La maison qui rend fou

Publié par 10lunes le 2 septembre 2016 à 09 h 07 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

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Plantons le décor. Chez les professionnels de santé, il y a des soignants prescripteurs et des soignants prescrits. Le plus souvent, les médecins prescrivent certains actes qui sont réalisés par d’autres professionnels, essentiellement infirmiers et kinésithérapeutes.

Dans ce monde bien rangé, il y a une exception… les sages-femmes.

La plupart du temps, nous exerçons en toute autonomie : consultations, préparation à la naissance, suivi à domicile postnatal, frottis, pose de DIU ou d’implant contraceptif.  
Il y a par ailleurs des actes que nous prescrivons pour qu’ils soient réalisés par d’autres soignants, examens de laboratoires, imagerie médicale, soins infirmiers.
Et puis… il y a des actes qui doivent nous être prescrits : la surveillance de grossesse pathologique et la rééducation périnéale.
Je vous entends penser : ça n’a pas l’air si compliqué !

Mais y a des nuances dans les nuances : la surveillance de grossesse pathologique doit être prescrite par un médecin alors qu’une sage-femme peut prescrire la rééducation périnéale ; mais attention… pas toujours.

Il est demandé aux professionnels de santé prescrits de justifier leurs actes en transmettant les ordonnances aux caisses d’assurance maladie.
Quand vous saurez que certains codes de facturation à l’assurance maladie sont commun à plusieurs actes sages-femmes, que par exemple celui qui désigne la surveillance de grossesse pathologique (prescrite) est le même que celui de la première séance de préparation à la naissance (non prescrite)… vous imaginez le joyeux bordel.

Les codes inidentifiables, les actes possiblement auto-prescrits ou pas, les actes que nous réalisons sans prescription mais qui sont prescrits pour d’autres professionnels (vaccins par exemple), tout cela offre de nombreux motifs d’erreur, de quiproquo, d’incompréhension, de réclamations inutiles etc…
(par honnêteté, précisons qu’un système de transmission numérique est en train de se mettre en place et que cela devrait à terme simplifier la vie de tous)

 

Le témoignage que je m’apprête à vous narrer est celui d’une sage-femme qui, très consciencieusement, envoie tous ses justificatifs agrafés aux bordereaux ad hoc, triés par patiente, date, centre de paiement et autres joyeusetés.
Avez-vous  vu ce passage « Des douze travaux d’Astérix » ? (oui, j’ai des références éminemment intellectuelles !)  
C’est immédiatement ce que m’a évoqué le récit de ma collègue.

Tout commence par un mail de sa CPAM l’avertissant que, faute de justificatifs, la caisse lui prélèvera un trop perçu pour tous les actes concernés. Elle a 8 jours pour fournir les documents demandés.
Inquiétude de ma consœur qui avait pourtant tout bien fait comme on lui avait dit de faire.

Elle prend donc son téléphone pour contacter la ligné dédiée.
Après de très nombreuses tentatives couronnées d’insuccès, enfin une interlocutrice !
Et là…

« – Bonjour,  j’ai reçu un mail réclamant des justificatifs mais j’ai déjà envoyé les pièces demandées.
– Oui, c’est normal, on n’a pas eu le temps de traiter le courrier.

Jusque-là, on peut se sentir solidaires de fonctionnaires débordés.
Mais la voix ajoute, sans une once de dérision
– Evidemment, le courrier s’entasse parce qu’on passe notre temps au téléphone à répondre à des gens comme vous qui veulent savoir pourquoi ils ont reçu ce genre de mail !
– C’est assez logique de s’inquiéter quand on nous menace de prélever notre compte en banque non ? Donc si je comprends bien, je ne dois pas tenir compte de votre mail et vous laisser le temps de rattraper le retard de courrier ?
– Bien sûr qu’il faut en tenir compte! Si on vous a demandé des justificatifs, il faut nous les envoyer.

La sage-femme pleine d’un bon sens semblant cruellement manquer à son interlocutrice
– Mais vous allez perdre encore plus de temps à ouvrir des courriers envoyés deux fois.
– Je suis surtout en train de perdre mon temps avec vous à devoir tout vous expliquer !

Sa phrase suivante est un pur chef d’oeuvre de surréalisme administratif
– Rappelez-nous dans 10 jours pour savoir si on a pu traiter votre dossier.
– Si j’ai bien compris, je vous rappelle dans 10 jours pour que vous perdiez votre temps à me répondre et que vous vous n’ayez toujours pas le temps d’ouvrir le courrier … »

 

 

9 commentaires sur “La maison qui rend fou”

  1. Vervaine dit :

    Eh bien… j’ai beau connaitre (et même travailler dans) l’administration, je ne pensais pas qu’on pouvait être aussi désagréable ! Qu’on soit débordé/e, surmené/e, etc n’empêche pas d’être poli/e au téléphone…
    Et la folie de l’administration ne va pas aller en s’arrangeant, puisqu’il ne faut pas recruter de nouveaux fonctionnaires alors que les règles françaises et européennes se complexifient…

  2. Elryn dit :

    Waouh!

    Je bosse dans une CPAM et je suis stupéfaite d’une telle réponse! Et d’une telle organisation.

    Mais pour info: nous ne sommes PAS FONCTIONNAIRES 😉

    1. 10lunes dit :

      Oups ! Mais quel est le statut des agents CPAM alors ?

      1. Decembre dit :

        Nous sommes des salariés de droit privé. Les organismes de sécurité sociale (CPAM, CARSAT, CAF et URSSAF) sont des organismes privés avec mission de service public, et non des organismes publics à proprement parler. En gros la sécu, c’est une assurance. Obligatoire.

        Pour y travailler aussi, des réponses de cet acabit, ce n’est pas acceptable. Et surtout pas habituel. Il y a toujours la possibilité d’envoyer un mail ou courrier pour avoir une explication, avec le mot magique en objet : *réclamation*
        C’est la magie de la démarche qualité.

      2. Hermione dit :

        Je travaille à la Cpam aussi, nous sommes tout simplement des salariés comme n’importe qui. La Cpam est une entreprise privée

  3. Sabine dit :

    C’est ce que j’appelle un grand
    moment de solitude ! 🙂

  4. Marine dit :

    Ça me rappelle mes débuts, lors de mon inscription en tant qu’auto-entrepreneur. On m’avait envoyé une notification avec un courrier indiquant le nom de ma « référente fiscale unique ». Dès le premier problème (qui est arrivé trèèès tôt, à savoir un taux de cotisation multiplié par 2), je l’ai appelée. Elle m’a répondu : « Auto-entrepreneur ? Je connais pas… Et arrêtez de m’appeler car je pourrais pas vous répondre du coup. » S’en est suivi 3 années laborieuses avec au finale 1 année de cotisation retraite perdue. J’ai baissé les bras, je n’en pouvais plus.

    Alors combien de fois j’ai visualisé cette maison qui rend fou. Moi-même j’ai cru devenir folle…

  5. Nebullea dit :

    Juste U.BU.ESQUE O_o

  6. speedy dit :

    Oh la belle boite de pandore que tu ouvres là. Alors j’y dépose quelques pépites
    * Enceinte au Mozambique, j’appelle la secu pour savoir comment faire la déclaration « obligatoire ». On me passe un service spécialisé qui s’occuppe des pays étrangers. L’employé m’indique que pour tous les pays avec qui la secu a un accord, il peut m’aider mais le Mozambique n’est pas dans liste! Trop étranger je suppose.
    * Le jour de ma DPA, la secu me réclame l’attestation indiquant que je suis apte à reculer mon départ en congé maternité au dela des 6 semaines avant la DPA (attestation qui avait dû se perdre dans le courrier). Je demande comment je dois faire. On me répond d’aller consulter un gynecologue!
    * suite à ce cafouillage, je dois passer au TASS pour récupérer mes 3 semaines de congé mat impayés. Devant la juge, la représentante de la CPAM me fait passer pour une inorganisée incapable de gérer ses papiers. Dès que nous sortons du tribunale, elle me confirme que j’ai bien eu raison de faire valoir mes droits. Un grand merci à elle si elle lit ces lignes.
    * Mon fils nait à DPA+13. A DPA+14 je sors de la maternité, l’employé qui doit « facturer » mon séjour en maternité, m’informe que je ne suis plus couverte à 100% puisque je sors après la date théorique des 12 jours après la naissance
    Bonne chance avec cette maison qui rend fou mais rend aussi de précieux services

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