Le syndrôme du briquet

Publié par 10lunes le 8 octobre 2017 à 16 h 34 dans Vie du blog

 

Pardonnez moi cet excès d’intimité, pour une fois, je vais causer de ma petite personne et de ceux qui m’entourent.

Le syndrome du briquet, c’est ainsi que mon homme a récemment résumé ma propension à m’enflammer (ahaha) pour les grands élans genre « Tous-ensemble-tous-ensemble… »
Effectivement, dans un concert, je serais du genre à faire briller mon portable à bout de bras. J’aime la sensation de penser à l’unisson, j’aime les mots et les idées qui disent solidarité et générosité.

En fait, je suis une incorrigible optimiste ; toujours plus envie de voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide.
J’ai donc la stupide naïveté de penser que les hommes sont bons et qu’il suffit de se causer gentiment pour que tout s’apaise et tout s’éclaire.

Bon, j’ai très sale caractère aussi. Suis une râleuse, par principe, par essence. Plus petits, mes enfants me prévenaient gentiment : « Mamannn, y a un reportage sur  – au choix ! –  la grossesse /l’accouchement /les bébés /l’hôpitalOn te laisse, tu vas encore t’énerver ». Et ils filaient plus loin, lassés par avance de mes réactions.

Pour tout vous dire, j’ai dû les traumatiser rien qu’avec l’Odyssée de l’espèce. Dans ce très beau documentaire en image de synthèse retraçant les étapes de l’évolution, la première hominidé(e !) qui accouche s’allonge pour faire naître son petit (à 5’30). Et moi de protester « Mais non, MAIS NOOOOOON ! » en pensant au formatage insidieux de lointains futurs parents, déjà contraints à imaginer une femme forcément étendue au moment de la mise au monde.

Ce sont les réflexions de ces enfants devenus grands qui m’ont beaucoup apporté lors d’une discussion récente. Le sujet des violences obstétricales est arrivé sur la table. En « milieu préservé », je me suis autorisée à évoquer mon incompréhension devant l’agressivité de certains propos, la dénonciation globale. J’ai osé souligner combien ça faisait mal de voir tous les soignants rangés dans le clan des agresseurs et des violeurs. J’ai redis combien cette généralisation me semblait contre-productive auprès des « malmenants », d’autant plus enclins à se dédouaner que la charge était forte  : « Suis pas si pire donc suis pas concerné ».

Et puis eux, plus jeunes, plus activistes, plus anarchistes (!) m’ont dit « Mais regarde, on en parle, c’est sur la place publique* alors que toi tu milites depuis 30 ans pour que ça change et tu t’énerves parce que ça ne change pas beaucoup, pas vite ».

Grace à leurs mots, alors que j’étais piégée entre mes espoirs et mes rejets, je me suis sentie comme réconciliée.

Et ça m’a redonné l’envie d’écrire.

 

_______________________

* Au moment où j’allais publier ce billet, je reçois ces articles de Médiapart et du Berry Républicain

 

 

25 commentaires sur “Le syndrôme du briquet”

  1. OrCrawn dit :

    Oui !
    Ressuscitons la blogosphère sage-femme !

  2. Claire dit :

    Chouette, si vous revenez écrire par ici…

    J’ai découvert vos articles il y a quoi… deux ans ?
    J’ai tout lu, moi qui étais nullipare et n’avait pas de projet bébé concret. J’ai beaucoup appris, réfléchi et continué de lire ailleurs.
    Ça a totalement changé ma façon de voir l’accouchement…

    Aujourd’hui, je suis à 36 semaines de grossesse, j’ai la chance d’habiter dans un pays où j’ai vraiment l’impression d’avoir le choix pour mon accouchement – je suis aux Pays-Bas. Et je suis contente d’avoir des articles en français a envoyé à mes proches qui trouvent fou mon projet de naissance ou qui ne comprennent pas que je sois si zen par rapport à l’accouchement (et aussi que j’ai si peu d’examens médicaux lol).

    Bref, juste pour dire, continuez de vous indignez, continuez d’écrire et de partager sur votre page facebook, ça aide vraiment 🙂

    1. 10lunes dit :

      Merci, vraiment ! Le meilleur des commentaires remotivant 🙂

  3. Les animauxdumercredi dit :

    Moi aussi, je l’ai, le syndrome du briquet. Moi aussi je n’aime pas les généralités. Et nous ne sommes pas si nombreux que cela… surtout cette semaine. Alors merci de revenir, de continuer, d’essayer.

    1. 10lunes dit :

      Je sais que tu penses à Chantal en écrivant cela. Je suis comme toi et comme tant d’autres très attristée par sa disparition.

  4. Minka dit :

    Ils sont sages ces enfants devenus jeunes adultes, je trouve.
    Et je comprends aussi ton ambivalence …
    Je t’embrasse et me réjouis de ton retour.

    1. 10lunes dit :

      Très(presque)sages ! Merci de tes gentils mots.

  5. Céline dit :

    En tant que femme et jeune maman, je crois que nous avons besoin de toutes les bonnes volontés et toutes les formes d’actions militantes.

    Comme Claire ci-dessus, vos écrits m’ont confirmé la possibilité d’un autre chemin que l’accouchement formaté que l’on voulait m’imposer. A la diffèrence de celle-ci, je n’ai pas eu la chance d’avoir le choix, non pas que mon état de santé ou celui de mon bébé le justifiait, uniquement à cause des pratiques et des habitudes locales.

    Je n’ai obtenu que de haute lutte, grâce aussi à l’appui d’un Epoux convaincu, de ne pas me faire imposer la sacro-sainte péridurale et de pouvoir un minimum déambuler accrochée aux fils de mon monitoring.

    Je n’ai pas échappé à la tentative de décollement de membrane avant mon terme, sans me prévenir, sans justification médicale. Je n’ai pas échappé au déclenchement avec un tampon 48h00 après mon terme sous la menace d’une césarienne que rien ne justifiait

    Je n’ai pas échappé à l’accouchement chronométré en 20 minutes avec ventouses à la 21ème minute (toujours sans raison valable) avec 4 personnes dans la salles, élairage au maximum, dans la très confortable position du poulet d’élevage. J’ai échappé là aussi en insistant très lourdement à la rituelle épisiotomie-qui-protège-des-déchirures-et-qui-se-recoud-très-bien.

    Je me suis sentie seule au monde le lendemain matin quand toute l’équipe médicale est passée pour me dire « ah c’est bien vous avez eu l’accouchement que vous vouliez » uniquement parce que je n’ai pas pris la péridurale et que ces personnes, des professionnel(le)s de santé de la naissance pourtant, pensent qu’un accouchement physiologique c’est juste un accouchement sans péridurale.

    J’ai besoin de vos écrits car en tant que professionnelle de la naissance, vous montrez et écrivez qu’autrechose et possible. J’ai besoin des activistes qui font actuellement « le buzz » pour ne pas me sentir seule et que les conditions de l’accouchement ne soient plus un tabou où les femmes se doivent d’être heureuses parce que « bébé va bien » et que ce sujet soit aussi traité sur le plan systémique, pas uniquement en attendant la bonne volonté de tout un chacun d’évoluer.

    Parce que dans tout ceci ce qui m’a le plus choqué, ce n’est pas le comportement de ces professionel(les), au demeurant gentil sur la forme, mais la dimension institutionnalisée de ces pratiques. Et ce ne sont pas les prises de paroles des « officiel(le)s » du secteur de la naissance, à l’exception notable de l’ordre des SF, qui me rassurent, loin s’en faut.

    Pour celles qui comme moi ont accouché en territoire hostile en imposant les choses, pour toutes les autres pour lesquelles cela à viré au drame, pour ces bébés et ces conjoint(e)s qui ont vu impuissant(e)s le regard chargé d’incompéhension des jeunes mamans après leur accouchement non respecté, et aussi pour les professionnel(le)s de santé respectueux, qui ont sans doute besoin de se sentir moins seul(e)s de grâce, continuez à écrire !!!

  6. Nona dit :

    vos articles nous permettent de voir un peu de lumière. Je suis dans ma 37 eme semaine. Je connais si bien l’hopital (infirmière), trop bien sans doute car c’est tout simplement un terrain hostile pour une naissance respectée (si toute fois il est necessaire de le préciser, pour moi cette expression devrait être un pléonasme).
    Je n’ai tellement aucune confiance en l’hopital pour mettre un enfant au monde que j’ai préparé un projet d’AAD ( compromis à cause d’une anémie ) alors je me prépare depuis quelques semaines à devoir accoucher dans un endroit qui me révulse ou l’on est tributaire du bon vouloir de l’équipe en place. Encore hier je suis tombé sur cette ineptie de baby boom où après un court instant je  me suis offusquée d’une manœuvre inutile comme tant d’autres. A la maternité,nous femmes somme considérée comme des écervelées incapables de décider pour elle ou pour leur bébé.
    En tout cas continuez ainsi car « Les petits pas comptent double à partir du moment où l’on continue à avancer ».

  7. 10lunes dit :

    Céline, Nona, vous ne pouvez imaginer combien je suis touchée par votre soutien mais désolée par vos écrits. J’ai tant envie de croire que les équipes en place sont de bonne volonté. Qu’il suffit de dialoguer de façon apaisée pour se faire entendre.
    Céline, je vous encourage à écrire à cette équipe, en espérant que ce courrier pourra faire un tant soit peu bouger les lignes. Parce que oui, on confond trop souvent physiologie et absence d’intervention. Alors la résumer à l’absence de péri… !!!
    Nona, je veux compter sur le « bon vouloir » de l’équipe. J’imagine que vous avez encore une consultation prévue au 9eme mois. Peut être l’occasion d’expliquer ce que vous attendez pour créer un début de lien ?
    Revenez nous dire dans quelques semaines. Je vous souhaite très fort que tout se passe dans la confiance et le dialogue.

    1. Céline dit :

      Bonjour 10 lunes,

      merci pour votre réponse. Je n’ai pas écrit à cette équipe. Comme vous je pense que le dialogue est la clef dans les relations humaines quel que soit le contexte.

      Malheureusement, lorsque j’ai abordé mes souhaits pour le jour de la naissance de mon fils, qui ne me semblaient a priori pas inaccessible (accouchement physiologique sur une grossesse non pathologique), la réaction du GO en face m’a plus que douché. Lorsque j’ai dit souhaiter choisir ma position, il a refusé net en me disant « qu’il faudrait bien mettre les pieds dans les étriers » mais de ne pas m’inquiéter car « cela ne durerait pas longtemps » alors que je lui avait fait part du fait que j’étouffais sur le dos. Et que pour l’absence de péridurale, on verrait bien si j’arriverais sans ou pas, comme s’il s’agissait d’un défit à relever. Et il a rajouté que « de toute façon, il vaut mieux que les femmes n’en sachent pas trop sur l’accouchement, c’est mieux pour elles » (en 2016…). J’ai été litteralement scotchée par cette remarque.

      Bref avec un tel écart de vue, la discussion s’est avérée vaine, j’ai accouché dans la défiance avec tout ce que cela peut comporter d’inconfortable, en essayant de sauver ce que je pouvais sauver. Et en m’opposant fermement à l’épisiotomie à part en cas d’urgence vitale pour bébé. J’ai refusé 5 fois les propositions appuyées de péridurale y compris la dernière faite à col quasiment effacée avec le classique « attention après ce sera trop tard ». je n’ai pas échappé non plus à la blouse ouverte dans le dos « parce que on ne sait jamais si vous voulez la péridurale ». Et on m’a interdit de boire (pas grave, il y avait un point d’eau dans la salle).

      Bref, j’ai accouché dans une maternité clone de celle que l’on voit dans babyboom et les possibilités de discussions se sont avérées inexistantes. Ce qui ne m’empêche pas de croire que des maternité est des professionnel(le)s respectueux existent, même si elles ne me sont pas accessible sur le plan géographique.

      Si j’estime la démarche d’écrire à l’équipe inutile, par contre, je communique largement des documents et des références que j’estime bien faites aux femmes de mon entourage concernées et demandeuses, avec, entre autre, les liens vers votre blog, la RPC de 2005 sur l’épisiotomie, le guide de l’OMS de 98 sur l’accouchement normal. Et je cotise au CIANE.

      Parce que face à cette attitude je pense que la seule façon de faire bouger les lignes c’est de donner l’accès à l’information aux femmes. En cela le débat actuel sur les VO sur la place publique est salutaire, quand bien même il est douloureux pour certain(e)s qui travaillent réellement à respecter les femmes lors de leur accouchement.

      Continuez à écrire, pour nombre d’entre nous, vous êtes la lueur d’espoir au bout du tunnel.

      1. 10lunes dit :

        « De toute façon, il vaut mieux que les femmes n’en sachent pas trop sur l’accouchement, c’est mieux pour elles »
        Cette phrase est un sommet de sexisme et de paternalisme ! Je comprends que toute tentative de dialogue puisse ensuite sembler inutile. Mais signaler et se plaindre de ces dérives, ça peut quand même avoir un impact, a minima celui d’empêcher l’équipe de nier et de se retrancher derrière un « je ne savais pas ».

  8. Vervaine dit :

    Ils ont compris beaucoup de choses, ces grands enfants ! Bravo à eux et à leurs parents.
    Pour l’anecdote sur la femme qui accouche, je me suis dit pareil !!! https://vervaineavec1a.wordpress.com/2012/11/11/poulet-de-bresse-paleolithique/

    1. 10lunes dit :

      :)) Et une magnifique illustration !

  9. Vervaine dit :

    Sinon, pour reprendre le sujet du post, oui colère et indignation peuvent être saines et légitimes. Je ne te remercierai jamais assez de ton blog et de tes écrits, qui m’ont ouvert les yeux. Je peux sans exagérer dire que je te dois l’AAD pour mon 3ème enfant (sans t’avoir lu, je n’aurai sans doute pas cherché…).

    Sur le soignant-bashing actuel, j’en suis un peu désolée (d’autant plus que j’y participe petitement). Pas facile pour les patient.e.s de s’exprimer avec bienveillance face à la violence reçue -et tue pendant si longtemps. Pas facile non plus pour les soignant.e.s d’ouvrir les yeux sur leur propres pratiques, de reconnaitre une maltraitance parfois inconsciente, liée au système, etc.
    Crever l’abcès, cela fait mal des deux cotés. Espérons que cela permettra à tout le monde d’avancer pour mieux s’entendre.
    Un immense merci aux soignant.e.s qui se remettent en question, qui expliquent, qui montrent d’autres voies. Un immense merci à toi.

    1. 10lunes dit :

      Merci à toi !!

  10. Ddeo dit :

    Je ne te suis plus trop là. Ces violences que tu as dénoncées avec force et passion, maintenant qu’on en parle (enfin) largement, tu passes dans le camp minoritaire ? C’est ton côté rebelle, tjs du côté contraire à celui où souffle le vent ?
    Tu prêches pour le dialogue et les incompréhensions réciproques sont sans doute (comme toujours) au coeur du problème. Mais je n’ai pas ta naïveté et ta candeur (jolies qualités par ailleurs) de penser qu’il s’agit juste d’un petit malentendu-parce-qu’on-n’a-pas-discuté.
    Quand je vois cette copine, diplômée de l’école des hautes études en santé publique, dont le gynécologue a été viré après un accouchement barbare, pour lequel l’équipe a fait un signalement. Dans une mater amie des bébés ! Remarque, il a été viré, dans d’autres temps ça serait passé inaperçu. Cette autre maman dans cette même mater qui décrit son accouchement et son séjour qu’elle a détesté, en parlant de mater « amie des bébés mais pas des mamans ! »
    La tête dans la sage-femme dans une autre mater amie des bébés quand j’ai juste parlé de projet de naissance; bien senti que ce n’était pas bienvenu.

    Il faut être 2 pour communiquer, et je n’ai jamais ressenti cette volonté à la maternité.

    Pour moi c’est un juste retour de bâtons après des années de mépris et d’actes abusifs, le curseur est peut-être un peu trop loin mais c’est une étape nécessaire avant de retrouver l’équilibre.

    1. 10lunes dit :

      Mais je suis Ok avec le « juste retour de baton ». J’ai juste mis du temps à le comprendre, j’y suis parvenu « intellectuellement » d’abord et viens juste de passer la stade émotionnel. La c’est bon je crois.

  11. Marie dit :

    Oh oui, bien sur que ca avance! Et oui, 1000 fois oui il faut continuer a ecrire. Enfin on en parle, enfin les mentalites evoluent! Et cela a evolue rien qu entre la naissance de mes deux enfants, j ai deja vu une vraie difference. Une vraie difference qui m a permi d offrir a ma fille la naissance respectee que je n ai pas pu offrir a mon fils 4 ans plus tot. Pourquoi? Parce qu a force de lire vos billets et d autres, j ai appris, j ai compris, ca m a donne la force et le courage de me battre pour ce que je sentais depuis toujours, pour des convictions que j ai ose affirmees. Ca a ete tres complique, mais j ai reussi, en france, a accoucher a l hopital avec une jeune sage femme qui a ete parfaite, qui a respecte de a a z la physiologie de mon accouchement, et m a permis d accoucher debout sur un tapis, dans la chaleur, la penombre et la securite. Peut etre avait elle lu vos billets?!

    Je garderai toujours la blessure de ce que nous avons subi mon fils et moi 4 ans auparavent, car j ai aussi rencontre des soignants maltraitants et subi des actes medicaux dont je suis sortie avec une vague nausee et un sentiment de honte presque incomprehensible a mes propres yeux. Mais maintenant, j ai au moins cette victoire.

    Alors s il vous plait, continuez d ecrire! Nous les femmes nous en avons besoin. Et je suis desolee si tous les soignants sont parfois mis dans le meme paquet, mais c est transitoire, les mentalites bougent enfin, et ce n est pas une petite victoire…

    1. 10lunes dit :

      Tout est dit. J’ai longtemps espéré qu’un dialogue respectueux pourrait suffire. Parfois oui, mais pas suffisamment souvent pour s’en contenter.
      Avez vous écrit à cette première équipe pour dite votre sentiment ? Avez vous envie d’en parler ici ?

  12. Marie dit :

    Non je n ai jamais ecrit. J arrivais aux urgences maternite d un gros chu en debut de grossesse pour des fortes douleurs (j avais peur d une fausse couche, je venais deja d en faire deux). Une interne tres douce m examine apres m avoir demande la permission, elle insiste car elle ne trouve pas mon col, s excuse de me faire mal. Elle me dit qu elle pense que tout va bien mais prefere appeler une collegue plus experimentee. La collegue en question arrive, sans un bonjour, sans meme me regarder, elle attrape un gant et enfonce ses doigts dans mon vagin a peine 10 sec apres etre arrivee dans la piece , laissant la porte entre ouverte. Elle me fait mal tres mal, mais je me sens bloquee, je n ose rien dire. J ai l impression d etre sortie de mon corps et de regarder la scene de l exterieur, d etre comme un morceau de viande. Elle retire enfin sa main, toujours sans un regard, et dit a l autre « le col est ferme », et elle repart. La jeune interne me regarde d un air a la fois gene et impuissant, comme moi, avec un peu de honte en plus.

    Je n ai rien dit car ca ressemble a une simple « violence ordinaire ». Dans les faits, je n ai pas grand chose a dire. Comme pour la naissance de mon fils, une serie de petites violences ordinaires, de petites phrases negatives « ah bah vous etes pas prete d accoucher vu comment vous etes partie,je parie que dans 4 jours vous etes encore la », « vous ne savez pas porter votre bebe, vous n arriverez jamais a le calmer », un accouchement seule, avec une sf qui se contente de passer la tete par la porte entrebaillee quand je crie trop (j ai fait une hypertonie uterine suite a un declenchement), un anesthesiste qui rale car je gigote (je me tords de douleur en fait), qui ne repond meme pas quand je lui dis que j ai peur de tomber de la table haute et etroite en devant me pencher en avant et faire le dos rond, un bebe aspire 3 fois a la naissance sans raison, toujours la meme sf qui m appuie comme une dingue sur le ventre malgre mes cris juste apres la naissance, directives contradictoires pour l allaitement, bebe pese apres chaque tetee et menace au complement pour signer ma sortie de ce qui m apparaissait de plus en plus comme une prison. Rien de tres grave en fait, quand je compare a ce que certaines ont vecu. Juste une serie de petits irrespects, de manque de considerations. Que du classique en fait! D ailleurs pendant longtemps j ai considere ce traitement comme normal, certainement aussi parce que je ne n esperais pas autre chose. Mais j ai connu autre chose, autre chose existe, en France, aujourd hui et dans l hopital public. Ca demande une reorganisation des soins et surtout un changement dans la mentalite des soignants, mais c est en train de se faire, et un jour ce qu on accepte pour l instant sans broncher sera devenu un archaisme inaceptable.

    1. 10lunes dit :

      Le simple fait que tu aies pu penser cela normal justifie les possibles « excès » de la libération de la parole.
      et l’attitude de la première interne – et donc future praticienne autonome – que tu as rencontrée dit que nous pouvons espérer aller vers le mieux 🙂

  13. Marie dit :

    Oui, et je pense que la liberation actuelle de la parole, plus qu impacter directement les soignants, va surtout permettre a chaque femme de savoir ce qu elle est prete a accepter ou non en terme de respect, a fixer ses propres limites. Car le vrai changement va venir des usageres. Ce qui a bc change entre mes deux maternites c est surtout moi, car je suis devenue proactive, et j ai chercher moi meme les soignants que je jugeais respectueux. Les soignants seront d autant plus prets a changer leur attitude qu ils seront face a des femmes qui savent ce qu elles veulent et surtout ce qu elles ne veulent plus.

  14. Sarah PW dit :

    Cela fait plusieurs années que je vous lis sans avoir jamais commenté, mais j’aimerais vous remercier pour tous ces textes qui m’ont aidée à faire mon chemin et à m’entourer de soignant(e)s bienveillant(e)s.

    Nous avons été accompagnés par deux médecins très respectueux pendant notre processus de PMA dans un CHU et j’ai par la suite accouché dans une petite maternité publique « amie des bébés ». J’en garde un très bon souvenir malgré la fatigue et l’appréhension énorme que j’avais et c’est grâce à TOUTE une équipe (vraiment, sans exception) très humaine que j’ai pu rentrer chez moi en ayant confiance dans mes capacités à bien m’occuper de mon bébé (et à l’allaiter).
    La maltraitance est contagieuse lorsqu’elle existe mais je crois que la bienveillance et la bientraitance aussi. Merci à vous de participer à ce vaste projet humain !

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