Au sein d’une île

Publié par 10lunes le 3 décembre 2013 à 10 h 00 dans Médias

 

ile de sein

Depuis dimanche, un accouchement à domicile fait la joie des médias. Sa particularité, avoir eu lieu sur une île qui n’avait pas vu naître d’enfant depuis 35 ans.
Bienvenue à Emilie !

Mais je m’étonne qu’aucune voix dissonante ne vienne ternir la fête avec l’habituelle ritournelle : dangers de l’accouchement à domicile, incompétence des professionnels, difficultés de transfert, coût pour la société et autre attaque récurrente…

Parce que si on lit bien :
– la mère était assistée par un médecin qui n’avait pas pratiqué d’accouchement depuis son internat en 1975 (mais ouf,  il était accompagné au téléphone par une sage-femme  !).

– un éventuel transfert en urgence aurait pris une petite heure (la mère parle de 20 minutes dans le reportage (à 15’50) mais l’hélicoptère doit partir de Quimper, soit 20 mn, prendre en charge la patiente, puis redécoller vers l’hôpital, soit 20 nouvelles minutes…)
Mon habituel mauvais esprit rappelle que Marisol Touraine évoquait la semaine dernière l’attenance à une maternité imposée aux maisons de naissance dans ces termes « Cette disposition est absolument indispensable dans le cas où surviendraient des complications ».

–  mère et enfant ont ensuite été transférés à la maternité sans que personne ne s’en émeuve, « juste comme ça » précise l’article, « par précaution » dit le reportage.

– enfin, l’hôpital semble avoir validé ce projet.

Ailleurs, nombre de femmes prévoyant d’accoucher à la maison, accompagnée par une sage-femme dont c’est le métier (et qui le pratique au quotidien), avec des possibilités de transfert bien plus aisées et rapides, se voient pourtant refuser une simple consultation d’anesthésie au motif de ne pas cautionner leur décision.

Rêvons ensemble que l’île bretonne ouvre une nouvelle ère, où tous trouveront normal et banal qu’un enfant naisse au sein de son foyer…

 

©Image : David Tourquetil

 

13 commentaires sur “Au sein d’une île”

  1. reinemère dit :

    Une voisine et amie a accouché ainsi,sans tambour ni trompette,dans un petit village ,avec mon aide et celle de son mari,une nuit de quinze août..de façon imprévue,car non je ne fais pas d’accouchement à domicile.Elle n’a pas été transférée(l’heure d’hélico !!!ou sinon,une heure de route!!!)et tout le monde s’est très bien porté.La naissance a été enregistrée à la mairie,une première depuis 1950!!

  2. Katell dit :

    Ce qui me laisse perplexe c’est le transfert à la maternité après l’accouchement. Si tout s’est bien passé, je n’en vois pas l’intéret, je trouve ça même dommage… Mais au moins, tout le monde en a parlé et de manière positive, ça fait du bien!

  3. emilie dit :

    Je trouve que c’est une belle histoire quand même, une naissance sur cette terre de résistance, « le quart de la France » selon De Gaulle.
    Une belle histoire de couple, d’hommes, avec l’accord de l’hôpital. Ca fait vraiment du bien d’entendre parler d’AAD de façon positive.

  4. SLMC dit :

    Comme Reinemère… J’ai accouché « sans tambour ni trompette » en 2010 dans un petit village auvergnat qui n’avait pas accueilli de naissance depuis plus de 40 ans… La maternité était à 15 minutes en voiture et, bien sûr, aucun transfert puisque ma fille et moi allions bien et avions été accompagnées par une sage-femme compétente.
    Tout ça pour dire quoi ? Qu’il faut saisir les médias pour présenter cela comme l’événement de l’année ? La prochaine fois, je le saurai ! Cela nous évitera peut-être à ma sage-femme et moi-même de se faire prendre pour des connes par la sécurité sociale qui a strictement refusé de rembourser les frais kilométriques de ma sage-femme (s’élevant à 300 euros), alors que mon accouchement et mes suites de couches atteignaient un total de 876 euros… Combien a donc coûté ce fameux transfert inutile en hélicoptère…?
    Cette histoire m’exaspère, autant pour son ultra médiatisation que pour ce transfert qui a dû coûter une fortune mais qui est accepter sans rouscailler, que pour l’accompagnement plus que douteux de la maman sur l’île (la preuve que notre conditionnement est efficace : un médecin, même n’ayant presque jamais pratiqué d’accouchement, reste un médecin…!)…
    Mais comme vous dites, voyons le bon côté des choses : peut-être que ça ouvre une porte à l’intégration dans le système de soin français de l’AAD…

  5. Meluz dit :

    D’accord avec toi SLMC… peut-être est-ce aussi parce que j’ai accouché comme toi en Auvergne « sans tambours ni trompettes » et que j’envisage de remettre ça dans 2 mois ?

    Navrant, ce transfert « juste comme ça « , j’aimerais bien en connaitre la cause exacte, n’avez-vous pas compris vous aussi que cet accouchement à domicile était bien un PROJET et non un ACCIDENT ? On les a menacés d’un signalement à la DDASS s’ils ne se pliaient pas à une visite en position gynécologique ou bien ?

    PS @ SLMC : j’aimerais bien échanger un petit peu avec toi au sujet de l’AAD, voudrais-tu ?

  6. Cracou dit :

    C’est vrai que le transfert en hélicoptère me laisse perplexe mais j’apprécie la simplicité de l’histoire en dehors de ça: le fait que les parents aient décidé d’accoucher à la maison, en famille, avec le médecin de l’île qui se prépare pour l’événement et qui s’appuie sur la sage-femme, que l’hôpital ait dit que ça ne présentait aucun problème, et le fait que la naissance ait été vécue comme un événement, certes extraordinaire ici, mais normal de la vie du village, avec les cloches de l’église pour l’annoncer.

    Ca change de l’habituelle vision qu’on donne de la naissance comme quelque chose de nécessairement dangereux et terrifiant.

  7. Philomenne dit :

    Donc, quand on accouche sur une île à une heure d’hélicoptère de l’hôpital, avec un type qui n’a pas vu d’accouchement depuis 30 ans, c’est formidable, et quand on accouche à 10mn d’un hôpital avec une sage-femme dont c’est le métier, on est une folle, une irresponsable. Mais bien sûr que je suis contente qu’on parle positivement de l’AAD, pour une fois. Mais sur le fond, qu’est-ce que ça m’énerve qu’on en parle de cette façon !

    Et comme tout le monde, je m’interroge sur l’intérêt du transfert à l’hôpital alors que tout allait bien ; comme si le passage par la case hospitalisation était incontournable. Et quant au coût de l’opération, quand on sait le prix d’une heure d’hélicoptère…

  8. poix dit :

    Je ris à lire vos commentaires…
    Mais oui ! La logique n’a rien à voir dans cette histoire.
    En France, nous sommes culturellement programmés pour accoucher à l’hôpital, c’est un acte médicalisé, avec un Docteur. Voilà. Les explications sont tout simplement là.
    Heureusement, la sage-femme était presque là…
    Et ce médecin ? Il est assuré pour les accouchements à domicile ?
    Caroline, sage-femme, accompagnante à domicile, et sans Docteur au bout du fil…

  9. La sorcière dit :

    Triste à pleuré qu’il faille faire dans le pitorresque pour qu’on trouve ça « mignon » (oui, je m’interroge aussi sur le besoin du transfert à l’hosto)

  10. Foligou dit :

    Les habitantes des Iles sont toujours transférées en hélico pour leur accouchement, sauf si elles décident d’aller chez des paretns sur le continent dans les semaines qui précèdent la naissance. J’avais eu l’occasion d’en discuter avec une maman de Ouessant ; dans le cas présent je pense que ce transfert était organisé, j’imagine que ça devait être le deal passé entre le couple, le médecin qui n’avait pas trop l’habitude et l’hôpital de référence, Quimper… pour que le projet soit accepté par tous. Bien sûr c’est dommage ce transfert, mais laissons aux sénans la joie de cette naissance!

  11. anais dit :

    J’ai comme un léger doute sur le fait que l’hôpital ait « accepté » cela. C’est la maman qui a décidé d’elle-même d’accoucher là-bas, je ne suis pas certaine non plus que le médecin ait été complètement consulté, car s’il était si serein il n’aurait pas été au téléphone avec une sage-femme et aurait plutôt potassé 2-3 bouquins quelques jours avant histoire de réviser…
    Je trouve aussi que la patiente si elle avait suivi sa logique serait restée chez elle et n’aurait pas été hospitalisée pour les suites de couches; Car ce n’est certainement pas ce qui est organisé à l’hôpital de Quimper! Que ne ferait-on pas pour 3minutes de célébrité à la télévision et dans tous les médias…
    Je ne vois donc réellement pas de quoi se réjouir: un coût monstrueux « juste » pour faire plaisir à une femme incapable d’assumer à fond ses choix et de réellement se faire suivre à domicile d’un bout à l’autre par des gens (sages-femmes!) compétents… Alors que c’est possible dans la région!

  12. anais dit :

    juste pour préciser mon idée: l’hôpital n’a pas à « accepter » cela ou non: on annonce qu’une femme a accouché à domicile et que le SAMU (le plus souvent le premier sur les lieux) l’amène à l’hôpital, on n’a pas vraiment le choix de dire non! Par contre la femme n’a aucune obligation d’être hospitalisée…

  13. SLMC dit :

    @ Meluz, désolée de répondre si tardivement. Mais oui, je veux bien qu’on échange, si tu en as envie, pas de souci 😉

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