Marketing

Publié par 10lunes le 11 mars 2014 à 10 h 49 dans Médias, Naissance, Pffffff, Profession sage-femme

 

couilles en or

Tissées main au son de chants mayas ? Teintées au pourpre élevé biologiquement ? Fibres siliconées high-tech antimicrobiennes ?
Pardon, je réfléchissais à voix haute au meilleur argumentaire de vente…

Ce billet doit beaucoup à une sage-femme sociologue, ethnologue, une sage-femme dont la longueur des études universitaires est inversement vertigineuse à la mienne et qui m’honore pourtant de son amitié. Récemment, elle m’a offert la primeur d’un de ses articles (lien à venir dès que son travail sera publié) analysant les aspects sociologiques des « espaces physiologiques » au sein des maternités.
Entre autres réflexions parfaitement passionnantes, elle aborde un angle que je n’avais jusque-là jamais envisagé : l’aspect économique.

Ou plus prosaïquement : l’accouchement naturel est à la mode, y a du fric à se faire coco !

Hasard de la vie, je tombe le lendemain de cette lecture sur cet article. Il y aurait beaucoup à en dire ; se féliciter de la volonté d’offrir au sein de l’hôpital une alternative à l’accouchement hypertechnicisé et de l’ouverture du plateau technique aux sages-femmes libérales. Déplorer les allusions anxiogènes répétées à la sécurité garantie ou ce commentaire « comme un accouchement à domicile mais avec une équipe expérimentée » qui en dit long sur les failles séparant la vision de ces deux exercices !!!
En point d’orgue, cet aveu sur la nécessité de se former à l’accouchement physiologique, d’apprendre la mécanique obstétricale, de s’interroger sur les postures, qui résume à lui seul toute les errances d’une profession en quête d’identité …

Mais comme dit plus haut, je me suis arrêtée sur un seul paragraphe : le coût des équipements soit 80 000 € pour aménager un lieu … naturel !
Nous avons donc affaire à une onéreuse baignoire dont la seule spécificité semble être l’existence d’une porte. 36000€, ça fait cher la porte. J’ai toujours travaillé avec des baignoires « normales » et n’ai jamais vu une femme incapable d’en enjamber le tablier. On ne peut même pas évoquer la possibilité d’une « évacuation en urgence » pour justifier ce tarif prohibitif. Ouvrir la porte d’une baignoire pleine… je vous laisse imaginer la pataugeoire !

A côté de la baignoire, il y a le lit. Dans un accouchement na-tu-rel ma cocotte, tu prends les positions que tu veux mais sur le lit prévu à cet effet… (mobilité d’accord mais encadrée) 40000 € quand même ! Ce type de matériel se révèle intéressant dans une salle classique ; par sa modularité, il permet une plus grande variété de postures aux femmes immobilisées par le triptyque péridurale/perfusion/monitoring.
Mais dans une salle physiologique, à quoi bon ces jambières du plus bel orange ? Un matelas, quelques coussins, un ballon, une corde de tissus pour se suspendre et s’étirer … C’est la femme qui doit choisir, non le mobilier qui doit induire !

Mais je me suis vraiment étranglée sur « la simple écharpe de traction » à 5600 €. Qui peut m’expliquer ce tarif prohibitif alors qu’un banal drap ferait l’affaire ?

Et au final, cette addition : 80000 € ! 
Ou comment nous laisser penser que le confort des femmes se joue dans un aménagement onéreux plutôt qu’un accompagnement respectueux.

Voilà donc 80000 € donnés en pâture à tous les détracteurs de ce type d’accouchement. Une somme apparaissant de plus dépensée pour le plaisir de quelques doux allumés rêveurs. C’est en filigrane ce que nous dit le reportage puisque la seule naissance dans cette salle remonte à dix jours et que les deux femmes enceintes interrogées précisent qu’elles ne la choisiront pas.

80 000 euros qui viendront surtout enrichir quelques commerciaux visionnaires. Dans tout nouveau concept, y a du fric à prendre. Il suffit de créer le marché.

Je vous quitte, m’en vais de ce pas me recycler dans le lucratif commerce des écharpes de traction.

 

 

19 commentaires sur “Marketing”

  1. Hélène M dit :

    c’est vrai que c’est révoltant! Ceci dit, les accouchement physiologiques sont aujourd’hui réservés aux riches… le prix du CALM par exemple, ça calme! Les sages-femmes pratiquant des accouchement à domicile sont obligées de pratiquer des dépassements d’honoraires. (Dépassements qui restent moins important qu’en maternité privées cependant)

    J’aime beaucoup le « accouchement à domicile ou en maison de naissance qui comporte toujours un risque en cas de complication »
    et donc en bloc obstetrical, il n’existe ni risque, ni complication!!!?!
    ça me rappelle un épisode de baby boom ou la femme accouchait (enfin, pendant le travail) seule (sans sage-femme ni compagnon) en « salle nature » c’est à dire perfusée et alitée (oui c’est ça la nature), et la voix off « il y a des douleurs insuportables »…

    1. 10lunes dit :

      J’avais posté un billet sur ce triste épisode… http://10lunes.com/2014/03/marketing/

      1. marleen dit :

        C’est du marketing, cela veut dire que ces lieu ne font pas d’accouchements naturels surtout pour les primipares??

  2. Axyzt dit :

    C’est malheureusement le cas pour tout le matériel dit « professionnel ». Vous ne songez tout de même pas à acheter un lit grand public, et une baignoire grand public, pour un usage professionnel ?
    Dans la même veine et dans d’autre domaines : commeent osez-vous imaginer acheter une chaise du bureau à Ikéa pour un usage professionnel ? Ou bien, malheureuse, une cafetière premier prix ?

    C’est ridicule, mais je ne pense pas que ce soit strictement un problème du secteur de la santé. Dans l’industrie, la plupart des entreprises ont une liste de fournisseurs extrêmement restreinte (ce qui est une bêtise sans nom mais c’est un sujet pour un autre jour), et lorsqu’un besoin nouveau apparaît, il y a bien souvent la contrainte de choisir dans le catalogue des fournisseurs référencés.

    Pourquoi ce référencement ? Flemme du service achat, corruption du service achat, mais aussi conditions de paiement exceptionnelles qui sont demandées par les entreprises. (C’est rarissime pour une entreprise française de pouvoir payer comptant par carte bleue un achat. Bien souvent il faut signer un bon de commande, que le fournisseur envoie une facture référençant le bon de commande, qui sera payée à 30 jours si le fournisseur râle un peu, et à 60 jours s’il est trop petit pour l’ouvrir.) Naturellement ça tire les prix vers le haut.

    Donc on a une espèce de cartel des fournisseurs professionnels, qui sont dans une bulle économique séparée du grand public, et qui leur permet de délirer sur les prix. En plus, les conditions de paiement avantageuses justifient encore l’augmentation du prix.

    Je crois savoir que cette situation est présente à l’identique, voire en pire, dans la fonction publique et à l’hôpital. Je pense que c’est ce qui explique les prix que vous dénoncez.

    Notez que je trouve cela inadmissible. Mais je ne suis pas surpris, et c’est sans lien aucun avec le souhait de certains de ne pas remettre en question l’accouchement tel que pratiqué aujourd’hui. Juste de l’incompétence banale.

    1. G. dit :

      🙂 Ca me rappelle la tête de mon conseiller association de gestion quand je disais ne pas comprendre pourquoi je devais amortir mon bureau qui m’avait coûté 60€!! (un plan de travail et 4 pieds chez le géant du meuble suédois). « Mais où avez-vous trouvé un bureau à ce prix-là?! »
      Et tout à fait d’accord sur ce que dit 10 lunes…

  3. ambre dit :

    une écharpe de portage, capable de supporte le poids d’un adulte (si si, promis), vaut, pour une bonne qualité, 80 euros… j’hallucine! (pour la baignoire, on en a une comme ça, j’avoue que la porte, c’est quand même pratique – et la baignoire se vide vite ^^ )

    1. Oriane dit :

      Rassure-nous quand même : ta baignoire à porte, tu ne l’as pas payée ce prix-là ?

  4. Augustine dit :

    et bonjour la désinformation sur les avac, forcément pathologiques et interdits dans la fameuse salle nature (pourtant au sein de l’hôpital)(hum, ça laisse songeur sur le procole dans ces cas là)

    1. pétrolleuse dit :

      La plupart des SF qui accompagnent des AAD ainsi que les MDN en activité en Belgique, aux Pays-Bas ou encore en Suisse refusent les « utérus cicatriciel ». Non pas que je trouve que ce soit justifié mais c’est juste pour rappeler que ce n’est pas propre à cette structure en particulier…

  5. Gwen dit :

    Le pire, c’est que si c’est un établissement public, il y a dû y avoir un appel d’offre et un marché. Ou le marché est passé à l’année avec un fournisseur… Et c’est toujours compliqué de faire du hors marché.
    Sacrés prix, en tout cas! C’est clair que c’est effarant et que 80000€, ça peut être mieux utilisé…

  6. reinemère dit :

    Tiens,je vais réviser mes notions de macramé des années,pfiou lointaines pour les écharpes de traction.Tu crois qu’on peut ouvrir un point de vente ? Bon je te quitte,j’ai cours de sculpture sur stérilet,trop tendance

    1. Liesse dit :

      Merci Reine Mere !!!! La sculpture de stérilet me fait éclater de rire !!!! Impossible d’arrêter !!! Je visualise la scène de présentation à la patiente !

  7. m-estelle dit :

    moi j’aime bien aussi les 2 dames qui « vont accoucher respectivement les 12 et 04 avril prochains »… elles doivent être déclenchées? ou bien le journaliste n’est pas au courant qu’on accouche rarement exactement à la date du terme « sécu »? 😉

  8. Anne dit :

    Pour mon accouchement « naturel », j’ai utilisé plein de moyens très chers pour réussir à me passer de la sacro-sainte péridurale :
    -La baignoire (poignées en or indispensables), j’y ai passé au moins 20 heures (sur les 42 de l’accouchement, eh oui, je suis du genre longue à pondre);
    -Les murs (élément architectural difficile à trouver; par contre il en faut des solides, genre béton armé et pas place, car une femme qui a des contractions pousse fort sur ses bras pour soulager sa douleur)
    -Les angles de mur (absolument indispensables à la fin de mon accouchement, l’avantage c’est que quand il y a des murs quelque part, il y a aussi des angles de murs)
    -Marcher dans Paris au mois d’août (difficile, Paris au mois d’août, ça n’arrive qu’une fois par an)
    -Un ballon et une suspension (la fameuse écharpe dont tu parles, un objet de luxe. La mienne, celle que j’utilise pour porter tous les jours mon bébé, elle a dû me coûter 70 euros, la leur doit être brodée en fil d’or ou quoi?!).
    Enfin, bref, que des trucs hors de prix, finalement!

    Ah.. j’oubliais, j’ai eu une sage-femme juste pour moi… Et ça, ça n’a pas de PRIX. Mais bon, j’ai accouché en maison de naissance, dans ce truc pour écervelées qui n’ont pas peur de mettre en danger leur bébé et elles-mêmes 😉

  9. Anne dit :

    Et par rapport au prix de l’accouchement au CALM… ça ne coûte pas plus cher qu’un accouchement en clinique avec un gynéco + un anesthésiste qui facturent des dépassements d’honoraires à chaque visite pendant la grossesse et au moment de l’accouchement. Perso, je préfère donner des sous à une sage-femme qui me tient la main pendant 30 heures plutôt qu’à un gynéco qui vient juste « cueillir » la tête de mon bébé (ou en plus me faire une épisio, car ça paie plus), alors que c’est la SF de la clinique qui m’aura accompagnée pendant tout l’accouchement.
    Mais c’est vrai que cela coûte de l’argent, et on espère tous et toutes que l’expérimentation des MdN en France va aboutir, afin notamment que l’assurance maladie et les mutuelles intègrent cette modalité d’accouchement, pour ne plus mettre de barrière financières pour l’accès à ce genre de structure.

  10. Bonsoir,
    Alors on va peut être essayer de rectifier quelques « affirmations » :
    L’acte « episiotomie » n’est pas côté, non ? Dix lunes ?
    Pour le prix de l’écharpe de portage, ce n’est pas le coût de l’écharpe qui fait monter la facture, c’est celui de la suspension certainement… Selon la configuration du lieu et la présence ou non de poteaux/ murs porteurs, la facture peut effectivement être plus ou moins lourde.
    J’aime particulièrement la remarque sur les honoraires des sages femmes exerçant au Calm : pas plus cher qu’un AAD sur Paris (et puis, c’est tellement sympa de taper sur les uns – le Calm en l’occurrence, et de plaindre les autres… Vous croyez pas qu’on défend tous un peu la même chose, non ?! )
    Et puis bon, une présence d’une dizaine d’heures (voir plus), une compétence, une astreinte 24/24h, 7/7j, vous pensez que ça vaut combien ? Je suis curieuse de la réponse.

    Pour revenir sur l’article initial : pour moi, autant d’argent, ça serait mieux placé, pour les futures mères, dans de la formation des soignants à l’accouchement sans péri…

    1. 10lunes dit :

      Je confirme, l’acte épisio « simple » ne donne pas lieu à une majoration des honoraires.
      Et pour le prix de l’écharpe, ton explication est surement la bonne (mais un portique à 5600, ça reste cher hein !!)

  11. Elryn dit :

    Ah lala, il est clair qu’il y a de l’abus sur le prix du matériel! C’est stupéfiant! Pourquoi ne pourrait on pas prendre une chaise chez nos amis suédois à l’hôpital (contrairement à ce que dit une autre intervenante ici)? A moins que ce ne soit de l’ironie que je n’ai pas compris… Ma SF a bien acheté son poupon de démonstration et son matelas à langer en grande surface. Et je ne vois pas le problème…

    Par contre une remarque: en effet pas de chance les deux mamans interviewées se dirigent vers la péridurale mais juste apres, la personne de l’équipe médicale (à qui le journaliste a du poser la question mais coupure au montage) explique bien que ce sont des premiers accouchements et que ce choix est plus fréquent chez les primipares. Je ne sais pas si c’est vraiment vrai mais au vu de mes connaissances et de mon entourage j’aurai tendance à le confirmer… Plusieurs facteurs: la peur de l’inconnu (même si un accouchement ne ressemble pas à un autre), la peur de la douleur, l’influence des « croyances » ou habitudes populaires etc…

    Et pis une dernière chose vis à vis des gynécologues… Il y en a aussi des très bien… Si si… J’ai été orientée par ma SF vers le service gyneco de ma maternité suite à des complications qui nécessitaient une hospitalisation, des traitements particuliers et j’ai eu la chance de tomber sur un médecin merveilleusement humain… Qui prenait le temps de passer me voir matin et soir, de répondre à toutes mes questions, de me tenir la main quand mes nerfs ont lâche… Et qui au lieu de recourir à une épisiotomie a réclamé du savon et a « masse » pour faciliter la sortie du bébé… Depuis j’oriznte toutes mes amies vers lui et… Aucune n’a été déçue (surtout pas celle qui a accouché 8 semaines en avance et dont le bébé qui est reste en couveuse 3 semaines avait la visite du médecin chaque jour)

    1. Anna dit :

      Re : pourquoi ne pas prendre une chaise de chez Ikéa à l’hôpital : parce que les hôpitaux ont le statut d’ERP, établissement recevant du public, leur mobilier doit répondre à des règles strictes (anti incendie entre autres) auquel le mobilier d’Ikéa ne répond pas.

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