En souvenir des jours heureux

Publié par 10lunes le 29 juillet 2014 à 11 h 04 dans Après, Vie des femmes

 

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Il y a plus de 20 ans que nous ne nous sommes vues.

Je l’avais accompagnée pour ses maternités. Consultations,  préparation, retour à la maison, post-partum… Une année partagée pour chacun de ses enfants.

Ces enfants qui sont maintenant des adultes ; le dernier vient de quitter le nid.
C’est peut-être pour cela que tout va mal. Moral en berne et douleurs erratiques, pas violentes, juste assez présentes pour lui gâcher la vie. Personne n’arrive à la soulager me dit-elle.

Elle a récemment repensé à certains exercices que je lui avais montré quand elle était enceinte, pour protéger son dos, soulager des sciatalgies.
A l’époque, leur effet aurait été « miraculeux ».

Elle me contacte ce jour là pour que je lui remontre ces gestes expliqués deux décennies plus tôt.
Je devine que la question n’est pas là, et que je n’aurai pas de réponse…
Mais elle insiste.

Alors, ce soir là, elle retrouve le chemin du cabinet et s’étonne que je ne la reconnaisse pas en salle d’attente.

A peine assise, elle débute un long monologue. Au travers des mots s’exprime toute la nostalgie de ses maternités. Elle revient en souriant sur chacune de ses grossesses, détaille ses accouchements, s’attarde avec gourmandise sur les mois suivants. Parfois, elle s’interrompt pour m’interpeller sur des souvenirs qui ne nous sont plus communs.

Comme ses mots, le temps s’écoule. Toutes ces années à materner ses petits, à les voir grandir … et puis s’éloigner.
Elle finit par évoquer ses douleurs, feint de penser que je vais savoir les soulager.

C’est hors de mon domaine de compétence. Je le lui avais précisé au téléphone, lui rappelle encore une fois. Elle insiste pour la forme.
Je sais bien qu’elle n’y croyait pas vraiment.

Puis elle s’en va, visiblement déçue.
Et pourtant…
Elle n’était venue que pour boucler la boucle et constater que nous n’avions plus rien à partager.

La page est enfin tournée.
Nous avons bien travaillé !

 

 

3 commentaires sur “En souvenir des jours heureux”

  1. Maëlle dit :

    N’y a-t-il pas parfois des liens qui se tissent et perdurent au-delà du cadre professionnel/médical?
    J’ose parfois à espérer que l’humain laisse ce genre de traces…

  2. 10lunes dit :

    Bien sur, des liens se tissent. Mais après une pose de 20 ans…
    Et au delà du cadre professionnel,ils peuvent se tisser aussi, plus rarement, et surtout plus tardivement. Les deux places sont difficiles à tenir de façon parallèle.

  3. titinesf dit :

    Sûre que vous aviez encore à partager puisqu’elle t’as trouvée !! Déçue qui l’est vraiment ? Etre là , c’est l’essentiel, les effets thérapeutiques rapides seront secondaire à la prise de parole et mesurables dans l’après coup. J’appelle cela dépresion post natal, quand le dernier enfant s’envole, quand le nid se vide de ses grands « petits »…quand le bilan à faire de : « et moi la dedans », à avoir voulu combler totalement le manque par leur présence, à n’avoir pas toujours su faire exister le couple parfois en tension avec la parentalité, le « grand désert » se dessine. Confrontée à la solitude fondamentale du sujet, à qui dire cela si on ne conçoit pas de fair eun travail psychologique sur cette question. Les sages femmes accompagneront encore et EN CORPS les femmes pour le dernier parcours, et le bilan de vie personnelle, sexualité, féminité..;trop souvent confondus avec maternité. Celui là n’implique pas les trois autres ,loin de là… Que comme toi les sages femmes continuent d’écouter , d’accueillir de recevoir et de se taire, c’est la Maïeutique, la vraie tel que Socrate l’enseignait…bravo enocre une perle de ton cru, merci !!!

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