Le jour dit

Publié par 10lunes le 5 mai 2016 à 22 h 09 dans Profession sage-femme

 

05_mai

Aujourd’hui c’est la journée internationale de la sage-femme, hier c’était celle des pompiers et ce sera celle sans régime demain… C’est pour vous dire combien ces journées sont essentielles !

Mais bon nous autres humains semblons aimer petits rituels et autres célébrations… L’occasion d’un billet m’interrogeais-je in petto en début de semaine ?

En 2014, on s’y était mis à plusieurs et ça avait fait un chouette truc 😉 Allez-y voir si vous n’étiez pas là.
L’an dernier… rien.

Cette année…
Je pourrais vous causer d’un reportage* consacré aux sages-femmes libérales dans les déserts médicaux mais je n’ai pas pu m’empêcher de bougonner devant mon écran. A coté des infos données sur notre métier, il y a des commentaires inutilement dramatisant « Au bout d’une demi-heure, Marie peut ENFIN rassurer les parents », et quelques propos tenus pas mes collègues dans lesquels je ne me reconnais pas ; comme des mots condamnant l’accouchement à domicile (mais bon comme d’hab, on est pas sûr de ce qui a été dit avant / après, disons que la phrase a été sortie de son contexte).

J’arriverais à me convaincre que c’est pas si mal mais… Y a ce moment fatidique où l’on découvre une de mes consœurs assise dans l’herbe face à un lac. La voix off s’empresse de nous préciser « Pour se ressourcer entre deux visites, elle éprouve le besoin de méditer face à la nature »
Et je peste. Je peste contre la sage-femme qui peut se ressourcer autant qu’elle veut mais pourrait le faire hors caméra ; je peste surtout contre la production qui trouve là une belle occasion de cautionner le coté « extatiques de la matrice » que certaine aime à nous attribuer.

J’en étais là de mes réflexions quand le téléphone a sonné. Aujourd’hui, j’étais – bénévolement – d’astreinte. Depuis des années, les sages-femmes du coin sont organisées entre elles pour que chaque week end et jour férié, l’une de nous soit disponible pour les visites à domiciles et les appels urgents de nos « patientes ».
Ca permet aux familles de savoir qu’elles peuvent toujours compter sur une sage-femme et aux collègues de déconnecter vraiment.

Le téléphone a donc sonné. C’était une jeune femme, récemment sortie de maternité, jamais suivie par une sage-femme libérale et un peu perdue. Le médecin vu après sa sortie lui a donné des conseils consignes et la reverra la semaine prochaine. La  puéricultrice a constaté que le bébé perdait du poids et le reverra la semaine prochaine… C’est le pont quoi.
Et quand cette jeune mère inquiète s’est tournée vers le centre hospitalier, on lui a dit d’appeler la sage-femme d’astreinte.
Comme si notre astreinte était un service officiellement reconnu (et donc rémunéré)…

Bon, je me suis dépatouillée comme j’ai pu, sans dossier et sans transmissions.
C’est pas grave, c’était ma tournée journée !

 

 

* en ligne jusqu’à dimanche soir

 

 

3 commentaires sur “Le jour dit”

  1. cilou dit :

    Aaaahhhh je suis tombée là -dessus aussi…grrr
    Merci pour ce billet, je n’aurais pas dit mieux 🙂

  2. Gaba dit :

    Merci pour ce texte…J’avoue aussi que l’image de la sage femme méditant au bord du lac m a un peu surprise mais en même temps ça montre que notre métier en apparence le plus beau métier du monde nécessite aussi une sacrée dose d énergie pour prendre sur soi le stress et autres inquiétudes rencontrées.
    Ça m’a rappelé le jour où après une visite j’ai eu le même besoin d ecouter la nature dans le premier parc trouvé : ma patiente venait de se décharger d un poids lourd à porter seule: son médecin lui avait dit de brut en blanc que son bébé avec un gros retard de croissance pouvait mourir aux premières contractions ….oui oui dit tel quel…et à 35 sa les contractions commençaient à apparaître sur mon monitoring….rrrahhh……les mots cause de maux….

  3. Princesse Strudel dit :

    J’admire votre dévouement à vos patientes – et votre bienveillance mutuelle entre professionnelles.

    Devant faire une écho à un moment ultra-précis du début de cycle (cycle bien sûr aléatoire) j’ai appelé le secrétariat de mon gynéco pour demander un RDV – en précisant que j’était bien incapable de prédire à quelle date tomberait le J+…

    La secrétaire de m’informer que je n’avais qu’à appeler au premier jour du cycle, et que j’aurais un RDV assuré pour le jour nécessaire « on a l’habitude, ne vous inquiétez pas. Et si le jour X tombe un dimanche, le médecin se déplacera. »

    Ca m’a soufflée. Et j’admire d’autant plus cet engagement d’un soignant envers ses patients.

    Merci d’être là.

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