A son corps défendant

Publié par 10lunes le 8 mars 2016 à 23 h 20 dans Blessures

 

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Les jours défilent, les semaines s’enchaînent, pas le temps d’écrire, même pas le temps d’avoir de l’inspiration, quelques mots jetés çà et là sur une feuille volante ou un post-it informatique avec l’espoir que ça puisse un jour aboutir à un billet.

Mais pour le 8 mars, j’écris quoi ?
L’inspiration, c’est pas sur commande. Alors j’écris… rien.

Et puis hier un mail vient éclairer une journée pas folichonne à base de grossesse non désirée, violences, suivi médical abscons et autres joyeusetés. La journée du « pas droit des femmes ».

En substance le mail disait : « On s’était causé y a 4 ans parce que je cherchais une sage-femme pour un accouchement à domicile, je viens enfin de la trouver pour ma troisième grossesse. Pour la deuxième, la maternité s’annonçait accueillante mais le jour de la naissance, j’ai pas eu le choix… Si tu veux je t’en raconte plus pour le blog »

Je veux oui, d’autant que les droits des femmes, c’est aussi d’avoir le droit de choisir ce qui leur convient le mieux pour leur accouchement.

Alors elle m’a raconté
Et je vous raconte à mon tour.

Elle met son premier enfant au monde de façon suffisamment « classique » pour savoir que ça ne lui convient pas.
Pour son deuxième enfant, à défaut de sage-femme prête à l’accompagner pour une naissance à domicile, elle trouve une petite maternité – moins d’une naissance par jour – réputée accueillante.

Elle rencontre la cadre du service pour évoquer son projet d’accouchement physiologique. C’est quoi un accouchement physiologique ? lui est-il répondu. Mettons ça sur le compte d’une réelle volonté d’écoute et de la nécessité de mettre des mots précis sur des concepts qui ne sont même pas clairs pour les professionnels (au point qu’il leur est parfois demandé d’écrire des « protocoles » d’accouchement physiologique. Plus antinomique que ça tu meurs ; mais bon, là c’est pas le sujet…)

Ce premier contact un peu frais est très largement compensé par une seconde rencontre ; ils visitent l’établissement avec une sage-femme à l’écoute, ouverte à toutes leurs demandes ; pas de perfusion, liberté de mouvement, clampage tardif du cordon…. Ils se sentent entendus, respectés.
Ils sont confiants.

Le jour J arrive. Le travail avance vite. Elle est à 9 cm de dilatation quand ils sont accueillis par une sage-femme qu’elle ne connait pas. Elle est installée en salle de naissance. On lui parle de perfusion, elle refuse, se raccrochant aux paroles de la première sage-femme rencontrée  « Si vous le souhaitez, on peut ne poser qu’un cathéter ».
La sage-femme de garde s’étonne de son refus : Mais POURQUOI vous refusez la perfusion…?  Elle ne cède pas et obtient son cathéter, posé sans ménagement, après plusieurs essais infructueux de la sage-femme, par un anesthésiste  fanfaronnant  « Et si vous avez besoin, on peut aussi poser une péri ».

On les laisse enfin tranquilles quelques minutes. Elle trouve la position qui la soulage le mieux, à quatre pattes (en position mains-genoux 😉 )
Mais la sage-femme revient, Moi je ne fais pas les accouchements comme ça, et lui impose une position gynéco.
Tout s’enchaîne trop vite. Pas d’accompagnement, pas de respect de ses demandes. Elle crie qu’elle n’y arrivera pas. Pourtant, l’enfant naît rapidement. Le cordon est coupé tout aussi rapidement. Elle ne s’en aperçoit que trop tard, comme elle découvre trop tard aussi que son bras est branché à la perfusion refusée.

L’immense bonheur de la rencontre avec sa nouvelle-née se teinte de la déception de n’avoir pu se faire entendre.

Un peu plus tard, la sage-femme  la (se) félicite. Vous voyez, vous y êtes arrivé !

 

 

19 commentaires sur “A son corps défendant”

  1. Estelle92 dit :

    Bonjour !
    Il y a quoi dans ces perfusions ?

  2. Marianne dit :

    Oui, la « non-écoute » est terrible et teeeellement frustrant 🙁
    Merci d’en parler car même si l’accouchement c’est bien passé, les parents garderont un très mauvais souvenir. Tellement domage !!!!

  3. Anne -Marie NAUDIN dit :

    Sûrement du sucre.Et ça leur permet d’injecter subrepticement du syntocinon au moment de l’accouchement, pendant que vous êtes en train d’accueillir votre bébé et que vous n’y faites pas attention .!

  4. claire dit :

    moi j’appelle ça une trahison. Il y a eu une demande claire. Au final, eux, font l’accouchement, et la parturiente est tenue de rester passive. C’est abject.

  5. tiens on dirait mon accouchement…….

  6. Princesse Strudel dit :

    Quel dommage que ta correspondante ait eu droit à si peu d’écoute. 🙁

  7. Enthara dit :

    Le vrai problème c’est qu’une fois sur la table, le consentement de la patiente devient obsolète pour la plupart du personnel médical ( je ne peux pas parler de soignants devant un tel manque de respect et d’écoute 🙁 ).
    J’avoue que ce que je redoute le plus dans l’accouchement, ce n’est pas la douleur,mais plutôt d’être confrontée à l’environnement hospitalier et aux protocoles médicaux. S’il était réellement possible d’accoucher à domicile en France, quelle femme serait assez masochiste pour imposer cette violence à elle-même et son enfant à naître ?

  8. V dit :

    Un immense merci à 10lunes d’avoir retranscris mon récit rapide et brouillon. C’est en l’écrivant que je me suis rendue compte que le souvenir était encore vif poignant, 2,5 après !
    Et merci aux commentatrices!
    Et c’est cet événement qui m’a fait réaliser que, une fois les pieds dans un lieu protocolaire, il n’est pas facile de déroger au protocole. Je m’en suis voulu de ne pas avoir eu la force de dire « mais c’est MOI qui accouche! », et j’en ai voulu à mon mari de ne pas avoir dit de me laisser tranquille. Mais on était tout les deux pris par l’intensité de l’événement (j’avais des contractions « dans le dos » très douloureuses) et la force de la blouse blanche, de son autorité, celle à qui de toute façon il fallait confier notre « vie » pendant ce moment. Et qui de toute façon aurait le dernier mot car elle était chez elle et pas nous.
    C’est ce qui a confirmé mon désir d’AAD pour le prochain. Je dirai même que je n’aurai pas envisagé d’autre enfant sans la possibilité d’un AAD au préalable!
    C’est vrai que je n’ai pas voulu envenimer la choses. J’ai failli appeler la maternité après coup, pour un « débriefing », mais je n’en ai pas eu le courage. Il me semblait difficile et déplacé de « me plaindre » quand tout s’est très bien passé par ailleurs: aucune déchirure, pas d’épisio, pas de complication…

    1. Anonyme dit :

      V, je comprends tout à fait la difficulté de dire ce qui n’a pas été quand « à part ça tout va bien » ; de fait, à part un mot à mon gynéco (qui ne m’a pas écoutée), je ne l’ai jamais fait… Et en même temps je me dis que c’est (aussi) pour ça que ça continue, parce qu’on ne va pas leur signifier que nous ne perdons pas notre libre arbitre en entrant en salle de naissance, que nous forcer à suivre leurs putains de protocoles, surtout après avoir promis le contraire, est inacceptable, peu importe si ça laisse des traces physiques ou pas.

      1. V dit :

        Tout à fait! Je m’en suis voulue de ne pas avoir eu le courage d’appeler pour dire mon ressenti (calmement et poliment, évidemment). J’ai essayé d’appeler une ou deux fois et n’ai pas eu de réponse, donc j’ai laissé tombé lâchement. Et en fait, je crois que j’avais peur qu’on me réponde « mais bon, si tout va bien, de quoi vous plaignez vous », si souvent lu ou entendu.
        J’ai pu tout de même en parler à « ma » sage-femme qui faisait l’accompagnement global et le suivi + la rééduc. Pour évacuer, « pour moi », mais je ne pense pas que ça soit remonté à la maternité.

      2. Viviane dit :

        Je l’ai fait… 7ans plus tard, auprès du médecin et de la SF, et je n’ai pas regretté. C’est le temps qu’il m’a fallu pour me remettre (2 ans) puis prendre conscience de ce qui m’était arrivé et de ce qu’on m’avait fait et comment on m’avait traitée, puis de trouver la force de prendre RV pour leur cracher ma valda (il n’y avait pas internet à l’époque, l’info ne circulait pas aussi vite et facilement). Cela n’a pas changé mon histoire mais cela a changé mon positionnement intérieur et m’a permis de passer à autre chose. Donc j’ai envie de vous dire qu’il n’est jamais trop tard, encor faut-il que ce soit le bon moment pour soi.

    2. Zab dit :

      Elle t’a mise sur le dos alors que tu avais des contractions dans les reins ? Quel genre de sadique fait ça ?

      1. V dit :

        Je pense surtout qu’elle se fichait pas mal de savoir « où » je ressentais les contractions. Je n’ai pas souvenir qu’elle me l’ai demandé, ni comment je me sentais.

        De même, quand l’anesthésiste est arrivé pour me poser le cathéter, je lui demande d’attendre une minute car une contraction arrive. Je bouge un peu et je souffle fort, voire je crie un peu. Il me répond, texto : « mais enfin, ça ne sert à rien de crier, ne bougez pas, tendez votre bras. » Au beau milieu d’une contraction……….

        Le mot « connnard » n’est pas sorti de mes lèvres, mais je l’ai pensé très fort.

      2. Viviane dit :

        Parfois, avec la meilleure volonté du monde, c’est juste de l’ignorance, et de l’incapacité dans le moment d’avoir la moindre écoute et empathie…!

  9. V dit :

    @Estelle92: oui, les SF répondront mieux que moi, je pense qu c’est un mélange de glucose et peut-être d’autres trucs pour « fortifier ».
    Mais en effet, une fois la perf posée, on peut mettre ce qu’on veut dedans… sans forcément en informer la patiente !
    Lors de mon premier accouchement, au bout de 10h, on m’a dit qu’on allait me mettre du syntocinon pour « accélérer le mouvement » (mais on a eu la délicatesse de me le dire avant!).

  10. Zab dit :

    10lunes, les derniers commentaires ressemblent à du spam, regarde l’adresse web sur le pseudo « emmanuelle »…

    1. 10lunes dit :

      Merci, j’ai supprimé. J’en avais déjà bloqué un mais je n’ai pas été assez attentive…

  11. violette dit :

    En lisant ceci je me rends compte de la chance que j’ai eu d’accoucher « à domicile ». Je ne peux que regretter que ça ai été un parcours du combattant,qui aurait été impossible si je n’avait pas été bien soutenu par mon compagnon et ma famille (vu que je n’ai pas trouvé d’accompagnement chez moi j’ai accouché chez mes parents ou j’ai trouvé un accompagnement).

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