Logique floue

Publié par 10lunes le 10 septembre 2015 à 09 h 48 dans Non catégorisé, Pffffff

 

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Il y a d’abord eu cette étude de l’Inserm issue des données de l’Enquête nationale périnatale 2010 : 26% des femmes avaient déclaré pendant leur grossesse ne pas vouloir de péridurale lors de l’accouchement. Toutefois, 52% ont finalement reçu une analgésie péridurale en cours de travail.

Le communiqué du CNOSF reprend certaines des conclusions de Béatrice Blondel qui souligne C’est moins le profil de la femme que l’organisation des soins qui va conduire à la pose d’une péridurale en cours de travail …/… La pose d’une péridurale peut être un moyen de faire face à la surcharge de travail au moment de certaines gardes.

Le CNOSF s’appuie sur l’étude pour dénoncer la très réelle et très problématique diminution des effectifs en maternité et enchaîne sur un élément n’apparaissant pas dans le résumé : Les problèmes organisationnels au sein des maternités contraindraient les professionnels de santé à déroger à un principe fondamental édicté par la loi : le consentement des patients.

Le communiqué du CNSF enfonce le même clou en évoquant le non-respect du choix initial des femmes.

Si je déplore avec les uns et les autres que les femmes ne puissent accéder à l’accouchement qu’elles souhaitent, l’adjectif « initial » s’appliquant au mot choix m’apparaît essentiel. Faudrait-il respecter la décision d’une femme prise en amont de l’accouchement plutôt que celle prise sur le moment, lorsqu’elle souhaite une solution médicale à la douleur ressentie ? Que cette douleur soit fortement majorée par l’indisponibilité des sages-femmes et/ou le renforcement des contractions par des hormones de synthèse*, personne ne peut en douter. Que notre organisation des soins défaillante conduise des femmes à renoncer à leur projet d’accouchement est une réalité quotidienne.
Mais évoquer le non-respect du consentement dune parturiente quand une péridurale est finalement posée à sa demande est un sophisme qui offre des armes à nos détracteurs.

La réponse de la SFAR parait à l’inverse apaisée. Les anesthésistes soulignent Du fait de la méthodologie de cette étude, on ne peut pas savoir si les femmes changent d’avis et demandent qu’une péridurale soit faite ou si les soignants convainquent les patients de la recevoir. Ils soutiennent les demandes des sages-femmes : Une partie de l’insatisfaction trouve d’autres motifs qui ne sont pas nécessairement du ressort de l’équipe d’anesthésie‐réanimation mais plutôt des protocoles obstétricaux et d’une révision des procédures et des organisations de l’équipe soignante au sens large. Ils dénoncent ensuite : La relation reste souvent paternaliste et manque d’explications, de temps d’échange.
La SFAR s’abstient de désigner un coupable et souligne les multiples facteurs en cause. Excellente façon d’inviter à un débat constructif.

Mais c’était sans compter sur nos amis du Syngof qui, fidèles à eux-mêmes, tirent dans le tas !
Comme d’hab, une petite explication de texte s’impose.

Ce communiqué a donné lieu depuis à une instrumentalisation visant à dénoncer une surmédicalisation de l’accouchement quand les professionnels médicaux ont pour unique préoccupation d’apporter aux femmes les conditions les plus sûres et les plus confortables pour leur accouchement.
Traduisons : Les matrones sages-femmes dénoncent une surmédicalisation imaginaire à des fins personnelles et égoïstes alors que les  professionnels médicaux – lire les gynéco-obstétriciens (autre pierre dans le jardin des sages-femmes qui sont elles aussi des professionnels médicaux) – sont seuls à se démener pour la santé et le confort des femmes.

Elles pensent à leur grand-mère et parfois mère qui n’ont pas eu la chance de connaître la péridurale.
Petit couplet aux relents paternalistes. De quoi se plaignent ces femmes qui ont la chance, contrairement à leurs aînées, de connaitre la péridurale.


Alors, la France veut-elle faire des économies sur le dos des femmes en diminuant les chances d’avoir une péridurale ?
Joli retournement ! Le fait de ne pas souhaiter une péridurale se transforme ainsi en perte de chance d’y avoir recours. Nouvelle attaque « discrète » contre les maisons de naissance ?
Je sais, je vois le mal partout…

Ces chiffres, s’ils doivent alimenter la réflexion sur l’organisation des maternités et la coordination entre sages-femmes et gynécologues obstétriciens, ne doivent pas être détournés à des fins corporatistes en mettant en cause la sincérité et l’engagement médical, jour et nuit, des gynécologues obstétriciens au service des femmes.
Nouvelle couche sur le supposé corporatisme de matrones sages-femmes égoïstes versus l’engagement mé-di-cal de gynéco dévoués au service des femmes.

Etre au service des femmes, ne serait-ce pas plutôt s’interroger sur ce qui pousse certaines à déroger à leur projet de naissance et réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour que ce projet puisse être respecté ?

 

 

* Sur ce point, la question du consentement doit se poser. Combien de femmes sont réellement informées de l’utilisation d’ocytocine et de ses conséquences ?

 

 

 

 

13 commentaires sur “Logique floue”

  1. La vachère dit :

    Pour l’ocytocine, je suis au courant parce que je m’en sers régulièrement, dans le cadre de mon boulot.
    Mais je sais que mon cas est « exceptionnel »…

    Ceci dit, je ne comprends pas cet acharnement sur la grossesse, l’accouchement, et les accompagnantes…

    1. 10lunes dit :

      L’acharnement de qui ?

      1. La vachère dit :

        L’acharnement de tout le monde en général, et du milieu médical.
        Je suis cernée en ce moment : ma plus jeune soeur a eu un fils le 30 mai, ma belle soeur un fils aussi le 30 août, et mon autre soeur a eu une fille il y a deux ans et demi et doit accoucher du/de la deuxième début octobre.
        Leurs témoignages sont les mêmes, à peu de chose près : en théorie le droit de ne rien manger, bébé trop petit, déclenchement prévu s’il y a à peine de retard, et tout pour leur faire peur.
        Les grossesses sont gérées et vues comme un « état de maladie » plutôt que l’ordre naturel des choses.

        Et pourtant, on est au fin fond de l’Ardèche, où la mentalité est assez coulante en général…

  2. Moineau dit :

    « Mais évoquer le non-respect du consentement dune parturiente quand une péridurale est finalement posée à sa demande est un sophisme qui offre des armes à nos détracteurs. » Tout à fait !!!

    Je voulais accoucher sans péridurale, j’en ai finalement eu une… et c’est bien moi qui l’ai demandée, on ne me l’a pas imposée ! Je regretterai toujours d’y avoir eu recours, j’espère m’en passer la prochaine fois, mais ça a bien été MON choix sur le moment.
    Une cousine a opté pour la péridurale en cours de travail car on lui a dit que l’anesthésiste ne serait plus disponible par la suite… son choix a certes été contraint par l’organisation de la structure, mais c’est resté un choix, on ne lui a pas bondi dessus pour lui faire l’injection !

    1. Volibre dit :

      Ma péridurale a effectivement été posée à MA demande. Mais après une réflexion profonde a posteriori (Plusieurs mois après l’accouchement je pleurais sans raison en y repensant…), je me suis rendu compte que je n’avais fait appel à une péri que pour que quelqu’un vienne me voir et s’occupe de moi. J’avais besoin de soutient et c’était la seule méthode que j’ai trouvé sur le coup ( Spoiler : ça n’a pas fonctionné, je me suis jamais sentie plus seule que quand l’équipe d’anesthésie était là!)
      Je pense que c’est plus compliqué encore qu’une simple question de choix.

      1. 10lunes dit :

        On est bien d’accord. Ce sont les conditions qui poussent à… et il y a énormément à dire et surtout à faire pour améliorer cela.
        Mais il me semble important de dénoncer les problèmes avec précision pour ne pas offrir d’échappatoires à ceux qui nous affirment que tout va bien.

        Par ailleurs, ta réflexion est extrêmement juste, devant une équipe débordée, il semble plus facile de demander une péri que de la présence, mais on espère bien que la présence ira avec la péri. Sauf que l’équipe débordée se focalise sur le geste …

    2. pétrollesue dit :

      @Moineau Hum… A moi aussi, on l’a fait, le coup du « l’anesthésiste est là pour le moment (il était 5H du matin) mais, par la suite, elle ne sera plus disponible avant 9H du matin » (!) J’ai senti clairement qu’on essayait de me forcer la main et j’ai tenu bon, j’ai refusé la péri. Mais tout de suite après avoir dit non, j’ai eu un moment de panique en me disant que jamais j’arriverai à tenir (fort heureusement, tout a été rapide après). Ce genre d’ultimatum à peine déguisé, c’est une tentative de forcer le choix de la femme, qui, dans ces conditions-là, ne peut pas véritablement prendre une décision en toute liberté. Il est rare que les équipes aient recours à la force ou à la contrainte pour amener les femmes à faire ce qui les arrange le mieux. Mais il y a une multitude de manières de les manipuler et de les amener par la suite à croire que c’est elles qui ont « choisi » alors qu’en réalité, elles n’ont jamais été en mesure de décider vraiment par elle-même. Et c’est ça, précisément, qui est dégueulasse…

      1. Zab dit :

        Exactement ! Typiquement, imposer à une femme en travail de rester sur le dos « parce que c’est mieux pour le monito », puis la laisser se démerder avec la douleur en offrant comme seul soulagement possible la péri, ce n’est PAS laisser un libre choix…

  3. Yokogeriyodan dit :

    C’est incroyable de voir de c’est finalement la SFAR qui a la réaction la plus saine. En même temps, la guerre larvée entre sages-femmes et gynécologue est ancienne… et violente.
    J’abonde dans le sens de Volibre : on demande la péridurale pour que quelqu’un s’occupe de nous, qu’on nous parle, qu’on nous encourage, qu’on nous convainc qu’on va s’en sortir. Ou en se disant que c’est tellement pénible de se retrouver aussi seule, qu’au moins, avec la péri, on n’aura pas mal…
    Pour avoir vécu un accouchement hypermédicalisé et un accouchement physiologique (dont les récits sont disponibles sur mon blog), je suis désormais très consciente de l’ensemble des facteurs qui poussent une parturiente à demander une péridurale alors qu’elle ne la voulait pas a priori. Le facteur principal reste la qualité d’accompagnement du personnel auprès de la femme, sa disponibilité. J’ai vu cela en accouchant avec une sage-femme libérale en accompagnement global sur plateau technique. Pour tout le temps du pré-travail et du travail, elle n’était là que pour moi, uniquement pour moi, et elle m’a encouragé de bout en bout. Résultat : un accouchement extraordinaire.

  4. Emilie.a dit :

    Je me reconnais dans cette étude, pour mon premier accouchement je faisais partie de ces femmes qui ne souhaitaient pas de péridurale, tout en sachant qu’on pouvait quand même la demander si besoin, ce que j’ai fait au final.
    Mais l’histoire a une suite, lors de ma 2e grossesse, l’anesthésiste que j’ai rencontré lors du 8e mois m’a clairement dit en regardant mon dossier que si c’était lui qui m’avait pris en charge lors de mon premier accouchement, il ne m’aurait pas appliqué la péridurale étant donné ma position initiale… Il a fait une drôle de comparaison avec « une demande faite avec un pistolet sur la tempe », jugeant que la douleur influençait la patiente, qu’elle n’était pas dans son état normal puisqu’elle demandait ce qu’elle voulait éviter auparavant… Le tout avec un ton aimable et sympathique, laissant penser qu’il souhaitait respecter ma volonté jusqu’au bout. Mais avec aussi en filigrane l’idée qu’il ne fallait pas souhaiter se passer de péridurale, que cela pouvait se retourner contre vous.

  5. clemsagefemme dit :

    Ou comment mettre de l’huile sur le feu et ignorer le vrai débat de fond: respecter la naissance quelle que soient ses modalités, en laissant le libre arbitre à chacun-e-s.

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