Que du bonheur ?! (2)

Publié par 10lunes le 5 juin 2014 à 20 h 52 dans Après, Vie des femmes

 

coup de foudre

Leur enfant est né la veille au soir. Le père, contraint de quitter la maternité pour la nuit, revient aux premières heures de la matinée. Il retrouve sa compagne contemplant le nouveau-né, dormant paisiblement  dans son berceau.
Dans un geste tendre, il caresse son ventre vide.
Elle lui sourit.
-« Tu dis bonjour au bébé ?
En me racontant l’anecdote, elle précise

Il a cru que je blaguais, j’ai pas osé lui dire que non. »

Les regards qui se croisent, l’amour immodéré, le bonheur immense…
Qui n’a pas lu ou entendu ces mots, au détour d’un article, d’un reportage, non pour évoquer un coup de foudre amoureux mais pour décrire les sentiments d’une mère à la naissance de son enfant.

La rencontre est présentée comme évidente, immédiate.
Et comme toujours, la vie est plus nuancée que ça.

Bien sûr, cette rencontre peut se faire à la première seconde, d’autant que les nouveau-nés sont « programmés » pour ça.
Mais il y a d’autres vécus, qui vont de la tiédeur à l’indifférence.

Je ne pense pas ici aux parcours difficiles, complexes mais tout simplement aux femmes heureuses de porter un enfant, attendant avec impatience ce moment tant vanté, le coup de foudre maternel.
Et l’émotion promise n’est pas là.

Car elle ne sera pas au rendez-vous si la mère n’a pu d’abord réaliser la séparation. Comment s’émouvoir de la naissance de son enfant s’il est encore pensé comme niché au creux de son ventre ?

Les raisons de cette sidération sont multiples. Naissance trop rapide surprenant une femme pas encore prête ; naissance longue et difficile transformant l’accouchement en épreuve physique dont la seule attente est qu’elle se termine ; péridurale trop dosée coupant la femme de toute sensation, participant ainsi à l’irréalité du moment. Telle cette jeune mère racontant qu’en voyant le nouveau-né émerger entre ses jambes, sa première pensée  avait été « Oh ! Un bébé ! »

Non seulement, ces femmes se retrouvent frustrées de ce bonheur promis, mais souvent aussi dans la culpabilité, celle de ne pas être une bonne mère, puisque une bonne mère ne saurait être insensible à son enfant.

Pourtant, la rencontre se fera, un peu plus tard, plus ou moins progressivement…
Comme pour toute histoire d’amour, personne ne peut dire qu’elle sera plus belle si l’amour s’est invité d’un coup ou s’il s’est révélé doucement.

 

 

22 commentaires sur “Que du bonheur ?! (2)”

  1. Carine dit :

    Il y a quelques temps, à une amie sur le point d’accoucher et qui avait peur de ne pas « aimer » son bébé, j’ai raconté ce qui m’est arrivé la deuxième nuit à l’hopital après la naissance de mon fils.
    En pleine nuit, j’ai appellé ma maman en pleur:
    « Maman… Je ne comprend pas… Je le regarde, mais je ne ressent rien! J’ai peur, c’est pas normal! Je devrait l’aimer! »
    « Attend ma chérie… Ce bébé, tu lui veux du mal? »
    « Non! Bien sur que non! »
    « Et tu lui veux du bien? »
    « Bien sur que oui, c’est un bébé! »
    « Alors ne t’inquiète pas, pour le moment c’est le plus important, le reste arrivera plus tard… »
    Je ne me rappel plus ce qu’elle m’a dit ensuite, mais il me reste surtout le soulagement immense que ces mots m’ont apporté, une déculpabilisation qui m’a permit de construire pas à pas une réelle complicité avec mon fils, avec l’amour qui va en prime.
    Pour mon amie, ce fut aussi le soulagement, par contre, j’ai choqué ma belle-mère qui était présente! 😉

  2. melinawitch dit :

    C’est exactement ça, sauf que moi je n’ai pas osé ne dire tout de suite tant ma maman m’avais toujours dis qu elle était tombé amoureuse de nous avec mon frère la première fois qu elle nous avait vu.
    C’est seulement plusieurs mois plus tard que jamais ai enfin pu le sortir et ça m’a fait un bien fou.
    Je le raconte ici http://lesvendredisintellos.com/2014/01/10/un-accouchement-ideal/

  3. Fanto' dit :

    Merci pour le document «le regard du naissant» qui est fort, très fort.
    Pour mon ainé, l’attachement a été difficile, l’attachement viscéral, animal a été immédiat, c’était mon petit et je devais le protéger, mais l’attachement émotionnel, «social» si j’ose dire, a été long, j’ai mis du temps à dire «je suis sa maman» sans trouver cette phrase incongrue ou bizarre.
    Les débuts ont été durs, un bébé tendu, souffrant (rgo entre autres), un détresse respiratoire à quelques heures de vie et une hospitalisation en soins intensifs qui restent 4 ans et demi après une vraie blessure, une dpp (ou pas loin) et une thérapie pour comprendre pourquoi la maternité m’était si violente.
    Le temps a réparé beaucoup de choses, j’ai un petit garçon de 4 ans 1/2 tout ce qu’il y a de plus parfait, beau, l’enfant que j’ai toujours rêvé d’avoir.
    Pour mon deuxième, mon petit qui dort contre moi en ce moment même, tout a été simple. Une naissance intense, violente, un bébé évident, sa peau, son odeur, son regard, la douceur de son corps, un enfant serein qui s’est fait une place avec une simplicité totale au sein de notre famille.
    Le bonheur de profiter de chaque instant et non de serrer les dents en me disant «il va grandir, ça ira mieux un jour», non, aujourd’hui, pour ce deuxième petit garçon, c’est que du bonheur, pour de vrai, pas juste pour faire croire aux autres que je m’en sors, non, vraiment…
    Je trouve que la maternité est la plus belle chose au monde, la plus violente, la plus complexe, puissante, difficile.
    Et enfin j’y suis bien, convaincue que c’est ma place d’être là, entre mes enfants, alors que quand mon ainé était tout petit, combien de fois ai-je pensé «mais qu’est ce qui nous a pris de faire un bébé ? On était si heureux tous les deux…»
    Je me suis sentie escroquée par la maternité à l’époque.
    Aujourd’hui je rêve d’en avoir des dizaines d’autres parce que mettre son nez dans le cou de son gosse y’a que ça de vrai sur terre…

  4. Hélène SCHOLL dit :

    « Naissance trop rapide surprenant une femme pas encore prête ; naissance longue et difficile transformant l’accouchement en épreuve physique dont la seule attente est qu’elle se termine ; péridurale trop dosée coupant la femme de toute sensation, participant ainsi à l’irréalité du moment. »

    … césarienne – pratiquée en cours de travail ou programmée – qui ne laisse, dans l’esprit de la femme, de la mère, qu’une impression de « blanc », de néant, entre le temps de la grossesse et de la maternité, avec ce sentiment désagréable et perturbant que ce bébé qu’on vous a finalement déposé, tout habillé et endormi, dans vos bras après 2 heures de surveillance – seule! – en salle de réveil, n’est pas celui que vous avez porté et chéri pendant 9 mois…

  5. Aliénor dit :

    en lisant votre article, très bien fait une chose m’est tout de suite venue, et le papa? ce geste était il vraiment tendre ou bien lui aussi à t il eu du mal avec cette naissance et faisait il le lien entre ce bébé dans le berceau et ce ventre, moins gonflé qu’avant, mais qui n’a pas l’air si vide que ça? les papas aussi ont du mal à comprendre… je pense qu’un cours de préparation spécial post partum pour les papas, ou on leur expliquerait ce qu’ se passe dans la et et de leurs femmes, serait bénéfique pour tout le monde. car en effet, les femmes n’ont pas envie d’en entendre parler avant la naissance, ne sont pas prêtes, mais si les papas étaient au courant.me il pourraient sûrement mieux seconder les mamans…

  6. ambre dit :

    je rejoins hélène pour la césarienne… et ça fait mal, encore maintenant, d’avoir oublié, pendant ces 2 heures, que j’étais maman, que j’avais un bébé qui m’attendait… et ça fait mal de me souvenir de ces premiers temps où ce bébé n’était rien pour moi…

  7. Elizabeth dit :

    Cet attachement n’est effectivement pas une évidence. Après une césarienne en urgence après 48 heures d’attente après la perte des eaux, je vois enfin arriver mon mari avec le bébé dans le berceau et là, gros blanc. Est-ce bien le mien cet enfant que je regarde et qui est si petit??? Cette question m’a taraudé plusieurs semaines et même si je m’occupais de lui, il m’a fallu du temps pour me sentir mère ce cet enfant là… Merci de mettre des mots sur cette situation dont on n’ose pas parler par peur des réactions.

  8. junimond dit :

    Et si en fait on n’avait pas besoin de ce coup de foudre émotionnel pour être maman?
    Je me pose la question. A la naissance de ma fille il y a 4 mois je m’attendais à un coup de foudre, un trop plein émotionnel, un choc et en fait pas grand chose. J’avais ce bébé mais pas de connexion magique. Je ne me sentais pas sa maman. Et aujourd hui ça n’a pas bcp bougé. Mais je l’aime, j’aime jouer avec elle, lui faire des calins, et je veux prendre soin d’elle pour son bonheur. Ca me parrait juste normal, pas spécial, pas le bouleversement auquel je m’attendais et je me dis que finalement c’est peut être ça aussi être maman que ça peut être simple et naturel et pas le super bouleversement tant annoncé.
    (Mais ça fait qd mm d bien de lire ce billet et les commentaires et se dire que si c’est aussi normal ça)

  9. La sorcière dit :

    Est ce que je peux émettre l’hypothèse que en changeant la physiologie (notamment avec des hormones artificielles et une péridurale), on se retrouve avec un tas de femmes qui pensent que c’est normal de pas aimer un bébé plus que ça quand il née…

    Je veux bien qu’on déculpabilise les mamans qui n’ont pas le coup de foudre, mais est ce qu’on peut arrêter de dire que c’est normal ? Genre, c’est normal de faire une dépression post-natal ? Non. ça arrive ? Oui.

  10. La sorcière dit :

    A la lecture, je trouve que j’ai été un peu sèche, désolée.

  11. zaza dit :

    La sorcière, je pense que la question n’est pas vraiment de savoir ce qui est normal ou pas.

    Est ce qu’il est normal de ne pas avoir un « coup de foudre » pour son bébé? Je ne sais pas, mais c’est courant, et je pense que ça l’a toujours été.

    Nos mères et grands-mères n’avaient pas le choix de la péridurale. Pour autant les conditions n’étaient pas forcément idéales, pour certaines cela se passait très bien, pour d’autres l’accouchement pouvait être très long, douloureux, se compliquer, et devenir très traumatique, et je pense que ce n’est pas non plus le chemin idéal pour rencontrer son bébé.

    Toutes les femmes vivent différemment leur accouchement, aussi parce qu’elles n’en attendent pas toutes la même chose. Pour certaines c’est un passage obligé, comme la grossesse, pour avoir un bébé, et si c’était la cigogne qui pouvait leur apporter ce serait tout aussi bien. Pour d’autres, au contraire, il y a un investissement important de leur grossesse et de ce moment particulier qu’est l’accouchement en voulant le vivre pleinement, tout ressentir, comme un rite initiatique pour réaliser et s’autoriser à devenir mère.

    Je suis persuadée qu’un accouchement physiologique et un coup de foudre immédiat pour son bébé constituent un des meilleurs départs qui soit pour le lien mère-enfant, mais nous ne sommes pas vraiment des mammifères comme les autres, et notre passé, notre culture, nos attentes, sont autant de facteurs qui entrent en jeu, comme les mamans brésiliennes qui souhaitent toutes accoucher par césarienne. La relation à leur bébé en est elle fondamentalement modifiée à cause de ça?

    L’important est d’offrir aux femmes l’écoute, l’information et les moyens pour qu’elles puissent au maximum accoucher selon leurs souhaits (encore une raison de militer pour l’accompagnement global!), et aussi une écoute bienveillante après la naissance pour accueillir les émotions telles quelles, sans vouloir les normaliser, les moraliser, en déculpabilisant les mères, et en ouvrant de champ des possibles pour leur relation naissante avec leur bébé.

  12. La sorcière dit :

    Les mamans brésiliennes se battent en ce moment contre de nombreux cas de césariennes forcées. De l’autre coté on observe là bas que la presse et les médecins poussent vers une information biaisée en faveur de la césarienne. Tout comme les états unis, le taux de césarienne augmente alors que la demande maternelle reste minoritaire.

    C’est marrant que tu évoques ce cas, parce que justement, ce ne sont pas les mamans qui veulent une césarienne, ce sont les médecins. Je ne trouve que des infos en anglais et en portugais et très peu en français, mais ça fait un moment que je les vois tourner sur les facebook d’amis étrangers qui n’ont aucun lien avec mes contacts associatif pro physiologie.

  13. zaza dit :

    Je ne savais pas qu’il y avait un mouvement dans ce sens au Bresil. Malgré tout, moi je vois régulièrement des mamans brésiliennes ou sud américaines qui demandent des césariennes, et en sont très satisfaites. Justement je m’étais dit à ce sujet qu’il ne fallait pas présager trop vite de ce qui convenait ou non à une femme en matière d’accouchement, car j’avais été très surprise qu’on puisse être à ce point ravie d’une césarienne!

    Mais l’incitation à la césarienne et le manque d’informations à se sujet, on voit ça aussi énormément en France, surtout dans le privé, car la césarienne ne représente que des avantages pour le gynéco qui s’arrange son planning facilement, ne risque pas d’être appelé la nuit, et gagne parfois jusqu’au double de ce qu’il aurait gagné avec une VB… Les femmes sont rarement informées qu’une césarienne représente une augmentation de risques par rapport à une VB, et pour elles, la césarienne, c’est « ne prendre aucun risque » justement!!!

    Mais ce que je voulais dire, c’est surtout qu’on ne peut pas faire un lien aussi direct « accouchement phsyio » –> « bon lien mère-bébé », « accouchement médicalisé/péridurale/césarienne » –> « difficultés d’attachement ». Je dis juste que les choses sont plus complexes que ça.

  14. Merci pour cet article! J’éprouve du coup le besoin de laisser mon témoignage. Pour ma part, j’ai eu une grossesse sans complication, mais je ne garde pas du tout un bon souvenir de cette période : mal au dos, beaucoup de questions sans réponses… J’ai eu un accouchement long (28h) et une péridurale bien dosée. Quand on m’a demandé de saisir mon bébé, j’ai eu un premier réflexe de dégoût d’un dixième de seconde, puis dès que je l’ai touché, j’ai senti littéralement une vague d’amour déferler sur moi. Mais qu’est-ce que ça a été dur à encaisser tout cet amour!! ça fait 14 mois, et des fois je pleure encore rien qu’à regarder mon fils. Pourtant, je suis loin de me sentir une meilleure mère que les autres, au contraire, je suis tout le temps angoissée qu’il lui arrive quelque chose, et j’ai peur qu’un jour, tout cet amour le fatigue. Donc même dans ce cas, ce n’est pas tout rose…

  15. mila dit :

    Ma fille est née trois semaines avant la date fixée, donc complètement à terme, mais en deux heures trente lors d’un accouchement provoqué à cause d’une fissure de la poche des eaux. Quand les sages femmes m’ont demandé comment je me sentais à la sortie du bébé j’ai répondu « effrayée » et c’était ça j’étais complètement effrayée par ce qui venais d’arriver, par la peur de ne pas aimer ma fille autant que son frère par la rapidité des évènements. En revanche ayant fait une dépression du post partum à la suite de ma première grossesse, mon mari a eu le droit, à ma demande et celle du psychiatre, de rester avec moi nuit et jour pendant mon séjour à la maternité, et cela m’a été d’un secours immense, de savoir qu’il était là, de ne pas être seule. Je considère comme une très grande chance d’avoir rencontré un personnel soignant si à l’écoute de mes besoins. Je trouve que c’est vraiment dommage que cette pratique ne puisse pas être plus répandu. Juste la présence de son conjoint être deux parfois ça aide beaucoup.

  16. __L__ dit :

    Trois enfants, trois accouchements, trois naissances, trois rencontres très différentes… et l’Amour est arrivé, plus ou moins vite, plus ou moins « violemment », mais aujourd’hui c’est le même pour les trois !
    La force de la naissance : on ne peut pas maîtriser (aujourd’hui je l’ai compris, mais perdre le contrôle pour moi, quelle épreuve !!).
    La vie n’est pas un long fleuve tranquille ;-D

  17. SD dit :

    Il y a quatre ans, je suis tombée accidentellement enceinte. J’ai aimé ce bébé dès que j’ai su qu’i était en moi. Malheureusement, j’ai du recourir à l’IVG la mort dans l’âme.
    Deux ans plus tard, notre situation financière étant devenue viable, je suis retombée enceinte. Je n’ai pas pu recréer ce lien d’attachement si fort que j’avais eu lors de ma première grossesse. J’avais trop peur de souffrir si les choses tournaient mal.
    Et le jour de l’accouchement est arrivé : 22 h d’un travail difficile. Espérant trouver le sommeil, j’avais fini de guerre lasse par accepter la péridurale. Puis tout s’est enchainé pour finir vers un accouchement hypermédicalisé qui a fini par une extraction à la ventouse de mon fils qui s’était mis de travers selon ce que j’avais compris.
    On me l’a posé sur le ventre, je n’ai rien ressenti. Mon compagnon lui l’a tout de suite aimé et bercé contre lui. Il était si à l’aise et moi si peu.
    Un début d’allaitement difficile combiné à la fatigue ont fait que j’ai mis du temps à tomber amoureuse de mon fils.
    Peu de temps plus tard, j’ai appris que mes problèmes de santé n’étaient pas lié à la grossesse mais à un cancer. Cette annonce a servi de révélateur : j’avais si peur de ne pas être là pour voir grandir mon enfant que j’ai pris la mesure de mon amour.

  18. ES dit :

    « En revanche ayant fait une dépression du post partum à la suite de ma première grossesse, mon mari a eu le droit, à ma demande et celle du psychiatre, de rester avec moi nuit et jour pendant mon séjour à la maternité, et cela m’a été d’un secours immense, de savoir qu’il était là, de ne pas être seule. Je considère comme une très grande chance d’avoir rencontré un personnel soignant si à l’écoute de mes besoins. Je trouve que c’est vraiment dommage que cette pratique ne puisse pas être plus répandu. Juste la présence de son conjoint être deux parfois ça aide beaucoup. »

    Oui, c’est dommage que ce ne soit pas très courant…
    Dans la maternité où j’ai accouché, le père n’avait normalement pas le droit de passer la nuit. Mais pour mon aînée, qui est née peu avant minuit, ils ont fini par accepter qu’il reste (il était 2h et quelque du matin, plus de transports en commun, nous n’avions pas de voiture…) et il a dormi sur un fauteuil à côté du lit. Heureusement qu’il était là: je me suis réveillée vers 4h, lorsque la péridurale a cessé de faire son effet (on ne m’avais pas donné d’autre anti-douleur, et après une épisio et des forceps, cela faisait bien mal), j’ai naïvement voulu me lever pour aller aux toilettes sans déranger personne (on ne m’avait rien dit à ce sujet), j’ai juste eu le temps de me mettre debout avant de m’évanouir, et c’est lui qui m’a retenue quand je tombais par terre…

  19. Oriana dit :

    Que c’est dur la maternité quand même !!

    j’ai aimé lire vos témoignages et je vous livre le mien …
    Pour mon premier accouchement, après une grossesse « bisounours » ^^, je ne souhaitais pas particulièrement de péridurale, je « voulais voir » … mais à force de faux travails (travaux !?) à répétition je me suis bêtement laissée tentée par ce médicament miracle  » qui va maintenir les contractions  » le … comment déjà ? … le Synthocinon ! Forcément, moi qui vivait jusqu’ici des contractions très douces mais pourtant efficaces, voilà que je me retrouve submergée de douleur sans possibilité aucune de soulagement toute perfusée et arnachée que j’étais …
    S’en est suivi un travail classique, de durée moyenne et une poussée méthodique … si méthodique et concentrée que j’en ai oublié d’ouvrir les yeux à la sortie de ma fille et pouf ! « Ouvrez les yeux madame votre bébé est là! » Ah bah oui !
    Et quel bébé ! Une petite friction dans le dos et voilà qu’elle se met à pleurer, et pleurer, et pleurer … un câlin : elle pleure … une mise en beauté à l’autre bout de couloir : elle pleure (bah oui je l’entendais) … une petite tétée? Elle pleure …
    Puis 24h à pleurer sans jamais réussir à téter bah ça mène à l’hypoglycémie forcément ! et à une lactation tardive beh oui ! et à des difficultés de succion évidemment ! et accessoirement des petites séances de lampes à UV … Ah là bien au chaud à 37°C elle ne pleurait plus non non !
    Le retour à la maison n’était pas plus fameux : tétées marathon entre nettoyage des bouts de sein en silicone, montée de lait jour et nuit, et reflux « jeyser » … Alors forcément dans tout ça, comment ne pas céder au « j’étais bien mieux avant »?

    Mais à 6 semaines, quand, une après midi je suis venue la chercher dans son lit, et qu’en me voyant arriver elle … n’a pas pleuré non non … elle a sourit !! Et là … bah oui le coup de foudre c’est tellement cliché ! )))

    Pour mon deuxième, pas question de me laisser avoir ! Une grossesse en maison de naissance (Pontoise) et un accouchement super physio, super respecté, un bébé attrapé à la sortie (les yeux grands ouverts), un peau à peau de 2h avec tétée d’1h30 pour un coup de foudre immédiat bien sûr ! Contexte, prévention, maturité ? Ou peut être un mélange des trois qui sait …

  20. Dédé dit :

    La lecture de cet article (très belle conclusion) et des témoignages m’a fait du bien !

    Pour ma première fille, dès le + du test de grossesse, j’ai cru que j’éprouverais cette joie qu’on voit dans les films, mais non. Ça m’a déçue. J’aimais quand même déjà ce petit être désiré, mais je ne ressentais pas physiquement cette émotion. J’espérais que la naissance me « procurerait » ce moment de bonheur intense.
    A la naissance (physio comme je voulais, avec ma SF et dans une maternité sympa où pourtant je ne me sentais pas à l’aise), pas de bouffée d’amour, des difficultés à démarrer l’allaitement, un mari perdu et fuyant. Je la trouvais belle, ma fille, et je voulais l’envelopper de la plus grande tendresse, mais comme je ne ressentais pas d’amour, je me demandais si je ne me forçais pas à être une bonne mère parce que ma raison me le disait. Je culpabilisais et je m’interrogeais sur ce qui clochait en moi. J’ai beaucoup pleuré (en cachette), j’ai regretté d’avoir voulu un enfant, j’avais l’impression de ne pas avoir de cœur. Et puis un jour, vers 2 mois, ma fille m’a regardée dans les yeux et m’a sourie et j’ai fondu d’amour pour elle ! Je venais de l’avoir, ce fameux coup de foudre ! A ce moment-là, je me suis sentie reconnue par ma fille comme étant sa mère.

    Je prévois d’accoucher à domicile pour ma deuxième fille. Je crois que je serai plus détendue (le papa aussi) parce que ce n’est pas notre premier enfant et qu’on maîtrisera davantage notre environnement avant, pendant et après la naissance (si tout se passe bien). J’imagine qu’on sera donc dans de meilleures dispositions pour vivre intensément ce moment et se laisser aller à savourer la rencontre, tout simplement. J’espère, mais je sais que ça ne sera pas forcément le cas, et je ne serais alors pas prise au dépourvue.

  21. sandrine dit :

    j’ai vécu une grossesse dépressive, alors que ce n’est pas du tout mon tempérament. mon fils est né en 30 min, et quand on me l’a donner je n’ai pas compris que c’était MON bébé… et j’ai fais une dépression postpartum qui a duré 1 ans… tous ça pour dire que ma rencontre avec mon bébé n’a pas été facile, d’autant que j’ai gardée tous ça pour moi, prise par la culpabilité de l’image de la grossesse parfaite, de l’accouchement parfait, et de la jeune mère parfaite… j’ai eu la sensation de « rencontrer » mon bébé à ses 1 an, après avoir surmonté une partie de tous ça toute seule, et pourtant, même maintenant qu’il a 4 ans et demi, je n’ai pas la même relation avec lui qu’avec sa grande sœur et son petit frère… si j’avais lu cela avant mon accouchement, j’ai la sensation que cela aurait pu changer les choses… je me serais sentie moins « mauvaise mère »…. c’est la vie… merci d’en parler.

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