Chevaleresque

Publié par 10lunes le 18 février 2017 à 23 h 13 dans Non catégorisé

 

Jour férié, je dépanne une sage-femme de la ville d’à coté pour une sortie de maternité qualifiée de précoce.
Ma collègue m’a transmis un dossier dense, combinant pathologies multiples dont certaines assez lourdes, nombre de grossesses et d’enfants conséquent et maîtrise limitée du français.
Elle m’a répété trois fois de suite « Tu verras, c’est le quartier le plus difficile de la ville. »

Elle m’a donné le portable du père – la mère n’en a pas – que j’ai appelé hier pour prévenir de mon passage.
Il a répondu avec un sourire si grand qu’il traversait le téléphone, m’affirmant que ce sera « avec plaisir » et ajoutant qu’il va prévenir sa femme… parce que lui, il est à l’étranger.

Je sonne à l’interphone à l’heure dite. La porte de l’immeuble s’ouvre mais personne ne répond à ma question sur l’étage de l’appartement.
Je grimpe les six étages à pieds en espérant trouver un nom,  un numéro d’appartement, une porte ouverte.
Mais aucun nom n’est visible, les numéros  ne correspondent ni au numéro s’affichant sur le supermoderneinterphone, ni à quoi que ce soit d’écrit sur les boites à lettre, boites accumulant chacune un nombre impressionnant de noms de famille…
Je me vois mal redéranger le père à l’autre bout du monde.

Je descends les six étages en espérant trouver un indice. Dans l’escalier, je croise une infirmière – team jour férié bonjour – qui ne connait pas la dame.
Que faire sinon sonner à nouveau ; l’interphone crachote dans le vide.

Une petite fille entre dans l’immeuble. Connait-elle une dame qui vient d’avoir un bébé ? Oui ! Je compte sur la loi des probabilités pour arriver au bon endroit parce qu’elle ne sait pas me dire le nom.

Bingo, c’est la bonne famille. On s’installe dans un coin, on papote, je tente de démêler avec la mère la tonne de prescriptions faites par la maternité. Au milieu de la pile mêlant ordonnances et diverses fiches conseils, un beau livret sur la stérilisation.
Bonne conscience hospitalière oblige, l’information a  été « donnée ».

La mère a mal et a envoyé un de ses enfants chercher les médicaments prescrits à la pharmacie. Personne n’a pensé à la prévenir que c’était un jour férié. Elle bredouille, c’est pas dimanche… ben non, c’est juste une fête nationale dont elle ne sait rien, elle qui n’est arrivée en France qu’en début de grossesse.
On bricolera avec la pharmacie maison et de la glace.

Mon passage la rassure, c’est déjà ça…

Cela fait un moment que nous papotons quand je découvre le petit, tellement emmitouflé au bout du canapé que je n’avais vu qu’un tas de couvertures. Il est tout rond, tout beau et elle sourit quand je le souligne. Je l’examine, tout va bien. Elle sourit plus fort.

Pendant que je m’occupe de la paperasse, elle me demande si j’ai des nouvelles de l’infirmière agressée il y a quelques temps dans le quartier. Elle espère qu’elle va bien parce qu’elle était si gentille…. je suis désolée de ne pas savoir répondre à sa question, je la sens sincèrement inquiète.

J’annonce mon départ. Un des fils se lève alors « Je viens avec vous pour pas que vous vous perdiez ». Je souligne n’avoir que quelques étages à descendre mais il insiste.
Je le laisse me « raccompagner », imaginant une question à poser sans témoin. Mais il descend les étages en silence, m’adresse un au-revoir chaleureux et retourne sur ses pas dès que nous sommes arrivés à ma voiture.

Alors, je repense à l’infirmière.

 

 

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2 commentaires sur “Chevaleresque”

  1. Caroline dit :

    Wouah, chevaleresque, en effet ! 🙂 Quel âge pouvait-il bien avoir, ce fils ?

  2. Nluz dit :

    Cela me rappele une prise en soins à domicile d’un ado.
    Notre cadre nous présente ça comme « famille recomposée, nombreuse, mère enceinte du 7eme et ne travaille pas un enfant placé, quartier difficile… »

    J’arrive le premier jour, maman plus que chaleureuse, les enfants le beau père viennent se présenter, l’enfant qui n’est pas la n’est pas placé en foyer Bref rien « d’anormal » à mes yeux. Moi qui ai horreur des apprioris j’étais bien contente de leur tordre le coup à la réunion inter équipe.

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