Circulez

Publié par 10lunes le 27 juin 2014 à 09 h 52 dans Après, Militer, Profession sage-femme

 

balais

Tous les médias en parlent. Pour faire des économies, l’assurance maladie dégaine une nouvelle arme, le raccourcissement des durées de séjour en maternité.

Sauf que …

Les séjours plus courts, c’est déjà la réalité. Fermetures d’établissements obligent, le nombre de lits est en diminution constante. 32018 lits de maternité en 1975, 17686 en 2007. D’autres ont disparu depuis. Actuellement, Les Lilas, Orthez, Royan… sont menacés. Les maternités restantes absorbent difficilement les accouchements, encore plus difficilement les séjours.
Partout, on cherche  – chasse – la patiente de bonne volonté qui accepte de sortir plus tôt que prévu pour libérer une place… Et dans le CHU voisin, les lits sont doublés dans des chambres prévues pour un seul hébergement..

Il y a quatre ans, la sécurité sociale lançait l’expérimentation Prado. Je dénonçais à l’époque une « nouvelle organisation » à type d’usine à gaz alors que tous les outils nécessaires existaient déjà pour assurer le suivi des familles lors de leur retour à domicile. Personne n’était dupe… A terme, les durées de séjour allaient raccourcir et la sécu l’anticipait. La main sur le cœur, nos interlocuteurs de l’assurance maladie juraient qu’il n’en était rien.
Nous y sommes…

Je n’ai rien contre la sortie précoce, voire ultra-précoce quand elle est choisie. Certaines femmes souhaitent un accouchement ambulatoire, d’autres préfèrent carrément éviter l’étape maternité et faire naître leur enfant à la maison. Cette mesure pourtant économique n’est pas encore encouragée par notre chère sécu…

Mais raccourcir les durées de séjour, ce n’est pas proposer une sortie à la carte, en fonction des besoins de chacun, c’est imposer aux femmes de partir au plus vite, quelles que soient leurs conditions de vie, de logement et le soutien dont elles disposent chez elles… .
Je n’évoque même pas ici l’inhumanité de certaines situations. La visite de la sage-femme, aussi attentive soit-elle, se centre sur la santé et le bien-être de la mère et de l’enfant. Elle ne prépare pas les repas, ne fait pas la lessive, n’emmène pas les aînés à l’école et ne remplit pas le frigo. Quid du repos nécessaire pour les femmes peu entourées ? Prévoir une aide natale, sur le modèle hollandais serait une mesure peu coûteuse et bienvenue… ce n’est pas à l’ordre du jour.

Enfin, les maternités ont déjà le plus grand mal à boucler leur budget. Raccourcir officiellement la durée de séjour, ça ne signifie concrètement qu’une seule chose : diminuer la tarification correspondant au séjour post-accouchement. Le peu que chaque service « grattait » avec des sorties un peu plus rapides va donc être reperdu.
Les économies, il faudra les faire ailleurs, dans les services, en réduisant le nombre de postes.

Et là, ce sont encore une fois les femmes qui en payeront le prix. Etre bien accompagnée suppose que l’équipe soit disponible, donc en effectif suffisant.

Une équipe surmenée, c’est moins d’écoute, moins de réassurance, plus de symptômes*, donc plus de consultations, de bilans, de prescriptions, de péridurale, de perfusion, d’hormones de synthèse, voire d’hémorragie, de traitements lourds…

Elle est où l’économie ?

 

 

*Extrait de ce rapport « On notera que les sages-femmes sont moins prescriptrices, du fait de consultations plus longues et mettant l’accent sur le conseil et la prévention au-delà de l’acte médical ».

 

 

8 commentaires sur “Circulez”

  1. Marinette dit :

    Et qu’en est-il du surplus de travail pour les sf libérales ? Prévoit-on quelque chose pour de nouvelles implantations ? J’habite pourtant en Ile-de-France, mais la sage-femme libérale la plus proche de mon domicile est à 20 km. Je ne sais même pas si elle pourrait venir chez moi en cas de sortie précoce ou en cas de problème durant ma grossesse…

    1. 10lunes dit :

      Le nombre de sages-femmes libérales augmente de 7 à 9% par an depuis 2000. Nous sommes de plus en plus nombreuses (environ 4500 actuellement).
      Mais notre activité très spécifique ne permet pas d’en vivre dans les zones de faible natalité, en particulier en zone rurale. Tout dépend donc de l’endroit ou tu vis…

      1. Marinette dit :

        Mon but n’était en aucun cas de critiquer les sf libérales (je pense que tu l’as bien compris 😉 ), mais une décision prise sans être sûr derrière qu’il y ait suffisamment de moyens (humains et financiers) pour l’appliquer…

      2. Philomenne dit :

        « Mais notre activité très spécifique ne permet pas d’en vivre dans les zones de faible natalité, en particulier en zone rurale. »

        Même en faisant du suivi gynéco et contraception ? J’habite en pleine zone rurale, natalité faible et il n’y a à proximité ni sage-femme, ni gynécologue, ni généraliste prêt à effectuer des gestes gynéco comme frottis, pose de DIU, etc. Est-ce qu’une sage-femme qui ferait la totalité de ce qu’elle est formée à faire (suivi de grossesse, de post partum ET gynéco) ne pourrait pas développer une activité suffisante pour en vivre ?

        (Je te pose la question parce qu’au niveau de ma commune, j’ai proposé qu’on encourage l’installation d’une sage-femme dans la maison médicale mais si c’est pour l’envoyer au casse-pipe…)

      3. 10lunes dit :

        Je ne peux pas te répondre. C’est sacrement dépendant de la moyenne d’age,et de la densité de population. Parce qu’une femme qui va bien, on la voit en moyenne une fois par an pour le suivi gynéco, et encore,ce n’est même pas forcément justifié… Alors faut beaucoup de femmes pour remplir un agenda.
        En même temps,il y a une vraie présence à assurer en zone rurale. Mais sans aide pérenne de la sécu, c’est pas forcément tenable. Et pour le moment, cette aide pérenne n’existe pas.

      4. Philomenne dit :

        Je me doutais assez que la réponse serait difficile, voire impossible (mais merci d’avoir essayé quand même). Ici, 50 % de la population dont l’âge est supérieur à 60 ans, ça fait un joli pourcentage de femmes ménopausées, donc sûrement trop peu de patientes pour une sage-femme. On n’est pas près de sortir du désert médical et pourtant, c’est un vrai problème très embêtant. Voir un généraliste est compliqué (compter deux heures dans la salle d’attente minimum), un spécialiste quasi impossible parce qu’il faut aller loin et les pouvoirs publics se contentent d’incantations : « Les déserts médicaux, c’es pas bien » mais concrètement, rien n’est fait ou si peu pour y remédier. Il y a là un vrai problème d’inégalité entre les territoires.
        Pour revenir dans le sujet (pardon pour le dérapage en HS), c’est aussi une question qui se poserait si on généralisait les sorties de maternité précoce : suivi à domicile ? Mais par qui ? Les généralistes n’ont pas le temps, il n’y a pas de sage-femme, pas de gynéco… C’est juste impossible dans l’état actuel des choses.

  2. murmure dit :

    ben mince..
    je planche sur un dossier un peu similaire en Belgique, et pourtant y en a des choses à redire, mais le « supplément » lié aux visites de sages femmes et le fait de prévoir une sorte d’aide familiale « kraamhulp » comme en Hollande est budgétisé!
    Et pourtant, j’ai râlé sur le fait qu’ils parlaient beaucoup trop à mon goût d’économies et pas assez de qualité…

  3. 10lunes dit :

    Réponse à Philomène : Oui c’est une vraie difficulté et il faut inventer d’autres façons de faire. Soit en subventionnant réellement cet exercice rural, soit en aidant des sages-femmes plus éloignées à assurer des journées de consultations régulières (mais ça ne règle pas la question des sorties de maternité, par définition imprévisibles…)

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