Entre nos mains

Publié par 10lunes le 1 janvier 2014 à 16 h 52 dans Profession sage-femme

 

project_picture

J’ai terminé l’année en douceur en regardant « Entre leurs mains », magnifique documentaire consacré à l’accouchement à domicile, mais militant bien plus largement  pour une naissance respectée.

Ce que l’on y voit de l’accompagnement des sages-femmes filmées est humain,  juste, chaleureux, empathique, en un mot évident. Mais ce faisant, le film montre en filigrane comment l’organisation actuelle des établissements conduit à délaisser ces évidences.

Qu’il est triste d’entendre les femmes raconter les conditions de leur accouchement en maternité, qu’il est triste d’entendre les sages-femmes hospitalières évoquer ce qu’elles « font » aux femmes, ou plutôt ce qui leur est imposé de faire aux femmes. Le constat est glaçant.

Et c’est de notre responsabilité collective, à nous sages-femmes, à nous tous soignants, de changer cela.

Cet accompagnement attentif ne doit pas être, ne peut plus être une exception réservée à quelques femmes informées, déterminées et suffisamment chanceuses pour trouver une sage-femme proposant un accompagnement global.

Les sages-femmes sont en souffrance. Certaines se protègent et s’accommodent du fonctionnement actuel, devenant des techniciennes émérites. D’autres se désolent au quotidien et tentent de préserver ce qu’elles peuvent d’humanité dans les heures qui entourent une naissance.

Mais nous pouvons changer de paradigme ! 

Il « suffit » *que les sages-femmes puissent exercer vraiment leur métier, partout, à la maison comme en maternité.
Il « suffit » que les sages-femmes se mobilisent pour que l’organisation des structures ne les réduise pas à n’être que celles qui monitorisent, tensionnent, perfusent, périduralisent et délivrent.

Il ne s’agit pas de se reposer sur la supposée bienveillance de mère nature, ni de nier l’importance du suivi médical. Le documentaire d’ailleurs évoque les possibles aléas à travers quelques images, un transfert du domicile vers la maternité en cours d’accouchement parce que le travail n’évolue pas correctement, un monitoring (tenu à la main pour éviter à la mère l’inconfort d’une ceinture enserrant son ventre), des bilans sanguins discutés en consultation.

Mais en obstétrique, la médecine se doit d’être d’abord préventive. Nous avons le plus souvent affaire à des femmes en bonne santé, nous disposons d’efficaces outils de surveillance permettant d’anticiper nombre de pathologies et l’intervention n’est pas la règle mais l’exception.
Il nous faut retrouver cette tranquille sérénité incarnée par les quatre sages-femmes de ce documentaire. Savoir suivre grossesse et accouchement en pariant sur les compétences intrinsèques des femmes à mettre leur enfant au monde, tout en restant dans une discrète mais réelle vigilance.

Il nous faut aider les femmes à retrouver une confiance dont on les a dépossédées à coup de discours anxiogènes, de prises en charge déstabilisantes et de télé-réalités scénarisées.

Que perturbons-nous dans le processus de mise au monde en réduisant l’accouchement à l’extraction d’un fœtus d’un utérus ? Que modifions-nous dans l’accueil de ce nouveau-né ?

On m’objectera que les femmes qui accouchent et les enfants qui naissent ne vont pas si mal.

Regardez « Entre leurs mains » pour comprendre comment ils pourraient aller… autrement…  

 

Le film est disponible  en replay ici jusque fin janvier 

* Ne me taxez pas de naïveté, le « il suffit » est ironique. Les deux derniers mois ont démontré combien la parole des sages-femmes était inaudible. La pesante réalité du quotidien face à de grandes avancées. Mais nous pouvons chacun essayer de faire chaque jour un tout petit pas… Ne pas se taire en est un.

 

 

23 commentaires sur “Entre nos mains”

  1. Lagueyrie dit :

    Tout est dit et si bien ! Merci

  2. Philomenne dit :

    Pas si mal… mais pas très bien non plus. La question est de savoir si on se contente de ce « pas si mal » ou si on veut tendre vers le bien. Si une société se reconnait (entre autres) à la manière dont elle traite les deux extrémités de la vie, dont elle traite les individus les plus faibles (et ceux qui en prennent soin), la nôtre a bien des progrès à faire en matière de respect et d’humanité…

    J’en profite pour te souhaiter le meilleur pour cette nouvelle année. Et encore beaucoup de courage pour faire avancer les choses dans le bon sens. J’ai autrefois (il y a 18 et 16 ans !) bénéficié d’un accompagnement global, humain, de la naissance, à la maison. Je n’oublie pas. Je suis de tout cœur avec vous, les sage-femmes.

  3. Zab dit :

    J’ai peur de craquer complètement si je regarde ça en sachant que pour moi c’est impossible (ni AAD ni plateau technique dans ma région…)

  4. Très bel article.
    Mon aad s’est terminé à la clinique accompagné de mon sf et mon chéri.
    A la clinique on a été bien accueillis et soutenus autant que possible.
    Nous soutenons notre sf et l’aad mais aussi une autre prise en charge des femmes pendant ce moment.
    Je partage ton article.
    Merci et bonne année 😉

  5. ES dit :

    Je me permets de signaler un article sur un blog du Monde (blog « Pour raisons de santé », tenu par un médecin généraliste) intitulé « Si les sages-femmes pouvaient… »

    http://expertiseclinique.blog.lemonde.fr/2013/12/24/si-les-sages-femmes-pouvaient/

    (Je précise que je n’ai aucun lien avec l’auteur de ce blog).

    L’article dénonce en particulier la sur-médicalisation inutile de la plupart des accouchements (et en particulier les risques liés aux césariennes inutiles).

    Et je trouve intéressant qu’il précise que l’essentiel des améliorations en termes de mortalité maternelle ont eu lieu entre les années 1940 et 1970 et avant la sur-médicalisation actuelle.

  6. 10lunes dit :

    Zab, il faut regarder pour découvrir cette qualité d’accompagnement, mais ne pas imaginer que accompagnement global est la seule issue. C’est évidemment la plus séduisante. Mais le lien peut se créer très vite et très bien en maternité avec une sage-femme à l’écoute.

    ES, j’avais vu cet article et ne l’ai volontairement pas relayé parce qu’il me semblait manquer de nuances. Ce n’est pas en dressant les uns contre les autres, médicalisation contre nature, sages-femmes contre obstétriciens, maison contre hôpital que nous avancerons. Chacun détient une petite part de la vérité et nous devons parvenir à mettre tout cela en commun… et c’est du boulot !!!

  7. kiarapapillon dit :

    Je ne voulais pas accoucher à domicile (mais je voulais y revenir au plus tôt, ça a été possible à J+3) et je souhaitais qu’on respecte mon projet de naissance. J’ai été suivie par une SF libérale merveilleuse (qui continue à nous suivre, Bichette, son papa et moi) avec laquelle j’ai appris beaucoup si bien que je suis arrivée à la clinique en sachant ce que je voulais mais surtout ce que je ne voulais pas. J’ai été accueillie par une équipe de SF qui a respecté tous mes choix, qui n’a pas déclenché la naissance malgré la rupture de la poche des eaux, qui a attendu au max que les contractions arrivent naturellement, qui n’a rien précipité, n’a rien imposé. J’ai été actrice de mon accouchement et pas spectateur. Si j’ai un autre bébé, pas d’AAD, je retournerai dans cette clinique (et je pourrai sortir à J+2).
    Malheureusement, aujourd’hui, les SF manquent cruellement de reconnaissance.

  8. Zab dit :

    Mais comme tu le dis 10lunes… Il faut tomber sur une sage-femme à l’écoute, et rien ne garantit que celle qui sera de garde au moment où on accouche le sera. C’est le hasard. D’où l’intérêt de pouvoir au contraire créer un lien avant, surtout quand on a été échaudé par ses expériences précédentes.

  9. chouke dit :

    Et comment on fait quand on n’a pas la TNT????

  10. pétrolleuse dit :

    Pffiouu… Il est beau ce film… Ça m’a vachement remué et je crois que je vais y repenser encore pendant un petit moment. J’ai toujours du mal à me décider à regarder un documentaire sur la naissance, l’accouchement, parce que, dans un premier temps, je me fais un peu l’effet d’être une voyeuse qui ne devrait pas être autorisée à être le témoin d’évènements aussi intimes. D’autre part, après la naissance de ma fille par césarienne, ça me tordait le bide de regarder des accouchements par voie basse dans les docs ou les films: je me sentais exclue du clan des accouchées et j’étais rongée par la tristesse et l’envie. Et même encore maintenant, après avoir vécu un AVAC qui a pansé bien des plaies et qui fut quand même très proche de ce dont j’avais rêvé (car la fin fut malheureusement un peu gâchée par une sage-femme qui s’est davantage comportée en technicienne qu’en véritable accompagnante…) j’ai encore peur d’éprouver de la jalousie par rapport à ces naissances idéales, à domicile, dans le calme, la douceur, la sérénité et l’amour. Mais hier soir, je me suis très vite retrouvée complètement happée par ces séquences qui baignaient toutes dans une atmosphère empreinte de respect et d’humilité face au « miracle » de la naissance et à la puissance du féminin. Et j’ai eu, moi aussi, à ma toute petite place, avec mon histoire à moi, le sentiment de faire partie de cette communauté-là…

  11. pétrolleuse dit :

    @chouke, je crois que le film est diffusé en direct sur le site de Public Sénat au moment de sa diffusion sur la chaîne. Tu devrais ainsi pouvoir le voir demain, samedi, à 14h15 ou dimanche à 11h20.
    http://www.publicsenat.fr/

  12. SYRIE dit :

    Et à votre avis, pourquoi leurs assurances sont aussi chères?

    1. leclercprof dit :

      par méconnaissance … tout simplement

      elles ne sont pas aussi chères dans aucun pays d europe .. et leur assurance pour un plateau technique ( c est dit dans le docu) est autour de 450 euros …

      c est surtout ça qu il faut relever il me semble…

  13. Marie Hélène dit :

    Je viens de regarder le film. Merci d »avoir signalé les redifs ! J »en suis encore toute remuée, et je suis retournée 30 ans en arrière, mes accouchements ayant été hyper médicalisés et assez mal vécus…Bien sur, j’étais cataloguée grossesse à risques (plus de 35 &ns, primipare, pb surrénaliens, etc… mais il n’y avait pas beaucoup de respect, ni pour la mère -qui devait obéir- ni pour l’enfant. Et je sais que cela n’a pas beaucoup changé… Je n’ai pas eu droit à la péridurale : au début des années 80, on n’en faisait pas la nuit ou alors en cas de souffrance faetale (???). Après le 1er accouchement, j’ai pensé : heureusement que je n’en ai pas eu, je me suis sentie « vivante » avec les temps forts et les autres…actuellement, on écrête tout, et on fait peur aux femmes: un accouchement, ça peut être douloureux mais pas obligatoirement, et tout dépend comment il est vécu

  14. 10lunes dit :

    Syrie, les assurances sont chères car alignées sur le tarif des obstétriciens qui pourtant, prennent en charge des situations pathologiques, ont des revenus biens supérieurs et bénéficient d’une participation de la sécu au financement de leur assurance. (rien te tel pour les sages-femmes ).

  15. Claire dit :

    Je ne crois pas vraiment aux coïncidences, je crois que le corps réagit à tout un tas de stimulis. J’ai regardé la redif du reportage le 2 janvier au soir. Enceinte de 8 mois, j’étais pleine d’angoisse pour l’accouchement. Après le reportage, je me suis sentie tellement plus sereine.

    De voir ces femmes mettre au monde leur enfant comme ça, simplement, sans grands cris, sans commentaire, dans la pénombre et la sérénité m’a complètement remuée et en même temps soulagée. Un accouchement n’a pas besoin d’être un traumatisme.

    Le même jour, nous avions appris que nous avions enfin l’appartement tant attendu, celui avec LA chambre en plus…

    Coïncidence ou pas, j’ai rompu la poche des eaux le lendemain matin. J’ai abordé le travail avec sérénité, nous étions tranquilles dans une chambre, un simple monitoring dans l’après midi. Et quand j’ai été trop fatiguée pour continuer seule, je suis descendue en salle d’accouchement, j’ai eu une péridurale que j’ai choisi, j’ai vécu mon accouchement comme un passage, un rite, accompagnée, médicalisée aussi, mais c’était mon choix. Une sage femme a été la tout le long des 4 dernières heures de travail, me guidant, sans stress, confiante dans mes capacités.

    Mon fils est né à 5h du matin le 4 janvier et jamais je n’avais espéré garder de l’accouchement un aussi beau souvenir. Le documentaire n’y est sans doute pas étranger, me donnant la confiance en moi qui me manquait.

  16. Liesse dit :

    Claire, ton témoignage est beau. Merci.
    C’est ce que je dis à mes patientes depuis que je l’ai vu. L’accouchement n’est pas sensé être souffrance, je parle de ces femmes qui accouchent simplement et sans les hurlements que souvent elles s’imaginent. J’ai conseillé à certaines de le regarder. J’espère l’effet que ça t’a fait.
    Merci.

  17. Marie dit :

    Ce documentaire regardé en streaming alors que j’étais seule au boulot (oups…) m’a donné envie d’accoucher à domicile. Histoire d’être sûre que, si tout se passe aussi bien que pour la naissance de ma fille, je puisse bénéficier d’un accompagnement aussi discret et respectueux que la première fois (accouchement physio en salle Nature, sur un matelas au sol avec seulement mon mari, la sage-femme et une étudiante sage-femme qui en garde un souvenir très ému). Et puis, on pourrait aussi parler des suites de couche (qui pour moi par contre se sont très mal passées dans l’hôpital public où j’ai accouché). Qu’en est-il quand c’est à la maison et pas dans une chambre qui peut vite devenir un moulin où les professionnels se succèdent jour et nuit…

  18. Zab dit :

    Je n’envisage pas d’accoucher à domicile (en tout cas pas sans sage-femme, et comme il n’y en a quasi plus et qu’elles abandonnent les unes après les autres vu les problèmes rididucles d’asssurance…) mais par contre je ne me laisserai plus enfermer à l’hosto 4 jours après un accouchement par voie basse. Si tout va bien je demanderai une sortie anticipée.

  19. Bonjour,
    la vidéo ne semble plus exister en replay… est ce que vous savez si on peut la trouver autre part ?
    Merci !

  20. au secours! dit :

    Bonjour,
    impossible de trouver une quelconque rediffusion sur public senat ou ailleurs, il m’est donc impossible de revoir ou partager ce documentaire tres instructif. c’est terriblement dommage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *