Contre-feux

Publié par 10lunes le 28 juillet 2017 à 16 h 14 dans Médias, Militer

 

Le 20 juillet, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes – peut-être soucieuse d’éteindre le feu couvant quant à la baisse drastique de son budget (27%) – a évoqué les violences obstétricales lors de son audition au Sénat.

« J’ai commandé un rapport au Haut Comité sur l’Egalité sur les violences obstétricales qui est un sujet qui revient dans l’actualité. Vous savez qu’en France, on a un taux d’épisiotomies par exemple à 75%, alors que l’OMS préconise d’être normalement je crois autour de 20-25% ». Le chiffre est à vérifier mais il me semble que c’est cela. Notamment de pratiques obstétricales non consenties avec notamment des violences obstétricales, semble-t-il, particulièrement sur les femmes étrangères, sur les femmes très jeunes, et sur les femmes handicapées. Ce sont des sujets sur lesquels nous avons un gros travail à mener ».(à 1h 09)

Elle a commis la réelle maladresse de se référer à un chiffre issu du réseau « Maman travaille »* choix pas tout à fait innocent puisqu’elle en est la fondatrice. Marlene Schappia aurait pu, dû, se tourner vers les  statistiques provenant de l’enquête périnatale de 2010 (les chiffres de la dernière enquête, réalisée au printemps 2016, ne seront disponibles que fin 2017) :  le 75%  d’épisiotomie  annoncé se transforme alors en  44.4 %  pour un premier accouchement  et 14.2 % pour les suivants. Elle aurait pu noter aussi que ces chiffres ont été respectivement divisés par 2 et 3 en 14 ans ( cf p 80 de ce rapport de la DREES). Chiffres en réel progrès donc, mais encore trop élevés puisque certaines maternité sont en dessous de 5 %.

Je ne suis pas certaine que cela aurait fait autant de bruit si nous n’étions au cœur de l’été à l’heure où tout semble s’arrêter et que les rédactions peinent à remplir leurs pages. Les médias se sont emparés du sujet.

Curieusement les obstétriciens se sont immédiatement sentis désignés, oubliant au passage que, comme le souligne cette réaction mesurée du CNOSF, 75 % des accouchements sont « réalisés » par les sages-femmes. Le CNGOF s’est dit profondément choqué, le SYNGOF a carrément réclamé la démission de la secrétaire d’Etat.
Ni les uns ni les autres n’ont souligné ce qui apparaît gravissime : la désignation de catégories de femmes victimes de violences obstétricales. Si ces faits étaient avérés, cela impliquerait que ces violences sont volontaires, puisque ciblant les femmes les plus fragiles et les moins à même de se défendre.

L’état des lieux des violences obstétricales commandé au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes est donc plus que bienvenu.

 

NB : Odile Buisson ayant encore sévi, je vous dis à très bientôt…

 

*attention photo ! (et propos improbables… )

 

 

9 commentaires sur “Contre-feux”

  1. HARMEL dit :

    Bonjour, étant moi meme sage femme je vous lie avec plaisir depuis plusieurs années.

    Je suis surprise quant aux catégories de patientes « cibles » de violences obstétricales…. Avons nous des arguments pour dire que ces patientes vulnérables sont plus souvent victimes de violences? Ou bien est ce autant étayé que les 75% d episio?

    Parce que si c est le cas je vais finir par perdre foi en l obstétrique pratiquée de nos jours! Bref je serais rassurée s il n y avait pas d argument tangible!
    sinon vite vite au boulot pour prendre soin, dans tous les sens du terme, de nos patientes…..avec bienveillance et bientraitance!

    1. 10lunes dit :

      Je n’en sais rien, n’ai rien vu passer sur ce sujet précis. Donc je ne sais pas si Marlène Schiappa donne son sentiment personnel ou se base sur des faits précis. Vivement le rapport du HCE !

      1. Kwak dit :

        Bonjour,

        Personnellement cette déclaration ne me surprend pas. Ce ne sont « que » des faits rapportés, mais j’ai entendu plusieurs témoignages allant dans ce sens (racisme, validisme).

        Pour les violences concernant les personnes handicapées, MS disait avoir reçu l’asso Femmes pour le dire Femmes pour agir. Sur leur site, je n’ai trouvé qu’une fiche listant les difficultés d’accès aux soins : http://fdfa.fr/difficulte-dacces-aux-soins/

        Concernant les femmes immigrées ou réfugiées, le fait que les statistiques ethniques soient interdites complique la tâche. Il y a pourtant ces deux articles : https://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2010-3-page-21.htm et https://www.erudit.org/fr/revues/as/2013-v37-n3-as01306/1024082ar.pdf

        Aux Etats-Unis, le constat est alarmant, pour les femmes et leurs bébés en général (mortalité en hausse) et plus particulièrement pour les femmes Noires et leurs enfants (taux de mortalité maternelle, pré-natale et post natale bien plus élevé, qui s’explique notamment par des facteurs socio-économiques, mais pas seulement, il y a aussi absence ou retard de suivi + différence de prise en charge)http://www.ourbodiesourselves.org/2016/03/increased-numbers-of-black-women-dying-during-pregnancy-and-childbirth/
        Je ne sais pas si ce constat est transposable à la France, mais c’est une piste de réflexion

        De façon plus générale,les Nations Unies et l’OMS se sont emparées du sujet : http://www.who.int/mediacentre/news/statements/2017/discrimination-in-health-care/fr/

        Pour la discorde concernant les 75 %, la réflexion a été faite sur Twitter que si le sondage concernait notamment des femmes ayant accouché avant 2010, et plusieurs fois, il était possible d’atteindre ce pourcentage. Le taux de femmes concernées est forcément plus élevé que le taux d’épisio (cumulation + variation temporelle)

      2. Lesanimauxdumercredi dit :

        Malheureusement, si. On en a parlé là : http://www.infocongres.com/grossesse_et_migrations/

  2. Desmares Martine dit :

    Martine Desmares A Dix Lunes et à celles qui se sont senties exapérées…je suis encore très en colère contre la nouvelle analyse de Me Odile Buisson dans l’article sur les violences obstétricales oser dire …oser encore dire que les violences obstétricales sont un fantasme, c’est méconnaître ce que sont les violences : et redoubler de violence psychologique sur des femmes et couples qui ont subis des psychotraumatismes et des atteintes physiques sur le corps des femmes qui sont irrémédiables. Violences décrites par nombres d’obstétriciens respectueux de leurs patientes qui ont participé à faire évoluer au sein du Collectif Ciane ou d’autres structures respectueuses de la naissance, je ne décolère pas , qu’une gynécologue réputée pour sa connaissance technique du clitoris et de l’échographie en partenariat avec le Docteur Foldès expert en reconstruction, se permette de discréditer la parole des patientes qui ont un vécu traumatique. Il est temps d’aller rencontre Me Salmona, Me Bisson pour réajuster votre langage. Ne plus vous faire remarquer sur un thème que vous méconnaissez semble t-il, » le témoignage des violences faîtes aux femmes » et vous cantonner à discuter de plaisir et jouissance du clitoris. Les femmes vous en seront grès, et traiter d’illuminées les femmes et les hommes qui se mobilisent pour donner l’alerte, est scandaleux anti éthique par rapport aux droits des personnes à dénoncer les matraitances qu’on leur a imposées. Pour réagir si violemment contre, il faut avoir été directement concerné par la pratique de ces actes qui frisent parfois la médecine de brousse. ( Ce que vous avez déclaré sur France inter, internes insuffisamment formés,mais surtout manque de respect jumain minimum). Sans porter atteinte à la déontologie, je déclare avoir été témoin de ces violences, avoir parfois redouté d’intervenir contre un professionnel autoritaire et matchiste ; avoir trop souvent démissionné à m’opposer pour m’occuper de prendre soin des patientes et des couples. Avoir recueilli pendant 13 ans depuis Entretien prénatal individuel, à raison de 600 à 700 femmes par ans écoutées formuler leurs souhaits seule ou en couple pour un projet de naissance, un grand nombre de multipares venaient demander, supplier, ou exiger en préparation à la naissance :  » Plus jamais ça » ! Ne plus jamais se livrer  » corps et âme » à ceux qui n’ont pas su expliquer, protéger ou infomer quand un acte est vraiment nécessaire. Leur seul souhait : avoir plus d’autonomie, être mobile, active et réactive, bien mieux vécu. je dirai même que quand on dit trouvez les ressources en vous, vous êtes la seule à savoir si cela peut se faire, ce sera sur le tas le jour même si le temps n’est pas trop long..;sinon vive la péridurale bien dosée pour celle sui le souhaiteront. Mais plutôt que d’être scotchée au lit, périduralisée, (avec nombres de malaises) assistée voir insultée pour « mauvais efforts expulsifs »( après péri trop ddosée (on va aps se re déranger..;et avoir fait pousser bien trop tôt..sur le dos, toujours sur le dos…) merci aux changements de B. De Gasquet ( expire, étire, relâche, bouge ) et à la jeune génération de sages femmes imprégné(e)s par la loi de 2002 du RESPECT des usagers. Les collègues mieux formés , se présentent, s’expliquent, soutiennent, mobilisent et on fait OUI c’est sûre et certain n’en déplaise à la BiBI chuter le nombre d’épisiotomie…grand bien cela nous fasse car , on s’en remet pas toujours de cette mutilation sexuelle génitale vécu dans sa chair ( voir définition atteinte à un organe sexuel, là sans intention de violence, mais aujourd’hui en toute connaissance des nuisances secondaires de ce geste souvent inutile ou trop précoce).

  3. 10lunes dit :

    réponse à Kwak mais le site refuse de la publier à la suite de la tienne !! Merci pour tous ces liens. Je n’ai pas encore tout lu de façon exhaustive mais il me semble que ca parle plutôt de bientraitance et de la réflexion des soignants cherchant à mieux faire. Se pencher sur les améliorations nécessaires, c’est indispensable mais tout sauf de la maltraitance. Les difficultés d’accès aux lieux de soin sont un réel problème mais pas que le fait des soigants. Quant à la réalité américaine, elle est … américaine.

    Je reviens sur les statistiques, elle se font et n’ont de valeur que sur le nombre d’accouchement. Sinon, on aurait des données peu utilisables : 100% pour une femme ayant accouché une fois avec épisio et 0 % pour la meme y ayant échappé..Je maintiens donc que les chiffres étaient faux,et c’est regrettable parce que ca ouvre la porte à toutes les dénégations.

    1. Kwak dit :

      J’ai l’impression que ma réponse a pourtant bien été publiée, en tout cas je la vois un peu au-dessus 🙂

      Mon intention n’était pas du tout de rejeter la faute sur les soignants ou de faire des généralités à leur endroit. Ces documents soulèvent des pistes de réflexion sur la prise en charge mais ne dénoncent en effet pas d’actes de racisme. J’ai pu retrouver cet article, par la même chercheuse ayant travaillé sur les césariennes, notant aussi une prise en charge différente des femmes racisées et une tendance à la catégorisation https://remi.revues.org/5902, ainsi qu’un autre article qui avait été relayé sur Twitter concernant le « syndrome méditerranéen » http://www.clique.tv/le-syndrome-mediterraneen-un-stereotype-raciste-et-dangereux-pour-les-patients/

      Cette problématique de la racialisation des patientes m’avait fait penser à ces articles sur les Etats-Unis et j’en ai profité pour en caser un. Mais vu les différences dans l’organisation des soins je sais que ça ne peut pas s’appliquer à la France. Cependant je me disais que ça pouvait tout de même apporter un éclairage.

      Je comprends bien ton point de vue pour les chiffres, c’était très mal amené, elle aurait éventuellement pu parler de 75 % de femmes ayant eu au moins une épisiotomie mais citer comme source « Maman travaille » n’était de toutes façons pas pro du tout (bon par contre j’ai vu Marc Gozlan parler d’une maternité ayant un taux de près de 80 % en 2014 /O\ D’ailleurs c’est calculé sur les VB ou sur le nombre total de naissances ?). Comme tu le soulignes cette inexactitude est vraiment dommageable, car les personnes qui réagissent contre MS et son rapport ne font que réfuter les chiffres sans parler du fond (quoi que certains réfutent aussi les violences et l’utilité de faire baisser le taux d’épisio, c’est rageant).

  4. Bénédicte dit :

    Bonsoir,

    je ne pense pas que le fait que certaines catégories de femmes « seraient » (puisque c’est à confirmer) plus victimes de violences obstétricales signifie que ces violences soient volontaires.
    Ces catégories de femmes cumulent plusieurs facteurs auxquels sont attachés des stéréotypes, préjugés et discriminations, en plus du facteur « femme ».
    Par exemple une femme jeune vue comme immature, on va supposer une grossesse accidentelle, l’absence du père, etc…et elle se retrouve plus infantilisée, ses choix moins pris en compte.(une amie)
    Idem pour les femmes obèses qui vont parfois se retrouver victimes de vraies insultes (« en vous examinant j’ai l’impression d’examiner une vaches » si si entendu par une amie) mais plus généralement vont surtout subir les préjugés classiques sur les femmes en surpoids.
    Sans compter aussi le manque de formations/moyens face à des situations délicates comme les femmes ayant subi des mutilations sexuelles, la barrière de la langues/de la capacité de compréhension, etc…

    C’est toute la question de l’intersectionnalité et des discriminations croisées et ça ne suppose pas nécessairement des violences volontaires. En tout cas pas plus volontaire que sur les femmes blanches CSP+.
    Ça ne me semble vraiment pas fou de supposer que des femmes qui en général dans notre société sont plus victimes de préjugés et de discriminations, le soient aussi dans le cadre de la maternité. Et que ces préjugés et ces discriminations aboutissent à des situations de violences.
    Évidemment moi je peux supposer, mais la ministre et le HCE doivent faire plus que des suppositions!

  5. vivi dit :

    Bonjour. Je rejoins entièrement le commentaire de Bénédicte. Je pense que cette catégorisation dans la prise en charge est réelle due aux préjugés etc mais que cela n’a rien de volontaire, de conscient. https://mrsroots.fr/2016/03/07/mamannoire-racialisation-de-la-sante-reproductive-des-femmes-noires/

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