L’histoire sans fin

Publié par 10lunes le 31 juillet 2017 à 09 h 56 dans Médias, Militer

 

Odile Buisson a décidément l’art de réactiver ce blog.
Ses propos se font chaque fois plus outranciers et il est quelque peu désespérant que les gynécologues la laissent parler en leur nom.

N’en déplaise à Odile Buisson, la violence obstétricale n’est pas un fantasme. Le questionnement ne concerne pas sa réalité mais son ampleur. D’aucuns évoquent un phénomène général, je voudrais pencher pour l’exception ; mais même si cela ne concernait qu’une toute petite minorité de femmes et de soignants, cela n’en resterait pas moins inacceptable.
Le rapport du HCE devrait permettre  de trancher. Et si certains discours sont effectivement virulents, ce n’est qu’à ce prix, comme j’en convenais ici, que la souffrance se fait entendre. Je déplore la surenchère nécessaire pour être enfin audible mais cette surenchère n’appartient pas aux « activistes de la naissance », c’est tout un fonctionnement médiatique et politique qu’il faudrait revoir.

Odile Buisson accuse tous azimuts en affirmant la volonté d’éviction de tous les spécialistes. C’est bien évidemment faux, personne ne serait assez naïf pour en revenir aux lois de mère nature. Par contre nous sommes nombreux à souhaiter que les « modes de prise en charge » soient redéfinis pour mieux respecter la « normalité » * de la naissance.

Ce travail est en marche. Il y a eu les recommandations du collège des sages-femmes sur l’utilisation de l’ocytocine. Et nous attendons dans les prochains mois des recommandations de la Haute Autorité de Santé sur l’accouchement physiologique. Il semble que le balancier reparte – enfin ! – dans le bon sens alors que les années 2000 avaient vu exploser l’hypermédicalisation de la naissance.

Pour faire bonne mesure, Odile Buisson tente d’apeurer les foules en évoquant le déremboursement de la péridurale. Un délire total et un de ses sous-entendus récurrents contre ces diaboliques sages-femmes, grandes prêtresse de la nature adeptes de la rédemption par la souffrance…(oui, moi aussi, je peux forcer le trait !)

Mais chère Odile – permets-moi de te tutoyer depuis le temps que je monologue avec toi – je m’irrite que tu oses énoncer : « Les syndicats de sages-femmes, très actifs depuis que le métier s’est masculinisé ».

D’une part c’est faux. Le pourcentage d’hommes exerçant le métier de sage-femme reste faible :  3 % en 2015 et ils sont -logiquement ! – très minoritaires au sein des instances syndicales : 1 sur 12 membres au conseil administration de l’UNSSF, 2 pour 10 au conseil d’administration de l’ONSSF.
Mais surtout, et c’est d’autant plus inacceptable que tu es régulièrement présentée dans les médias comme féministe, crois tu vraiment que ma profession ait eu besoin des hommes pour oser défendre et revendiquer de meilleures conditions de mise au monde pour les femmes ?

Si la secrétaire d’Etat  se piquait d’un nouveau rapport sur les inepties sexistes proférées à l’égard des sages-femmes… Chère Odile, tu y figurerais surement en bonne place.

 

 

*je ne peux me résoudre à conjuguer les mots protocole et physiologie. Le premier est censé se déterminer à partir de normes générales alors que la seconde se détermine au plus près de l’expérience individuelle. 

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Atlantico.fr 26 /07 /2017

REALITÉ DES PRATIQUES

Violences obstétricales : Marlène Schiappa embrigadée dans le combat de féministes ultra contre un phénomène exagéré

Odile  Buisson : Je pense que c’est un fantasme relayé par des groupes d’activistes suffisamment virulents pour intoxiquer les cerveaux d’une ministre ou de ses conseillers. Ceci n’est guère rassurant car il y a dans le pays une résurgence de courants réactionnaires qui veulent se réapproprier le corps des femmes. La gynécologie et l’obstétrique ont contribué à libérer les femmes de la douleur et des contingences de leur physiologie compliquée mais hélas ceci a un coût. C’est pourquoi l’Etat tente de surfer sur ces tendances pour « démédicaliser » la physiologie féminine, l’accouchement et ses suites. Ce n’est donc pas étonnant que les gynécologues et les obstétriciens soient diabolisés : la chasse aux sorcières médicales est bel et bien déclarée.

Quelles seront selon vous les retombées de ce rapport ?

Je pense que les données seront bidonnées aux seules fins de faire admettre à la population qu’elle peut très bien se passer de médecins accoucheurs, de pédiatres et d’anesthésistes. Je vous laisse imaginer les économies de santé !  Les syndicats de sages  femmes, très actifs depuis que le métier s’est masculinisé, l’ont bien compris car  ils tentent  coûte que coûte de reprendre le «  marché » de l’accouchement, quel qu’en soit le prix à payer  pour nos filles et petites filles… Je suis prête à parier que le déremboursement de la péridurale est « dans les tubes ». Le raisonnement ne relève pas de la pensée complexe : il suffira de dire «  la:péridurale nécessite davantage d’extraction aux forceps, l’extraction au forceps nécessite une épisiotomie : c’est de la violence obstétricale ! C’est une mutilation génitale ! un génocide du périnée !  Un peu de propagande  comme l’Etat sait le faire  et le tour est joué. 

Selon Marlène Schiappa, il n’appartient pas aux médecins de décider de la réalité des chiffres du nombre d’épisiotomie. Que pensez-vous de cette affirmation ?

C’est une affirmation ubuesque car on ne « décide » pas de la réalité d’un chiffre, on en fait le constat.. Or nous constatons qu’en  France, le  taux d’épisiotomie était de 27% en 2010  alors qu’au Pays Bas  il était de 30%, au Luxembourg de 36%, en Allemagne de 28%, een Italie de 50% et en Espagne de 43%, Seule l’ Angleterre  avec 24% faisait un peu mieux que nous. Nous n’inventons riens ce sont les chiffres d’Euro Peristat.

Le Collège national des gynécologues et obstétriciens (CNGOF)  a fait des recommandations  très claires pour améliorer encore le taux d’épisiotomie. Du reste dans un souci de transparence et de démocratisation des savoirs , le collège vien d’ouvrir son site au grand public. C’est la seule façon de lutter contre les désinformateurs. J’invite Mme la ministre  à venir désormais y puiser ses sources.

11 commentaires sur “L’histoire sans fin”

  1. Philomenne dit :

    Je n’arrive toujours pas à comprendre comment une personne qui a fait tant de belles choses par ses recherches peut dire autant d’inepties par ailleurs… C’est un grand mystère.

  2. Lesanimauxdumercredi dit :

    Les futures recommandations de bonnes pratiques pour l’accouchement porteront sur l’accouchement « normal » ET l’accouchement « physiologique ».
    A suivre…

  3. desmares martinem dit :

    Merci dix lunes ton message vient ä point, la mauvaise foi ne dérange pas l’illustre médecin, qui ferait mieux de s’ abstenir qued’en rajouter des couches…déception et agacement, contre autant de violence verbale à l’égard d’une population qui témoigne courageusement. Le medecin de la Maison des femms a repondu aussi sur France INTER aux atteintes portées au corps des praticiens..à écouter.

  4. Eau Claire dit :

    Cela me rappelle le syndrome de la « Reine des Abeilles »….

  5. Lexoprane dit :

    Je ne sais pas ce qui me déprime plus…Les déclarations de cette femme – pourtant médecin – ou les commentaires en-dessous de l’article.

  6. Sabine dit :

    Au vue du commentaire de Lexoprane, je suis allées lire les commentaires … c’est désespérant. Merci Dix Lunes d’écrire et de nous montrer qu’il existe autre chose …

    1. 10lunes dit :

      Atlantico trouve que je vais trop souvent sur le site. Je n’ai plus accès à l’article et donc aux commentaires, sauf si je paye. Mais vu que je ne suis pas maso…

  7. Laura dit :

    Merci pour cet article. Personnellement je n’oublierai jamais le « C’est bon vous n’êtes pas vierge ne me dites pas que ça vous fait mal ! » lancé par une gynéco qui examinait mon col et qui m’avait fait mal (j’ai eu le malheur de lancer un petit ouille). C’est pourquoi pour mon deuxième j’ai voulu accoucher aux Bluets, et cela m’a apaisée d’être entourée de bienveillance 😉

  8. speedy dit :

    j’espère que l’on finira un jour de cette guerre stérile gyneco contre sage femme. les violences sont le fruit de dysfonctionnements suffisamment complexes (surcharge du personnel, études de médecine sexistes et hiérarchisées, protocoles hospitaliers, hypertrophie de la technique…) pour qu’il faille un peu de recul et de hauteur de vue pour de tricoter cela.

  9. Pauline dit :

    Et que dire de son interview dans le huffington post où elle culpabilise les femmes ne voulant pas d’épisiotomie et les médecins les écoutant : ils devront assumer que le bébé manquera d’oxygène et donc aura des dégâts au cerveau + une extrême déchirure….

  10. Marie dit :

    Je suis choquée de ses propos. Je la « connais » dans le sens où elle a fait mes échographies de grossesse, elle est au courant de mon AAD après césarienne et n’a jamais eu ce discours en direct…. Je tombe de haut en lisant cet article….

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