Un métier de rêve

Publié par 10lunes le 8 avril 2014 à 19 h 32 dans Profession sage-femme

 

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Ce weekend, j’ai revu « Entre leurs mains », en version longue mais surtout en projection publique. Revoir ce film avec une soixantaine de sages-femmes – c’était le congrès de l’ANSFL– avait une autre densité. Partager l’émotion d’une même vision de ce métier, de ce qu’il pourrait et devrait être.

Le générique a défilé, la lumière s’est allumée, quelques larmes se sont furtivement essuyées.
Les premières interventions ont remercié Céline Darmayan, la réalisatrice, d’avoir su si bien saisir ce qui fait l’essence de notre métier, cette relation privilégiée qui se tisse entre une femme, un couple, et un professionnel. Confiance réciproque dans le savoir de l’autre, écoute, respect.

Et puis une étudiante a pris la parole, la voix vacillante : « J’ai l’impression de redécouvrir le métier de sage-femme, celui qu’on ne voit plus à l’hôpital. C’est ce  métier que j’avais choisi mais ce n’est pas celui qui m’est enseigné ».
Cruel résumé.

Oui, notre place de sage-femme devrait être celle-là. Permettre à une femme de vivre sa féminité en sécurité, physique et psychique. Qu’il s’agisse de contraception, de grossesse, d’accouchement, de maternité… notre rôle est d’accompagner, de guider, dans une totale mais discrète vigilance.
Lors d’une naissance, il ne s’agit ni de ne rien faire, ni de s’en remettre à dame nature mais d’abord de s’attacher à préserver les processus physiologiques. Intervenir a minima.

Cette vigilance s’incarne dans le film avec Sidonie, retirée dans une autre pièce pour respecter l’intimité du couple, écoutant les sons de la femme en travail qu’elle accompagne et se levant pour la rejoindre juste quelques secondes avant que celle-ci ne l’appelle.
La fonction de la sage-femme, ne serait-ce pas celle-là ? Une attention permettant de devancer les attentes des femmes, de repérer tout symptôme débutant pour mieux y répondre ?

Mais ça ne se voit pas, donc ça ne se sait pas, donc ça ne se reconnait pas et au final ça ne se budgétise pas.

Dans la plupart des maternités, les conditions de travail actuelles empêchent les sages-femmes d’exercer cette vigilance si particulière. Faute de disponibilité, on se rabat alors sur des protocoles, des courbes, des normes qui tentent de rationaliser ce qui ne peut l’être.

Et une future sage-femme découvre au travers d’un film que le métier qu’elle croyait avoir rêvé pourrait exister.

 

 

6 commentaires sur “Un métier de rêve”

  1. Blandine Marie Renee dit :

    ahhhhhhhhhhhhhhhhhh Dix Lunes !!!

    Sidonie me rappelle ma sf, celle qui a été si bien « pas là » et « là » à mon 3ème !
    elle avait compris que je voulais qu’elle me foute juste la paix, elle passait « comme une plume » sans me déranger …

    MERCI !

  2. Anna dit :

    Il y a quand même un truc qui me dépasse. Si les femmes souffrent de se voir traiter ainsi pendant leur accouchement, si les sage-femmes souffrent de les traiter ainsi pendant leur accouchement, alors pourquoi, au nom du ciel pourquoi ça continue ?

  3. marianne dit :

    Mais on arrete pas de le dire et de le répéter !
    ARRETEZ de fermer les petites maternités au nom de la rentabilité ; arretez de remplacer les sages-femmes par des infirmières (en salle d’accouchement ou en suites de couche) au nom du budget ; arrétez de réduire tout simplement notre effectif, car notre qualité de soins s’en ressent forcément !
    Mais qui nous entend ?

    1. pétrolleuse dit :

      Au vu des témoignages que j’ai pu lire, pas certaine que les sages-femmes et le reste du personnel soignant exerçant dans les petites maternités soient moins maltraitants que ceux qui bossent dans les grosses… Le cliché « petites mater’ axées sur la physio contre usines à bébés » a vécu…

      1. Et les petites maternités n’ont pas été fermées que pour des raisons budgétaires, mais aussi pour des raisons de sécurité.
        Et dans certains pays du nord de l’Europe, il n’existe que de grosses structures hospitalières, où pourtant la physio et l’être humain semblent être bien mieux respectés que chez nous… mais leur principe c’est une femme/une sage-femme !
        Donc oui pour plus d’humanité dans les hôpitaux, oui aux maisons de naissance, oui à l’AAD, mais non au mythe « les petites maternités de proximité c’étaient siiiiiiiii bien ». Pour certaines sûrement, pour d’autres certainement pas.

  4. julien david dit :

    comme quoi le métier de sage femme est aussi idéalisé: entre ce qu’on imagine et la réalité, il y a un monde…comme dans beaucoup d’autres professions d’ailleurs: le nombre de professeurs qui avaient une idée préconçue de leur métier, ils ont vite déchanté

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