Le diable se cache dans les détails

Publié par 10lunes le 18 juillet 2017 à 23 h 26 dans Petites phrases, Pffffff

 

Un débat diffusé lundi midi sur France Inter m’a ramenée quelques années en arrière, quand je m’attelais à disséquer ici un livre d’Odile Buisson. Fallait bien ça pour faire sortir le blog de son long silence !

Reconnaissons-le, Mme Buisson a eu le mérite d’accepter la discussion alors que le Pr Nisand président du CNGOF et initialement pressenti s’était fait porter pale, refusant d’en découdre avec Marie-Hélène Lahaye qui l’avait quelque peu étrillé sur son blog.

Si ce n’est déjà fait, je vous invite à écouter cette émission et n’ai pas l’intention d’en faire ici une analyse exhaustive. Le débat était riche et les propos  des intervenants globalement mesurés.

Mesurés oui, mais pas les interventions d’Odile Buisson qui entre autres saillies a répété à deux reprises que l’activité du planning familial se résumait à faire des frottis et poser des stérilets. « Jolie » négation du travail délicat et ciselé de ces structures, motivée par la seule volonté de discréditer Martin Winckler qui s’est fendu d’une belle réponse.

Odile Buisson a ensuite minimisé la maltraitance verbale, la requalifiant en « manque de tact », reprenant ainsi les paroles du Pr Nisand*.

Odile Buisson a enfin évoqué – à juste titre -la souffrance des soignants, déplorant le suicide récent de cinq internes. Mais là encore son intervention était maladroite ; la souffrance des uns ne les dédouanant pas de celle des autres.

Ses interventions apparaissaient malvenues et malhabiles et ne répondaient ni aux questionnements sur les mécanismes des violences, ni à la recherche de solutions.

Mais ce que je veux relever ici, c’est un détail, terriblement significatif du décalage entre le discours audible et ses sous-entendus. Tout au long de l’émission, Odile Buisson s’est appliquée à ne jamais citer le nom de Marie-Hélène Lahaye. Et si elle l’a interpellée, tentant régulièrement de l’interrompre, ce n’était que par son seul prénom.
Dominique Dupagne était le troisième débatteur. Odile Buisson ne lui a jamais coupé la parole, et quand elle l’a cité, elle n’a pas abrégé son identité.
Marie-Hélène Lahaye n’aura pas eu droit à ce traitement.  Aux yeux d’Odile Buisson, elle commet la double faute de ne pas être médecin et d’oser s’opposer à eux.

Paternalisme médical quand tu nous tiens…
Mais personne n’est plus dupe.

 

 

* Je ne résiste pas à souligner la tentative de blanchiment d’une phrase plus que maladroite du Pr Nisand citée dans l’article mais  initialement publiée ici  « Au moment de l’accouchement, tout le sang est drainé vers l’utérus, au détriment du cerveau » reformulée en plus hermétique et magistrale « hémodynamique vasculaire fortement bouleversée » .

 


Pour masquer mon inactivité, quelques vieux billets en réponse
au livre d’Odile Buisson « Sale temps pour les femmes »

Odile nous raconte des histoires 
Odile ne connait pas la nuance 
Odile se contredit
Odile n’aime pas les maisons de naissance 
Odile n’aime pas du tout les sages-femmes 
Odile vend sa soupe

et à celui de Martin Winclkler « Les brutes en blanc »

Un peu de douceur dans un mode de …

 

12 commentaires sur “Le diable se cache dans les détails”

  1. Blandine dit :

    Chapeau bas.
    Superbe commentaire !

  2. dr niide dit :

    Merci pour ce billet aussi mesuré qu’a pu l’être le débat malgré quelques dérapages de O Buisson comparant le medbashing à l’antisémitisme.
    La vraie question est posée dans ce ton billet. La violence de la formation des soignants ne dédouane en effet pas d’une souffrance parfois imposée aux patients par une relation inadaptée avec le médecin. Mais quand comprend t’on qu’il s’agit de la même violence. J’a iabordé ce sujet dans un billet
    http://dr.niide.over-blog.com/2016/10/la-citadelle.html

  3. Desmares Martine dit :

    Ah , ça fait du bien de vous retrouver ! Je n’ai pas résisté à refaire circuler vos articles à l’occasion de cette « triste émission » qui comme vous le dites n’a rien amené sur le débat prévu..; »comment lutter contre les violences gynécologiques et obstétricales encore trop souvent décrites par les parents (usagers…) surtout humains qui vivent une expérience intense et exceptionnelle, parfois brisés par des maladresses verbales et des gestes intrusifs ». Où je les rejoins c’est oui en soi l’accouchement est une expérience d’une certaine intensité voire violence. On en sort pas indemme physiquement et psychiquement, expérience initiatique qui bouleverse. Mais ne confondons pas, ce qui surprend , bouleverse, agite, émeut et même effraie parfois qui vient du plus profond de notre corps et…tous les processus extérieurs qui participent à aggraver le stress, dévaluer, juger, minimiser, relativiser, brutaliser l’estime de soi et le corps, allant parfois jusqu’à faire subir malveillance, intrusion, voir même discret sadisme ( quand pas de « petite anesthésie, il y en a pour deux minutes, ça sert à rien ! ») 40 ans dans les maternités, passant du privé où j’ai fui des pratiques insoutenables écrasée par un patriarcat obstétrical doublé parfois de pseudo droit de cuissageinscrit dans les gènes !, pour essayer dans le secteur public de protéger les patientes, soutenir leur autonomie et leur engagement de couple ( l’attitude est souvent différente en présence d’un tiers). Oui il peut y avoir des situations obstétricales où on se retrouve dans une situation de quasi situation de médecine de brousse, mais tout se passe alors avec les mots, quand on peut redire aux parents à quelle catastrophe on s’est senti exposé pour eux et avec eux. Le traumatisme reste de toute façon mais la patiente peut sentir les limites des compétences humaines, si son bébé va bien le dialogue reste possible et indispensable sans se défausser. Tout le reste du temps je souhaite apporter une nuance car depuis la loi de 2002 il y a eu une très grande évolution, chez les professionnels. ils se présentent, parlent de leur acte, demandent le consentement des parents dans la plupart des siutations. Mais la génération intermédiaire a beaucoup à apprendre. Vive le CIANE qui décrit , évalue et rend compte, mais gare aux accusations non constructives qui buttent les profesionnelles qui sont perpétuellement exposées à des structures maltraitantes sur le plan administratif et organisationnel ( postes supprimés, non remplacement)… A chaque procès on agonise l’équipe, mais quand les agents ou/et les syndicats dénoncent personne ne veut écouter. On traite de traumatisme (M. Salmona nous en apprend beaucoup) mais qui veut vraiment la prévention? Qui acceptera de payer l’humain pour humaniser ? En matenrité comme en gériatrie c’est sur un REGARD, un GESTE DOUX, un CONTACT et une PAROLE que se contruit une relation. Ni sur un réseau social, ni par SMS. Etre présent et être respectueux c’est d’un mot, d’une parole dire « je suis là » et savoir se retirer. Mais c’est aussi pendant la grossesse cesser de tout pathologiser, ce qui amène des médecins en SDN à se croire parfois indispensables, obligés d’agir( surtout dans le privé quand ça fait des K..hélas) et sans respect du périnée, du projet de naissance, ou du souhait du couple. Les choses ont évolué mais il y a encore à ECOUTER les parents, à cesser de mettre en opposition les professionnels qui doivent faire équipe. Quand cela fonctionne, tout le monde en reçoit le bénéfice. Pour avoir reçu dans un groupe post natal en lien avec la pédopsy, si l’urgence obstétricale a retenti dans un vécu immédiat et gène les premiers jours, les premières semaines, parfois les projets futurs, ce qui minent, dégradent et empêchent le « devenir mère » ce sont toutes ces petites violences quotidiennes, jugements, discriminations, phrases insidieuses et ses gestes qui semblent banalisés par le professionnel alors qu’ils retentissent de façon violente sur le corps. Entendre dire que l’épisiotomie n’est pas une mutilation génitale : La mutilation est une perte partielle/totale d’un membre, d’un organe ou la destruction/dégradation partielle d’une ou plusieurs parties du corps sans cause intentionnelle de donner la mort.
    Mutilation — Wikipédia
    Je crois qu’il y a bien dégradation partielle du périnée même si on a cru longtemps améliorer le rapport bénéfice risque, sans le CIANE, les études n’auraient jamais abouties. Oui 40 ans dans ce milieu permet de connaître ce qui a été dit : une chose et son contraîre, sur sommeil, portage, MSI, déclenchement, césarienne…mais pitié qu’on nous épargne les insultes au planning familial, et les blablas inconsistants de l’échographiste qui médit sur le généraliste  » en fuite », alors qu’elle reconnaît n’avoir plus aucune pratique elle même…Bravo à tous ceux et celle qui font changer les choses pour le bonheur des couples ..ouvrons les yeux et continuons de faire évoluer dans le respect des couples et de l’accueil du bébé.

  4. Merci pour ton billet 🙂

    Effectivement, m’appeler systématiquement pas mon prénom pendant tout le débat (en plus de son agressivité constante et le fait de me couper la parole) n’est qu’un détail. Mais un détail tellement révélateur !

    1. Caroline dit :

      Bonjour,

      Je me suis demandé si ce n’était pas *aussi* parce que vous êtes une femme, et que dans les médias, on a tendance à minimiser (en les traitant comme si elles étaient plus jeunes – et donc plus inexpérimentées, moins compétentes – qu’elles ne le sont) les femmes en les appelant par leur prénom uniquement, comme une jeune fille. On ne fait pas cela avec des adultes que l’on prend au sérieux, à moins que ces personnes ne fassent partie du cercle de nos familiers. Je ne sais pas si O. Buisson l’a fait exprès et/ou consciemment, mais c’est en effet un détail très révélateur.

  5. sarah dit :

    Je me suis fait exactement la même réflexion en écoutant l’émission !! J’attendais avec impatience que Marie-Hélène Lahaye l’appelle « Odile » en retour, elle ne l’a pas fait et a sans doute eu raison… Car Mme Buisson est tombée bien bas pendant ce débat et s’est discréditée toute seule, alors qu’en face les arguments étaient posés et défendus sobrement, comme il se doit de défendre une évidence.

  6. kataidante dit :

    je m’étais fait la même réflexion, attribuant l’omission du nom entier de Marie-Hélène Lahaye à un simple problème de mémoire, jusqu’à ce que non, cela paraisse de plus en plus évident devant son insistance à ne citer que le prénom. mais quelle condescendance!!! cette confraternité puante qui ne fait reconnaître comme interlocuteur digne de débattre que le seul médecin. j’ai écouté le podcast hier dans la rue, je bouillais de rage!!!

  7. Vervaine dit :

    Ah tiens, Mme Buisson reprend du service ? Ce qui me désole, c’est qu’elle se dit féministe et vends ses théories comme telles.
    Je n’ai pas entendu l’émission mais je vais m’empresser d’aller écouter le podcast !
    Encore merci à vous 10lunes et Marie-Hélène Lahaye pour vos écrits t vos engagements !

  8. Bernard Bel dit :

    Très significative en effet l’utilisation exclusive du prénom pour désigner une interlocutrice… Comme je l’ai souvent rencontrée dans des comptes-rendus de réunion ou des rapports d’activités. C’est tellement ancré dans les habitudes que même une femme qui se dit féministe n’y prête pas attention. Probablement parce qu’elle ne peut s’empêcher de faire étalage de « paternalisme » !

  9. Eau Claire dit :

    Au début, je pensais que c’était pour l’énerver (puis avoir beau jeu de dire  » ah ces femmes ! toutes des hystériques ! « ). Mais, en fait, j’ai entendu deux choses positives : OD reconnait (à la fin !) que cette parole doit être prise en compte et donc deuxième chose : merci à Dominique Dupagne pour son intervention ferme. Bravo à MHL pour son calme, je ne l’aurai pas gardé ! hihi
    En réalité, il n’y a qu’avec l’amour et la bienveillance que l’on peut détruire la haine. La Lumière a toujours chassé l’ombre, par sa simple présence…

    1. Eau Claire dit :

      je ne peux pas modifier le commentaire, merci à toi 10lunes pour ces mises-en-lumière 😉
      chaleureusement

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