Primum non nocere

Publié par 10lunes le 22 novembre 2015 à 12 h 05 dans Blessures

 

4092855689_a29d36435fCette semaine,  j’assistais à un congrès périnatalité, évidemment organisé bien avant les attentats.  Il a été maintenu, assorti de quelques mesures de « sécurité » : Je peux voir votre valise, vous n’avez pas de bombe hein ? Ahahaha…

Nous étions dans une petite ville balnéaire, désertée par ses habitants aux premiers jours de l’automne, presque isolés du reste du monde.

Discuter EBM et puissance statistique par ces temps heurtés s’annonçait dérisoire. Pourtant, nous y sommes arrivé.

C’était comme une bulle de normalité, un espacé préservé qui faisait du bien.
Je ne sais pas si l’ombre des attentats planait sur nos têtes, si la chaîne de solidarité qu’ils ont déclenchée y était pour quelque chose mais ce congrès était étonnamment apaisé. Pas de grands discours, de décorum, de querelles d’ego et même pas de pingouins. Pontes et plèbe ont fait assaut de jeans-baskets.

L’essentiel était ailleurs. Comme la promesse d’une obstétrique redevenue humaine.

Dénoncer l’hypermédicalisation inutile et anxiogène de ce concept très français qu’est la menace d’accouchement prématuré.
S’attacher aux modalités des annonces faites aux parents lors de problèmes découverts pendant la grossesse.
Remettre en cause des pratiques qui font mal aux tenants de la physiologie comme l’épisiotomie (simple rappel bien sûr, mais toujours  bienvenu) ou –  sujet plus inattendu – le clampage immédiat du cordon…
Pour certains, dont je suis, qui ont toujours laissé le cordon cesser spontanément son battement afin de permettre la poursuite des échanges sanguins entre mère et enfant, cela pourrait apparaître comme la réinvention de l’eau chaude. Mais c’est la réinventer avec des données et des études à l’appui ; et donner ainsi les moyens à chaque praticien de s’affirmer scientifiquement face à des protocoles obsolètes et obtus.

Les interventions ont encore traité de prévention, de travail en réseau et d’usagers indispensables pour empêcher les professionnels de penser en rond…
Même le toujours polémique sujet des maisons de naissance a été abordé avec respect bien que la tension soit un poil plus palpable.

Et puis le congrès a pris fin, chacun est rentré chez soi, retrouvant état d’urgence, infos, hommages et appels à résistance.

Impuissante face à la terrible absurdité du monde, je veux croire qu’une société équitable et solidaire se construit dès les premiers instants d’une vie. Je ne peux rien sauf respecter parents et nouveaux nés, laisser les émotions s’exprimer, prévenir, accompagner, soutenir.
En toute humanité.
Parce que ça s’enracine où la violence, à quel moment de la vie ?

 

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4 commentaires sur “Primum non nocere”

  1. Sandrine dit :

    Bonjour, qu’entendez-vous par « l’hypermédicalisation inutile et anxiogène de ‘…) la menace d’accouchement prématuré? » la simple mise au repos à domicile? l’hospitalisation (parfois de courte durée) pour surveiller et tenter de stabiliser la situation? Cette problématique m’interpelle (deuxième grossesse, deuxième MAP…).

    1. 10lunes dit :

      En résumé, les femmes qui travaillent accouchent plus à terme que celles en arrêt (sauf si elles travaillent de nuit), le repos au lit strict est néfaste et d’autres mesures plus médicales n’ont pas fait non plus leurs preuves.
      Il est toujours intéressant de remettre nos habitudes en cause, pour leur inutilité, leur coût, et surtout les répercussions sur le vécu des grossesses.
      Mais ce sont des données statistiques à confronter à la réalité de chaque situation : c’est à rediscuter avec vos sage-femme et médecin.

      1. Oriane dit :

        Sans vouloir faire de polémique, ça doit être difficile à évaluer, j’entends surtout par là à voir dans quel sens ça se joue dans la corrélation. Comment savoir si les femmes accouchent plus à terme grâce au fait de continuer à travailler, ou si elles continuent à travailler parce que leur grossesse le leur permet et que cette grossesse plus « facile » se prolonge plus volontiers ?

  2. Audrey dit :

    En effet, tout commence par le commencement. Dans l’impuissance face à de tels événements collectifs, commençons d’abord par (continuer à!) distiller des petits bouts d’humanité devant nos portes : vous, Dix Lunes, au tout début de la vie de petits êtres, et nous autres, chacun dans son domaine, sur son territoire: une porte retenue à une voisine en mal de dos, un compliment à une caissière qui fait « bien son boulot », qui ne laisse pas transparaître l’ennui, à la maîtresse enthousiaste qui supporte les colères et change les couches de notre bébé…
    Pour ou contre les frappes en Syrie? Pas facile d’avoir une opinion claire sur des sujets si complexes, si entremêlés, dont les racines sont si profondes. Mais bon, voilà, donner un peu de soi, « faire du bien » autour de soi, au quotidien, aimer et se faire aimer. C’est déjà ça.

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