L’histoire de Louise C – épisode 1

Publié par 10lunes le 5 mai 2014 à 09 h 00 dans Profession sage-femme

 

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Louise C, je la croise régulièrement. Nous échangeons un sourire dans la file d’attente de la boulangerie où nous avons toutes deux nos habitudes. Elle est sur le chemin de mon cabinet et à quelques pas de ma banque, celle où travaille Louise. De temps en temps c’est elle qui me donne un carnet de chèque ou me fournit la copie du relevé bancaire professionnel égaré …

Du coup elle connait ma profession. La première fois, en lisant l’intitulé du compte, elle a dit un truc du genre :
– Sage-femme, ça existe encore ? Et puis ensuite, Mais vous travaillez où ?
Car la petite maternité de la ville a fermé depuis 15 ans, c’est dans la ville voisine, à Saint Nanterre, que les femmes vont accoucher.
J’ai bredouillé l’habituel
Non, pas en maternité, j’exerce en libéral.
– En libéral ? Mais ça veut dire quoi ? Vous faites des accouchements ? Non ?! Mais vous faites quoi alors ?
M’en suis sortie avec un  Tout le reste… pleine d’espoir dans les points de suspension que j’y avais mis.
Mais Louise n’a pas relevé et je suis repartie un peu dépitée que mon métier semble si méconnu.

Méconnu, oui car Louise n’a pas eu l’idée de venir me voir quand l’unique gynéco de la ville a pris sa retraite. En panne de pilule, elle n’avait pas envie de causer de « tout ça » avec son médecin traitant. La sentant mal à l’aise, il a proposé de renouveler l’ordonnance en la rassurant sur le fait que l’examen n’était en rien obligatoire pour cette prescription. Il a cependant souligné qu’il faudrait bientôt refaire un frottis puisque le dernier datait de 3 ans. Elle a balbutié que oui bien sûr… et est repartie sans oser parler de l’oubli régulier de ce foutu comprimé quotidien.

Louise n’a pas non plus pensé à venir me voir pour faire son frottis, ou pour prendre le temps de réfléchir à un autre mode de contraception qui ne s’oublierait pas.

Et puis un énième raté de pilule, quelques nausées, les seins tendus. Elle a acheté un test de grossesse. Enceinte ! Julien était ravi. Elle pas vraiment. Les questions se sont bousculées. Le garder ou pas ? Combien de temps pour se décider ? Comment se passe une IVG ? Et si elle poursuivait la grossesse, est ce que ce serait grave d’avoir continué à prendre sa pilule ?
Louise n’a encore une fois pas pensé que je pouvais l’aider.

Quand ils ont décidé de garder ce bébé, beaucoup d’autres questions sont arrivées. Quels papiers, quels examens, où, avec qui ? Et puis comment son corps va-t-il se transformer ? L’accouchement ça fait vraiment très mal ? Allaiter il parait que c’est mieux ? Est ce qu’elle sera à la hauteur ? Et son couple ?
Elle ne sait pas avec qui évoquer tout cela ; dans leur bande d’amis ils sont les premiers à découvrir la grossesse. Sa mère habite loin, et puis elle n’est pas très disponible, quant à sa belle-mère… elle se mêle déjà bien assez de leur vie de couple !

Finalement, c’est la boulangère qui a aidé Louise. Elle s’étonnait de ne plus la voir acheter de baba au rhum, sa gourmandise préférée.
Louise a éclaté en sanglots, inquiète du gâteau consommé alors qu’elle ne se savait pas encore enceinte.
Tout le monde dit que l’alcool c’est dangereux pour le bébé.
Devant le sourire de la boulangère,  les vannes se sont ouvertes.
C’était pas vraiment prévu mais finalement on est très content sauf que j’ai un peu peur et puis j’ai plein de sensations bizarres et je sais pas si c’est grave, et puis on m’a dit qu’il faudrait faire des échographies et des examens mais je sais pas ce que je dois faire et …
La boulangère l’a interrompue
Ben faut aller voir la sage-femme !

 

A l’occasion du 5 mai, journée internationale de la sage-femme, les blogueurs sages-femmes vous invitent à voyager de billet en billet pour découvrir l’histoire de Louise. La suite est ici

Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5
Episode 6
Episode 7
Episode 8
Episode 9
Episode 10
Episode 11

 

 

23 commentaires sur “L’histoire de Louise C – épisode 1”

  1. Julie dit :

    J’ai été une sorte de Louise. Pas pour l’histoire mais pour la méconnaissance du métier.
    J’ai découvert le métier de sage-femme de mois en mois pendant ma grossesse, puis bien sur pendant l’accouchement.

    Depuis je ne suis plus jamais retournée voir un gyneco. Mon suivi annuel est assurée par une sage-femme, ma future grossesse et mon futur accouchement le seront également.

    Un métier mal connu c’est vrai mais quand on vous découvre on ne vous quitte plus mesdames 🙂

    1. Julie dit :

      Ps : Il y a des petits bugs dans les liens.

      1. 10lunes dit :

        Merci Julie pour ta fidélité:))
        Pour les bugs, c’est corrigé. Reste l’épisode 3 qui est pas à jour mais ce sera réglé bientôt(auteur indisponible pour cause de … travail !)

  2. merci pour cette histoire super sympa! il manque 1 ou deux récit mais jai pigé au global ^^

  3. Hélène SCHOLL dit :

    Une très belle histoire, de bout en bout. Ca m’a même parfois tiré des larmes, sans que je sache trop pourquoi. Ou plutôt si: la naissance d’un bébé, mais aussi d’une mère et d’un père, c’est beau tout de même. Merci à vous.

  4. Astrabel dit :

    Top top top ! merci beaucoup pour ce récit à plusieurs mains. et grosse pensée aux sage-femme aujourd’hui !

  5. fjell dit :

    Ah oui, j’adore ce partenariat. Belle histoire. Comment avez-vous fait ? Vous avez écrit chacun dans l’ordre en attendant le début fait par les autres ?

    L’histoire que vous aviez écrit à quatre avec chacun de votre point de vue et il fallait deviner l’auteur, c’était il y a un an déjà ?

  6. 10lunes dit :

    Nan, Orcrawn s’est collé à l’écriture d’un synopsis et chacun a ensuite choisi une partie à traiter. Avec quelques aménagements de dernière minute pour éviter par exemple que le bébé change de sexe ! ^^
    L’histoire à 4 mains, c’était pour le 1er de l’an. Le 5 mai 2013, c’était un thème commun : un monde sans sage-femme.

    1. Luna dit :

      Han! Déjà plus d’un an que j’ai découvert votre blog! Que le temps passe vite! En tout cas très belle histoire, les deux derniers chapitres sont une libération 😛

  7. Lily dit :

    De bien jolies naissances : celle du bébé bien sûr, mais celles des parents aussi. Et qui laisse apparaître les différents rôles de la sage-femme.

  8. Cilou dit :

    Waou… génial..!!
    Je suis en DP2 (diplômée dans moins de 2 mois!)
    J’ai lu tout ton blog, ceux des autres sf, merci de nous confirmer que la maternité n’est pas que ce que l’on nous apprend à l’école et dans notre niveau 3…
    merci merci merci !
    Il me tarde qu’une chose : pouvoir exercer mon métier comme je l’entends 🙂

  9. anne dit :

    Ceci n’est pas du tout un troll et n’a aucun but polemique, mais une vraie question que je me pose. Je suis externe et j’ai adoré mon stage en gynéco obstétrique. J’ai détesté le paternalisme et la misogynie dont étaient imprégné(e)s certain(e)s médecins, mais adoré le contact avec les femmes et la richesse de cette spécialité. Qui du coup est devenue un projet professionnel. Mais quand je vois l’ensemble de vos compétences, parfois je me questionne : quelle place reste t il pour les gyneco? Les grossesses qui se passent mal ou les IVG? (C’est maintenant que je ne veux vraiment pas froisser quiconque, ces problématiques sont hyper intéressantes et les enjeux majeurs).
    Dans ce cas, je crois que je me suis trompée de voie. Si j’avais su, j’aurais peut être choisi autrement en fin de p1 😉
    Peut être que c’est aussi pour ça que certains (…) s’arqueboutent sur leurs statuts et ne vous concèdent rien. Parce que suivre (aussi) des grossesses qui se passent bien, c’est chouette.

  10. Mlle Loutre dit :

    @ Anne, réponse d’une non pro mais d’une patiente : il reste aux gynécos toutes les grossesses dites à risque mais qui ne se passent pas forcément mal, parce qu’on peut être « à risque » sans qu’il ne se passe rien (grâce notamment aux soignants qui sont là pour nous)
    et puis personne (enfin je ne crois pas) ne demande que les SF aient l’exclusivité du suivi des grossesses « normales », juste que les femmes aient un choix réel dans leur praticien (parce qu’elles sont informées, parce qu’elles en trouvent près de chez elles,…)
    Dernier point important pour moi : vus les difficultés dans certains coins pour avoir un RDV chez le gynéco et le trou abyssal de la sécurité sociale, donner plus de place aux SF permettrait aux 1ers d’avoir plus de temps à consacrer à leurs patientes qui en ont vraiment besoin et au 2nd d’arrêter de se creuser
    Qu’en penses-tu ?

  11. Koa dit :

    @Anne, j’écris dans la même intention de respect que vous.

    Mon sentiment très fort d’usagère, c’est que ceux et celles qui s’arque boutent ne sont quasiment jamais des gynécos qui « kiffent » les grossesses physio et ont peur que les SF ne les en dépossèdent, ce qui serait de toutes façons aujourd’hui, au vu du nombre de suivi, plutôt irréaliste. Mais que ce sont quasiment toujours des gynécos / médecins qui aiment le pouvoir et qui n’aiment pas que des « petites mains » viennent leur prendre le boulot en le faisant mieux qu’eux. Car quand on aime le pouvoir, on fait rarement un boulot attentif auprès des patientes : ce n’est pas tout à fait compatible de prendre le temps, d’être dans une attitude humble et attentive, et de se sentir tout-puissant.

    Je me rends compte que ce que j’écris a l’air caricatural, mais je l’ai vu tellement…

    A mon sens, si vous devenez une gynéco attentive à ses patientes, dans un contact vrai, vous ne manquerez jamais de femmes enceintes dans votre cabinet, même pour des grossesses phsyio, et vous pourrez exercer votre métier comme vous l’aimez.

    Est-ce qu’il aurait été, pour ça, mieux de devenir SF, mon point de vue d’usagère ne me permet pas de répondre.

    Je rejoins le point de vue de Mlle Loutre sur tous les points…

  12. Anne dit :

    @Mlle Loutre : ce n’est pas ce que je voulais dire non plus ^^
    @Mlle Loutre et Koa : en effet, je pense que ce qui prime est que chaque femme puisse trouver le/la praticien(ne) qui lui convient, avec qui elle se sent à l’aise et en confiance pour tout.
    Je vous rejoins sur ce sentiment que certains gynécologues sont hélas bien trop ancrés dans des attitudes d’un ancien temps que rien ne justifie. On gagnerait tous à un dialogue d’égal à égal entre praticiens.
    Je crois que j’avais besoin de lire ce genre de réponse 🙂 merci à toutes les deux !

    1. 10lunes dit :

      Moi j’aime bien ces échanges où tout est déjà si bien dit par d’autres :))
      Perso, je milite et l’ai déjà écrit de nombreuses fois ici, pour l’information et le choix, en aucun cas pour une quelconque exclusivité.
      Trois professions sont en mesure d’assurer le suivi obstétrical et gynécologique des femmes en bonne santé, sage-femme, médecin généraliste et gynécologue. Nous ne le faisons pas tout à fait de la même manière, pour des questions de formation, de statut, d’organisation du système de soin et bien d’autres raisons plus personnelles à chacun (on ne choisit pas son métier par hasard !.
      Ce sont justement ces différences qui permettent à une femme de trouver le meilleur interlocuteur pour elle.
      Dans le meilleur des mondes, chacun aurait sa place et saurait exercer en complémentarité/réseau/partenariat respectueux avec les autres… Mais là, on a encore un peu de chemin à faire me semble-t-il…
      Juste une remarque pour finir Anne, l’IVG, je veux bien m’en occuper aussi !

  13. Koa dit :

    Oui, j’allais l’écrire, si ça avait été possible et si elle avait été OK, j’aurais bien aimé être prise en charge par ma SF pour mon IVG. J’aurais tellement, mais tellement moins stressé (même si le médecin généraliste que j’ai vu a été franchement génial… mais je ne le connaissais pas et j’ai eu le temps de stresser avant le rdv). Elle me connaissait, elle connaissait mon histoire, et puis pour moi cette non-maternité était intimement liée à mes autres vécus de maternité, pour lesquels elle était là. Enfin, peut-être qu’elle aurait pu m’accompagner pour l’expulsion du fœtus à la maison ? C’était mon choix, bien sûr, après un AAD, et je l’ai bien vécu, accompagnée par mon compagnon, mais la présence de ma SF aurait été rassurante pour nous deux.

  14. Duma dit :

    Bravo!! On peut dire que cette histoire m’a retournée. Au fil des épisodes je me suis demandée quand cette future maman allait enfin s’imposer face à cette belle mère envahissante. Et j’ai pesté contre son mari qui n’était pas foutu de s’opposer à sa mère. Et cette fin…

    Merci!

  15. zeo dit :

    Quand j’ai lu cette histoire il y a un an, je l’ai trouvée chouette, malgré un sentiment de malaise diffus que je n’arrivais pas à identifier.

    Cette hisoire présente bien les différentes facettes et la technicité de votre métier, de ce point de vue là c’est une belle réussite.

    C’est en relisant une rubrique « gamberges » de prescrire que j’ai compris ce qui me gênait; le côté des professionnels qui font de leur mieux pour soigner… Autour de la personne mais sans jamais lui demander son avis.

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