Elles

Publié par 10lunes le 23 février 2014 à 20 h 04 dans Profession sage-femme

 

womens-group-560x295Depuis quatre mois, les sages-femmes manifestent, se questionnent, revendiquent, s’affrontent, sont attaquées frontalement, insidieusement, médiatiquement, se défendent, attaquent à leur tour

Au cœur de cette agitation, une profession qui défend son identité, et cette identité est multiple. 

Hasard total ou effet subliminal de cette actualité, j’ai entendu cette semaine beaucoup de femmes prononcer la même phrase : Je ne savais pas vraiment ce que faisait une sage-femme.

Celle qui se découvre enceinte à 45 ans alors qu’elle avait fait une croix sur la maternité
Celle qui vient discuter d’un sevrage difficile et prend conscience des enjeux dans son couple
Celle qui découvre qu’elle aurait dû prendre une contraception d’urgence mais que personne ne l’en a informée
Celle qui se réjouit d’avoir vécu une grossesse sereine sans examens inutiles
Celle qui est soulagée que rien ne s’oppose à sa vie trépidante
Celle qui a du mal à financer la pilule non remboursée prescrite d’autorité
Celle qui téléphone joyeusement pour annoncer qu’elle est devenu « copine avec son pessaire »
Celle qui pleure sur sa maternité idéalisée et découvre la dépression du postpartum
Celle pour qui chacun s’est satisfait d’un frottis vieux d’un an sans que personne ne semble avoir lu le résultat
Celle qui laisse un SMS à 4 heure du matin pour dire sa joie d’un accouchement respecté
Celle qui peut recommencer à danser parce qu’elle n’a plus de fuites urinaires
Celle qui remercie d’avoir suspecté une rétention placentaire
Celle qui retrouve doucement sa sexualité
Celle qui offre un thé lors d’une visite à domicile pour évoquer la relation houleuse avec sa mère
Celle qui envisage une IVG parce qu’on lui avait affirmé que toute contraception était inutile
Celle qui partage son passé douloureux avec son groupe de préparation à la naissance
Celle dont l’enfant reprend du poids en modifiant sa position d’allaitement
Celle qui pleure en entendant pour la première fois les battements d’un tout petit cœur
Celle qui est soulagée de se voir imposer un arrêt de travail 
Celle qui est adressée aux urgences pédiatrique parce que le comportement de son bébé est alarmant
Celle qui s’émeut de voir son nouveau-né esquisser une marche automatique
Celle dont la petite fille maltraite sa poupée pendant que sa mère évoque l’arrivée du prochain
Celle qui sourit à son homme fier de sentir pour la première fois leur petit réagir sous sa main

Autant de femmes – et d’hommes et d’enfants – qui  donnent sens et identité à mon métier.

 

 

8 commentaires sur “Elles”

  1. Liesse dit :

    comme toujours, en plein dans le mille, avec poésie. Merci !

  2. Margueritefleurs dit :

    Je suis de celles là et j’ai vraiment aimé la rencontre avec les sages-femmes… j’ai même regretté de ne pas l’être…

  3. Bibichounette dit :

    On vient de me diagnostiquer une dépression du post partum et ma sage femme (oui c’est la mienne :)) a été ma première interlocutrice. Quand j’ai senti qu’il fallait que je parle à quelqu’un, en tout premier lieu c’est à elle que j’ai pensé. Je ne voyais personne d’autre avec qui évoqué mon mal être. et elle a été parfaite !
    Maintenant, je me reconstruis, elle a posé la première pierre, je poursuis le reste.

  4. Matie dit :

    Toutes ces femmes qui disent ne pas savoir vraiment ce que fait une sage-femme ont tout de même su trouver la porte de votre cabinet… J’ai un peu suivi dans les médias la lutte que mènent les sages-femmes depuis plusieurs mois déjà mais je dois avouer que j’ai un peu de mal à comprendre leurs revendications. Les sages-femmes qui exercent dans ma ville sont déjà débordées, ce qui prouvent bien que les femmes savent s’adresser à elles lorsqu’elles en ont besoin. D’autre part, si je comprends la colère des SF qui exercent dans les structures hospitalières – même si je ne suis pas certaine qu’obtenir le statut de PH va contribuer à améliorer leurs conditions de travail… – j’ai du mal à voir quelles peuvent être celles des SF exerçant en libéral. Vous demandez, je crois, à être plus clairemment identifiée comme praticiens de premier recours pour la santé des femmes mais aurez-vous les moyens de satisfaire la demande si un plus grand nombre d’entre elles se tournent vers vos services? J’en doute fort… Vous vous retrouverez très vite avec des listes d’attente dont la durée n’aura rien à envier à celle des gynécologues. Bref, un peu de difficultés à voir dans quelle direction va ce mouvement qui ne débouchera, j’en ai bien peur, sur rien de bien concret pour les femmes…

    1. 10lunes dit :

      Parvenir à répondre à la demande… c’est l’histoire de l’oeuf et de la poule. Beaucoup de sages-femmes n’osent pas s’installer par crainte de ne pas pouvoir vivre de leur exercice, et des cabinets existant ont du mal à fonctionner du fait de la méconnaissance de nos compétences. Cependant, le nombre de sages-femmes libérales a doublé en une dizaine d’années(nous sommes plus de 4000) et cette croissance se poursuit.
      Pour ma part, je ne revendique pas un passage obligé par les sages-femmes. C’est à la femme de choisir son interlocuteur ! Mais pour choisir, il faut être informée.
      Dans ma ville, le cabinet de sage-femme s’est ouvert il y a plus de 20 ans. Assez longtemps pour que l’on nous connaisse un peu et que l’on s’adresse assez facilement à nous. Et bien évidemment, toutes ces femmes passées dans la semaine n’ont pas découvert le métier de sage-femme.
      Malgré tout, plusieurs se sont étonnées de pouvoir « aussi » aborder telle question, tel motif de consultation…

  5. Sandra dit :

    C’est pour ces instants que je ne changerai de profession pour rien. Mais nos institutions ont trop tendance à vouloir formater notre accompagnement pour une sordide histoire de profit. J’ai un tel malaise au travail que j’angoissais à l’idée d’accoucher de la même façon que mes patientes. Paradoxe et grosse prise de conscience, ce n’est pas de cette façon que les choses doivent être. Alors dans plus ou moins longtemps moi aussi je quitterai l’hôpital pour le libéral. Donner toutes les armes possibles aux couples pour être acteurs et surtout ne pas SUBIR.
    Merci 10 Lunes pour dire aussi bien les choses que je ressents de façon poignante et très douloureuse.

  6. Sens dit :

    J’ai eu personnellement la chance d’avoir trois filles et à chaque fois, j’ai été ému au plus haut point, bien entendu par le fait de devenir papa, mais aussi par la dévotion, la générosité et la patience des sages femmes qui nous ont accompagné. Leur écoute, leur compréhension, leur passion, leur énergie contribuent plus qu’on ne le croit à faire de la venue au monde d’un enfant, un moment de plénitude et de grâce qu’il nous est rarement donné de retrouver dans notre vie. A toute celles et ceux qui embrassent cette profession je dis que vous avez milles fois raison.

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