le fait si bien !

 


Appel général : je manque cruellement de belles histoires à partager (maternité, parentalité, contraception, gynécologie). Si le coeur vous en dit : 10lunesatgmail.com
Sinon, je recyclerai de vieux billets – presque 600 publiés, vous n’avez pas tout lu hein ! – et ce sera reposant 😉

 

 

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Révélé

Publié par 10lunes le 16 décembre 2016 dans 9 mois

 

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Assise au fond du bus, elle savoure la nouvelle, l’imperceptible présence au creux de son ventre.

Personne ne sait encore, c’est un secret partagé à deux avant que d’autres l’apprennent et s’émerveillent avec eux.

Elle accompagne sa rêverie éveillée en croquant à pleines dents le fruit épluché qu’elle tient à la main. Elle en savoure le goût, l’acidité, la pulpe juteuse.

L’inconnue à ses cotés l’interroge sur la nature du fruit.
A sa réponse, elle hoche la tête d’un air complice et affirme plus qu’elle ne questionne :
– « Vous êtes enceinte ?!
Et devant son étonnement, elle complète
– Moi aussi, j’adorais ça pendant ma grossesse »

Elle n’en revient pas que son secret soit si rapidement découvert.
La faute au citron qu’elle croque de si bon coeur.

 

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Situé

Publié par 10lunes le 7 décembre 2016 dans 9 mois

 

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Un appel interrompt la consultation :
– « J’ai une éruption d’herpès sur les lèvres. Y a quelque chose à faire ?

Je récapitule mentalement. Elle est presque à terme, j’ai suivi sa grossesse et passé le relais à la maternité – comme nous en avons l’habitude – pour les deux derniers mois. Aucun souvenir qu’elle ait évoqué cet herpès, ce que son dossier me confirme.

Je m’inquiète d’une primo-infection mais elle corrige,
– Non non, c’est pas la première fois.
Je souligne qu’elle aurait du me le signaler.
– Je ne savais pas que ça pouvait être important.
Au vu du terme, je lui suggère de voir directement avec la maternité.

Le couple assis en face de moi a attendu patiemment la fin de notre échange.
Une fois le rendez-vous terminé, je m’octroie quelques secondes pour noter dans le dossier l’appel reçu.
Je m’apprête à taper « herpes génital », et réalise qu’elle ne l’a pas clairement précisé.
Doute.

Je la rappelle :
– J’allais partir à la maternité. Ils m’ont dit de venir tout de suite.
– Je voulais juste une confirmation, c’est bien un herpes vulvaire ? 
Son fou-rire est explosif.
– Les lèvres oui, mais les lèvres du HAUT parvient-elle à hoqueter ».

 

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Mienne, tienne, notre…

Publié par 10lunes le 6 décembre 2016 dans 9 mois

 

coeur-5-bis

Ce deuxième enfant doit naître, comme le premier, en maison de naissance*.  Mais, au septième mois, de fortes contractions l’amènent à consulter sa sage-femme. Celle-ci l’adresse pour un bilan plus complet à la maternité.

Le verdict tombe : risque d’accouchement prématuré, traitement pour accélérer la maturation pulmonaire de l’enfant et hospitalisation le temps de voir comment tout cela tourne.

C’est son compagnon qui se charge de prévenir la sage-femme.
Au téléphone, elle interroge, quels examens, quels traitements, et se fait pédagogique pour ré-expliquer ce qui été mis en oeuvre par l’équipe hospitalière. Elle s’inquiète ensuite du vécu de sa compagne, de son moral.
Lui se rassure de faire un point apaisé avec une professionnelle connue.
Mais sa dernière question le touche plus encore.
Parce qu’après ce tourbillon de soignants, d’informations, de décisions prises par d’autres, enfin quelqu’un se soucie de lui, le père de cet enfant :
-« Et toi comment vas-tu ? »

Il s’est montré fort pour rassurer sa compagne et peut enfin tomber le masque et parler de ses peurs.
« Sa » sage-femme est devenu la « leur ».

La naissance aura finalement lieu comme prévu en maison de naissance, quelques jours après terme, avec « leur » sage-femme.

 

 

*Suisse la MDN. Les maisons de naissance françaises n’ont ouvert que récemment leur portes ; mais déjà plus de 150 enfants y sont nés.

 

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Préservé

Publié par 10lunes le 5 décembre 2016 dans 9 mois

 

coeur-4-terDeuxième échographie.

Le médecin consulte le compte-rendu précédent et l’interroge : « Vous ne souhaitez pas connaitre le sexe, c’est bien ça ? »

Elle bredouille une réponse confuse parce que son compagnon ne veut pas savoir et elle voudrait peut-être mais craint de ne pas savoir garder le secret alors en fait elle ne sait pas vraiment.
Le praticien la rassure, elle peut hésiter encore, on verra à la fin de l’examen

La revue des différents organes commence. L’échographiste commente l’irréprochable anatomie de ce bébé. Une très belle tête, deux bras magnifiques, deux jambes qui le sont tout autant, un coeur qui bat parfaitement, un diaphragme bien à sa place… La liste des perfections s’égrène doucement.
Puis le médecin quitte l’écran des yeux, se tourne vers elle et conclut
« Tout va pour le mieux.
Elle hésite un temps et se lance
Oui mais… et le sexe docteur ?
Il sourit
– Le sexe est tout à fait normal lui aussi ».
Son ton laisserait la place à une autre question.
Mais elle a sa réponse.

Comme elle l’écrit elle-même :« Je suis partie le coeur en joie, enceinte d’un bébé tout à fait normal, sexe compris, et de plus muni d’une très belle tête ».

 

 

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Clémente

Publié par 10lunes le 28 janvier 2016 dans 9 mois, Blessures

 

Je le savais pourtant qu’elle attendait ce résultat, qu’elle se rongeait d’angoisse, que les délais de réponse qui lui avaient été annoncés étaient bien trop courts. J’avais tenté de corriger sans oser trop insister.

Et puis ce courrier qui m’attend depuis hier. En mon absence, mes collègues ouvrent « mes » résultats de labo mais cette enveloppe neutre n’avait l’air de rien, elles n’y ont pas touché.

Moi non plus, je ne l’ai pas ouverte tout de suite. J’ai profité de la pause café du midi pour terminer la pile. Un faire-part, une brochure pour un congrès très éloigné de mes centres d’intérêt, quelques résultats d’analyse arrivés le jour même, le chèque d’une femme venue avec sa carte bleue ( j’ai pas de lecteur de carte), une énième pub tentant de se déguiser en information professionnelle et puis cette enveloppe blanche… et son destin à l’intérieur.

Nous avions rendez vous une heure plus tard.

J’ai bêtement pensé qu’elle savait déjà, que puisque le courrier était posté de l’avant-veille, on lui avait communiqué les résultats, qu’il était stupide de l’appeler une heure avant notre rencontre pour le vérifier.

Je l’ai vue dans la salle d’attente, fermée, stressée, pas libérée… le doute m’a traversé – à peine – juste assez pour que je m’entende prononcer avant de me l’être formulé…
– Tu as eu tes résultats ?
Sa tête a fait non.

– Mais c’est bon ! Je les ai reçus, tout va bien !

Elle a pleuré toutes les larmes retenues depuis trois semaines ; j’ai pris sa main.
J’ai un tout petit peu – discrètement – pleuré avec elle et je lui ai demandé pardon parce qu’une heure de plus au bout de trois semaines, oui ça compte quand même.

Alors elle a dit le truc le plus gentil du monde.
Elle a dit :
– Mais c’est mieux comme ça. Je n’aurais pas voulu être seule, c’était bien d’être avec toi pour savoir.

 

 

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