L’arbre et le fruit *

Publié par 10lunes le 23 septembre 2014 à 19 h 38 dans Naissance, Profession sage-femme

 

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Dans le jardin, un figuier donne chaque année de nombreux fruits juteux et sucrés que nous partageons volontiers avec les oiseaux. Cet été, point de partage : une nuée d’étourneaux s’abat régulièrement sur l’arbre, dans un vacarme de piaillements disharmonieux.

Les oiseaux sont fins gourmets… aucune figue mure ne leur résiste ; ils ne nous laissent que les fruits verts.
Frustrant.
Nous avons tenté l’intimidation, s’approcher de l’arbre en claquant des mains. Mais la nuée s’envole pour se rabattre aussitôt. Un voisin a suggéré la carabine à plomb, un autre la fronde, un autre un grand filet… Trop de dégâts ou trop d’efforts.
Nous nous sommes résignés à passer une année sans figue.

Pourtant, depuis quelques jours, nous avons droit aux  fruits murs. Les étourneaux sont toujours là, mais moins nombreux, moins envahissants… Une buse veille ! Peut-être même a-t-elle fait quelques victimes dans la nuée.
Dame nature a restauré l’équilibre.


Je tente ici une parabole hasardeuse, fruit (hahaha) de la dégustation simultanée d’une figue juteuse et du billet d’une chouette consœur.

Nous savons depuis fort longtemps que plusieurs hormones président au déroulement de la naissance à travers de subtiles dosages « auto-gérés ».
Et à trop intervenir…

En situation de famine, j’aurais campé sous l’arbre, chassé les étourneaux aux cailloux, à la fronde ou au fusil et surement même, je les aurais mangés avec mes figues.
De même, lors d’un accouchement, en situation d’urgence, nos interventions ne se discutent pas. Le déséquilibre peut être tel qu’il faille absolument agir pour permettre à mère et enfant de rester en bonne santé.

Mais le risque est-il si présent lors des naissances que nos interventions deviennent la norme et non l’exception ? Combien de fois la famine nous menace-t-elle vraiment ?
Ce qui dirige nos actes n’est plus la crainte de mourir de faim, mais l’habitude des saisons, la nécessité de faire des confitures quand nous en avons le temps voire notre satisfaction à démontrer que nous dominons les étourneaux…

Parfois on claque gentiment dans nos mains, ça ne sert pas à grand-chose mais ça nous rassure ; on laisse le monitoring en permanence pour ne pas sortir dans le jardin toutes les deux minutes. On parle, on examine, on bruisse… ça tient la buse à l’écart et ça perturbe un équilibre naturel toujours précaire.

Et parfois on tire au fusil avant même de savoir si les fruits sont murs.

 

* Titre honteusement emprunté à Jacques GELIS « L’arbre et le fruit: la naissance dans l’Occident moderne, XVIe-XIXe siècle » publié en 1984 chez Fayard

 

 

5 commentaires sur “L’arbre et le fruit *”

  1. Vervaine dit :

    Très belle métaphore. J’adère totalement !

  2. Vervaine dit :

    Très belle métaphore. J’adhère totalement !

  3. marinette dit :

    Tellement bien dit !

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