Infatigables rameurs

Publié par 10lunes le 16 juin 2016 à 21 h 52 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

Lifeboat-drill (1)

Ca faisait longtemps que je ne vous avais pas causé de … #NosAmisDuSyngof. Mais comme d’hab, il suffit que leur représentant évoque ma profession pour que le clavier me démange.

Dernière saillie en date, ce communiqué de presse en réaction à la parution du décret autorisant les sages-femmes à pratiquer l’IVG médicamenteuse (et la vaccination de l’entou-rage d’un nouveau-né), intitulé : Prescription des arrêts de travail post IVG par les sages-femmes: le Syngof dénonce les risques qu’un tel décret fait peser sur les femmes en entretenant la confusion sur leur suivi médical.

Petite analyse de texte.

« Post IVG ». Le Syngof feint de croire que nos arrêts de travail ne seront donnés qu’a posteriori, histoire de suggérer qu’ils seront fait en cas de complications. Pourquoi cette nuance ?

Parce que #NosAmisDuSyngof avaient, il y a juste deux ans, commis cet article, précisant (après quelques attaques à fleuret non moucheté ) :
IVG médicamenteuse : sous réserve d’une convention avec un plateau technique, dans les mêmes conditions qu’un autre praticien. Du point de vue des gynécologues obstétriciens et des gynécologues médicaux, rien ne s’y oppose.*

Comment s’offusquer alors de la parution du décret sans se déjuger ? D’autant que les exigences de formation et de convention imposées aux sages-femmes par la loi sont exactement les mêmes – bien évidemment ! – que celles concernant les médecins. Le Syngof utilise donc leur habituelle pagaie du risque pour imposer « l’incontournabilité » des médecins.
Incontournables ils le sont, mais en cas de complications, et c’est bien pour cela que chacun, médecin comme sage-femme, signe une convention avec un plateau technique pour un éventuel transfert.

Mais cet arrêt de travail n’est destiné qu’à offrir le temps nécessaire à la réalisation de l’IVG et à ses suites. Rappelons que le Dossier guide précise « Après la prise de misoprostol au cabinet du médecin ** ou au centre, il est préférable d’être accompagnée par la personne de votre choix à domicile. Prévoyez de rester chez vous, confortablement installée. »

Le Syngof aurait-il souhaité que nous ne puissions signer cet arrêt, histoire de faire payer leur outrecuidance aux femmes osant s’adresser à une sage-femme  ?

Comme chaque fois, le $yngof rame et tente de tirer sur les sages-femmes $an$ que ça re$$emble à du corporati$me, en appelant pour cela à la $anté de$ femme$.

Il y a quelques temps, avant la parution des décrets, j’ai « prescrit » une IVG médicamenteuse !

Ils sont arrivés timidement, ont raconté leur galère de pilule qu’on oublie et de préservatif qu’on feint d’oublier aussi…Le retard de règles les a alerté et dès la lecture du test de grossesse, la décision d’IVG était évidente.
Ils ont alors cherché à qui s’adresser ; pas de médecin traitant ni de gynéco car nouvellement arrivés dans la région, pas de rendez-vous rapide possible en centre d’orthogénie. Le médecin consulté au hasard, surement un peu distrait, s’en est débarrassés en les réadressant à une sage-femme.

J’ai un souvenir aigu de cette consultation envahie par les coups de fils passés pour tenter de trouver qui pourrait répondre à leur demande. Même en court-circuitant le secrétariat du centre d’orthogénie pour en appeler directement à « mes relations », l’agenda surchargé leur faisait frôler le délai pour l’IVG médicamenteuse.  J’ai fini par trouver un médecin de ville débordé acceptant de leur délivrer les médicaments. Elle l’a vu deux fois 5 minutes. J’avais prescrit les examens, expliqué la procédure, organisé la prise en charge et puis aussi un peu écouté et rassuré. Je les ai revus ensuite, pour assurer – entre autres « détails » – la pose d’une contraception dite de longue durée.

N’en déplaise au Syngof, le mieux pour les femmes et les couples serait que le recours à l’IVG ne débute pas par une longue errance.



*J’écrivais alors « Curieusement, après une longue liste d’arguments spécieux déniant aux sages-femmes toute autonomie d’exercice, les gynécologues retrouvent soudainement leur pleine confiance dans nos compétences et nous accordent généreusement un nouvel acte, l’IVG. »

** Oui, les sages-femmes ne sont pas citées. Faut pas rêver, ce décret de compétence était prévu depuis la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016.  5 mois, c’est finalement trop court ! Les textes concernant les droits de prescriptions et la cotation des actes prévus par ce décret ne sont toujours pas mis à jour. Alors ne parlons même pas du Dossier guide…

 

 

3 commentaires sur “Infatigables rameurs”

  1. Marie dit :

    Ma phrase favorite « …apparaît comme les prémices d’une médecine pleinement exercée par une profession qui ne l’a jamais apprise, avec les risques que cela comporte pour les patientes. » Moi je trouve que l’accouchement physiologique exercé par des gynéco est aussi un acte de « médecine pleinement exercé par une profession qui ne l’a jamais appris, avec les risques que cela comporte pour les patientes. » De ce fait, la Ministre des affaires sociales devrait s’assurer que ceux-ci s’occupent de ce qui les concernent et uniquement de cela : la pathologie! Tout le monde s’en porterait mieux!

    1. Quitterie dit :

      ah ah j’adore 🙂 et je plussoie

  2. Vervaine dit :

    Le texte du Syngof dégage tant de mépris vis à vis des SF. C’en est écoeurant. Et se draper ensuite derrière la soi-disant défense des femmes, vraiment ça sent très mauvais -pour rester polie-.
    Et bien d’accord avec Marie: se vanter d’avoir fait des études (parce que les SF n’en font pas peut-être?) pour ne jurer que par le patho voire même le provoquer avec des gestes invasifs…
    Qu’est-ce qui leur fera ouvrir les yeux, bon sang?!

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