« Déjà » la rentrée ?

Publié par 10lunes le 1 septembre 2015 à 11 h 53 dans Militer

 

cahier

Voilà, voilà, l’été est passé et avec lui les quelques idées de billets qui ont feint de me traverser l’esprit.
Arrive un moment où il y a tellement longtemps que tu n’as pas pianoté nerveusement sur ton clavier que tu en oublies l’impression que ça fait.
Tu te sens libérée…
Et ça te manque un peu aussi…

Alors voyons si l’arrivée de l’automne est propice au retour de l’inspiration.
Parce qu’il s’est quand même passé un truc extraordinaire  cet été… le décret permettant l’expérimentation des maisons de naissance a été publié.

Si !
A une date certainement déterminée par le plus grand des hasards.

Le samedi 1er août.

Plus au creux du creux de l’été, tu peux pas !

Bonne pioche, les syndicats médicaux étaient un peu aux abonnés absents. Ne rêvons pas, nous avons eu droit à la diatribe récurrente du Syngof sur le danger que vont courir les femmes… Mais comme le couplet du risque est à la fois éculé et surtout démenti par les études étrangères (cf BMJ 2011) ils tentent un autre angle d’attaque : Nous voulons être associés à l’expérimentation afin de nous assurer que l’évaluation sera bien médicale. Parce que c’est couru d’avance, sans leur supervision, les sages-femmes se contenteraient d’évaluer la satisfaction des couples devant la couleur des murs. La santé et le bien-être des femmes et des enfants, c’est pas notre souci…

Mais il y a eu aussi cet article du Figaro*où le secrétaire du CNGOF affirme à la fois la sécurité des maisons de naissance mais aussi  la réalité de l’hyper médicalisation et l’occasion enfin donnée aux parents et aux professionnels de progresser sur la physiologie.
Comme une main tendue laissant espérer qu’un jour, tous les acteurs de la périnatalité sauront travailler en bonne intelligence !

Reste à saluer la mobilisation des porteurs de projets qui n’ont que  45 jours – dont le mois où les administratifs de tous poils sont en congé – pour boucler un dossier pléthorique et complexe …

Reste à pousser les murs pour trouver des locaux vacants au sein des maternités partenaires afin de respecter l’exigence de proximité (spécificité française s’il en est…)

Reste à résoudre la question de l’assurance alors qu’aucune compagnie ne souhaite s’engager sur les tarifs et que tout laisse craindre que l’addition finale soit plus que salée.

Reste à rire jaune de la présence imposée d’une seconde sage-femme alors que rien dans la nomenclature n’est prévu pour la rémunérer.

Reste surtout à s’incliner devant l’engagement de celles et ceux qui défendent une autre idée de la naissance et s’y investissent corps et âme pour lui donner vie.

Dire que j’ai mis deux mois à rédiger une demi-page 😉

 

 

*Extrait LE FIGARO 12 08 2015.

– Que pense le CNGOF de la légalisation des maisons de naissance ?
Philippe DERUELLE. – Nous sommes très favorables à ce changement, car les femmes pourront bénéficier d’une offre de soins différente pour accoucher. Aujourd’hui, en France, l’accouchement proposé en hôpital est standardisé, très normé. En maison de naissance, elles pourront accoucher comme elles le souhaitent.

Y a-t-il selon vous des aspects négatifs ?
Non, nous soutenons le décret à 100 %. À présent, le défi sera d’avoir assez de moyens humains pour le mettre en œuvre. Pour l’instant, il n’y a pas assez de sages-femmes, et il va falloir trouver des personnes très impliquées et motivées pour travailler dans ces maisons de naissance : elles devront suivre à elles seules plusieurs grossesses, et faire preuve de soutien auprès de femmes qui accouchent sans péridurale.

Pensez-vous que la sécurité y sera suffisante ?
Oui, les garanties de sécurité ont été respectées dans le texte. L’élément central du projet était la proximité avec la maternité, et il a été respecté. Si les femmes doivent être transférées à la maternité, il n’y aura même pas une rue à traverser et c’est une bonne chose. En Angleterre, par exemple, les maisons de naissance ne doivent pas nécessairement être attenantes à un hôpital, mais les résultats y sont moins bons (il est plus risqué d’y accoucher, NDLR). Et puis toutes les femmes ne pourront pas accoucher en maisons de naissance, les conditions d’accueil sont strictes : celles qui ont des antécédents médicaux, qui sont obèses, font du diabète ou qui ont une hypertension artérielle ne pourront pas, par exemple, bénéficier de cette offre. Pour les femmes qui passent par ce biais pour leur premier enfant, la sélection sera très stricte.

Ce changement aura-t-il un impact sur votre profession ?
Bien sûr, car les anesthésistes et obstétriciens n’interviendront pas dans ces accouchements. Mais je pense que ce décret aura un retentissement positif au sein du milieu médical en général. Nous sommes allés trop loin dans la médicalisation de l’accouchement, et cela fait des années que certains gynécologues et obstétriciens s’en alarment. Par exemple, en France, le taux de césariennes est très élevé, proche des 20 % ; il s’élève même à une moyenne de 40 % dans certains établissements. Ce décret illustre un changement de philosophie. Il montre qu’il y a une volonté de mieux accompagner les femmes dans leur grossesse, d’être plus à l’écoute, ce qui manque au milieu médical aujourd’hui, et qu’on lui reproche beaucoup.

 

 

13 commentaires sur “« Déjà » la rentrée ?”

  1. Raphaëlle dit :

    Bonjour dixlunes,

    Je suis étudiante sage-femme en deuxième année à Londres et tout ce que j’apprends découle donc de ces études étrangères que vous mentionnez. Je souhaite revenir en France après mes études mais je suis effarée par les différences entre les pratiques des deux pays…

    J’admire votre travail depuis longtemps, merci de tout ce que vous faites pour promouvoir la dé-médicalisation des grossesses de femmes qui n’en ont pas besoin. J’espère pouvoir participer à cet effort lors de mon retour en France.

    Amicalement,

    Raphaëlle

    1. 10lunes dit :

      Merci ! Y a encore du taf… Toutes les énergies sont bienvenues, et aussi la richesse des regards extérieurs, formés dans des pays qui ont choisi bien avant la France d’ouvrir la voix à d’autres accompagnements !

  2. Blandine dit :

    sauf que ce ne sont pas des VRAIES maisons de naissance (selon le dépôt fait à l’INPI et ce qui se passe ailleurs en europe)
    sauf que ce sont des structures en hosto
    sauf que les sf seront à la botte de l’hosto et des toubibs
    sauf qu’il faut montrer plus que patte blanche pour avoir « une chance » (???) d’y accoucher, et que les critères d’admission sont parfois très variables suivant les structures
    sauf que ça n’a été autorisé QUE pour faciliter l’éradication de l’aad en douceur et sans faire de vagues
    et que quand l’aad aura disparu, l’expérimentation n’aura pas fait la preuve de son inocuité / nécessité / utilité ou autre …

    comment peut on croire autre chose ?

  3. Koa dit :

    « Pour les femmes qui passent par ce biais pour leur premier enfant, la sélection sera très stricte »
    Ca aussi c’est une bonne façon de biaiser les choses… :-/ Si on ne peut y aller qu’après un accouchement « normé », quelle expérience est-ce que ce sera ?

  4. Stéphanie dit :

    Si on peut croire à des changements ensuite mais qui ne viendront pas des professionnels eux même (hiérarchie oblige) mais d’abord des parents ! C’est moins la distance entre la future MdN et la salle d’opération qui devrait inquiété ici que le peu de place laissée à l’investissement des associations de parents pour aider à l’évolution positive du projet vers plus de respect, non des exigences des professionnels que des demandes légitimes des parents…

  5. 10lunes dit :

    Retour en beauté. Ca frite déjà ?!

    Je ne suis pas d’accord avec les affirmations pessimistes. Argumentation rapide :
    Ce qui motive les adminstratifs, ce n’est pas l’éradication des AAD, juste la recherche d’économies…
    Oui il y aura une « sélection ».Toutes les femmes ne pourront accoucher en MDN, de la meme façon toutes ne sont pas acceptées pour un AAD justement. Techniciser une naissance, c’est parfois incontournable. Qu’avez vous vu, lu entendu dans les critères retenus qui vous dérangent ?
    Non les SF ne seront à la botte ni de l’hosto, ni des toubibs. Juste soucieuses de bien travailler ensemble.(comme les SF AAD qui envisagent toujours la possibilité d’un transfert)
    Quant aux exigences des professionnels, je vous renvoie à cet ancien billet http://10lunes.com/2011/05/commentaires-sur-consentir/

    Pour militer depuis … longtemps pour les MDN et autres avancées, je suis convaincue, totalement, que c’est un premier petit pas indispensable pour arriver à de vraies MDN extrahospitalières. (et si ça peux un poil affirmer mon engagement à vos yeux, je faisais partie de ceux qui ont déposé le nom à l’INPI à l’époque)

    Je pense tres sincèrement que nous ne gagnons rien à nous écharper dans une bataille rangée. L’expérimentation n’est pas une fin, c’est juste un début à faire grandir et évoluer tous ensemble.

  6. Viviane dit :

    Bonjour,
    En belgique, une nouvelle formule de maison de naissance intégré a l’hôpital excite..a Bruxelles, c’est tout nouveau et les sages femmes doivent encore montrer que ce projet est viable..donc pas droit a l’erreur. Cela s’appelle « le cocon » a l’hôpital universitaire Erasme. J’y ai accouché et j’ai trouvé ça formidable d’avoir eut un peu d’humanité plutôt que beaucoup de protocole.. 😉
    Courage en tout cas!!

  7. Viviane dit :

    Faute de frappe dans mon dernier commentaire:  » intégré a l’hôpital existe..(bien sur.. »
    Ceci dit je suis aussi d’accord de ne pas rester négatif.. Je trouve ça bien en tant que futur maman d’avoir la proximité de l’hôpital.. Mon placenta ne s’est pas décroché et j’ai pu être transféré par ascenseur rapidement… Et éviter des complications! Les sages femmes ont travaillés indépendamment du gynéco. Elles n’ont aucun compte a lui rendre. Et je trouve normal également qu’il y ait une sélection.. Pourquoi risquer de mettre en danger la maman ou l’enfant si on s’est a l’avance que la naissance présente des difficulté qui vont nécessiter une intervention.. Alors oui ça peut être très triste de devoir renoncer a un accouchement physiologique..mais peut être aussi que s’est une porte ouverte pour faire changer les habitudes de l’hôpital entier et espérer une écoute plus grande même pour un accouchement médicalisé!

  8. Laura dit :

    Je suis assez dubitative et mal à l’aise face à la mise en place de ces « maisons de naissances » et au tapage fait autour.
    Il me semble qu’on enfonce des portes ouvertes à renfort de tambours et trompettes.

    En fait, je n’arrive pas à comprendre en quoi il était nécessaire de faire tout un foin et tout un tas de décrets pour accoucher… en mater !? Puisqu’il s’agit finalement de cela.

    Les sf libérales ont déjà légalement le droit d’accompagner seules les accouchements non pathologiques, même à domicile, pourquoi faut-il alors voter de nouvelles lois et de nouveaux décrets pour qu’elles aient le droit de le faire en mater ???
    Ma question est sincère, je ne comprends pas.

    Il existe déjà depuis des années des salles nature en mater et des sages-femmes libérales qui ont accès à certains plateaux techniques. Qu’apportent donc cette nouvelle appellation et ces nouveaux décrets? Quelle est la différence ?
    Pourquoi ne pas plutôt avoir tout simplement développé l’accès aux plateaux techniques par les SF libérales? Les choses auraient été plus claires pour tout le monde et beaucoup moins coûteuses.

    Par ailleurs en quoi dans ces « nouvelles » structures le problème d’assurance sera-t-il différent des aad ?

    Je n’arrive pas non plus à saisir l’intérêt de donner précisément à ces structures le nom de « maisons de naissances.» Quelle est la finalité exacte de la manœuvre?
    N’aurait-on pu utiliser une appellation différente et mettre ainsi tout le monde d’accord ?
    De deux chose l’une, soit ce nom est utilisé par méconnaissance de ce qu’est une vraie maison de naissances et de ce qui en fait ses spécificités…, soit, il est utilisé en pleine conscience afin de tromper les gens et de créer délibérément la confusion.
    Dans les deux cas l’amalgame pose question et explique facilement la défiance de certains.

    Enfin, je pense qu’il serait extrêmement instructif de connaitre les termes exacts contenus dans les fameuses conventions qui doivent être passées entre les «maisons de naissances » et la mater qui les accueille.
    Ne faut-il pas craindre que s’installe un phénomène d’ingérence de la part des maters, et la soumission de ces « maisons de naissance » à certains protocoles abusifs?
    Ces conventions seront-elles rendues publiques ? (si comme certaines le croient ces conventions ne contiennent aucune ingérence dans les protocoles des « maisons de naissances » cela pourrait permettre alors de rassurer les septiques.)

    L’indépendance des maisons de naissances en font ailleurs leur spécificité…et leur intérêt !

    1. 10lunes dit :

      Un début de réponse sur les conventions : http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2014-09/cahier_charges_maisons_naissance_230914.pdf

      Le projet est bien que les MDN soient des lieux différents et indépendants des maternités meme si la contiguïté leur est imposée ; et de développer des offres qui se complètent : AAD, plateau technique, MDN, maternité répondent à des attentes et besoins différents.
      Quant au nom,les SF ont proposé pavillon de naissance ou à minima MDN intrahospitalière pour marquer la différence avec les MDN. Mais il ne suffit pas de demander pour obtenir… fallait-il en faire un point de blocage dans les négociations ?

  9. sara dit :

    ayant accouché en MDN en Suisse, je vous assure que les critères d’admission y sont plutôt strictes aussi, et ce – à mon avis – à juste titre. les sages-femmes sont les « expertes de la physiologie », il faut bien que la femme enceinte évolue dans ce contexte-là et non pas dans la pathologie.
    Un changement de mentalité aussi important quant aux pratiques et approches médicales ancrés depuis des générations, à plus de chances lorsqu’il se fait par étapes, plutôt qu’en révolution totale (qui génère souvent une réaction de défense marquée et absolue). Pour cette raison, j’approuve le principe de ***débuter*** par des MDN intégrées aux structures hospitalières, bien que cela présente quelques inconvénients importants: Avant tout, cela risque d’encourager des SF n’ayant pas l’expérience / ni la formation nécessaire à la préservation de la physiologie et à la prévention de compliquations, de choisir un poste dans ces enceintes. Car il y a toujours la « sécurité hospitalière » derrière, la prise de risque personnelle est bien moins important lorsqu’on se jette à l’eau dans une structure 100% autonome et séparée.
    Ceci pourrait avoir pour conséquence un accompagnement peut-être pas aussi compétent ni aussi serein (état émotionnel qui est transmis et ressenti par le couple et qui a une incidence importante), avec une tendance à faire appel au transfert plus rapidement et plus fréquemment; alors qu’une SF expérimentée (qui a pratiqué des AAD auparavant, par exemple) aurait eu les reins et le bagage nécessaire pour mener cet accouchement à bien par elle-même.

    Mais en vue de la nécessité de nombreuses SF de pouvoir forger leur expérience par rapport aux accouchements non-médicalisés (certaines n’ont quasi jamais vu un accouchement sans aucun médicament ni intervention, ou dans une position différente), cela ouvrirait aussi cette possibilité à un plus grand nombre d’entre elles, qui n’oseraient pas « se lancer » sans savoir que derrière, la structure hospitalière « rattrape » si elles se retrouvent dépassées à un moment donné.

    Donc, oui! Longue vie aux MDN françaises!

  10. Koa dit :

    Bonjour 10Lunes, mon intention n »était pas d’apporter de la négativité, j’ai simplement été surprise par la phrase que j’ai citée : bien sûr qu’il est important de « sélectionner » les grossesses, c’est le cas partout (AAD en France comme en Hollande) et c’est ce qui permet la sécurité. Mais que le premier enfant soit un critère (c’est peut-être juste la phrase qui était maladroite, je n’ai pas investigué plus loin), ça me paraît totalement ignorant de la physiologie.

    Ca m’a sans doute fait réagir aussi parce qu’avant mon 1er AAD, le gynéco du CHU que je voyais pour préparer un éventuel transfert (c’est le cadre de ma SF) m’avait dit en tordant le nez « Franchement, pour un premier enfant, c’est de la folie. Votre bassin n’a pas fait ses preuves ».
    Cette phrase faisait suite à une litanie de contre-vérités débitées sans ciller pendant l’entretien : « les épisiotomies sont très rares » (alors que le taux était à sauter au plafond), « si on doit vous injecter de l’ocytocine, ça ne bloque pas la production naturelle, vos propres hormones prendront le relais quand on arrêtera », etc, donc elle m’avait heurtée. J’ai peut-être tout simplement réagi à quelque chose qui m’avait touchée personnellement.

    Au final, deux AAD, mon bassin a fait ses preuves 😉 Et pour avoir vécu cette expérience, je suis infiniment triste qu’elle soit si peu accessible.

    1. 10lunes dit :

      Mais ce n’est par le CNGOF qui dicte les *critères 😉
      Premier enfant ou pas, ce qui conditionnera l’accès sera le « bas-risque » (en se basant + ou- sur le tableau de ce doc (débutant p 26) http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/suivi_des_femmes_enceintes_-_recommandations_23-04-2008.pdf

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