Complices

Publié par 10lunes le 21 décembre 2015 à 10 h 05 dans Naissance

 

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Pour son premier, la conjonction d’un bébé annoncé gros et sa peur panique de l’expulsion l’ont fait choisir la césarienne.

Pour le second, elle a cheminé. C’est avec confiance qu’elle débute un travail souhaité sans péridurale. Mais le manque de sommeil et l’angoisse de ce qui va advenir la font changer d’avis quand arrive la phase de désespérance si bien nommée.

Le protocole de la maternité fixe une limite stricte pour le recours à l’analgésie ; elle n’est possible que jusqu’à une dilatation de huit centimètres.
Maintenant qu’elle a opté pour une péridurale, elle se tracasse d’avoir atteint la frontière. La sage-femme comprend à demi-mot et « omet » de vérifier la dilatation*. 

L’anesthésiste peine à trouver un espace entre deux contractions. Il s’interrompt régulièrement pour laisser passer les vagues successives et interroge :
Mais on est à quelle dilatation là ?
Cinq centimètres répond la sage-femme.

Ce n’est pas tout à fait un mensonge, c’est la dernière dilatation qu’elle a constaté… deux heures plus tôt.

L’anesthésiste n’est pas dupe :
– C’est bizarre, les contractions sont quand même très intenses et très proches …

La sage-femme bredouille vaguement.
L’anesthésiste n’insiste pas.
Fausse distraction de l’une, feinte crédulité de l’autre… la péri est posée.

La sage-femme propose de faire le point :
Vous êtes à huit centimètres !

Lui reste deux petits centimètres pour dépasser sa peur panique de l’expulsion
Sentir le besoin de se mettre à genou

Et faire naître avec bonheur ce bébé plus que costaud.

 

 

*Contrairement aux habitudes françaises, cette maternité d’Outre-Rhin ne prévoit pas un examen toutes les heures

 

 

 

10 commentaires sur “Complices”

  1. sven337 dit :

    Bonjour,
    Pouvez-vous expliquer pour quelle raison l’analgésie n’est possible qu’avant une dilatation à huit centimètres ?
    La sage-femme a-t-elle eu raison d’ignorer cette règle ?
    Merci

    1. cecile dit :

      C’est parce qu’a partir de 8 cm, le travail peut être rapide et ne pas laisser le temps a la péridurale de faire pleinement effet. Aucun doute, la sf a bien fait d’ignorer la limite si cette future maman n’était pas prête à accueillir son bébé sans péridurale. La sérénité de la future mère est essentielle a un bel accouchement!!

    2. Erulelyla dit :

      Certaines analgésies sont possibles, dans certains hôpitaux on pose des rachi qui agissent instantanément et dont la patiente contrôle le dosage avec une pompe, on peut même les poser en urgence juste avant une révision utérine.

      Dans ce cas, le protocole hospitalier à décidé 8, dans d’autres c’est 5 ou 7. La sage-femme à fait ce qu’elle estimait bon pour sa patiente.

      1. sven337 dit :

        Ma question portait justement sur le protocole hospitalier. Qui le détermine, pourquoi est-il fixé à 8 (ou 5, ou 7), quelles sont les raisons pour cela, etc.

        Si je comprends bien la péridurale peut ne pas avoir le temps de faire effet. OK, très bien… est-ce que c’est la seule raison qui conduit à inscrire dans le protocole « pas de péridurale après X cm » ?

      2. Une étudiante SF dit :

        Parce que si on la demande à 8/9 cm, le temps d’appeler l’anesthésiste et qu’il arrive, c’est très fréquent que le bébé soit déjà entrain de pousser le bout de son nez avant que l’anesthésiste n’entre dans la salle ou ait posé la péridurale… Des fois il commence à faire geste et au final on se retrouve à faire l’accouchement avec l’équipe anesth dans la pièce parce que tout s’est passé trop vite. ^^

      3. Une étudiante SF dit :

        Après il n’y a pas forcément de protocole, il faut aussi jauger la situation, si c’est un travail rapide, c’est quasi certain qu’à 8cm l’anesthésiste n’aura pas le temps de venir et de poser la péridurale que la femme sera déjà en train de pousser 😉

  2. little dit :

    Bonjour,
    c’est moi l' »héroïne » de l’anecdote… En fait le seuil de 8cm est là (du moins dans cette mater) uniquement pour éviter que la péridurale ne soit posée pour rien, car ca risquerait de ne faire effet qu’après la naissance. Dans cette maternité, ils utilisent un cocktail analgésique allégé, pour permettre à la future maman de garder ses sensations malgré l’analgésie. L’inconvénient c’est qu’elle met à peu près 1h à faire entièrement effet. Chez moi, elle a agi au bon moment, c’est à dire juste à temps pour la poussée. J’ai donc pu vivre l’accouchement parfait pour moi : un travail naturel, tout en mobilité et une expulsion sous péridurale, bien vécue malgré ma peur panique de cette phase du travail.
    Je serai à jamais reconnaissante à cette sage femme, qui a su pousser jusqu’à la limite la flexibilité du protocole de la maternité pour me permettre de vivre une phase d’expulsion sereine. Si on m’avait refusé la péridurale, j’aurais certainement imploré pour une césarienne, qu’on m’aurait faite sans sourciller quel que soit le stade du travail, vu mon antécédent de césarienne et le bébé macrosome et macrocéphale (mais en très bonne santé) qui s’annonçait.

    Un grand merci à 10 lunes pour sa très bonne synthèse de cette longue histoire !

    PS: un autre type d’analgésie n’aurait pas été envisageable dans ce cas, la rachianesthésie étant trop fortement dosée pour pouvoir pousser activement son bébé hors de soi lors d’un accouchement par voie basse. Elle est réservée pour les urgences (césarienne, révision utérine), du moins dans cette maternité. La péridurale était donc pour moi la seule solution pour me soulager à ce moment-là.

  3. et selon les maternités il n’y a pas de dilatation max 😉
    Je l’ai eu à 8 cm aussi… (bon après jaurai préféré me dire que cetait trop tard…qu’elle bétise ais je faite mais sans soutient on croit vraiment que cette phase de désespérance est la dernière de notre vie lol )

  4. Amouroux dit :

    Circonstances bien classiques dans ma pratique….au début de la péri « publique » …..1981….1983 !
    ( Au paravant, dans les années 78/80 c’était soit devant les étudiants…..soit dans un petit coin…avec une Sage Femme complice, qui ne faisait pas partie de la grande opposition : réflexion amère que m’a faite Jeanne Seebascher :  » Entre 75 et 77….2 Patrons d’Obstetrique sur 3 ont écrit contre la Péridurale  » )

    C’est ce que j’appelais  » L’effet Chaman », …l’arrivée du Medecin Anesthésiste….volontaire….réveillé en pleine nuit..( pas de garde ou autre) …et accueilli par l’Obstetricien de Garde, le plus souvent un ami complice , avec gêne et sourire  » Je lui ai dit que tu arrivais…et elle est passée à complète en 20 minutes  » !
    Je dois avouer que…quelque fois…je « trainais » volontairement un peu.( tout petit peu…puisque volontaire !!) pour préserver cet issue naturelle qui laissait à la parturiente toute la juste fierté de « l’avoir fait tout seul !

    Et de lâ cette idée de poser l’indication, et l’horaire de l’Analgèsie sur la dynamique de l’accouchement plus qu’à ses étapes… En modulant en fonction de ses modalités ! ( Dans le cas particulier…j’aurais été plus précoce, pour optimiser l’accouchement et une première dilatation ….et pour être prêt à  » se convertir » en cas d’indication de caesarienne en urgence !! )
    Mais…souvenir d’un homme de 72 ans…qui dort encore heureusement bien…pour rattraper pas mal de nuits blanches !!!

  5. Estelle dit :

    Aaaaah, pour mon premier, qu’est-ce que j’aurais donné pour tomber sur la sage-femme de l’anecdote !

    (accouchement rapide, arrivée à la mater à 8 cm, on m’a d’abord accusée de faire du cinéma puis on m’a examinée et là on m’a cru, mais on m’a dit qu’il n’y avait pas le temps, alors qu’il restait un peu plus d’une heure avant la naissance de Macrosome).

    pourtant, c’est une clinique privée, ils sont payés à l’acte, alors ils aiment en faire un max…

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