Mal traitant – mal traité

Publié par 10lunes le 3 octobre 2015 à 14 h 31 dans Médias, Pffffff

 

Cible-j-f-r

Le sujet était brûlant, l’émission a fait le buzz, les blogs*qui l’ont commentée un peu aussi.
Jeudi, je reçois un mail « Je tenais à vous informer que dans le cadre de notre rubrique « Le Post », nous citerons votre blog dans un article publié samedi sur JIM.fr. »
On est samedi. Je lis.

Comment éviter le débat ? En le caricaturant !
Opposons  de pauvres gynécologues manipulés par la radio (grands naïfs qu’ils sont) à des blogueuses enragées engagées.
Fin du débat.

Le JIM reproduit ma retranscription des propos des gynécos en terminant sur ce commentaire « épingle cruellement Dix Lunes sans reconnaître que le jeu du montage a pu donner des gynécologues interviewés une image peut-être un peu déformée (et sans envisager que Jean Marty se référait à une acception très classique du terme « maltraitance »). »

Les mauvais esprits tentent toujours de remettre en cause les témoignages de patientes, les renvoyant à leurs mauvaises compréhension des gestes, à leur hypersensibilité voire pudibonderie, aux impératifs médicaux. Je me suis attachée à ne retranscrire que les propos des Dr Marty et Paganelli, justement parce qu’ils se suffisaient à eux-mêmes et n’étaient pas susceptibles d’interprétation.

A l’inverse, j’aurais aimé voir cité ma conclusion qui, loin du gynéco bashing auquel on me résume, soulignait combien cette représentation syndicale était problématique pour la profession…

Le JIM ne dit d’ailleurs rien d’autre quand il regrette ensuite :
Ainsi les deux praticiens ne trouvent nullement grâce aux yeux de ces blogueuses engagées et sont, rapidement, érigés comme le symbole d’une gynécologie maltraitante et paternaliste, sexiste et irrespectueuse… et qui plus est fière d’elle ! Si les propos rapportés par les trois blogueuses ont effectivement été tenus par les deux praticiens et s’ils reflètent assez bien la teneur générale de leurs déclarations (la tentative de démonstration de l’absence de respect des patientes par Elisabeth Paganelli est on ne peut plus maladroite), on ne peut s’empêcher d’apporter quelques nuances à cette vindicte. D’abord, dans une émission toute acquise à la cause des patientes « malmenées », Jean Marty et Elisabeth Paganelli n’avaient pas la tâche facile et tenaient forcément le mauvais rôle… mauvais rôle appuyé par un montage où se superposent sans véritable lien les témoignages les plus édifiants et leurs propos souvent décalés.
L’injustice radiophonique ne fit qu’aggraver leur cas : à côté de la belle voix douce de Martin Winckler et de celle des différentes intervenantes, l’accent
.
Surtout, on peut se demander pourquoi France Culture a choisi de ne s’en tenir qu’à ces deux seuls praticiens : il n’y a donc en France aucun gynécologue qui soit d’accord pour reconnaître qu’il existe une tendance regrettable au paternalisme, que certains actes doivent être prohibés et que la pédagogie doit remplacer l’infantilisation autoritaire ? Une sorte de « Martin Winckler » (l’irréprochable ) de la gynécologie ! Ou au moins un gynécologue capable d’expliquer la nécessité de certains actes, de tenter d’excuser certains propos maladroits (et pas seulement en soulignant que c’est ainsi que les gynécologues ont appris leur métier comme le répète toujours Martin Winckler)… sans tomber dans la caricature. Apparemment non.

Le JIM feint donc d’ignorer que les médecins interrogés sont des représentants très officiels de la profession. Bien sur, ils y en a d’autres. Mais c’est bien le SYNGOF qui, par ses prises de positions régulièrement agressives et méprisantes, nuit à l’image des gynécologues et à toute tentative de réflexion conjointe autour de l’organisation des soins ou de la coordination nécessaire entre praticiens. 

Confraternellement, le JIM précise ensuite : Comme Clara de Bort l’a bien souligné au cours de l’émission, la spécificité des organes concernés suppose des attentes, apparemment pas toujours satisfaites, et une sensibilité, pas toujours comprise, particulières.
Puis cite : La blogueuse Ovidie pourtant dans sa conclusion appelle à la nuance « …/… Et il y a des gynéco formidables, mentionnons-le au passage. Il ne s’agit pas de tirer à boulet rouge sur l’ensemble d’une profession si nécessaire » écrit-elle.

Je ne disais pas autre chose. Mais qui prendra le temps d’aller lire le blog après la présentation qui en est faite ?
L’article laissera à ses lecteurs le sentiment d’une sage-femme aux positions outrancières.
Ou comment nourrir – avec gourmandise ? – l’idée d’une bataille rangée entre nos deux professions…

 

 

*Autres blogs cités dans l’article :
– Marie-Hélène Lahaye
– Ovidie

 

7 commentaires sur “Mal traitant – mal traité”

  1. Philomenne dit :

    Enfin, on parle, de la maltraitance médicale envers les femmes en générale et de la maltraitance exercée par les gynéco en particulier. Oui, bien sûr, il y en a des biens. Mais le phénomène est trop répandu pour qu’on puisse le mettre sur le compte de quelques uns qui déraperaient. Il y a un phénomène de fond et il est plus que temps de s’en occuper.

    Enfin, on en parle, mais quand parlera-t-on aussi du problème de leurs compétences ? Ils sont super forts pour cocher des cases, renseigner la date du dernier frottis ou tripoter les seins de leurs patientes (à croire que toute femme est intrinsèquement un futur cancer ambulant) mais quand on a un vrai problème réel, bien souvent ils n’y connaissent rien. J’en ai eu, des problèmes gynéco, dans ma vie, j’en ai vu des gynécologues… Aucun, je dis bien aucun, n’a jamais eu de solution à me proposer. Entre la répétition sans se poser de question des mêmes traitements antibiotiques qui ne marchaient pas et les « on n’y peut rien », je n’ai jamais réussi à en trouver un(e) qui sache ce qu’il faisait. Alors bon, peut-être que je suis systématiquement mal tombée. C’est pas de bol, hein ? Mais au final, c’est toujours, je dis bien toujours, la médecine alternative qui m’a trouvé la solution dont j’avais besoin. Ostéopathie, phytothérapie, gemmothérapie… ont de solutions à proposer. Quand est-ce qu’on en parle, dis-moi, Dix lunes ?

  2. Clara de Bort dit :

    Bonjour je voulais vous dire combien je suis d’accord avec vous. On voit toujours à l’oeuvre les mêmes tentatives de décrédibilisation et de division, la ficelle est un peu grosse ! je n’étais moi-même pas au courant du fait que je serais citée et je n’ai aucunement l’impression d’avoir, dans ce débat, « atténué » en quelques sortes les positions des femmes en colère, bien au contraire.
    Mais JIM fait hélas du JIM, pour être lu il faut qu’ils parlent comme leur lectorat, et pour moi c’est bien ça le plus triste. Ce n’est pas tant la façon erronnée dont le débat est présenté (chacun peut s’en rendre compte) qui m’attriste le plus (les journalistes font leur boulot comme ils l’entendent) que le témpignage indirect de la pensée du plus grand nombre, en tout cas telle que le perçoit cette journaliste.
    cela justifie d’autant plus de poursuivre le combat, et je suis persuadée que même ce genre d’article éveille les consciences, amènent des médecins à venir nous lire, s’interroger.

  3. Ihryll dit :

    Ils tentent de minimiser les propos des Dr Marty et Paganelli victimes du « jeu du montage » en ne citant eux mêmes que partiellement ton article et surtout sans la conclusion modératrice.
    De même, pour Ovidie « Il ne s’agit pas de tirer à boulet rouge sur l’ensemble d’une profession si nécessaire » et avec comme accroche du paragraphe juste « Boulet Rouge ».

    Du Grand Art…

  4. laure dit :

    Je trouve les propos de ces gynécologues également navrants, mais…

    Néanmoins je n’aime pas le corporatisme dont tu fais preuve, bien que tu t’en défendes(sérieusement, même Winckler il s’en prend ? Le pauvre, ni gynéco, ni femme…ni sage-femme. S’il y’en a bien un à défendre les femmes de façon constante et prolongée sans corporatisme c’est bien lui !).

    C’est un peu comme la sempiternelle guerre allaitement-biberon, et les articles pour les réconcilier : à trop parler de cette confrontation on finit par l’entretenir.

    Je préfère autant les tranches de vie, où le travail de sage-femme est -bien sûr- mis en évidence face aux grands méchants gynécologues, de façon plus « subtile » et sans doute, plus efficace.

    1. 10lunes dit :

      Mais je ne dis rien sur Winckler ! je ne fais que citer le JIM ! J’aimerais justement d’éviter que le débat ne se réduise à méchants médecins contre gentilles SF. Je dénonce l’obscurantisme de certains de leurs représentants, pas de la profession !

  5. Stephi dit :

    « une gynécologie maltraitante et paternaliste, sexiste et irrespectueuse… et qui plus est fière d’elle ! » Merci, c’est exactement les mots dont j’avais besoin pour exprimer ce que j’ai ressenti lorsque cet homme, gynécologue, m’a reçue en urgence après ma première échographie qui annonçait une trisomie 18 et une IMG à suivre pour mon premier enfant. Paternaliste au premier regard. Puis moralisateur pendant 10 minutes, parce que je ne faisais plus de frottis depuis longtemps. Cru et technique pour évoquer l’IMG et les techniques possibles. Je disposais du vocabulaire et d’un minimum de connaissances, j’ai compris ce qu’il m’a dit. Mon compagnon lui, ignoré durant tout l’entretien, se battait contre un malaise vagal grandissant. Mise à la porte 10 minutes plus tard, rendue à la secrétaire « qui m’expliquera tout » mais m’a juste tendu un devis pour le dépassement d’honoraire prévu, à déposer à ma mutuelle.
    Non je ne fais plus de frottis depuis 10 ans : depuis le départ à la retraite de mon premier gynécologue, un homme doux, respectueux et sans jugement. Lui faisait honneur à sa profession…

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