Merci Docteur :)

Publié par 10lunes le 25 juin 2018 à 08 h 23 dans Médias, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

J’avais imaginé ne plus polémiquer ici, me recentrer sur les récits et témoignages – je sais ça ne se voit pas mais j’ai quelques billets en gestation !  – plutôt qu’ajouter un énième grain de sel aux tempêtes qui agitent le monde de la santé. D’autant que d’autres défendent parfaitement les causes qui me tiennent à coeur.
Et puis un courrier des lecteurs s’est mis à circuler tous azimuts, multi relayé par les sages-femmes sur les réseaux sociaux. Et voilà venue l’envie irrépressible de répondre à cette main tendue afin de poursuivre le dialogue…

Cher Docteur, je suis d’accord avec vous, il n’est pas vraiment d’usage en France d’être rémunéré de la même façon pour des temps d’études différents.
Mais rassurez-vous, en 2016 les omnipraticiens avaient un revenu moyen de 82 020 € quand les sages-femmes plafonnaient à 26 607 €.

En 2012, l’ire d’un de vos confrères protestant devant le rattrapage prévu entre nos tarifs de consultation avait déjà motivé cette réponse.
Mes arguments restent les mêmes. Inutile de me répéter.
Je soulignerai cependant que votre consultation a été majorée au 1er mai 2017 et que la nôtre le sera, au mieux, début 2019 ; j’ajouterai que nous n’avons évidemment droit ni au ROSP (mais puis-je souligner que les frottis que nous réalisons – en prenant soin d’en adresser la copie au médecin traitant- participent au calcul de votre ROSP) ni à la consultation complexe (en dehors de la 1e consultation de contraception qui sera actée pour nous en 2019) ni au statut de correspondant.
Les sages-femmes travaillent avec les médecins généralistes, elles ne les remplacent pas !

Je trouve d’ailleurs anormal que généralistes comme spécialistes ne puissent bénéficier de la majoration de « médecin correspondant » lorsqu’une sage-femme réadresse un patient qui nécessite leur expertise.
Vous voyez, cher Docteur, nous n’avons peut-être pas des points de vue si éloignés l’un de l’autre…

Je tenais également à vous remercier de votre présentation plutôt exhaustive de nos compétences, trop souvent méconnues du grand public comme de vos confrères ; votre courrier participera, j’en suis certaine, à mieux les faire connaitre.

Permettez moi cependant de corriger quelques approximations.

Suivre les grossesses : Comment dire… cela libère du temps aux médecins et permet une approche plus physiologique parce que c’est le coeur de notre métier. Peut-être est-ce cela que viennent chercher vos consoeurs dont vous semblez vous offusquer qu’elles s’adressent à nous ? Comme l’écrivait la Cour des comptes dans son rapport de 2011 « La satisfaction au sujet des différents aspects des soins semble plus élevée dans les modèles de pratique de sages-femmes comparés aux autres modèles de soins obstétricaux ».
Vous vous irritez des arrêts de travail que vous devriez signer. Là encore, nous sommes d’accord. Pouvez-vous transmettre votre ressentiment à Mme Buzyn ? Les textes limitent à 15 jours nos arrêts sur l’ensemble de la grossesse. Comment faire une fois ce quota atteint sinon se tourner vers vous ? Mais je ne doute pas que vous trouverez les mots pour convaincre un ministère de la Santé sourd à nos demandes réitérées.

Faire des échographies : effectivement, mais avec le diplôme universitaire exigé.

Suivre les bébés :  En aucun cas. Nous assurons dans les premières semaines un accompagnement associant suivi médical de la mère et du nouveau-né, conseils, attention au lien mère-enfant et plus largement à l’équilibre familial… En parallèle et selon les recommandations de la HAS, nous faisons en sorte que le nouveau-né soit vu entre J6 et J10 par le médecin qui poursuivra le suivi mensuel « réglementaire ».

Les vacciner : Nous pouvons vacciner les nouveau-nés contre l’hépatite B et le BCG. Pratique peu fréquente, en maternité et non en cabinet, et dans des circonstances particulières.
Quant à l’entourage, nous sommes encore d’accord ! Le ministère de la santé nous délègue ce rôle de façon assez incohérente. Va pour la « stratégie du cocooning » quand nous suivons les parents en postnatal immédiat… mais le médecin traitant est le plus à même de suivre l’ensemble des vaccinations et rappels nécessaires.

Faire de la rééducation : Les femmes sont – scandaleusement à vos yeux ? – libres de choisir leur praticien pour leur suivi obstétrical ou gynécologique, elles peuvent faire de même pour leur rééducation !

Je m’autorise un paragraphe global sur la contraception parce qu’elle est effectivement de notre compétence pour les femmes en bonne santé (ce qui nous amène à une anamnèse rigoureuse avant toute prescription). Cela nous impose de pouvoir prescrire et poser tous moyens de contraception si l’on veut éviter de décider pour les femmes qui s’adressent à nous.
Et là encore, je suis d’accord avec vous, le poseur d’implant doit être en mesure de le retirer, ce que nous faisons. De grâce, n’érigez pas en règle générale un cas particulier !

Faire les frottis : Seules 60 % des femmes sont correctement suivies sur ce point ; tant mieux si les sages-femmes participent à la correction de cette mauvaise statistique. Vacciner contre le HPV me semble aller de pair et si nous le faisons, n’est-ce pas parce que cette question n’a pas été abordée par le médecin ?

Terminons avec le suivi des femmes ménopausées : Nous les recevons pour les examens de dépistage mais ne prescrivons aucun traitement hormonal. Il ne s’agit là encore que de prévention pour des femmes en bonne santé. Accordez-moi cette évidence, la ménopause n’est pas une maladie.

Pour conclure, si de nombreux points nous rapprochent, je n’ose imaginer ce que vous attendez de votre Ordre. Une maladresse de rédaction surement.
Ce n’est peut-être qu’une question de ton ? Un peu d’aménité et tout serait pour le mieux !

 

 

Certaines pages n’étant plus en ligne après quelques mois, je copie ici le courrier.
À quoi sert-il de faire de si longues études avec un concours de PACES complètement débile ? C’est un peu comme si un jeune était en CAP de cuisine et qu’on lui apprenait à poser des ardoises !
La consultation des sages-femmes va passer à 25 euros !
Inutile donc de faire près de dix ans d’études. Il suffit d’en faire cinq et vous pourrez :
– Suivre des grossesses et même faire des échographies ; il faudra seulement demander aux médecins de famille de faire les arrêts de travail (il faut bien qu’on serve à quelque chose !). Personnellement, je refuse (faut pas exagérer !)
– Suivre les bébés
– Les vacciner.
– Faire la rééducation (à quoi servent les spécialistes de la rééducation que sont les kinés ?!)
– Vacciner les parents et pourquoi pas les frères et sœurs, les grands-parents, les cousins les voisins…
– Prescrire la pilule !
– Prescrire et poser les stérilets !
– Prescrire et poser les implants (les enlever est plus difficile et il faut aller, bien sûr, à l’hôpital !)
– Faire les frottis, vacciner contre le papillomavirus !
– Suivre les femmes ménopausées !

Etc. Il va donc nous rester les rhinopharyngites, le cholestérol… La dépression il faudra aller voir la sage-femme puis l’ostéopathe bien sûr ! Il vous restera aussi les gardes bien sûr. Je suis un vieux médecin, faisant beaucoup de gynécologie, et suis aussi MSU. Je ne comprends pas cette dérive et je vous plains les jeunes médecins si vous ne réagissez pas.

Que fait l’Ordre ? Je connais même des femmes médecins qui font suivre leur grossesse par des sages-femmes ! C’est bien sûr leur choix mais il faut bien se dire que ces sages-femmes ne vont pas hésiter à faire circuler l’information qu’elles suivent des femmes médecins. Mon épouse n’a jamais vu de sage-femme avant l’accouchement et mes enfants n’ont jamais vu de pédiatres non plus.

Donc, les jeunes, n’hésitez pas et choisissez de faire des études plus courtes.

 

 

7 commentaires sur “Merci Docteur :)”

  1. Moyroud dit :

    Merci. 10 lunes,de mettre les points sur les i ! ça fait du bien ,

  2. Bernard Bel dit :

    Très bon remontage de bretelles ! 🙂

  3. Emilie Oum Kalthoum dit :

    Quel débile franchement !
    Et puis il est bien mignon d’avoir fait 8 ans d’études (c’est bien ça ?), si c’est pour passer 15min avec ses patients !
    La sf ne fait « que » 5 ans d’études (dont la 1ère année de médecine, rappelons-le…), mais elle passe au moins 45min avec ses patientes.
    Donc il me semble plus logique de rémunérer selon le temps de travail effectif que sur les seules années d’études, qui ne représentent pas grand chose ramenées au temps d’une vie…
    C’est moi ou il n’y a qu’en France qu’on pense que les études valent plus que l’expérience et le travail bien fait ?!

  4. VK dit :

    Bonjour
    Est ce que vous avez le sentiment que ça change? Disons avec les femmes (bien sûr) de moins de 35-40 ans.
    Ma jeune médecin généraliste (qui suit toute ma famille, bébé de 10 mois inclus et depuis sa naissance) est tout à fait ok avec le fait que je m’adresse à ma sage-femme pour la contraception etc.
    Elle a rigolé quand je lui ai dit qu’en dix ans j’avais fait du chemin : du duo gyneco/pédiatre, je suis passée à sage-femme/généraliste. Economies pour la sécu et surtout bien meilleurs soins pour moi !
    Et mes copines aussi font ce chemin.
    Continuez à prendre la parole ! Votre travail est remarquable.
    V.

  5. cel dit :

    Quand on voit la difficulté pour avoir un rendez vous chez un généraliste dans certaines régions (et je ne parle même pas d’un gynéco), améliorer le maillage du suivi des femmes est simplement du bon sens.

    Etre suivi par des sages-femmes a changer ma vie et ma vision du suivi gynéco. De quelque chose de désagréable et d’imposé que je ne faisait pas par manque de temps et par nomadisme géographique, je suis passé à un sentiment de confiance avec des professionnelles qui ont du temps à m’accorder et un suivi qui du coup est devenu régulier.

    Bref que du positif, et en grande partie grâce à ce blog, alors merci.

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