Addict !

Publié par 10lunes le 5 juillet 2016 à 10 h 11 dans Profession sage-femme

 

magnet

Cette nuit, j’ai « fait » un accouchement… je peux pas dire j’ai accouché. Il n’y a toujours pas de mot dans la langue française qui permette de différencier celle qui accompagne et celle qui met au monde. Alors j’écris je fais alors que j’ai rien fait.

C’était un peu la panique à la maternité, toutes les salles étaient pleines, l’équipe débordée. Moi j’arrivais du marché  d’à coté avec mes poireaux à 10 euros le kg – un peu cher mais faut bien soutenir les petits producteurs bios.

Mon cabas sous le bras, je passais dire bonjour à une amie en fin de grossesse.
Je l’ai retrouvée en salle de naissance. Elle était en travail, surprise d’en être déjà là, juste accompagnée de sa mère. Un peu dépassée par les événements la mère.

Quand je suis entrée, sa fille avait très envie de pousser… elle était d’ailleurs en train de passer de l’envie à l’action. Pas le temps d’appeler une des sages-femmes de garde, la tête faisait déjà bomber le périnée. Je me suis débarrassée de mon cabas, éparpillant quelques feuilles de blette au passage.

Plus le temps de mettre des gants ; poser une main légère sur une bosse brune et bouclée, chuchoter à la mère : Souffle doucement, il est là ton petit, si tu tends ta main tu vas toucher sa tête. Sentir les cheveux humides sous ma paume, vaguement poisseux (poisseux n’est pas le bon mot, poisseux ça évoque quelque chose de sale, et rien de sale dans ce contact…), l’encourager encore à souffler doucement, craindre que le périnée tendu ne résiste pas à la dernière pression, le voir finalement s’ouvrir sans une déchirure, glisser mes doigts autour du cou, dégager le circulaire qui s’y enroulait, attendre que la mère pousse encore un peu pour passer les épaules, la voir tendre ses bras en criant Mon bébé ! l’aider à remonter l’enfant vers elle en sécurisant le mouvement par une main posée sous les petites fesses, s’émouvoir de son émotion à elle, sentir cette odeur particulière de liquide amniotique envahissant la salle.

Ensuite…
Ensuite je me suis réveillée.
Et l’intensité de ce rêve et de son souvenir me montre combien cette partie de mon métier me manque encore.

Pourtant, j’aime tellement ce que je fais maintenant. J’aime décider de ma façon de travailler sans avoir de compte à rendre à d’autres qu’aux femmes et à moi-même. J’aime disposer du temps qui m’est nécessaire. J’aime ne pas avoir à m’écarteler entre deux demandes (voire bien plus) simultanées. J’aime la complicité se tissant au fil des mois, des semaines, des années. J’aime pouvoir plaisanter, provoquer parfois, parce que nous nous connaissons suffisamment pour qu’elle ne doute pas de ma volonté de l’aider ; qu’elle peut être certaine que mon humour n’est jamais de l’ironie, mon insistance jamais une volonté de contraindre.
J’adore mon métier au quotidien.

Hier, j’ai essuyé une larme en consultation parce que la femme me racontait comment une de ses amies, que j’avais suivie il y a 15 ans et jamais revue depuis * parlait encore avec émotion de SA sage-femme.

En deux mots comme en mille, j’adore ce que je fais et la continuité relationnelle que l’exercice libéral m’offre.
Mais mon rêve me montre que je n’ai pas encore totalement tourné la page.
Cela dit, il m’arrive encore de rêver que je fume,  pourtant ça fait 20 ans que j’ai arrêté !

 

 

*Avant que nous obtenions la compétence en « gynécologie de prévention », la sage-femme disparaissait forcément du paysage une fois les maternités passées.

 


PUB ! Le ministère de la Santé a préparé une campagne de communication sur les sages-femmes. Il n’a par contre pas prévu de gros moyens de diffusion… Mais qu’à cela ne tienne, si chacun la relaye, ça peut, ça va largement circuler ! Je compte sur vous  😉

 

affiche-sages-femmes_aggrandie2

Et aussi
– des
témoignages de « patientes »
– un
dépliant qui présente tout ce qu’une sage-femme peut et sait faire.

 

 

4 commentaires sur “Addict !”

  1. Lilie dit :

    Y’a plus qu’à « refaire », ou plutôt accompagner à nouveau, des accouchements… mais à domicile pour éviter le tiraillement 😛

  2. Camomille dit :

    Une petite larme pour moi aussi ! Je commence tout doucement dans le libéral après 7ans d’exercice en mater… Sentiment de « perdre » quelque chose. Merci pour ton joli blog au passage, toujours un plaisir de te lire !

  3. Estelle dit :

    Merci pour le pdf du dépliant.
    Je commençais à en savoir un bout sur les compétences des sage-femmes (et lors de ma 3e grossesse, je ne verrai pas beaucopu le gynéco…), mais la consultation gynécologique de la femme en bonne santé, je ne savais pas, et cette information m’enchante !

  4. Solène dit :

    Merci, moi aussi j’ai « MA » SF, que je partage et recommande très volontiers à mes amies… parce que c’est tellement précieux ce contact si simple, riche, professionnel, amical, et tant encore!
    Merci de montrer à beaucoup dans ce blog la richesse de votre métier et aux femmes qu’un autre mode de suivi gynéco est possible.

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